Editions Universitaires

  • Ils ont en partage un territoire sentimental et géographique, la Bretagne, et en commun le désir de confronter la question de l'écriture et de sa forme sur la scène du littéraire. Venant du cinéma et de la littérature pour l'un, des arts plastiques cl du théâtre pour l'autre, ils font tous deux une rencontre fondamentale, celle de Marguerite Duras, de son écriture, de ses écritures. De ce dialogue naît un désir de compagnonnage, c'est ainsi que Christophe Honoré, artiste associé au Théâtre de Lorient écrit La faculté pour un projet qu'Éric Vigner a nommé l'Académie. Il porte lui-même ou théâtre celte grande aventure littéraire et intellectuelle qu'est devenu le Nouveau Roman auquel Marguerite Duras, si elle en incarne une des figures majeures, se défendait d'appartenir.

  • « La vraie violence de la tragédie, c'est qu'on reste dans les ténèbres, tous. » Qu'est-ce qui pousse l'homme à sortir de l'humanité pour la violenter ? Thomas Jolly expose ici sa conception de la tragédie et de la pratique théâtrale. Dans l'adaptation de Thyeste de Sénèque, la mise en scène de « monstres » mythologiques témoigne de l'empathie du spectateur face à la faiblesse de la condition humaine. C'est l'histoire d'un crime innommable traduite par des mots, des sons et des images que seul ce théâtre artisanal et enchanteur peut produire.

  • « [...] ce sont des corps présents, physiques, visibles qui sont toujours en train d'évoquer des choses qui ne sont pas là, ce qui constitue le contrat imaginaire entre nous et le public. » Sopro, création 2017 de Tiago Rodrigues, nous amène au coeur du théâtre : la parole offerte au public le soir du spectacle. Si les mythes, les classiques, la tradition nous précèdent et nous dépassent, grâce au « contrat imaginaire » entre artistes et spectateurs la parole est libre de resurgir, ici et maintenant, sur les planches d'un plateau. Dans le devenir sans fin de l'histoire, une chose est sûre : sopro, le souffle des êtres humains, va rester à jamais...

  • « Pour moi il y a forcément la notion d'histoire, de raconter une histoire. » Passionné de contes et de « petites anecdotes » depuis l'enfance, Thomas Quillardet considère la notion d'histoire comme la pierre angulaire de la création théâtrale. Révélation du Festival 2017, ce jeune metteur en scène déclare avoir pleinement satisfait son inspiration artistique grâce à Tristesse et joie dans la vie des girafes, pièce qui a eu le mérite de concilier deux types de travail apparemment aussi différents que la traduction et la mise en scène. La rencontre entre ces deux activités ouvre un univers imaginaire destiné à un public de tout âge.

  • « Les philosophes doivent être clairs et non pas profonds. Certains d'entre eux sont profonds par vocation, ils aiment cela, ils aiment avoir un jargon ténébreux. Cela, c'est la philosophie romantique. Ce n'est pas ma philosophie ». Alain Badiou repense le lien qui unit théâtre, politique et philosophie. Sa République de Platon offre au spectateur d'observer l'oeuvre originale au travers du prisme contemporain, alimenté par les évolutions et révolutions politiques survenues au cours de l'histoire, plaçant ainsi la république au coeur du Festival d'Avignon.

  • « Je pense que la connaissance et la maîtrise, même virtuoses, comme c'était le cas classiquement, ne sont pas les seules conditions pertinentes pour avoir accès à l'art. Et je trouve que cette porte ouverte, cette démarche, est un chemin que chacun peut décider de prendre, où qu'il soit, quel qu'il soit. » Madeleine Louarn dénonce ici le mécanisme de domination qui assujettit les personnes handicapées. Son théâtre se caractérise par la mise en scène d'une vérité singulière, faite d'humilité et d'empathie. Dans une libre adaptation de l'univers kafkaïen, le handicap devient ainsi une passerelle pour mieux comprendre le monde, ses apparences et ses rapports de force. Face à la soumission au quotidien, il s'agit d'oeuvrer à une morale partagée, susceptible d'ouvrir de nouveaux espaces, de beauté et de liberté.

  • « Pour moi cette communauté de corps, cette agrégation de corps nus est un début possible de quelque chose, ou bien la fin. » Comédienne, dramaturge et metteuse en scène, Emma Dante trace un panorama de la scène italienne en le situant dans un plus vaste contexte européen. En parcourant l'histoire du théâtre des cinquante dernières années, elle observe l'évolution ininterrompue des expressions artistiques. C'est justement dans ce sillage que s'inscrit Bêtes de scène, à l'intérieur d'une recherche de formes esthétiques tant nouvelles qu'anciennes. Anciennes comme le théâtre, ou, plutôt, comme le genre humain.

