Editions Zoé

  • Nietzsche qualifiait Les Gens de Seldwyla de « trésor de la prose allemande », un recueil d'histoires parmi les rares selon lui qui méritent d'être « lues et relues ». Il faut situer cette oeuvre majeure du XIXe siècle entre Gogol pour son réalisme et Bouvard et Pécuchet pour sa satire.Seldwyla une petite ville proverbiale dans la campagne où rien n'est grave et où on est à la fois capable de se féliciter de ce que l'on est et doué d'autodérision. Où on a des idées, même si souvent la paresse prend le dessus. A Seldwyla, peu importe de creuser à nouveau une route fraîchement bitumée parce qu'on a oublié de remplacer les conduites d'eau.La narration est d'une vitalité telle qu'elle nous fait avancer à grands pas dans le récit. Les dialogues sont nombreux et l'ironie toujours présente.

    D'abord peintre et poète, Gottfried Keller (1819-1890) a ensuite été romancier et chancelier d'Etat à Zurich, notamment pendant la transformation libérale de la Suisse en 1848. Ecrivain réaliste d'une rare lucidité, il cultive également une délicieuse ironie et se laisse volontiers entraîner dans la satire carnavalesque.

  • Lorsque Nopporn accroche une aquarelle du Mont Mitaké dans son bureau, sa femme s'en étonne : elle est de facture si ordinaire. Pourtant, il aime la contempler: il était alors étudiant au Japon lorsqu'un haut dignitaire du Siam est arrivé à Tokyo avec sa jeune épouse, la princesse Kîrati. Nopporn doit veiller à ce qu'elle ne s'ennuie pas. Bien que de quinze ans son aînée, elle le fascine par sa beauté, sa grâce et sa maturité résignée. Nourri d'honnêtes intentions, il ne voit pas monter en lui les sentiments et le désir. La princesse le met en garde sans l'éloigner pour autant. L'aimerait-t-elle retour ?

    Sur le mont Mitaké, adapté deux fois au cinéma, est un des grands classiques de la littérature thaïe. Écrit en 1937, il mêle avec maestria éléments romantiques et réalistes.

    Sîbourapâ, nom de plume de Kulap Saipradit (1905-1974) est un intellectuel et romancier thaïlandais très engagé dans la lutte pour la justice sociale, et contre la censure. Avec sa femme, il traduisit de nombreux auteurs étrangers comme Austen, Tchekhov, Gorki. Sur le Mont Mitaké reste son chef-d'oeuvre, toujours étudié en Thaïlande et considéré aujourd'hui comme un des vingt plus grands romans de la littérature thaïe.

  • Dans la famille Jo, trois générations se côtoient : le grand-père, patriarche enrichi, conservateur et autoritaire, le père, homme moderne mais faible qui a embrassé le christianisme en même temps que la boisson et les femmes, et le fils, étudiant déjà marié et père de famille, qui sympathise avec des «istes» d'obédience étrangère. Nous sommes à la fin des années 1920, dans une Corée sous domination nippone. Ces trois hommes et leurs proches se cherchent, se heurtent et se querellent. Lorsque la santé du grand-père se détériore, les intrigues d'alcôve se déchaînent. Qui sera l'héritier ? Ce récit, paru en 1931 sous forme de feuilleton, est un classique de la littérature coréenne, passionnant par ses rebondissements autant que par son réalisme, d'une grande modernité littéraire.

    Après ses études au Japon, Yom Sang-Seop (1897-1963) retourne en Corée où il travaille comme journaliste et défend l'idée d'une littérature nationale. Auteur de récits et de romans, il devient le pionnier du réalisme et du naturalisme coréen. En 1928, après deux nouvelles années au Japon, il entre au quotidien Chosun Ilbo, où Trois Générations paraîtra sous forme de feuilleton en 1931. Yom Sang-seop est couronné de nombreux prix littéraires, dont le Prix de la Paix de l'Asie.

