ENS Éditions

  • Armes, pétrole et pots-de-vin : voici le coeur de cet ouvrage. Lorsqu'on évoque les « années de plomb » italiennes, on pense au terrorisme, aux attentats, à la récession économique. Il est rare que l'on tourne les yeux vers les logiques du pouvoir. Cet ouvrage se propose de comprendre ce qui sous-tend le système politique des années 1970 à travers les relations avec la Libye. En 1969, le colonel Kadhafi arrive au pouvoir et ne ménage pas ses interlocuteurs italiens. Il expulse la communauté italienne du territoire libyen, mais propose parallèlement des contrats juteux mêlant trafic d'armes et concessions pétrolières à l'ENI. Les négociations de ce type se multiplieront tout au long de la décennie. En Italie, la loge maçonnique P2 élargit son influence et la Guardia di Finanza supervise une contrebande pétrolière alimentée par les importations libyennes, en échange de dessous-de-table aux principaux dirigeants militaires et politiques. La corruption s'installe. Cet ouvrage se concentre sur le dossier Mi.Fo.Biali, élaboré en 1975 par les services secrets italiens, qui en fournit un témoignage particulièrement précieux.

  • Veut-on vraiment que les habitants des quartiers populaires participent ? Deux analyses s'affrontent, en théorie comme en pratique, sur la participation des habitants aux politiques de la ville. La première pointe les dérives de « l'injonction participative », cette demande unilatérale et méprisante faite aux pauvres de se comporter en citoyens, sans leur donner la possibilité de débattre sur le fonctionnement des institutions. La seconde voit au contraire dans la participation un levier pour leur émancipation sociale et politique et l'amélioration de l'action publique. Le croisement de plusieurs perspectives d'analyse et terrains d'enquête permet de dépasser cette vision binaire et de rendre compte de la manière dont les problèmes sociaux, économiques et urbains sont débattus dans l'espace public. L'ethnographie de la participation aide à mieux comprendre la manière dont les habitants prennent part, ou non, à la définition et à l'évaluation des politiques publiques qui les concernent. Cet ouvrage montre que l'apathie des habitants des quartiers d'habitat social n'est qu'apparente ou plutôt qu'elle se développe dans des contextes d'interaction particuliers. Sous certaines conditions, au contraire, de nouvelles formes de contre-pouvoir, engendrées par l'activité délibérative des « artisans de la participation », émergent dans les milieux populaires. Couverture : © Sylvie Rivière (fotolia)

  • Ce livre part du constat qu'il n'y a pas de réflexion sur le libéralisme sans pensée de la liberté mais que toute pensée de la liberté ne saurait être incluse dans les différentes formes de libéralismes. Les deux mots qui se trouvent au départ de cette interrogation renvoient à des réalités empiriques ou conceptuelles et à des chronologies a priori différentes. Liberté renvoie à une problématique millénaire, existant depuis que les hommes réfléchissent sur les formes possibles du vivre ensemble. Libéralisme se réfère davantage à un corps de doctrine qui trouve son origine dans une interprétation du rôle moteur de la liberté pour les échanges et les formes d'organisation de la société. Le pari de ce recueil d'études, transdisciplinaire par choix et par nécessité, est de confronter les deux notions dans leurs usages et leur histoire. Ce livre propose ainsi une cartographie plus fine de ces concepts que celles qui sont proposées par la littérature analytique (que ce soit la catégorisation duale d'Isaiah Berlin opposant liberté positive et liberté négative ou l'opposition désormais figée entre libéralisme et républicanisme). L'un des résultats de l'entreprise est ainsi de fournir un principe d'explication de la diversité des libéralismes, que la littérature contemporaine s'emploie trop souvent à décrire, indépendamment des moments historiques de leur institutionnalisation.

  • Que font exactement les femmes et les hommes politiques ? Comment s'organisent leurs activités quotidiennes ? En quoi consiste le travail des dirigeants politiques ? Que savons-nous de l'emploi du temps réel de nos représentants ? Cet ouvrage propose de répondre à ces questions relatives à la vie des démocraties représentatives à partir d'une enquête de sociologie politique inédite menée entre 2010 et 2013. Cette recherche invite à une plongée scientifique au coeur du quotidien de la politique, un univers paradoxalement méconnu. L'exploration porte ici sur l'agenda personnel d'une élue française d'aujourd'hui, une vice-présidente de conseil régional. Le livre décrit ainsi de l'intérieur l'activité politique pour en saisir les mutations contemporaines : la rationalisation et la collectivisation du travail politique, l'importance de l'agenda comme instrument d'organisation et outil de communication, l'emprise croissante des technologies de l'information dans le travail politique, la saturation du temps de travail des élus, mais aussi la construction d'une plus grande disponibilité sur le territoire et d'une certaine transparence. L'enquête révèle enfin comment, en démocratie, les contraintes temporelles des trajectoires politiques personnelles affectent l'action publique, quand l'agenda finit parfois par être utilisé davantage pour préparer les conquêtes électorales futures que pour mettre en oeuvre la politique dont l'élu a la charge. Illustration de couverture : © Hélène Robert

  • Les sociétés contemporaines sont marquées par la généralisation de conflits d'aménagement. Dans le domaine de la gestion des déchets, les oppositions à l'implantation d'équipements (décharges, incinérateurs ou plateformes de compostage) se multiplient malgré le renforcement des normes environnementales et la mise en place de procédures d'information, de concertation et de participation. Cet ouvrage se propose d'étudier cet apparent paradoxe à partir de l'analyse de situations de conflit / participation dans trois contextes nationaux (en France, en Italie et au Mexique) caractérisés par le blocage des décisions publiques malgré une grande diversité de modalités d'intervention. Quels sont les impacts des procédures et des documents de planification ? Quels sont les référents spatiaux et territoriaux mobilisés par les opposants ? Quels sont les usages du droit ? Sur la base d'une analyse des dimensions temporelles, territoriales et juridiques des situations étudiées, les travaux réunis ici interrogent les relations entre conflit et concertation.

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