Calmann-Lévy (réédition numérique FeniXX)

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Dans la conviction que les sciences sociales se définissent moins par leur objet et leur méthode que par les questions qu'elles posent, nous nous proposons dans « Archives des sciences sociales », de dépasser les divisions surannées et administratives entre Histoire, Sociologie, Science politique, Psychologie... Une science sociale mérite ce nom dès lors qu'elle met une construction conceptuelle cohérente au service de la recherche empirique des faits et que l'analyse des cas permet de corriger et d'affiner la théorie. Pour ce faire, deux séries ont été créées. La première accueillera des ouvrages d'une orientation générale et théorique, présentant une analyse systématique et fondamentale d'une dimension particulière de l'aventure humaine. La seconde série groupe des études portant sur des cas concrets, sans distinction de civilisation ni d'époque. Ainsi, les « Archives des sciences sociales » auront pour but de suivre pas à pas la construction de problématiques nouvelles et leur vérification par les faits.

  • Depuis le début du XIXe siècle, et parallèlement à l'essor de l'industrie, le sabotage s'est développé dans l'entreprise, avec un fléchissement dû à l'implantation du mouvement syndical, puis un regain dans la période contemporaine. Qui sont les saboteurs, et pourquoi ces actions destinées à réduire la production ? À ces questions, plus que jamais actuelles, Pierre Dubois répond en mariant avec bonheur l'histoire et la sociologie, l'enquête empirique et la réflexion. Il montre les formes multiples, et parfois inattendues, du sabotage. Il en décrit les différents enjeux : faire aboutir une revendication, amorcer un processus révolutionnaire, donner une issue à la souffrance exaspérée. Après avoir analysé et expliqué l'attitude des syndicats, longtemps hostiles au sabotage, il cherche les saboteurs et les trouve dans les couches ouvrières nouvelles, et les troupes sans chefs. Mais sa découverte la plus neuve montre que les cycles du sabotage sont liés à l'histoire propre de l'entreprise : le turn-over et les destructions de machines et de produits annoncent une grève explosive, que suivent d'autres formes de sabotage, comme l'absentéisme, le vol, le freinage, en attendant un autre cycle. De tous temps, le patronat a répliqué, d'une part par la répression, et de l'autre par une politique du personnel. Et, cependant, malgré ces ripostes et les réticences syndicales, le sabotage accompagne en permanence l'industrialisation. Est-ce à dire qu'il n'est qu'un avatar de la réplique - constante et universelle - des opprimés contre les oppresseurs ? Ou bien l'ouvrier sabote-t-il parce qu'il ne possède pas la maîtrise de l'outil de production ? Pierre Dubois ne cache pas qu'il penche pour la deuxième hypothèse. Son livre n'est pas seulement un constat : il est porté par une passion contenue au service des ouvriers contre leurs maîtres.

  • Tout enfant naît barbare. Il revient à chaque société de lui faire subir un modelage qui en fasse un civilisé, selon sa propre interprétation de la civilisation. Aussi, le système d'éducation est-il un lieu privilégié d'observation du plus intime d'une société. L'âge classique français brille par le génie de ses créateurs, l'éclat de ses oeuvres et le nombre de ses imitateurs européens. Grâce à Jean de Viguerie, nous connaîtrons dorénavant les fondements de cette réussite. Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, la société française a mis en place, par l'intermédiaire de ses élites, un système complet d'éducation menant l'enfant du berceau à l'entrée dans la vie. L'école en est la pièce maîtresse. Une floraison extraordinaire d'initiatives pédagogiques, au niveau des principes, et encore plus au niveau des réalisations, tend à incorporer l'ensemble de la population à cette oeuvre d'éducation. L'Église, l'État, les communes, les provinces, tous les corps rivalisent entre eux, à qui accomplira le plus et le mieux. Par sa connaissance approfondie des sources, et son intelligence sympathique de ce monde révolu, Jean de Viguerie le fait revivre au long de ces pages. Il retrace, pas à pas, le chemin parcouru par des générations successives. En sa compagnie, nous devenons tour à tour écoliers dans une pauvre paroisse rurale, où nous apprenons notre abécédaire, collégiens des Jésuites et des Oratoriens, qui nous enseignent à imiter les anciens pour les dépasser, étudiants dans les universités ou les écoles militaires, qui nous préparent directement à notre futur métier Cet ouvrage, accessible à un large public, évoque une civilisation consciente de ses fins et ses moyens, qui contraste avec le tourbillon actuel d'interrogations et de réformes, où se perd notre système d'éducation.

  • Ce nouveau livre de Pierre Chaunu marque une étape importante dans son itinéraire intellectuel. Connu pour son immense oeuvre historique et pour ses prises de position virulentes, il ne nous avait pas encore entretenus de l'arrière-plan philosophique qui donne sens à son travail et à son combat. Après nous avoir rappelé l'urgence de la crise démographique qui atteint l'Occident dans ses forces vives et menace sa survie, Pierre Chaunu s'attache à déterminer les conditions d'un sursaut. On ne consent à donner la vie que si la vie a un sens, et elle ne peut en avoir que si la mort elle-même a un sens. Or la mort et la vie sombrent dans l'absurde si l'homme n'est pas capable de tenir un discours cohérent et convaincant sur l'Être. L'Occident peut retrouver ce discours en revenant aux sources de son génie, en reprenant contact avec la mémoire millénaire qui l'a forgé. Dans cette mémoire, Pierre Chaunu découvre la liberté et les libertés, sans qui le présent est asphyxié et l'avenir bouché. Il y découvre aussi la tradition d'une séparation radicale entre le sacré et le profane, entre l'essence et l'apparence, entre l'Église et l'État. Non pas que la cité des hommes et la cité de Dieu doivent s'ignorer ou se combattre : chacune est légitime dans son domaine propre et chacune s'appuie sur l'autre. D'ailleurs les développements les plus récents de la cosmologie, de la physique et de la biologie ne révèlent-ils pas une concordance frappante avec les enseignements les plus constants de la Genèse, et les exigences de la démocratie occidentale ne sont-elles pas en accord total avec la tradition chrétienne ? La philosophie de Pierre Chaunu lui permet donc de conjuguer avec un rare bonheur la raison exigeante du savant, la foi ardente du croyant et la liberté vigilante du citoyen. Une pensée aussi rigoureuse, informée et élevée, nous lance un défi et nous apporte l'espoir : comment une civilisation millénaire ne renouerait-elle pas le fil d'une histoire féconde et glorieuse ? Comment la vie pourrait-elle ne pas triompher de l'aveuglement et de la lâcheté ?

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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