Editions Rue d'Ulm

  • Bart le magnifique

    Shelby Foote

    • Editions rue d'ulm
    • 4 Mars 2022

    Réédité tardivement car Shelby Foote le jugeait trop ancré dans son histoire familiale, ce premier roman (1949) retrace l'ascension puis la chute d'un fils de fermier de l'East Mississippi - Hugh Bart, l'intrus aux talents éminents. Il parvient à intégrer la classe des grands planteurs du Delta et à restaurer dans sa splendeur d'antan Solitaire, fief de l'illustre lignée des Jameson qui compte parmi les siens l'un des fondateurs du comté et un héros de la guerre de Sécession.
    Il revient à son petit-fils de narrer la geste d'un aïeul victime de son penchant pour le romantique et le chevaleresque - véritable Don Quichotte du Delta et grand chasseur devant l'éternel, qui s'efforça en vain de maintenir les valeurs du Vieux Sud, sapées par l'irruption du progrès et de la modernité, et emportées par le vent de l'Histoire. L'intrigue se déroule pendant la période charnière d'un demi-siècle comprise entre la guerre de Sécession et la Première Guerre mondiale, où l'Amérique perd définitivement son innocence originelle de « Peuple élu de Dieu ».
    Salué par Faulkner à sa parution, Bart le magnifique, dans la lignée des Illusions perdues, évoque un destin individuel hors du commun sur fond de fresque historique, en contribuant tout à la fois à déconstruire et à perpétuer les mythes du Sud des États-Unis. À l'instar du grand classique de William Alexander Percy, Lanterns on the Levee: Recollections of a Planter's Son (1941), le récit éclaire d'un jour cruel cette terre fascinante qui a légué à la nation des Pères fondateurs ses tares les plus funestes, mais aussi donné à la littérature américaine - de William Faulkner à Eudora Welty et de Flannery O'Connor à Thomas Wolfe - quelques-unes de ses voix les plus illustres.
    Du pathétique au tragique en passant par l'ironie et l'humour, l'écrivain y exploite avec une jubilation communicative les multiples ressources lexicales et stylistiques de la langue américaine, et livre dans sa préface à la réédition de 1987, qui vient clore tous ses romans publiés, des éléments décisifs pour la lecture de tout l'oeuvre à venir.

  • Le pays des sapins pointus Nouv.

    Le pays des sapins pointus

    Sarah Orne Jewett

    • Editions rue d'ulm
    • 6 Mai 2022

    « Si je devais donner le nom de tous les ouvrages américains qui promettent d’avoir une longue, même une très longue vie, je dirais sans hésiter La Lettre écarlate, Huckleberry Finn et Le Pays des sapins pointus. » Ces mots de Willa Cather tirés de sa préface de 1925 au livre de Jewett (1re éd. 1896) étonneront sans doute le lectorat français qui connaît mieux, de la cartographie littéraire de la Nouvelle-Angleterre, le Boston de Henry James, le Salem de Hawthorne ou le Walden de Thoreau.
    Jewett a ancré ses récits dans son Maine natal, modelant son écriture sur ces « arpents de granite » qu’évoquait avant elle Emily Dickinson. Mais il est un autre « pays » qui s’esquisse dans ces pages écrites à l’aune du féminin et dans les marges critiques d’une nation en passe de devenir un empire. Loin de la carte désuète d’un monde disparu, Le Pays des sapins pointus est un livre frontière qui inquiète la pensée cadastrée, fait bouger les identités et troubles les appartenances.

  • Servabo, mémoire de la fin du siècle

    Luigi Pintor

    • Editions rue d'ulm
    • 14 Janvier 2022

    « Un livre sert à celui qui l'écrit, rarement à celui qui le lit, c'est pourquoi les bibliothèques sont pleines de livres inutiles. » Ainsi s'achève l'autobiographie de Luigi Pintor, texte pourtant parmi les plus essentiels qu'il puisse être donné de lire, pudique, profond, bouleversant. Dans une vie, que devons-nous à nous-mêmes et qu'est-ce qui tient à l'époque où nous vivons ? Traversant un demi-siècle d'histoire, de l'enfance heureuse à l'expérience décisive de la Seconde Guerre mondiale, de la Résistance au rêve d'une société différente, du journalisme engagé aux épreuves politiques et personnelles, ces pages sensibles, imagées et volontairement sobres dressent le portrait d'un homme fidèle à lui-même, à ses engagements et à ses idéaux, dans une écriture à l'ironie vibrante digne des plus grands - La Rochefoucauld, Leopardi, Rilke ou Calvino.

