Editions Boréal

  • Connaissez-vous Massasoit, le vieux sage de la nation wampanoag, Jean-Baptiste Faribault et Michel Laframboise, ces aventuriers canadiens-français qui ont bâti l'Ouest américain, ou l'oncle Yvan, revenu de la guerre alors que plus personne ne l'attendait, ou la tante Monique de Santa Monica ? Saviez-vous qu'une vieille Honda était douée de parole, qu'une grande tortue sacrée vivait dans la rue Pie-IX, qu'un camion des années 1950 avait des yeux, et que ces yeux pouvaient parfois être tristes ? Voilà quelques-unes des merveilles que l'on découvre ici. Après «C'était au temps des mammouths laineux» (2012), voici de nouveau une trentaine de petits essais écrits avec cet art qui est la marque unique de Serge Bouchard, le timbre même de sa voix : un art qui est à la fois celui de l'anthropologue, nourri par une attention passionnée aux visages et aux récits inépuisables des humains, et celui du poète, confiant dans les pouvoirs révélateurs de l'imagination et du langage.

  • « Je suis un grand-père du temps des mammouths laineux, je suis d'une race lourde et lente, éteinte depuis longtemps. Et c'est miracle que je puisse encore parler la même langue que vous, apercevoir vos beaux yeux écarquillés et vos minois surpris, votre étonnement devant pareilles révélations. Cela a existé, un temps passé où rien ne se passait. Nous avons cheminé quand même à travers nos propres miroirs. Dans notre monde où l'imagerie était faible, l'imaginaire était puissant. Je me revois jeune, je revois le grand ciel bleu au-delà des réservoirs d'essence de la Shell, je me souviens de mon amour des orages et du vent, de mon amour des chiens, de la vie et de l'hiver. Et nous pensions alors que nos mains étaient faites pour prendre, que nos jambes étaient faites pour courir, que nos bouches étaient faites pour parler. Nous ne pouvions pas savoir que nous faisions fausse route et que l'avenir allait tout redresser. Sur les genoux de mon père, quand il prenait deux secondes pour se rassurer et s'assurer de notre existence, je regardais les volutes de fumée de sa cigarette lui sortir de la bouche, par nuages compacts et ourlés. Cela sentait bon. Il nous contait un ou deux mensonges merveilleux, des mensonges dont je me rappelle encore les tenants et ficelles. Puis il reprenait la route, avec sa gueule d'acteur américain, en nous disant que nous étions forts, que nous étions neufs, et qu'il ne fallait croire qu'en nous-mêmes. » Avec sa manière inimitable, sur le ton de la confidence, Serge Bouchard jette un regard sensible et nostalgique sur le chemin parcouru. Son enfance, son métier d'anthropologue, sa fascination pour les cultures autochtones, pour celle des truckers, son amour de l'écriture.

  • Le Québec est, jusqu'à nouvel ordre, une simple province, et les Québécois sont des « provinciaux ». Dans ce recueil de textes, qui fait suite à ses « Chroniques d'un temps loufoque », François Ricard nous fait prendre conscience des avantages qu'il y a à vivre dans une province et à ne pas se trouver aux commandes du monde, ne serait-ce que la possibilité de voir celui-ci d'un peu loin, donc de le critiquer plus librement.

    Mettant à profit ce recul favorable à la réflexion, il nous invite à nous pencher sur des questions qu'on évite le plus souvent : Qu'est-ce qu'être moderne aujourd'hui ? L'anti-intellectualisme est-il le fléau que l'on dit dans notre société ? Le français est-il en voie de devenir une langue obsolète, même - et surtout - en France ? La littérature québécoise - pour peu qu'elle existe - serait-elle l'avenir de la littérature française ? Le salut peut-il passer par la poésie ?

    L'auteur propose, en passant, le concept de « néoprovincialisme » pour décrire notre situation. Car n'est-ce pas en province que sont désormais accueillies les idées nouvelles avec un enthousiasme et une unanimité qu'on ne voit guère au même degré dans les sociétés où elles ont été inventées ? Ce qui l'amène à jeter un regard à la fois intrigué et amusé sur quelques phénomènes qui caractérisent notre quotidien : accommodements raisonnables, « Outgames », règles d'équité en emploi, « grand humour » auquel atteignent parfois certains de nos esprits les plus fins. Bref, les grands et les petits bonheurs de la vie provinciale.

    « Moeurs de province », où l'essayiste ne manque pas également de rendre un hommage ému à quelques êtres qui l'ont marqué, est un livre qui n'a aucune vérité ni aucun salut à proposer, n'obéissant à rien d'autre qu'au besoin de ne jamais perdre de vue la complexité et la vanité de nos pensées et de nos existences, sans oublier, bien sûr, le plaisir d'écrire.

