Sciences humaines & sociales

  • Les débats autour de la désinformation, des fake news et de la post-vérité risquent d'occulter une crise peut-être plus radicale que la crise de la vérité : la destitution de la réalité elle-même. Cette destitution commence avec la volonté prométhéenne de transformer la nature en environnement, et donc de détruire celle-ci.

    Elle prend bien d'autres formes, hétérogènes et indépendantes les unes des autres en apparence, mais qui en fait conjoignent leurs effets. L'artificialisme, le simulationnisme, le présentisme, le prédictionnisme, le fictionnisme, le négationnisme, le complotisme et le nihilisme sont les huit formes de destitution de la réalité analysées dans cet essai.

    Comme l'avait vu le psychanalyste Jacques Lacan, c'est la psychose qui guette l'humanité.

    Christian Godin a publié une cinquantaine d'ouvrages, parmi lesquels on compte des travaux académiques (La Totalité, en sept volumes), des ouvrages scolaires et universitaires (Dictionnaire de philosophie), des ouvrages destinés au grand public (La Philosophie pour les Nuls) et des essais portant sur le monde et la société d'aujourd'hui (La Haine de la nature, La Démoralisation, Ce que sont devenus les péchés capitaux, Les lieux communs d'aujourd'hui, Qu'est-il arrivé à la beauté ?).

  • En se plaçant au-dessus des partis, le président Macron abuse d'une recette éprouvée depuis 1793. Le pouvoir exécutif, en la personne d'un sauveur, supplante le pouvoir législatif au risque de fragiliser la démocratie représentative. La modération du centre est censée constituer une réponse aux postures de droite et de gauche, repoussées aux extrêmes. La saison des tourne-veste prétendant inventer une nouvelle morale politique pour légitimer leur renoncement répète les crises françaises de la politique depuis 200 ans. La vie politique n'est pas bloquée par une lutte handicapante entre droite et gauche mais par un poison sournois ; celui d'un extrême centre qui vide de sa substance démocratique la République en la faisant irrémédiablement basculer dans l'autoritarisme.

    Pierre Serna est professeur d'histoire de la Révolution française à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

  • L'amour de la nature, l'intérêt pour la nature, la joie éprouvée en présence des paysages et des êtres de la nature font partie des présupposés courants jamais remis en question. Notre civilisation est bien plutôt marquée par la haine de la nature. De la

  • «Contre-philosophe» anti-système, Michel Onfray est entièrement dans le système. Adoubé partout, il phagocyte l'espace laissé vacant d'une époque (post-moderne) à bout de souffle et à court d'arguments. En finir avec Onfray propose une critique philosophique et stylistique qui retrace la genèse de l'escroquerie intellectuelle d'Onfray par rapport à Georges Bataille (mutilations, falsifications, attaques sous la ceinture, de toutes sortes, depuis 25 ans environ).

    L'ouvrage convoque notamment Ortega y Gasset, Roland Barthes, Shmuel Trigano et Jean-Michel Heimonet pour démontrer que derrière la gouaille d'Onfray, son esprit frondeur, se cachent des arguments d'une incroyable superficialité, répétitivité et rusticité, qui ne font qu'alimenter la massification et la boboïsation ambiantes.

    Gilles Mayné, professeur de littérature américaine à l'université Jean-Monnet de Saint-Étienne, a aussi enseigné aux États-Unis et à Toulouse. Il a notamment publié Pornographie, violence obscène, érotisme (Descartes & Cie, 2001).

  • L'homme moderne présente un mélange étonnant de volontarisme et de fatalisme : et si les deux tendances n'étaient tout compte fait que les deux aspects d'une même réalité ? Slogan nazi et stalinien dans les années 1930, le triomphe de la volonté, heureusement débarrassé de son hypothèque totalitaire, est devenu le programme implicite d'une époque qui, ne voulant plus rien recevoir des dieux ou de la nature, a relancé discrètement l'utopie de l'homme nouveau, désormais compatible avec le cadre démocratique.
    Comment cette exaltation de la volonté comme puissance individuelle et collective a-t-elle pu s'imposer contre des millénaires de traditions adverses ? Si nous sommes les héritiers d'une histoire, celle-ci peut être datée et elle n'est pas encore très longue.

  • Comme agencée pour être la plus anxiogène possible, la condition humaine semble une plaisanterie de mauvais goût. Que cela soit dû à un dieu amateur de farces cruelles ou à l'évolution aveugle, tout semble agencé pour que les hommes ne puissent jamais savoir à quel saint se vouer.

    Les cercles vicieux abondent. Ainsi les récits inventés pour sublimer l'effroi face à la mort sont merveilleux, mais on s'entretue en leur nom. Le noeud d'angoisse qui constitue les hommes engendre autant la cruauté que la compassion ou la créativité. Mauvais goût encore : les hommes célèbrent la vie, mais les organes qui la donnent les attirent (amour) et les répugnent (excrétion). Comme l'urine, l'âme surgit par le sexe. Humiliante bizarrerie.

  • L'humanité vieillit et elle s'acheminera doucement vers la mort, parce qu'elle n'aura plus la volonté de continuer, tout simplement.
    Cet essai philosophique, qui traite de questions que les philosophes négligent presque toujours (comme si l'existence de l'humanité allait de soi !) et qui sont presque toujours biaisées à cause des préjugés et a priori idéologiques, ne milite pour aucune cause. Le processus enclenché est irréversible et il concerne désormais l'humanité tout entière. Tel est le destin terminal de l'homme.

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