  • Emily Dickinson, l'évidence obscure Nouv.

    Emily Dickinson, l'évidence obscure

    Pierre-Yves Pétillon

    • Editions rue d'ulm
    • 6 Mai 2022

    « Faut-il comprendre la poésie d’Emily Dickinson ? »
    Par l’audace d’une telle interrogation, Pascal Aquien avait posé d’emblée la question qui traverse ce livre, établissant avec force l’évidence obscure de la poésie de Dickinson comme s’approchant de celle du monde. Il signalait, d’entrée de jeu, le danger qui menace l’herméneute, affronté à l’épreuve de l’inexpliqué, au poids de non-sens du poème, qui exige pourtant d’être lu à la lettre.
    Poète américaine majeure, Emily Dickinson (Amherst, Massachusetts 1830-1886) a vécu une vie introvertie et recluse et ne fut quasiment pas publiée de son vivant. Unique pour son époque, non conventionnelle, son œuvre n’est connue dans toute son étendue qu’après sa mort et il faudra attendre le milieu du XXe siècle pour qu’en paraisse un recueil complet et intact.
    On trouvera ici des lectures qui se sont nourries d’une longue fréquentation poétique. On fera profit de très belles « explications de texte » qui sont autant d’approches du sens. Surtout, chacun se trouvera relancé dans sa lecture personnelle, fortifié et démuni, invité à reprendre la tâche, à refaire ces parcours afin d’en découvrir d’autres. En vue de nouveaux et précaires « arrangements » du sens et de ses éclipses.
    Suivi d’un choix de poèmes en bilingue

  • Mario Rigoni Stern aurait eu cent ans le 1er novembre 2021. Comment naît un écrivain de cette envergure ? par quelle conjonction d'éléments décisifs ? dans quel lieu, quels paysages ?
    Le plateau d'Asiago, au nord-est de l'Italie, a été fondamental pour lui : il l'a forgé, éduqué, nourri, puis, après la Seconde Guerre mondiale, apaisé, soigné, réconcilié avec la vie. Et l'auteur du Sergent dans la neige le lui a bien rendu. En décrivant ce haut plateau l'Altipiano, cette étonnante île de terre suspendue au-dessus de la plaine de Vénétie, en chroniquant la vie de son peuple, Rigoni Stern a parlé du monde entier, préfigurant la pensée écologiste globale. Son oeuvre exalte la possible relation équilibrée entre l'homme et la nature, mais aussi entre les hommes, simples composants du vivant.
    Loïc Seron a parcouru ces lieux à pied et en toutes saisons pour évoquer l'esprit d'un homme qui a tiré de sa montagne la force de vivre debout et de se souvenir, la volonté de comprendre et de témoigner, en harmonie avec le monde.
    Dialogue intime d'images et de mots, son cheminement célèbre un paysage, une voix, un idéal humaniste, comme pour répondre à cette question : qu'est-ce qui compte vraiment ?

  • Famille, travail, logement : ces trois domaines de la vie sociale sont centraux dans la production des inégalités et des formes de marginalisation institutionnalisées dans, par, mais aussi en dehors de notre système de protection sociale. La dérive néolibérale du modèle pensé en 1945 a contribué, depuis le milieu des années 1970, à laisser de côté des pans entiers de la population et le moment électoral de 2022 sera sans nul doute décisif pour l'avenir de notre modèle social.
    À travers ces cinq conférences publiées il y a une dizaine d'années avec l'Association Emmaüs, et rapidement indisponibles en librairie, on voit les profondes métamorphoses intervenues dans notre pays dans l'univers de la famille (Singly), du travail (Baudelot, Weber), des migrations (Étiemble) ou du logement (Bouillon). Comme le montre Nicolas Duvoux dans sa préface, il est urgent de concevoir et de mettre effectivement en place un plan de relance capable de refonder un système social devenu totalement obsolète par rapport aux réalités de la France contemporaine.