  • « La démocratie se mondialise, l'identité se diversifie, les moeurs traditionnelles se dissolvent, les sociétés occidentales font pénitence de leurs fautes passées, les minorités sexuelles et culturelles accèdent enfin à la reconnaissance publique et les droits de l'homme refondent intimement et profondément le pacte politique occidental. De gauche, du centre ou de droite, nous communions dans une même célébration de notre époque lumineuse. »
    Cette époque, celle du « dépassement » des vieilles contraintes et des préjugés hérités du passé, le discours commun et la propagande des puissants veulent nous la présenter comme l'aboutissement normal de la démocratie moderne, dont les promesses, enfin, seraient sur le point de se réaliser pleinement. Or ce n'est pas du tout ce que pense Mathieu Bock-Côté. Pour lui, le monde qui se met en place depuis un quart de siècle au Québec comme dans l'ensemble de l'Occident, loin de prolonger ou d'accomplir l'histoire qui l'a précédé, marque au contraire une rupture radicale, sinon une « trahison », c'est-à-dire l'abandon pur et simple de ce qui a guidé jusqu'ici nos façons d'être, de penser, de vivre en société, par l'instauration de ce qu'il appelle un nouveau régime, fondé sur une vision entièrement nouvelle de l'homme et de la cité, celle d'un homme coupé de toutes racines, de toute appartenance, soucieux uniquement de son bonheur et de ses droits d'individu, celle d'une cité qui cesse de se voir et d'agir comme communauté politique et culturelle pour n'être plus qu'un rassemblement de consommateurs semblables à tous les consommateurs de la planète.
    De ce nouveau régime, Mathieu Bock-Côté propose donc, dans la vingtaine d'essais réunis ici, à la fois un tableau et une critique, en abordant certaines de ses manifestations et certains de ses mythes les plus actuels, de la théorie dite du genre à la prétendue « fin des idéologies », du suicide assisté conçu comme un droit de l'homme à la célébration du « multiculturalisme ».

  • « Le vieil homme qui, tout à l'heure, arpentait la véranda en regardant les arbres coloriés par l'automne, cherchant un mot qui ne voulait pas venir, remâchant des pensées inchoatives qui n'étaient que de vagues sentiments, enfermé dans sa boule de presque malheur, c'était moi. » Cette phrase aussi belle que poignante, Gilles Marcotte, qui allait avoir 83 ans, la notait le 29 septembre 2008 dans les carnets qu'il avait pris l'habitude de tenir depuis vingt-cinq ans et où il consignait « pour lui-même » les pensées et les sentiments que lui inspiraient, à travers les hasards de la vie quotidienne, les livres (innombrables) qu'il lisait, les oeuvres musicales qu'il ne se lassait pas d'écouter, les échanges avec ses collègues, les paysages qui se présentaient à lui, tel ou tel événement de la vie politique ou littéraire, ou encore les souvenirs qui le visitaient parfois, d'un ami disparu, d'un fait de son enfance, d'une émotion qui soudain refaisait surface. À travers ce désordre apparent, c'est toujours la même voix qui se fait entendre, tantôt ironique et légère, tantôt appliquée, la même présence qui se manifeste, celle d'un homme pétri de culture et de foi, mais qui ne finit jamais de s'interroger, d'attendre, d'espérer une meilleure connaissance non seulement de lui-même (rien n'est plus étranger à ces pages que le narcissisme) mais surtout du monde humain qui l'entoure, le plus proche (le Québec et sa littérature) comme le plus lointain (dans le temps et dans l'espace). Et cette soif d'humanité, cette attention de chaque instant, ne peut se réaliser que dans et par l'écriture, même cette écriture la plus humble qui soit, la moins endimanchée, la plus spontanée : celle du carnet.

    De cette matière accumulée au fil des années, Gilles Marcotte a tiré lui-même, en 2002, un premier volume intitulé Des livres et des jours, 1993-2001 (Boréal). Rassemblées par des membres de sa famille, voici maintenant, à titre posthume, les pages qu'il a écrites pendant la décennie qui a suivi, de 2002 à 2012, c'est-à-dire jusqu'à ce que la maladie l'oblige à se taire. Ce sont donc ses derniers mots.

  • Accro de littérature et de théâtre, Robert Lévesque nourrit une passion semblable pour le cinéma du monde entier, et c'est cette passion qu'il nous fait partager ici. Une passion éminemment « lévesquienne », c'est-à-dire absolue, dévorante, inséparable de sa vie même et de ce que cette vie a fait de lui. Une passion active, avide, nourrissant une curiosité insatiable, un besoin constant de découvrir et d'admirer, et d'en savoir toujours plus sur ce que l'on découvre et admire.

    Dans le style inimitable qui est le sien, il nous ouvre ici les portes de son « cinoche » à lui, qu'il s'est construit peu à peu avec les années, « au privilège du hasard », comme il dit, c'est-à-dire avec les matériaux que la vie lui a apportés, séances de fin d'après-midi, films attrapés à la télé, bouquins, rencontres, anecdotes, souvenirs de jeunesse, etc. Ce n'est pas une théorie qu'il propose, ni même de l'analyse critique proprement dite, mais plutôt une suite d'instants, de coups de foudre, parfois de divagations - de « décadrages » - qui, tous, parlent évidemment de cinéma, mais en même temps de lui-même et du monde qui nous entoure.