  • « Je ne cherche donc absolument pas à enlever les rugosités que le handicap produit, les difficultés de parler, de maîtriser certaines choses. À travers ces difficultés se pose une question qui est humaine, profondément existentielle, celle de nos propres limites. [...] C'est extrêmement palpable chez eux sur le plateau, et c'est sans doute ce qui les rend profondément théâtraux. » Madeleine Louarn entend confronter ses comédiens à la puissance de la langue et du corps. Le théâtre devient alors un combat pour dépasser ses propres limites, pour aller au-delà du handicap, pour vivre, tout simplement, par la langue d'un autre.

  • « J'avais envie de vivre avec les mots, avec les auteurs et d'y être avec tous les autres. » Après le succès rencontré par l'adaptation de la trilogie de Don DeLillo au Festival d'Avignon 2018, cette nouvelle Leçon de l'université de Julien Gosselin permet d'approfondir la pensée du jeune metteur en scène et de découvrir son esthétique. Au fil de ces pages, il expose sa quête incessante de l'incarnation littéraire et de l'intensité émotionnelle. À travers l'exercice d'une vraie radicalité théâtrale, son intention est d'élargir l'expérience dramatique pour que chacun puisse profiter de l'extraordinaire énergie produite par cet art.

  • "Ce livre s'adresse à toutes les personnes concernées de près ou de loin par la petite enfance: parents, professionnels et autres.
    À partir d'un rappel clair des points importants du développement de l'enfant au cours des trois premières années de sa vie, ""L'explorateur nu"" propose de nombreuses activités de jeu, susceptibles de l'accompagner à tout moment dans ses multiples explorations motrices, sensorielles, sociales, qu'il soit à la maison ou dans toute structure d'accueil. ""L'explorateur nu"" n'a pas pour objectif d'être un catalogue de jeux ou de donner des modèles. Il espère simplement attirer l'attention sur l'harmonie du développement propre à chaque enfant, sur le rôle de tout ce qui l'entoure (personnes, objets, espaces...) pour le maintien de cette harmonie, et constituer un ""outil"" permettant l'improvisation de nouveaux jeux. ""L'explorateur nu"", un livre qui souhaite accompagner adultes et enfants dans un monde à découvrir ensemble."

  • « Sur la carte des théâtres et des rues d'Avignon, sur celle des cafés et des restaurants, peut se décalquer le palimpseste qu'est la vie du festivalier. » Né il y a 50 ans, le Festival OFF revendique aujourd'hui près d'un million de spectateurs. Derrière ce nombre se cachent pourtant des publics variés, vivant différemment l'événement. S'appuyant sur de nombreuses enquêtes menées auprès des festivaliers, les deux sociologues nous font découvrir les différentes façons d'entrer dans le festival. Ils peignent un paysage nuancé de son public, de ce que veut dire pour chacun « faire le OFF » et du changement de rapport à la ville que le Festival OFF induit pour les Avignonnais.

  • « Ce sont les animaux, les chevaux en particulier, qui m'ont expliqué tout cela. Grâce à eux, je sais que l'on ne peut pas faire l'économie, dans le processus d'éducation, de moments de séduction, parce que s'il n'y a pas cette émotion l'un pour l'autre, rien ne peut se passer. » Alexis Gruss « C'est la première fois que je me fais applaudir sans risquer ma vie ! » Firmin Gruss Ce livre à deux voix témoigne de l'engagement d'une famille d'artistes qui, sur six générations, fait vivre les arts du cirque. La piste, les relations filiales, les animaux, l'amour du métier et des traditions : la diversité des propos illustre la force et la beauté de ce cheminement unique en France.

  • « Essayer de faire du nouveau, de l'art, tenter quelque chose, c'est un combat ; que ce soit ce combat-là, c'est ce que j'espère du théâtre. Et voilà que quelque chose se constitue publiquement face à une oeuvre. Que cela doive se constituer dans une bataille, je pense que c'est de notre temps. » Quand Marie-José Malis aborde Hypérion d'Hlderlin, elle veut en transmettre la philosophie aux spectateurs. Le poète a imaginé une nouvelle organisation du monde pour atteindre le bonheur. Cela passe par la nécessité d'apprendre à aimer le monde, les hommes et tout ce qu'engendre l'humanité, entre autres, la pauvreté, les échecs et ne plus avoir peur de la perte. Voilà le bonheur de Marie-José Malis, des idées qu'elle propage sur la scène.

  • « Pour avoir le souffle de Claudel, il faut s'entraîner. Dans un seul verset, pour conserver un souffle qui tient l'unité de sens du vers du début à la fin, il faut avoir une maîtrise, une connaissance, une sagesse de son rapport au vers, très profondes. » Pour Christian Schiaretti, il ne s'agit pas seulement d'éduquer le comédien à la beauté de la scansion et du souffle, mais aussi d'affiner l'oreille du spectateur à l'élégance d'une belle formulation. La langue et son usage sont au coeur de son travail et il l'a prouvé en installant les Langagières dans le paysage poétique de Reims. Avec Mai, juin, juillet et son mélange générationnel, qu'il considère comme fondamental, Christian Schiaretti lie (par leur parcours similaire), et oppose (par leur positionnement tant politique que théâtral), Barrault et Vilar.