  • La babitchka (grand-mère en tchèque) de Bozena Nemcova est devenue au fil des ans la grand-mère la plus célèbre, la plus célébrée et la plus choyée de la littérature romanesque tchèque. D'un regard serein, cette vieille femme observe les saisons défiler sur une petite vallée de Bohême et lorsque celle-ci se voit troublée par les catastrophes naturelles, par la présence de l'armée, les vicissitudes de l'amour, la tragédie amoureuse ou la folie, sa sagesse et son humour, en quelques mots, ramènent calme et gaieté sur ce petit coin d'univers.
    Premier grand roman de la littérature tchèque, « chaleureux comme la parole maternelle » (Jaroslav Seifert), Babitchka fait l'objet d'un véritable culte dans son pays. La vallée de Ratiborice, au nord-est de la Bohême, rebaptisée « Vallée de Babitchka », continue d'être visitée, et le roman, trois fois adapté à l'écran, a connu plus d'une centaine d'éditions.

    BOZENA NEMCOVA (1820-1863), considérée comme la fondatrice de la prose tchèque et originaire de Vienne, arrive à Prague en 1842. En pleine Renaissance nationale, elle subit avec son mari la disgrâce de la monarchie. Au cours de sa vie, faite de conflits et de voyages, elle écrit un recueil de Contes et légendes nationales, suivi de feuilletons journalistiques qualifiés de « Tableaux ». Babitchka (Babicka). Tableaux de la vie campagnarde, paru en 1855, reste son oeuvre majeure.

  • « La mort, lorsqu'on la regarde trop longtemps et trop profondément, finit par attirer. » Pendant la Première Guerre mondiale, Apostol Bologa, jeune roumain de Transylvanie, est enrôlé dans l'armée austro-hongroise et participe avec zèle à la pendaison d'un soldat tchèque, déserteur. Le regard du pendu devient un objet de fascination morbide, puis un remords qui s'immisce dans l'esprit du jeune officier bientôt muté sur le front roumain. Là, il se bat contre ses concitoyens, rompt avec sa fiancée, s'éprend d'une jeune paysanne hongroise et pense à la désertion. Une nuit, il s'enfonce dans la forêt, passe les premiers barbelés et se fait arrêter.
    La Forêt des Pendus est l'oeuvre romanesque par excellence des peuples déchirés entre deux camps. Roman de guerre, de mort, d'amour, il met magnifiquement en scène la lâcheté, non pas celle du guerrier face à la mort, mais celle de l'homme face à sa propre vie.
    Le film adapté du roman a été primé à Cannes dans les années soixante mais le roman n'avait jamais été traduit en français.

    LIVIU REBREANU est né le 27 novembre 1885 dans une famille de Roumains libres de Transylvanie. Il connaît la gloire en 1920, avec Ion, puis avec La Forêt des Pendus en 1922. Considéré comme le créateur du roman roumain moderne, il meurt en 1944, laissant une oeuvre romanesque abondante

  • Choisissant son île natale comme cadre de la plupart de ses récits, Alexandre Papadiamantis a fait de Skiathos un des lieux les plus poétiques et romanesques de la Grèce. Les enfants meurent, les filles sont frappées de malédiction, les hommes boivent ou partent en Amérique sans que personne ne songe à se révolter. Car sur cette île règne une force occulte ; certains l'appellent Dieu, d'autres Destinée, d'autres encore Superstition. Autant dire que Skiathos est un résumé du monde et des passions humaines, un mystère où l'espace clos devient universel.
    Avec Autour de la lagune, un ensemble de récits particulièrement représentatifs de la langue et de l'univers imaginaire de l'auteur, le lecteur découvrira un des joyaux de la littérature européenne du XIXe siècle.

    Né à Skiathos dans les Sporades du Nord en 1851, d'un père pope, ALEXANDRE PAPADIAMANTIS consacre sa vie à l'écriture. Après avoir écrit des romans historiques, il s'est ensuite exclusivement adonné au genre de la nouvelle, laissant à sa mort, en 1911, près de deux cents récits qui font de lui le plus grand nouvelliste grec. Il reste, pour reprendre les mots de Milan Kundera, « l'ambassadeur du Roman au pays de Byzance ».