    L'ouvrage contient une soixantaine de textes brefs. Ils évoquent tantôt l'oeuvre de grands cinéastes du dernier siècle (de Jean Renoir à Truffaut, de Ozu à Bresson, de Buster Keaton à John Huston, d'Agnès Varda à Maurice Pialat), tantôt certains films inoubliables (« Nosferatu », « Un chien andalou », « L'Année dernière à Marienbad », « Le Dernier Tango à Paris »), tantôt encore, cela va de soi, le visage légendaire des stars qui ont fasciné les cinéphiles dans toutes les salles de la planète (Bette Davis, Peter O'Toole, Gérard Depardieu, Ava Gardner, Michel Simon). Il est aussi question de cinéma québécois, des rapports du septième art avec la littérature (Kleist ou Proust, par exemple), des films non tournés, perdus ou détruits.

  • Normalisation ou standardisation de la littérature nationale, libération et déchaînement sans précédent de l'écriture : ces phénomènes ne sont, pour François Ricard, que des indices parmi bien d'autres de la métamorphose que connaît depuis les dernières décennies du XXe siècle la littérature. Cette métamorphose touche à la fois le statut de cette dernière, sa place dans l'enseignement, les fonctions qu'on lui attribue, les critères d'après lesquels on détermine la valeur des écrits qui s'en réclament, et jusqu'à l'idée que les écrivains se font de leur métier comme de leur rôle, sans parler du fonctionnement de l'édition et de la librairie. Les mots ont beau rester les mêmes (littérature, écrivain, oeuvre, lecture, etc.), les significations, elles, ont complètement changé.

    Dans ce recueil d'essais, François Ricard part de ce simple constat : si la littérature a longtemps occupé une place souveraine dans le monde, cette souveraineté n'est plus et ne sera plus, et il ne sert à rien de le regretter. Mais, du même souffle, paradoxalement, il réaffirme l'importance plus grande que jamais de cette littérature, à laquelle il se dit attaché par toutes les fibres de son être. C'est ainsi qu'après nous avoir ouvert les portes de son atelier d'écrivain, il nous entraîne dans une suite de « lectures au grand air », qui le conduisent de Séféris à Kafka, de Michel Déon à Malaparte, de Philippe Muray à Gabrielle Roy, de Marek Bi´nczyk à Fleur Jaeggy et Yannis Kiourtsakis.

    Car, pour Ricard, les oeuvres littéraires ne sont pas un objet d'étude mais un art de vivre, une manière de préserver et d'approfondir en nous le petit espace d'humanité et de liberté qu'il nous reste : « Écrire ou lire après la littérature, je crois, c'est accepter de vivre comme un fantôme au milieu des fantômes. Et continuer de faire confiance à la littérature, malgré tout. »

  • Connaissez-vous l'auteur québécois François Moreau ? Saviez-vous que le sublime Bernard-Marie Koltès avait visité le Québec à l'âge de dix-neuf ans, que le Bartleby de Melville avait un frère russe du nom d'Oblomov, qu'une partie des archives de Kafka a traîné pendant des années dans un appartement poussiéreux de Tel-Aviv ? Avez-vous déjà lu Jean-Pierre Issenhuth, Bernard Frank ou Jean-René Huguenin ? Et les lettres de jeunesse de Jean Genet à son amie Andrée Plainemaison, surnommée Ibis ? Ou les Cahiers de prison de Louis-Ferdinand Céline ? À toutes ces questions de la plus haute importance, Robert Lévesque peut répondre oui, lui le « lecteur impuni », l'insatiable fouineur, jamais las d'engloutir des pages et des pages de ses auteurs de prédilection et de tout savoir à leur sujet, le moindre détail, le plus petit événement, l'origine et le sort du manuscrit le plus obscur.

    Tous ces livres, non seulement il les a lus, relus, annotés, mais il en a fait en plus la matière même de sa vie, l'unique objet de ses passions, avec ses trois chats et sa chère Béatrix. Et il en parle avec la verve qu'on lui connaît, ce style désinvolte, comme impatient, ce goût des digressions et des anecdotes qui font les meilleurs chroniqueurs, surtout quand ils savent, en parlant des autres, parler en même temps d'eux-mêmes, tantôt nostalgiquement, tantôt ironiquement, comme le fait ici l'auteur quand il se rappelle ses découvertes de jeunesse, ses débuts dans le journalisme, un récital de Wilhelm Kempff au Petit Séminaire de Rimouski... Et tout le reste.

    Issu de chroniques parues dans la revue Liberté, Le Lecteur impuni est le neuvième livre de Robert Lévesque à paraître dans la collection « Papiers collés ».