  • Le 11 janvier 2013, dans une allocution télévisée, le président François Hollande annonçait que la France intervenait militairement pour venir en aide au Mali, alors que des groupes armés qualifiés de terroristes semblaient se diriger vers la capitale, Bamako. Cela marquait le début de l’opération Serval. Quoi de plus proche, en apparence, d’une décision souveraine et individuelle que cette annonce ? Le propos de cet ouvrage, appuyé sur un travail de terrain de plusieurs années (sources ouvertes, archives classifiées, entretiens, prosopographie…), est pourtant à rebours d’une perspective qui prétendrait isoler des moments discrets de la décision en en faisant une substance, saisissable et traçable : il s’attache à déplier ce que sont toutes les conditions plus générales de possibilité d’une entrée en guerre, et à identifier les luttes politiques et bureaucratiques au sein de l’appareil d’État dans lesquelles elle s’encastre. Il entend aussi montrer que l’on peut travailler empiriquement sur les sommets de l’État, fût-ce dans des domaines que l’on imagine verrouillés par le « secret défense », et que les relations internationales relèvent, en cela, du travail ordinaire des sciences sociales.

  • Le livre coeur

    Edmondo De Amicis

    • Editions rue d'ulm
    • 30 Mars 2022

    Cuore [Cœur], que les Italiens appellent couramment Le Livre Cœur, a été le texte le plus lu en Italie entre sa publication en 1886 et la fin des années 1960. Reconstituant les multiples évènements d’une année scolaire vécue par des enfants de Turin, il a connu une immense fortune littéraire avant de susciter chez certains intellectuels de notre temps comme Umberto Eco une profonde et spirituelle aversion. Sa portée pédagogique et politique est comparable, pour l’Italie de la fin du XIXe siècle, à celle du Tour de la France par deux enfants sous la IIIe République. Restituant une société où les apprentissages personnels prennent leur sens en incarnant une communauté nationale idéale, il permet d’appréhender l’alchimie rêvée des vertus individuelles, civiques et patriotiques dans l’Italie libérale et bourgeoise une génération après son unification.

  • Lettres a un jeune londonien

    Thackeray W M.

    • Editions rue d'ulm
    • 24 Mai 2021

    Parues en feuilleton dans le magazine satirique Punch, entre 1847 et 1848, sous la forme d'une correspondance fictive entre un vieil oncle et son neveu, les Lettres à un jeune Londonien sont un vade-mecum existentiel et un guide du savoir-vivre. Cet inédit offre une introduction savoureuse à l'un des meilleurs auteurs de langue anglaise et une belle récréation aux amateurs de Thackeray, qui retrouveront le style singulièrement mordant du grand victorien.

  • Contemporain de l'Histoire de la folie à l'âge classique de Michel Foucault, The Discovery of the Unconscious. The History and Evolution of Dynamic Psychiatry d'Henri Ellenberger est certainement l'un des livres les plus marquants en histoire de la psychiatrie, un champ de recherche qui a connu un développement formidable dans le monde ces dernières décennies. Mais comment s'insère-t-il dans l'histoire des sciences sociales ? Cet essai sur l'histoire comparée promue par Ellenberger présente plusieurs facettes de ses travaux, en relation avec des médecins et intellectuels significatifs comme Karl Menninger, Georges Devereux, Henri Ey, Georges Canguilhem, Arthur J. Rosenthal et George Mora. Pour la première fois, une analyse fondée sur des documents d'archives introduit Henri Ellenberger comme un élève de l'ethnographe Arnold Van Gennep et un lecteur assidu d'autres comparatistes, démarche qui l'amènera à s'imposer en histoire culturelle.