  • Le jeune don Luis de Vargas s'apprête à prononcer les voeux majeurs de la prêtrise. Élevé au séminaire par un oncle doyen qui lui a insufflé sa foi, il croit sa vocation inébranlable jusqu'au jour où il retourne sur sa terre natale, l'Andalousie. Là, tout vacille avec douceur. Dans une correspondance quotidienne adressée à son oncle, le jeune séminariste évoque le dégoût que lui inspirent les mondanités, son père, cacique du village, bon vivant plus proche des femmes que de Dieu, et la jeune veuve qu'il entend épouser, Pepita Jiménez, puis le souvenir doux et cruel de sa mère, sa vocation, sa foi et toujours et encore le charme de la belle Pepita. Jour après jour se dessine ainsi une éducation sentimentale fort délicate, et bien moins innocente qu'il n'y paraît.

  • Lorsque ce chef-d'oeuvre, Les Filles du préfet, paraît en Norvège en 1854 puis en 1855, il fait l'effet d'un véritable coup de tonnerre. Premier roman de la littérature norvégienne écrit par une femme, et premier roman féministe, il fait le récit d'une initiation sentimentale délicate, mais hautement dérangeante pour l'époque. Dans les années 1830, le jeune Georg Kold s'installe dans la famille du préfet Ramm comme fondé de pouvoir et précepteur des enfants, dont la cadette Sofie. Un fort élan amoureux pousse les deux jeunes gens l'un vers l'autre, mais se heurte à une société où le sentiment est regardé comme une faiblesse typiquement féminine dont il convient de se préserver.

    Née en 1830 dans une famille de la bonne société norvégienne, Camilla Collett s'inspire de sa propre vie sentimentale pour écrire ce roman resté célèbre. Femme de lettres reconnue qui influencera Ibsen, elle fait figure de visionnaire. En 1868, elle qui tenait à se distinguer d'une « George Sand hyperboréale » écrira : « Un incommensurable avenir se trouve devant la femme, un avenir qui donnera au monde un autre visage. Actuellement, des milliers de forces demeurent inutilisées et sont gâchées lamentablement... »

  • Y eut-il jamais destin de poète plus touchant que celui de Mácha ? Jeune homme prodige à la tête bouillonnante et aux moeurs frondeuses, le meilleur et le plus décrié des écrivains d'une génération héroïque qui dotait enfin la nation tchèque en pleine renaissance d'une oeuvre que l'époque crut aussi romantique qu'elle l'exigeait, et la victime d'un accident bête à l'âge de vingt-six ans, le jour où aurait dû être célébré son mariage.
    Pour la première fois, Xavier Galmiche nous offre la traduction française de ses plus beaux textes : son « roman romantique » Les Gitans, des récits historiques dans lesquels il fait revivre une Bohême médiévale pleine de chevaliers, de bourreaux et de brigands, des contes fantastiques comme Le Pèlerinage aux Monts-des-Géants ou Retour, des récits empreints de matière autobiographique, Images de ma vie, Un soir au Mont Bezdûz, Marinka, des fables à la limite du dialogue philosophique, Dissension des mondes, et bien sûr son grand poème Mai qui donna son envol à la littérature tchèque moderne. Il y ajoute son Journal qui permet d'entrevoir sur le vif la vie sociale et intime de l'écrivain ainsi que la genèse de ses oeuvres.

    Karel Hynek Mácha (1810 -1836), fils d'un garçon meunier miséreux, parvint à faire des études, approfondies par des lectures de grands poètes européens. Sa vie est précaire et il meurt du typhus dans sa jeunesse. Seul son poème, Mai, a été publié de son vivant, en 1836, et à compte d'auteur.