  • Depuis une vingtaine d'années, André Major s'est tourné vers une forme d'écriture unique dans la littérature d'aujourd'hui, celle du carnet. L'homme qu'on y retrouve est un sexagénaire apaisé, retiré des remous du monde et pourtant plus attentif que jamais à tout ce qui l'entoure. Écrivain, il a cessé de l'être au sens habituel du terme, l'ambition et la carrière littéraires ne lui disant plus rien ; et pourtant, il ne peut se passer des mots écrits, qu'il s'agisse des siens ou de ceux de ses auteurs de prédilection, et pas un instant il ne songe à abandonner la rédaction de ses carnets, sans lesquels, il le sait bien, sa propre existence et le réel même lui échapperaient à jamais. Car seule l'écriture liée à sa vie quotidienne lui permet de voir clair en lui, autour de lui, et de garder toujours « les pieds sur terre ».

    La pratique du carnet chez André Major est faite d'allers-retours. Ainsi, Les Pieds sur terre a été écrit d'abord au cours des années 2004 à 2007, alors que l'auteur consignait sur le vif les observations et impressions de toutes sortes que lui apportaient ses lectures, ses promenades, ses rencontres et autres hasards de la vie. Puis, bien des années plus tard, le même auteur rouvre ces « vieux » carnets, les relit avec le recul du temps écoulé, choisit les fragments qui valent d'être gardés, les retravaille et transforme ainsi la matière brute qu'il a accumulée jadis en une oeuvre littéraire possédant sa cohérence, sa signification et sa beauté propres.

    Le bonheur qu'offrent la lecture et la méditation d'une telle oeuvre est double. Bonheur de plonger dans un monde fourmillant, rempli de livres, de souvenirs, de paysages, de flore et de faune, de paroles d'écrivains, sans oublier la présence et les réflexions d'un homme sans cesse aux aguets, capable de jouir de chaque jour nouveau et, en même temps, de ne jamais perdre de vue la nuit qui vient. Et bonheur d'une prose parfaitement maîtrisée, sobre, directe, toujours d'une clarté et d'une justesse exemplaires.

  • Qu'avons-nous fait du passé, de l'héritage de nos parents, des premiers peuples qui ont habité notre pays ? Que faisons-nous de la nature qui nous entoure et nous nourrit ? Quel sens avons-nous aujourd'hui de notre humanité ? Et qu'en est-il des grandes énigmes liées à l'infini du temps, à la beauté, à l'amour, à la parole humaine, à l'âge qui vient, à la mort qui nous attend ?

    Ces questions, Serge Bouchard ne les aborde jamais de haut, en théoricien ou en professeur de morale, mais au plus près de lui-même et de sa vie, comme des thèmes existentiels pour l'élucidation desquels il convoque ses souvenirs d'enfance et de jeunesse, ses voyages, ses découvertes, ses lectures ou ses enquêtes d'anthropologue du concret, et toutes les leçons de tendresse, de lucidité et d'ironie que ces expériences lui ont apportées. Ainsi les pages de ce nouveau recueil forment-elles en même temps une sorte d'autobiographie en pièces détachées, où apparaît peu à peu le portrait d'un homme qui a beaucoup vécu, beaucoup réfléchi, reçu sa part de joie comme sa part de chagrin, et qui n'a jamais cessé de chercher partout les traces de cette simplicité, de cette modestie et de cette lenteur qui à ses yeux font toute la valeur de l'humain.

    C'est une partie de ces réflexions que Serge Bouchard nous livre ici, à travers cette prose à la fois limpide et poétique que nous lui connaissons, une prose où s'entendent les inflexions d'une voix unique, absolument singulière, qui nous parle de près, de tout près, comme à des proches.

  • Depuis des années, Isabelle Daunais poursuit une réflexion tout à fait unique sur le roman, art majeur des Temps modernes. Lire et méditer comme elle le fait ici les grandes oeuvres de l'histoire du roman (Cervantès, Balzac, Flaubert, Proust, Kundera, Philip Roth, Gabrielle Roy) aussi bien que certaines de ses réalisations les plus actuelles (Marie NDiaye, Karl Ove Knausgaard, Hallgrímur Helgason, Yannis Kiourtsakis ou Dominique Fortier) n'est pas un exercice d'érudition, mais une véritable quête philosophique et morale, l'examen - à travers des personnages et des univers fictifs - de certaines des questions les plus concrètes et les plus pressantes que nous nous posons du seul fait de vivre la vie que nous vivons, faite d'incertitude, d'imperfection, de temps qui passe, bref, de simple et commune humanité.