  • L'amour en saison sèche

    Shelby Foote

    • Editions rue d'ulm
    • 4 Octobre 2019

    Traduit une première fois en 1953, ce roman faulknérien servi par une écriture splendide devait être réédité. Il égale, à plus d'un titre, les plus belles réussites de la littérature sudiste contemporaine, et c'était celui de ses six romans que Shelby Foote préférait.
    Ampleur de la période historique embrassée, de la fin de la guerre de Sécession à la Seconde Guerre mondiale, ingéniosité de l'intrigue, personnages inoubliables, subtilité de l'analyse psychologique, richesse des thématiques abor­dées, exigence non dénuée d'humanité, portée par un humour parfois désespérant - L'Amour en saison sèche démontre de manière exemplaire ce que peut être une fidélité vraiment créatrice.
    L'oeuvre nous transporte dans ce Sud qui a toujours fasciné les lecteurs français à travers ses plus brillants représentants : Edgar Poe, Eudora Welty, Flannery O'Connor, Truman Capote, Erskine Caldwell, William Styron...
    Une redécouverte.
    Du même auteur sont disponibles en français : Shiloh (Rivages, 2019), Tourbillon (Imaginaire Gallimard, 2006), L'Enfant de la fièvre (nouvelles, Imaginaire Gallimard, 1986), Septembre en noir et blanc (10/18, 1984).

  • La guerre des pauvres

    Revelli/Laugier

    • Editions rue d'ulm
    • 7 Octobre 2020

    Paru chez Einaudi en 1962 et régulièrement réédité depuis, La Guerre des pauvres fait revivre, à partir du journal tenu par l'auteur, un chapitre héroïque méconnu de l'histoire de l'Italie, depuis la campagne de Russie (il s'engage en juillet 42) jusqu'à la Libération (Cuneo est libérée fin avril 45).
    Officier du corps expéditionnaire italien sur le front de l'Est dans la division Tridentina, Revelli raconte l'immense défaite et la retraite tragique qui, à la suite de la contre-offensive russe sur le Don, jettent à travers la steppe gelée des dizaines de milliers d'hommes, dont peu survivront. Après, écrit-il, sa vie ne sera plus la même. Quittant l'armée, il prend les armes dans le maquis des Alpes et mène au jour le jour, comme chef partisan puis en tant que commandant de l'une des brigades antifascistes Giustizia e libertà, un autre combat - contre les détachements mussoliniens de la République de Salò et contre les troupes hitlériennes.
    Au fil des jours et des pages de ce livre-vérité s'affirment la cohérence d'un destin individuel, la dignité des humbles pris dans la folie absurde de l'histoire, la force du témoignage sur « la guerre vue d'en bas ». Portées par une prose sèche et abrupte, une écriture blanche de mémorialiste qui s'invente en marchant et en luttant, loin de la rhétorique du combat ou du sentiment.
    Entre Le Sergent dans la neige de Mario Rigoni Stern (1953) et La Guerre sur les collines de Beppe Fenoglio (1968), une autre voix s'élève, qui confère à ces antimémoires de guerre la dimension d'une épopée.

  • De Francesca à Béatrice ; à travers la Divine Comédie

    Victoria Ocampo

    • Editions rue d'ulm
    • 18 Février 2021

    Écrit directement en français il y a exactement un siècle, en 1921, à l'occasion du sixième centenaire de la mort de Dante, De Francesca à Béatrice est le premier essai original de V. Ocampo. Très tôt, le texte de Dante est devenu pour elle le lieu d'une méditation personnelle, comme chez T. S. Eliot ou O. Mandelstam. Mais quand Eliot formule, à travers le Florentin, sa conception personnelle de la poésie, quand Mandelstam se penche avec lui sur la douleur de l'exil, Ocampo revient, avec Francesca, avec Béatrice, et guidée par Dante, à la méditation de « l'amour incorruptible, impérissable, qui émeut encore le monde ».
    Publié en 1924 dans une traduction espagnole présentée par J. Ortega y Gasset, le texte ne parut dans sa « version française » originale qu'en 1926 (Paris, Bossard) : la présente édition le restitue pour la première fois aux lecteurs français.

  • Gilles deleuze. la guepe et l'orchidee

    Arnaud Villani

    • Editions rue d'ulm
    • 14 Septembre 2020

    Deleuze. La guêpe et l'orchidée est paru en 1999 aux éditions Belin dans la collection « L'extrême contemporain ». Cet ouvrage était prêt pour l'essentiel des années auparavant et avait été lu en manuscrit en 1985 par Gilles Deleuze, qui en évoque la lecture dans une lettre privée, publié pour la première fois dans ce livre. Épuisé depuis longtemps, l'ouvrage est ici réédité avec l'adjonction d'un chapitre introductif, insistant sur l'apparition, à côté de Deleuze et de Guattari, d'une sorte de tiers que l'on peut nommer D&G. Les progrès considérables de la littérature secondaire sur l'oeuvre majeure de Gilles Deleuze n'ont pas paru devoir inciter à renoncer à cette réédition, qui permet entre autres d'accéder à une lettre essentielle de Deleuze sur les raisons qui légitiment une publication en philosophie, et à ses réponses à un questionnaire où il affirme notamment qu'il « se sent pur métaphysicien ».
    C'est le premier livre écrit sur Deleuze, antérieur par exemple à celui de Jean-Clet Martin (Payot, 1993, rééd. format poche 2019).