  • « Dans le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, on a besoin d'avoir des littératures immenses, d'être face à des choses qui sont gigantesques, pas par la taille ou la durée, mais par la pensée, l'élégance, la puissance de l'écriture. La situation est tellement critique qu'il ne suffit pas de choses « grandes » ou « bonnes », il faut des choses gigantesques. » Faut-il lire au théâtre ? Julien Gosselin montre à quel point il peut être intéressant, voire essentiel, d'aller au-delà du théâtre parlé. Le théâtre, c'est aussi une lecture, des vidéos, de la poésie, de la musique. Un mélange des genres mis en pièces autour de grandes oeuvres.

  • « Je ne cherche pas à être originale ou d'avant-garde. Non, pas du tout. Je cherche à être profondément influencée et la plus antique possible. » Dans cet entretien se déroulant le jour de la dernière de ¿Qué haré yo con esta espada?, Angélica Liddell revient longuement sur l'importance de l'écriture à ses yeux et son exigence de rigueur esthétique. Elle aborde ses principales influences, son rapport au monde et à sa violence. Loin de toute provocation, elle évoque notre être primitif, la relative capacité à l'étonnement de nos sociétés et son souhait d'amour.

  • Mes images en papier ont cet avantage que, si je m'octroie le culot d'en coller dans la ville, en trois minutes, quelqu'un peut les refuser et les déchirer. Le pochoir anéantit cette réciprocité, comme certains tags : il a un côté égoïste (je salope le mur et vous emmerde tous). J'aime bien que mes images puissent être refusées. La fragilité, comme la date, fait partie de la proposition plastique. Je crois que, si mes images ont ému, c'est qu'inconsciemment le public les a perçues comme fragiles, qu'il sait que leur mort est annoncée, qu'elles vont disparaître, et cela ajoute à la force suggestive de la chose.

  • « Mettre en scène » ne correspond en rien au travail que je fais aujourd'hui. J'ai quasiment supprimé la scène, transformé l'architecture théâtrale, rayé la notion de costumation, la notion de décoration et la notion de mise en scène elle-même. C'est donc un terme qui, dans mon cas, n'a plus de sens.

  • La rencontre du théâtre et de la littérature est compliquée, car elle se heurte à la frontière qui existe entre le livre et la scène. Chaque fois, le théâtre doit d'une nouvelle manière convaincre l'écrivain de sa nécessité puisqu' il pourrait s'arrêter à la nécessité première du livre. Il s'agit toujours d'un territoire à réinventer.

  • Des histoires vraies. De tous les jours et de toutes les couleurs. Illustrant le monde de l'Enfance. Des anecdotes multiples et variées déclenchant un regard nouveau sur la vie des enfants à la crèche, à l'école, au sein de leur famille. ainsi que sur les relations possibles entre nous, adultes, et ces personnes nommées "enfants", souvent mal connues, qui nous entourent. Une façon comme une autre de remettre, si besoin est, nos pendules à l'heure de l'enfance. Loin des théories stéréotypées et des méthodes "idéales" d'éducation. Des vertes et des pas mûres: un livre-témoignage, outil destiné à vous qui êtes aujourd'hui concernés par les enfants, quel que soit leur âge.

  • Combinant différentes disciplines artis­tiques et passion de la piste, Ex nihilo livre le processus de création des spectacles de la Compagnie Gruss. Créer la nouveauté à partir de l'ancien, faire vibrer le public par la mise en scène : un défi depuis un demi-siècle.

  • Quelles leçons pouvons-nous tirer des arts équestres ? En quoi et pourquoi le cirque peut-il aider à nous éduquer ? Voilà autant d'enjeux profonds, presque existentiels, qu'Alexis Grüss et son fils Firmin ont présentés le 30 mai 2017 à l'Université d'Avignon. Ils lançaient ainsi le Pôle d'Action Culturelle Équestre (PACE) associant les savoir-faire et les savoir-être d'une véritable dynastie d'artistes circassiens à la dynamique d'une université particulièrement attachée au monde de la culture. Par la rencontre de l'artiste et de l'étudiant, de l'écuyer et de l'universitaire, il s'agirait alors, comme le dit si bien Alexis Grüss, « d'élever notre intelligence sur la ruine de nos préjugés », pour mieux comprendre ce que signifie « éduquer ».

  • « S'inscrivant dans le droit fil de la Réforme, de Descartes et des Lumières, comme dans celui du libre examen et du rationalisme, la laïcité entretient un rapport singulier avec la morale, qu'elle veut circonscrite à l'humain, affranchie de tout dogme, de toute parole sacrée. Une morale civique et républicaine qui n'exclut pas mais n'impose pas de références religieuses. »

  • La répétition pour moi est le temps de l'esquisse, du brouillon, de ce qui advient. La répétition, c'est le temps de la forme, et de la forme menacée, parce que l'art du théâtre c'est fondamentalement l'art du refaire. Le refaire, voilà la grande question du théâtre.

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