Denoël

  • La stupeur : quand Dieu eut pour la première fois la curiosité de se regarder dans un miroir, il s'aperçut avec stupeur qu'il ne s'y reflétait aucune image. C'est alors qu'il se posa la question qui troublait tant d'hommes depuis longtemps. Épouvante de la mort, incurable incrédulité, certitude du dérisoire de toute existence... De comptes à régler en contes de cauchemar, l'anti-métaphysique de Sternberg devait fatalement donner cette suite rageuse de divagations centrées sur une même cible : Dieu, sa vie secrète, ses intuitions de génie et ses remords tardifs, sa prédilection pour les pièges mortels, ses sidérantes et sidérales créations, ses mystérieuses ratures. Soit une pièce en un acte (un acte lourd de conséquence !) et quelque 140 contes parfois blasphématoires, souvent simplement absurdes, toujours teintés d'humour noir, où l'irresponsabilité divine se confronte à l'imbécillité humaine, seule notion, au fond, qui puisse donner une idée approximative de l'infini.

  • On a mis un temps fou à aller l'un vers l'autre. Longtemps amis avant de devenir amants. Un an. Tu n'as jamais cessé de partir, pour revenir mieux. Jusqu'à cette longue fuite au Viêt Nam, comme la répétition générale de ton ultime départ. Tu t'en es allé, cette fois, en emportant nos rêves et j'écris toute seule cette histoire qu'on a improvisée ensemble. Je rejoue notre histoire, je recommence tout. J'ai besoin de savoir qu'on ne t'oubliera pas.

  • Mon amant met des slips à l'ancienne mode, nets et passés, soumis au motif discret et régulier tissé par les machines automatiques des organismes équipés. Sa taille un peu à l'étroit, ainsi que le haut de ses cuisses, ne vont pas jusqu'à rougir de la contention, le tissu de coton souple, tout de même, n'a pas été passé à la liqueur cuproammoniacale comme les voiles des bateaux par exemple. Ce vêtement trop simple de mon amant vire à l'excentrique, je dirais même à l'absurde. Dans cet équipage fabuleux et étriqué, mon amant ressemble à tout ce qui peut être pris en faute : enfant sali, animal, mari adultère. D'ailleurs, il ment dans son slip, il ment quand nous nous sommes couchés pour la première fois, encore un peu habillés, et qu'il ne m'a pas parlé de sa femme. Une femme évoque son amant. Mais peut-être s'agit-il d'un enfant, ou encore d'une sorte de monstre ou de petit animal... Une étrange relation amoureuse se dessine. Terrible et douce, aussi mystérieuse que la bobine Odradek de Kafka.

  • Ceci est le livre d'Élie Rouch qui, s'en revenant de la guerre de Crimée (où il a tué trois ou quatre Russes dans un mouvement de colère bien compréhensible), ne trouve plus son village qu'il a quitté sept ans plus tôt. Un village et ses soixante-treize habitants, fussent-ils Ariégeois et mieux encore du haut Salat, que diable, ça ne disparaît pas sans laisser de traces ! Leurs traces, Élie va les arpenter sur treize mille kilomètres... Car ce livre c'est aussi l'histoire de Joël Rouch, son frère, le séducteur et le donneur de rêves. Joël, qui s'est mis en tête d'emmener le village tout entier jusqu'au fond des Amériques pour y fonder une autre vie. Nous sommes à l'époque où l'Ariège, surpeuplée, se dépeuple volontairement par l'émigration, où la guerre des Demoiselles oppose la Loi aux hommes des montagnes, où les villages et les hameaux se vident l'hiver du flot des colporteurs qui s'en vont sillonner à pied l'Europe, les uns montreurs d'ours, d'autres vendeurs de dentelles, de pierres à faux, ou de peignes en corne. Tous solides et têtus. Quand, remontant la haute vallée, Élie arrive enfin chez lui, toutes les maisons sont vides, hormis la sienne où l'attend Jeanne-Marie, la jolie Bethmalaise, qui lui raconte la vente du village, des maisons, des meubles, du bétail, des bergeries, de la montagne qui était la leur, et le massacre des chiens qu'on ne peut emmener. Alors commence pour lui, la rage au coeur, une frénétique course poursuite, tandis que Joël, sachant son frère à ses trousses, a su, par la ruse, brouiller la piste qui va conduire sa troupe jusqu'au-delà des mers. A-t-il gagné, Joël le joueur, troquant à jamais les hautes forêts que dominent le fier mont Valier, le murmure infini du Salat et les sauvages horizons du cirque d'Aula, pour l'inconnu du grand rêve américain qu'il a fabriqué ?

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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