    Avec la sensibilité, l'intelligence, la culture et l'imagination critique qui illuminent sa pensée comme sa prose, Isabelle Daunais explore dans la vingtaine de textes qui composent La Vie au long cours une dimension essentielle de l'art romanesque qui passe trop souvent inaperçue : de toutes les formes d'art, le roman est le seul qui a le pouvoir (et le souci) de saisir la vie humaine et le monde dans leur durée. Plus qu'aux moments mémorables ou spectaculaires qui ponctuent la vie et parfois la transforment, c'est à la continuité du monde et de la réalité qu'il s'intéresse, à tout ce que les actions, les désirs ou les révoltes de l'individu n'atteignent pas et qui, à long terme et quoi qu'il arrive, demeure le fond permanent de l'existence humaine, sa base, son appui. La vie, nous dit le roman, est une entreprise au long cours, dans laquelle le réel finit toujours par triompher du rêve, les petites choses des grands mots, et l'ordinaire de l'exceptionnel. Toujours le monde résiste, et c'est cette résistance qui en fait un lieu à la fois d'humilité, de consolation et de beauté.

  • « Comme tout un chacun, je ne suis pas un homme comme les autres », écrit André Major en présentant ce nouveau volume composé à partir des carnets personnels qu'il a tenus entre 1995 et 2000. Ne pas être tout à fait comme les autres et ressembler à tout un chacun : si paradoxale qu'elle paraisse, n'est-ce pas là, au fond, la définition la plus exacte de l'écrivain, individu absolument et radicalement singulier, mais qui se sait porteur de la condition la plus commune, celle de l'humanité vivant, souffrant, jouissant et mourant au milieu d'un monde qui est à la fois sa patrie et son exil ?

    Chez André Major, c'est avant tout aux lectures (des romanciers nordiques, en particulier), aux paysages (collines, forêts et lacs des Laurentides) et aux êtres proches (ses vieux parents, notamment) qu'appartient le privilège d'ordonner la suite des jours et d'en faire cette oeuvre la plus humble et la plus belle qui soit : une simple vie humaine.

    Au début de ces carnets, l'auteur arrive au milieu de la cinquantaine. C'est l'âge du détachement et de l'ouverture. Détachement de soi-même et des ambitions de jadis ; retraite à l'écart de la comédie sociale; repli sur l'essentiel; conscience de la fin qui approche. Mais ouverture, en même temps, à la beauté préservée de la nature, des êtres et des livres, d'autant plus proche et précieuse qu'elle représente tout ce qui importe désormais pour celui qui s'est éloigné, pour le déserteur qui ne demande plus qu'à « prendre le large ».

    Écrit dans une prose aussi limpide que dépouillée, d'une modestie et d'une justesse incomparables, cette chronique d'un homme « pas comme les autres » est en même temps le roman de « tout un chacun » d'entre nous, ses semblables, ses frères.

  • Si la littérature québécoise des années 1960 et 1970 a pu accompagner l'esprit de renouveau et de fondation ayant marqué la Révolution tranquille et l'entrée du Québec dans une modernité si longtemps attendue, que nous disent de notre société et de nous-mêmes les oeuvres qui s'écrivent et se publient aujourd'hui ? Et inversement, qu'est-ce que les conditions nouvelles dans lesquelles nous fait vivre la société contemporaine nous permettent de comprendre aux oeuvres du passé ? C'est à cette double interrogation - à ce dialogue de la littérature et du monde, du présent et du passé, de l'ici et de l'ailleurs - que se livre Michel Biron dans les textes de ce volume, des textes qui relèvent à la fois de la critique littéraire la plus attentive et de la réflexion la plus audacieuse sur cette « conscience du désert » qui hanterait la littérature québécoise depuis ses origines, mais serait aussi l'une des marques de notre modernité libérée de toute contrainte, privée de tout repère. Qu'il s'agisse de lire la littérature québécoise (Réjean Ducharme, Suzanne Jacob, André Major, Pierre Nepveu ou Marie-Claire Blais) comme si on était un « lecteur étranger », de lire la littérature étrangère (Michel Houellebecq, Philip Roth ou les écrivains belges) en « lecteur d'ici », ou d'aborder les oeuvres du passé en dehors des interprétations convenues, l'essayiste use partout de la même liberté, de la même lucidité, du même souci de saisir ces « cassures » dans lesquelles notre monde étrange a pris forme.