  • Romulus, le nègre, et Rémus, le mulâtre, tous deux fils de Marie, l'esclave africaine, sont les grands héros de ce premier roman de la littérature haïtienne. Incarnant tour à tour les personnages historiques de Toussaint Louverture, Dessalines, Rigaud ou Pétion, ils mènent le combat qui conduira le 1er janvier 1804 à l'indépendance de Saint-Domingue, devenue Haïti, et à la naissance de « la première république noire ».
    Combattant pour la liberté et l'indépendance nationale, ils se trompent, se découragent, s'affrontent pour finalement l'emporter, grâce à deux femmes, leur mère d'abord, et une jeune femme blanche, Stella. Allégorie de l'idéal révolutionnaire, Stella sera leur guide ; guerrière, elle se battra courageusement jusqu'à la victoire finale où elle dévoilera sa véritable identité : elle est la Liberté !
    Alors « il n'y aura bientôt plus sur la terre ni noirs, ni blancs, ni jaunes, ni Africains, ni Européens, ni Américains : il y aura des frères (...) Notre pays n'est pas étranger aux idées progressistes du siècle (...) »
    « Ce texte est un manifeste, celui du roman haïtien dont il annonce les fluctuations. » (Jean-Claude Fignolé)

    Émeric Bergeaud (1818-1858) a écrit Stella sur l'île de Saint-Thomas où son engagement politique l'avait contraint à l'exil. Il était conscient d'être le citoyen d'un pays nouveau qui venait de vivre une épopée, unique dans l'histoire, qui n'était pas reconnue par les grandes puissances.
    Préface de Anne Marty.

  • Ce Tristan et Iseult de la Méditerranée, célèbre de Venise à Constantinople, est traduit pour la première fois ici en langue française. Chants d'amours, tournois de chevalerie, actes de bravoure, glorification de l'honneur, filtres magiques, tous les éléments de la littérature courtoise sont là.
    Malgré lui, Erotocritos tombe éperdument amoureux de la fille du roi d'Athènes, la belle Arétousa. Elle, à son tour, est éprise. Mais son père ne veut rien savoir et l'emprisonne. Exilé, Erotocritos erre et dépérit, cherchant comment prouver au souverain qu'il est digne de sa bien-aimée.

    Erotocritos est une oeuvre majeure de la littérature européenne par le succès populaire qu'il a connu et connaît encore et par la force poétique de l'évocation amoureuse qui fait de lui le premier roman moderne de la littérature néo-hellénique. Georges Séféris, Prix Nobel de littérature et auteur du célèbre essai reproduit ici à la suite de l'oeuvre, disait que c'était « peut-être le seul, en tout cas l'un des très rares textes grecs qui sachent parler sensuellement dans un monde à l'érotisme refoulé ».

    Vitzentzos Cornaros est né en 1553 en Crète. Après avoir épousé une jeune Crétoise richement dotée, il occupe diverses fonctions parmi celles réservées aux nobles. Il rédigea Erotocritos de 1595 à 1605 et mourut en 1613 ou 1614.

  • Frondeur et roublard, Karaghiozis a l'imagination fertile dès qu'il s'agit de se remplir la panse ou de gagner quelques sous. Héritier du Karagöz turc, cousin de Nasr Eddin Hodja et parent de Polichinelle, avec lequel il partage sa bosse et son volumineux appendice nasal, notre héros s'expose à toutes les aventures et mésaventures, tourne son comparse Hadziavatis en bourrique et, avec force pirouettes, anathèmes et bastonnades, fait vaciller les assises du monde. Car, sous ses abords comiques, le répertoire du karaghiozis donne au petit peuple des villes l'occasion irrésistible d'ébranler l'ordre établi. Par la ruse et dans le rire, voici les puissants ridiculisés et les héros magnifiés grâce à la truculence de la langue et à la cocasserie souvent onirique des situations.
    Ces farces font vivre une tradition à la fois littéraire et populaire qui relie la Grèce moderne à l'Orient, proche ou lointain, rêvé ou réel, nous rappelant opportunément que les racines de notre culture européenne sont aussi à retrouver sur l'autre rive de la Méditerranée.

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