  • Un carrosse démocratique

    Edmondo De Amicis

    • Editions rue d'ulm
    • 7 Février 2020

    Ce texte est né d'une idée originale de De Amicis : faire des tramways à chevaux de Turin à la fin du XIXe siècle un sujet d'écriture romanesque. Pendant les douze mois de l'année 1896 (une année marquée par la funeste guerre d'Afrique entre l'Italie et l'Éthiopie), ces « carrosses pour tous » qui sont un lieu de rencontre des différentes classes sociales, serviront à l'écrivain d'observatoire privilégié. Dans ce roman « expérimental » - qui pourrait aussi être défini comme un singulier récit de voyage et un livre-enquête -, les personnages sont les passagers, dont certains, au gré de leurs apparitions répétées, vont composer une véritable galerie : leurs personnalités, révélées par le regard pénétrant du narrateur, forment un roman choral où les trajectoires des uns et des autres se trouvent reliées au sein d'une structure unitaire. La simplicité de l'invention est compensée par la précision avec laquelle est décrite la société d'une grande ville italienne, fière des gloires du Risorgimento mais vivant à l'enseigne d'une activité intense et de la culture de masse naissante. La « question sociale » joue un rôle fondamental et constitue l'un des filtres du jugement de De Amicis, qui venait d'adhérer au parti socialiste ; sa vision du socialisme ici n'est pas celle de la lutte des classes, mais plutôt d'une collaboration apaisée.
    Le texte est inédit en français.

  • Beethoven ; une philosophie de la musique

    Theodor Wiesengrund Adorno

    • Éditions rue d'ulm via openedition
    • 15 Novembre 2021

    Pendant plus de trente ans, Adorno a nourri le projet d'une monographie consacrée à Beethoven, que sa disparition brutale en 1969 ne lui a pas permis d'achever. Collectés dans ses carnets et complétés par des extraits d'oeuvres publiées, les fragments réunis dans ce volume permettent de cerner l'armature de cette « philosophie de la musique » inédite. Passant avec virtuosité des analyses musicales les plus fines à l'interprétation philosophique la plus audacieuse, Adorno déchiffre dans la musique de Beethoven le destin contrasté des Lumières au moment où le capitalisme prend son essor. Il donne également à la contemporanéité de Beethoven et de Hegel (tous deux nés en 1770) un sens philosophique décisif, qui éclaire l'affinité élective qui dans toute son oeuvre unit musique et philosophie. Quant aux analyses consacrées au « style tardif » de Beethoven, elles sont devenues, en un temps où le sentiment de l'après n'a peut-être jamais été aussi vif, une référence incontournable. Si Adorno a souvent été présenté comme le porte-parole de Schoenberg, ces textes et fragments montrent à quel point toute sa philosophie de la musique, si ce n'est l'ensemble de sa pensée, gravite autour de ce foyer qui porte le nom de Beethoven.

  • Le sens de cet essai est clair : la pandémie à la Covid-19 est une forme inédite de la mondialisation, dont le management consiste à susciter une peur folle, en grande partie coupée de sa dangerosité réelle. Cette peur, caricature jumelle de la « mauvaise précarité » contemporaine, s'oppose à la « bonne précarité », autre nom de la solidarité entre personnes vulnérables, indispensable à la fabrique de la confiance nécessaire pour vivre en société.
    Un exemple simple. Depuis quelques décennies, il est possible de voyager deux heures en TGV, de Paris à Lyon, sans que nos voisins immédiats nous parlent, nous sourient, nous regardent, même si nous tentons d'engager la conversation ou juste d'échanger quelques mots : c'est avoir le masque par une peur contagieuse de l'autre proche, peur que l'on retrouve... dans la pandémie. Et cela pas seulement en France, et avec des variations évidentes selon les régions du monde et les personnes.
    Dans ce contexte, le sujet humain est réduit à l'angoisse constante de perdre sa vie biologique, otage d'un état d'exception permanent, ou urgence sanitaire, qui le rend fou d'incertitude quant à la fiabilité des liens sociaux et à la notion même d'avenir. C'est l'effet pervers du biopouvoir.
    Les antidotes ? Tout ce qui facilite le retour à une bonne précarité et permet de vivre avec les autres, dans le grand temps. Et la compréhension du contexte dans lequel cette pandémie prend place : ni fantasme ni apocalypse, elle révèle et exacerbe le monde où nous habitons.