  • L'essai, chez Jacques Brault, a toujours accompagné l'écriture poétique, comme en ont déjà témoigné superbement Chemin faisant (1975) et La Poussière du chemin (1989), parus tous deux dans la collection « Papiers collés », et comme en témoigne de nouveau le livre que voici, ultime volet de ce qui se découvre aujourd'hui comme une longue méditation ininterrompue dans laquelle un praticien réfléchit à son propre métier. Écrits au cours des deux dernières décennies, les vingt-huit essais qui composent ce recueil se présentent comme autant d'explorations à travers lesquelles se forme et s'approfondit une pensée, ou mieux : une conscience de la poésie, comme art, certes, mais aussi, et surtout, comme l'expérience à la fois obscure et lumineuse à la source et au terme de cet art. Ces explorations se font tantôt par le souvenir, l'autoportrait en « bricoleur » ou en professeur de poésie, tantôt par la réflexion philosophique, tantôt par la (re)lecture de quelques oeuvres toutes marquées à leur manière par l'avènement de la poésie. À la fois précises et « rêveuses », ces lectures abordent aussi bien des romanciers (Gabrielle Roy, Gilles Archambault, Yvon Rivard) que des poètes d'ici ou d'ailleurs, d'hier ou d'aujourd'hui, de Laforgue à Char, de Grandbois et Saint-Denys Garneau à Roland Giguère et Miron, de Robert Melançon à Marie Uguay, de Robert Marteau à Jean-Pierre Issenhuth. Mais dans tout cela, point de lourdeurs ni de démonstrations savantes, car « l'art de l'essai, dit Jacques Brault, chemine, à la fois écolier et vagabond, naïf et rusé, moqueur, mélancolique, perdu de finitude, éperdu d'infini, espérant toujours que plus tard, peut-être... ».

  • « C'est la nuit, dans mon enfance, entre veille et sommeil, que m'est venu l'attrait des trains », nous confie Robert Lévesque. « Je l'écoutais naître au loin, et mourir au loin, cette grande plainte sifflante qui m'était une invitation au voyage. » Le chemin de fer sert de fil d'Ariane à ces textes qui traitent d'écrivains ou d'artistes, de Franz Kafka à Madame Bolduc, en passant par Jack London, Fats Waller, Arthur Buies, Oscar Wilde ou Matthieu Galey. Avec la culture et l'intelligence qui le caractérisent, Robert Lévesque nous entraîne en leur compagnie dans ses pérégrinations.

  • Pendant trente ans (1979-2009), dans les pages du magazine L'actualité, Jacques Godbout nous a parlé, de mois en mois, de ses lectures. Ou plutôt : à travers ses lectures il nous a parlé de lui-même,de nous-mêmes, de notre pays, de nos façons d'être et de penser,et du monde bigarré qui nous entoure, un monde qui demande constamment à être déchiffré, critiqué, compris. Or ce déchiffrement et cette critique, pour qui habite toujours la galaxie Gutenberg,passent d'abord par les livres, tous les livres, aussi bien les oeuvres de la littérature que les ouvrages de sociologie, d'histoire, de science,aussi bien les écrits des journalistes que ceux des philosophes et des romanciers. Tous ont des clés à nous offrir, tous ont quelque chose à nous apprendre. Sorte d'autobiographie d'un lecteur passionné, mais une autobiographie tournée vers le monde plutôt que vers le moi, ce livre raconte l'aventure d'un esprit en éveil. Livre de lecteur, donc, ce livre est aussi celui d'un écrivain ; écrit dans une prose alerte et précise, il nous fait entrer pour ainsi dire dans l'atelier d'un romancier, mais d'un romancier comme l'est l'auteur de Salut Galarneau ! et de La Concierge du Panthéon, c'est-à-dire un artiste de l'imagination pour qui la littérature, loin de naître dans la solitude et le mépris, se nourrit avant tout des bruits et des mouvements de son époque, des angoisses et des illusions qui la hantent, de ses laideurs comme de ses beautés, auxquelles il lui faut par conséquent demeurer constamment, éperdument attentif.

  • « Depuis des années, j'entends qu'il faut se méfier des idées simples, du rêve, du bonheur, car le réel est complexe (aucune idée ne peut y être un chemin sûr), opaque (aucun rêve ne peut l'éclairer ou l'élargir) et fatal (aucun bonheur ne peut résister à la mort). Il est difficile de s'opposer à cette prudence lorsqu'on sait à quelles aberrations religieuses, sociales et politiques s'expose quiconque entreprend de changer la vie et le monde sans accepter ses limites. Si on oublie que nous ne savons rien et que nous sommes mortels, la vie et la culture qui s'en fait l'écho ne manquent jamais de nous le rappeler : je sais que je ne sais pas, le mieux est l'ennemi du bien, l'homme est un loup pour l'homme, etc. Si en écrivant ce livre j'ai été amené à prendre le contre-pied de cette sagesse, c'est que j'ai essayé d'obéir à cette idée simple, énoncée par Hermann Broch, que le premier devoir de l'intellectuel, dans l'exercice de son métier, est de porter assistance à autrui. » Y. R.

