Langue française

  • Lorsque ce chef-d'oeuvre, Les Filles du préfet, paraît en Norvège en 1854 puis en 1855, il fait l'effet d'un véritable coup de tonnerre. Premier roman de la littérature norvégienne écrit par une femme, et premier roman féministe, il fait le récit d'une initiation sentimentale délicate, mais hautement dérangeante pour l'époque. Dans les années 1830, le jeune Georg Kold s'installe dans la famille du préfet Ramm comme fondé de pouvoir et précepteur des enfants, dont la cadette Sofie. Un fort élan amoureux pousse les deux jeunes gens l'un vers l'autre, mais se heurte à une société où le sentiment est regardé comme une faiblesse typiquement féminine dont il convient de se préserver.

    Née en 1830 dans une famille de la bonne société norvégienne, Camilla Collett s'inspire de sa propre vie sentimentale pour écrire ce roman resté célèbre. Femme de lettres reconnue qui influencera Ibsen, elle fait figure de visionnaire. En 1868, elle qui tenait à se distinguer d'une « George Sand hyperboréale » écrira : « Un incommensurable avenir se trouve devant la femme, un avenir qui donnera au monde un autre visage. Actuellement, des milliers de forces demeurent inutilisées et sont gâchées lamentablement... »

  • Romulus, le nègre, et Rémus, le mulâtre, tous deux fils de Marie, l'esclave africaine, sont les grands héros de ce premier roman de la littérature haïtienne. Incarnant tour à tour les personnages historiques de Toussaint Louverture, Dessalines, Rigaud ou Pétion, ils mènent le combat qui conduira le 1er janvier 1804 à l'indépendance de Saint-Domingue, devenue Haïti, et à la naissance de « la première république noire ».
    Combattant pour la liberté et l'indépendance nationale, ils se trompent, se découragent, s'affrontent pour finalement l'emporter, grâce à deux femmes, leur mère d'abord, et une jeune femme blanche, Stella. Allégorie de l'idéal révolutionnaire, Stella sera leur guide ; guerrière, elle se battra courageusement jusqu'à la victoire finale où elle dévoilera sa véritable identité : elle est la Liberté !
    Alors « il n'y aura bientôt plus sur la terre ni noirs, ni blancs, ni jaunes, ni Africains, ni Européens, ni Américains : il y aura des frères (...) Notre pays n'est pas étranger aux idées progressistes du siècle (...) »
    « Ce texte est un manifeste, celui du roman haïtien dont il annonce les fluctuations. » (Jean-Claude Fignolé)

    Émeric Bergeaud (1818-1858) a écrit Stella sur l'île de Saint-Thomas où son engagement politique l'avait contraint à l'exil. Il était conscient d'être le citoyen d'un pays nouveau qui venait de vivre une épopée, unique dans l'histoire, qui n'était pas reconnue par les grandes puissances.
    Préface de Anne Marty.

  • Ce Tristan et Iseult de la Méditerranée, célèbre de Venise à Constantinople, est traduit pour la première fois ici en langue française. Chants d'amours, tournois de chevalerie, actes de bravoure, glorification de l'honneur, filtres magiques, tous les éléments de la littérature courtoise sont là.
    Malgré lui, Erotocritos tombe éperdument amoureux de la fille du roi d'Athènes, la belle Arétousa. Elle, à son tour, est éprise. Mais son père ne veut rien savoir et l'emprisonne. Exilé, Erotocritos erre et dépérit, cherchant comment prouver au souverain qu'il est digne de sa bien-aimée.

    Erotocritos est une oeuvre majeure de la littérature européenne par le succès populaire qu'il a connu et connaît encore et par la force poétique de l'évocation amoureuse qui fait de lui le premier roman moderne de la littérature néo-hellénique. Georges Séféris, Prix Nobel de littérature et auteur du célèbre essai reproduit ici à la suite de l'oeuvre, disait que c'était « peut-être le seul, en tout cas l'un des très rares textes grecs qui sachent parler sensuellement dans un monde à l'érotisme refoulé ».

    Vitzentzos Cornaros est né en 1553 en Crète. Après avoir épousé une jeune Crétoise richement dotée, il occupe diverses fonctions parmi celles réservées aux nobles. Il rédigea Erotocritos de 1595 à 1605 et mourut en 1613 ou 1614.

  • Y eut-il jamais destin de poète plus touchant que celui de Mácha ? Jeune homme prodige à la tête bouillonnante et aux moeurs frondeuses, le meilleur et le plus décrié des écrivains d'une génération héroïque qui dotait enfin la nation tchèque en pleine renaissance d'une oeuvre que l'époque crut aussi romantique qu'elle l'exigeait, et la victime d'un accident bête à l'âge de vingt-six ans, le jour où aurait dû être célébré son mariage.
    Pour la première fois, Xavier Galmiche nous offre la traduction française de ses plus beaux textes : son « roman romantique » Les Gitans, des récits historiques dans lesquels il fait revivre une Bohême médiévale pleine de chevaliers, de bourreaux et de brigands, des contes fantastiques comme Le Pèlerinage aux Monts-des-Géants ou Retour, des récits empreints de matière autobiographique, Images de ma vie, Un soir au Mont Bezdûz, Marinka, des fables à la limite du dialogue philosophique, Dissension des mondes, et bien sûr son grand poème Mai qui donna son envol à la littérature tchèque moderne. Il y ajoute son Journal qui permet d'entrevoir sur le vif la vie sociale et intime de l'écrivain ainsi que la genèse de ses oeuvres.

    Karel Hynek Mácha (1810 -1836), fils d'un garçon meunier miséreux, parvint à faire des études, approfondies par des lectures de grands poètes européens. Sa vie est précaire et il meurt du typhus dans sa jeunesse. Seul son poème, Mai, a été publié de son vivant, en 1836, et à compte d'auteur.

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