  • Souvenirs de la chambre de l'ombre du bracelet

    Tianxiao Bao

    • Editions rue d'ulm
    • 4 Février 2021

    Les Souvenirs de Bao Tianxiao constituent une source extrêmement riche pour l'histoire culturelle et sociale de la Chine à l'époque charnière où le régime impérial s'effondra. De l'atmosphère d'une salle de concours mandarinal à la vie d'un journaliste à Shanghai en 1906, en passant par les stratégies innovantes des revues littéraires ou la fréquentation des «?maisons de thé?», ces mémoires dépeignent le monde des entrepreneurs modernes qui fut le sien. Son parcours révèle comment l'ouverture à la diversité intellectuelle, stylistique, narrative et éditoriale du monde culturel des années 1910 s'est conjuguée avec la première expérience démocratique du pays et avec la diffusion - toujours heurtée - de valeurs républicaines au sein d'un espace public résolument ouvert. Avant le Mouvement du 4 mai 1919, nourri de clivages littéraires et idéologiques, la sphère publique des années 1900-1920 s'est en effet distinguée par une liberté rarement atteinte dans le ton de la presse comme dans la création artistique et l'appartenance politique.

  • La crise de la dette souveraine de la zone euro au début de l'année 2010 et plus encore les conséquences de la crise de la Covid sur l'activité et les besoins de financement des dépenses publiques ont relancé une vieille idée : celle de la « monnaie hélicoptère » qui permettrait d'injecter de la monnaie dans l'économie sous forme de transferts directs aux individus plutôt que par l'intermédiaire d'interventions des banques centrales sur les marchés des titres ou par des prêts aux banques.
    Cette idée est plus que jamais d'actualité. L'hélicoptère monétaire a des effets sur l'activité, l'inflation, l'efficacité de la politique monétaire, la distribution des revenus, distincts des canaux traditionnels de la politique monétaire. Elle soulève la question de l'indépendance de la politique budgétaire par rapport à la politique monétaire et de la légitimité démocratique de cette dernière dans le contexte d'une union monétaire et d'un institut d'émission indépendant.
    Fondé sur une conférence organisée par le CEPREMAP, l'École d'économie de Paris et la Fondation Banque de France qui réunissait des chercheurs de niveau international, cet ouvrage présente l'essentiel des enjeux de l'hélicoptère monétaire de manière accessible à un large public informé ainsi qu'à des étudiants en économie de tout niveau.

  • Vivantes figures

    Carl Einstein

    • Éditions rue d'ulm via openedition
    • 31 Août 2020

    Vivantes figures - tel est le titre que nous avons donné à un ensemble d'essais de Carl Einstein qui ont en commun de traiter de questions esthétiques, abordées aussi bien en rapport avec les arts plastiques ou les arts vivants (théâtre, danse) qu'en lien avec la littérature. Ainsi réunis pour la première fois, ces textes, pour partie posthumes, dont la rédaction s'étend des années 1910 aux années 1930, renouvellent fortement l'image de Carl Einstein. Il n'est pas seulement l'un des premiers critiques d'art ayant livré dès les années 1910 une analyse percutante des arts sculptés d'Afrique et de la peinture cubiste. C'est aussi un théoricien extrêmement inventif qui, dans les essais qu'il avait l'intention de réunir dans une Esthétique expérimentale, a livré les passionnants aperçus d'une pensée de la « vie » des oeuvres et des modalités d'une animation de l'espace artistique. Inlassablement, en dialogue avec des disciplines comme la psychologie, l'anthropologie et la sociologie, Einstein cherche à éclairer les conditions de possibilité d'une création qui, échappant à la répétition du donné, inaugure de nouvelles manières de métamorphoser les représentations et de « briser la standardisation causale du monde ».