  • Comme le notait Paul Valéry, le XXe siècle a marqué pour l'Occident le commencement d'un temps radicalement nouveau, celui du monde fini. Ayant été entièrement explorée, parcourue, cartographiée, la terre que l'homme habitait cessait de lui apparaître comme un milieu infiniment ouvert où retentissait l'appel de l'inconnu ; c'était désormais un territoire balisé, aux frontières précises et indépassables. Or cette entrée dans la finitude, cet effacement des horizons lointains est également ce qui caractérise le plus profondément la psyché et l'existence des sujets modernes que nous sommes. La mort de Dieu, la liquidation des mythes, la disqualification générale des idéaux de tous ordres, cette sécularisation radicale par quoi se définit notre modernité et qui fait de nous des êtres libérés de toute dépendance comme de toute culpabilité et de tout regret à l'égard de quoi que ce soit qui nous dépasse et nous tire hors de nous-mêmes, c'est ce que l'auteur de ce livre appelle le temps de l'homme fini. Un temps à la fois tragique et risible, dont les manifestations touchent tous les aspects de la vie qui est aujourd'hui la nôtre, de l'éducation à la politique, de la publicité à l'architecture, de l'urbanisme à l'organisation familiale, de l'idéologie aux arts. Un temps qu'il ne s'agit ni de célébrer ni de déplorer, mais bien de comprendre et d'habiter avec autant de courage que de lucidité. Écrit dans une langue aussi vive qu'élégante, trouvant son inspiration aussi bien dans l'observation minutieuse de la vie sociale que chez les grands auteurs, ce livre tient à la fois de l'étude sociologique et de l'essai, au sens le plus juste - et donc le plus problématique - du terme. Il propose sur l'état actuel du monde (et du Québec) un regard à la fois pénétrant et passionné, très critique, certes, souvent même corrosif, mais non dépourvu d'espoir.

  • Après les Chroniques matinales (Boréal, 1989) et les Nouvelles Chroniques matinales (Boréal, 1994), voici que Gilles Archambault nous offre un troisième recueil des petits textes qu'il a pris l'habitude de venir lire, le matin, à l'émission CBF-Bonjour de Radio-Canada. Nous les avons écoutés, et nous les relisons ici, avec une sorte de ferveur et d'amitié. II n'y est question, nous semble-t-il, que de choses tout à fait ordinaires : une rencontre, une scène de rue, un être étrange aperçu par hasard, une impression, un souvenir. Et pourtant, nous nous sentons concernés, touchés au plus intime de nous-même. Car, parlant de lui, de sa famille, des hasards de sa vie et de ses pensées, l'homme parle en même temps de nous. Dans son ironie et sa tendresse, dans l'amusement et la douleur que lui inspire l'existence, nous reconnaissons aussitôt une parole fraternelle, proche de notre conscience la plus simple et la plus lucide, celle qu'il nous arrive d'avoir lorsque nous regardons en nous-même honnêtement, sans complaisance ni fausse modestie, sans révolte et sans orgueil, en tâchant tout simplement,comme lui, de voir ce que nous sommes, à la fois anges et bêtes, risibles et touchants.

  • Dans ces nouvelles, le rire est le propre de la pensée, un acte de penser au plus près de sa source, une capacité de s'étonner, de ne pas subir. Le rire de Suzanne Jacob nous respecte jusqu'à nous rendre intelligents.

  • Dans cet ouvrage qui fait suite aux Essais de littérature appliquée publiés au printemps 2015, Jean Larose réunit de nouveau plus d'une vingtaine de ses écrits des dernières années inspirés par l'état du monde actuel ou, plus précisément, par l'expérience à la fois fascinée et « hystérique » que peut réserver à un esprit formé par la littérature et la pensée modernes le monde dans lequel nous voici maintenant tenus de vivre. Un monde entièrement remodelé par l'oubli du passé, la dévastation euphorique de la culture héritée et, d'une certaine manière, la réinvention radicale de l'humanité, une humanité enfin innocente, débarrassée du poids de la mémoire et du désir contrarié, et tout entière livrée au bonheur sans ombre que lui fabriquent chaque jour les puissances effrénées de la technique et du commerce.

    Tableau général de notre époque, une époque dans laquelle, si vous interrogez Google à propos de Varlam Chalamov, l'auteur des « Récits de la Kolyma », le « moteur de recherche » vous renseigne sur le « goulag » et vous offre en même temps des vacances en Sibérie, ce livre éclaire aussi ce que deviennent dans un tel contexte, tout près de nous, l'éducation, la sexualité, la politique, la culture, la poésie même, et le Québec notre patrie.

    Cet éclairage est d'autant plus vaste et pénétrant, d'autant plus pathétique et drôle à la fois, qu'il n'est pas le fait d'un sociologue ou d'un historien, qu'il ne se veut ni « impartial » ni « objectif », mais est porté au contraire par une seule chose : l'inquiétude d'un esprit profondément interloqué, secoué par ce qui se produit autour de lui, et qui cherche à la fois à en prendre acte et à se sauver, grâce aux seules armes qui lui restent : une lucidité passionnée, une franchise absolue et la prose française.