  • Après la publication du Soi et son cerveau (Rue d'Ulm, oct. 2018), ce volume vient clore la publication des oeuvres de Popper en langue française (à l'exception de textes datés consacrés quasi exclusivement à la physique quantique).
    Les écrits de jeunesse montrent la genèse de l'oeuvre poppérienne dans une Vienne éducatrice et matrice de savoirs neufs (réforme scolaire, néopsychologie, Cercle de Vienne) au sein d'un milieu cosmopolite progressiste, et l'environnement d'un penseur enthousiaste dans ses premières réalisations. Ils traitent aussi bien de la relation élève-enseignant que du processus de mémorisation, de l'idée de patrie que de l'« expérience vécue de la règle ».

  • Instructions pour la réalisation d'une carte générale des langues

    Wilheim Von Humboldt

    • Editions rue d'ulm
    • 10 Janvier 2020

    Le Goethe-und-Schiller-Archiv de Weimar conserve un document fascinant : les « Instructions pour la réalisation d'une carte générale des langues » adressées par W. von Humboldt à Goethe le 15 novembre 1812. Elles devaient fournir à ce dernier les indications nécessaires à l'établissement d'une carte des langues d'Europe qu'il avait appelée de ses voeux à la suite d'un séjour commun à Carlsbad en juin 1812. Bien que Goethe se soit attelé à la tâche, jusqu'à faire monter sur des planches à dessin des fonds de carte d'Europe afin de les colorer, rien ne prouve que la carte ait été effectivement produite. Seul subsiste aujourd'hui ce document. Encore inédit en Allemagne, il est reproduit en fac-similé et traduit ici pour la première fois.
    Témoin d'un projet plus vaste de cartographie des langues du monde, le texte ouvre une fenêtre sur un moment particulier de l'histoire, et de la rencontre, des études linguistiques et de la cartographie. Outre la carte elle-même, réalisée aujourd'hui, nous proposons au lecteur des voies d'approche pour mieux comprendre ce projet dans son contexte scientifique et littéraire, en retraçant ses étapes successives, en explorant le rapport entre langues et géographie chez Humboldt, en le replaçant dans le contexte de l'histoire de la cartographie et en éclairant le rôle des représentations spatiales et des cartes dans l'oeuvre de Goethe.
    Édition de David BLANKENSTEIN, Julien CAVERO, Mandana COVINDASSAMY et Sandrine MAUFROY.

  • Philosopher en langues ; les intraduisibles en traduction

    Barbara Cassin

    • Editions rue d'ulm
    • 19 Novembre 2014

    Cet ouvrage, délibérément multilingue, est un ouvrage de traduction et sur la traduction. Il poursuit le geste du Vocabulaire européen des philosophies publié il y a 10 ans et constitue un manifeste à la fois philosophique et politique pour la diversité des langues. La traduction, comme savoir-faire avec les différences, devient visiblement l'un des meilleurs paradigmes, sans doute aujourd'hui le plus fécond, pour les sciences humaines.

  • Nul, au temps de Shakespeare, n'a su autant que lui transmuer l'obscénité verbale en énergie dramatique, jusqu'à produire sous l'intrigue officielle de ses pièces un tout autre spectacle, fait des péripéties salaces du langage lui-même.
    C'est à cette production parallèle, à cet autre théâtre, le plus souvent désopilant, que nous sommes invités à assister ici. On y découvre un pan méconnu du génie créateur de Shakespeare. Car ce montreur d'hommes est aussi un pornographe hors pair, assurément le plus doué de sa génération. De sa première à sa dernière (39e ?) pièce, il a cultivé systématiquement une double entente saturée d'obscénité, qui va bien au-delà de la trouvaille ponctuelle, dans le cadre d'une véritable stratégie dramaturgique de l'équivoque.
    Ce voyage d'exploration pourra éclairer les anglicistes, les traducteurs ou les gens de théâtre. Il se lit aussi comme un recueil des mille et un contes grivois qui composent, pourrait-on dire, le Décaméron de Shakespeare.

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