  • Art mineur, la chronique mise sur la spontanéité. Il s'agit d'un exercice d'improvisation, propice aux divagations et aux humeurs. « De l'écriture de circonstance », pour reprendre les mots mêmes de François Ricard. Pourtant, ceux qui liront les chroniques rassemblées ici (et parues à l'origine dans la revue parisienne L'Atelier du roman) retrouveront, derrière la variété des thèmes et des prétextes dictés par l'actualité ou par le hasard des lectures et des rencontres, une remarquable constance. François Ricard est un chroniqueur qui pense en toute liberté, c'est-à-dire que sa pensée, quel que soit le sujet qui l'occupe, retrouve tout naturellement son lit, son sillon, celui de l'incroyance et du rire devant la splendide bêtise qu'apporte avec lui ce « temps loufoque » qui est à présent le nôtre.

    C'est ainsi que Ricard s'attaque tranquillement, selon l'inspiration du jour, aux festivals de toutes sortes qui nous tiennent lieu de vie culturelle, à la théorie littéraire et à la façon dont, dans les facultés de lettres, entre autres lieux, on cherche à se convaincre que la littérature n'est rien de plus qu'une imposture. L'histoire des gouverneurs généraux, le silence qui règne dans les forêts du mont Tremblant, le mariage gay, la niaiserie des médias ou le déferlement des « Néo-Retraités », tout lui est occasion de se moquer de l'époque, de dégonfler l'orgueil dont elle se pare et de jeter sa fausse note dans le concert d'approbation béate dont elle s'accompagne à peu près partout.

  • Récits bariolés, c'est-à-dire aussi colorés que variés, débordants de personnages et de scènes inoubliables, tantôt drôles, tantôt émouvants, toujours inattendus, les textes que Robert Lévesque a réunis ici se lisent comme autant de petites conversations amicales, dans lesquelles un lecteur passionné, pour qui l'art et la littérature sont la nourriture et le décor privilégié de sa vie et de sa pensée, rapporte ses découvertes et exprime ses ravissements comme ses déconvenues, ses sympathies comme ses antipathies. Qu'elles proviennent du XVIIe siècle ou du présent le plus proche, d'Europe ou du Québec, ces découvertes donnent lieu chaque fois à un récit vif, enlevé, porté par une prose souple et chatoyante où fusent les bons mots, les formules heureuses, les traits qui font mouche et les idées surprenantes. Du potin à l'analyse, de l'anecdote à la réflexion, de Molière à Michael Moore, de Stendhal à Pierre Bourgault, Robert Lévesque, accompagné de ses chats amis, se promène dans l'histoire artistique et intellectuelle comme dans un jardin familier, qu'il fréquente depuis toujours mais où chaque sortie, chaque lecture lui fait trouver du nouveau, de l'inédit, du merveilleux. Publiées d'abord dans le journal montréalais Ici, cette soixantaine de chroniques, quel qu'en soit le sujet ou le prétexte, portent toujours la même marque, celle d'un esprit auquel sa culture apporte une liberté et une aisance parfaites.

  • Même si ses romans occupent le centre de son oeuvre, Monique LaRue se consacre aussi, depuis de nombreuses années, à cet autre art de la prose qu'est l'essai, occasion pour elle de méditer sur son travail de romancière, de réfléchir sur le monde qui l'entoure, d'approfondir ses expériences de lectrice et ses découvertes de voyageuse, bref, de garder en éveil cette attention au monde et cette conscience critique qui, à ses yeux, sont indissociables de la pratique littéraire et en font tout le prix. Écrits « de fil en aiguille » au cours des dix ou douze dernières années, les essais rassemblés ici composent le portrait d'une romancière profondément attachée à son art, aux grandes valeurs qui le définissent (les mots, la langue, la liberté, le privilège de la distance et du doute, la compassion), aux oeuvres et aux auteurs qui l'illustrent de manière exemplaire, et aux défis inédits que lui pose le temps présent. Car ces textes sont aussi un tableau du monde où nous vivons et dans lequel chacun, à commencer par l'écrivain, doit trouver sa juste place et le moyen de demeurer humain, ne serait-ce qu'en refusant d'éluder les difficultés nouvelles qui se présentent à lui sous diverses formes, tantôt sociales ou politiques (la question de l'engagement de l'écrivain, la littérature dite migrante), tantôt culturelles (les transformations de l'enseignement, la marginalisation de la littérature), tantôt technologiques (l'informatique, le Web). Or, devant toutes ces situations, comme au milieu des pays étrangers qu'elle visite (Japon, Flandre, Égypte), Monique LaRue cherche constamment un regard et une pensée où se font équilibre l'accueil et la réserve, l'ouverture et la lucidité, la curiosité avide du navigateur et la sage prudence de l'arpenteur. Ainsi, entre la romancière, qui invente des mondes fictifs pour saisir ce qui du monde réel ne se laisse saisir que par la fiction, et l'essayiste, qui réfléchit au monde réel pour en éprouver les résistances et le mystère, la collaboration est parfaite. C'est que toutes deux jouent du même instrument : cette prose déliée, rigoureuse et souple à la fois, saturée de pensée et de sensibilité, qui est la voix propre de Monique LaRue.

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