Langue française

  • Le cinéma s'inscrit dans une économie de prototype où l'incertitude est la règle. Tout projet de film est un pari aventureux, et la question de son financement n'a cessé d'être l'objet d'interminables controverses. En France, le système de régulation des activités cinématographiques et audiovisuelles est devenu un modèle de référence, mais les mutations contemporaines obligent à réexaminer sa pertinence et à préparer ses évolutions. Dans une telle perspective, il peut être utile de faire retour sur ses origines en analysant les conditions de mise en place de la politique d'intervention de l'État dans le secteur cinématographique au début des années quarante. C'est en effet sous Vichy, dans le cadre d'une politique dirigiste, que ce secteur a été profondément réorganisé, au travers d'institutions et de cadres réglementaires qui perdureront dans leurs grandes lignes jusqu'à nos jours. Pour relancer la production cinématographique et assurer sa pérennité, une politique industrielle est engagée, marquée par le corporatisme, l'instauration de mécanismes financiers inédits et l'avènement d'un système qui donne à l'État un rôle prééminent. Ce livre contribue à penser les origines, l'émergence et l'évolution des politiques publiques en faveur de la production cinématographique française, l'analyse étant concentrée sur l'histoire institutionnelle du Crédit National, établissement financier qui a joué un rôle crucial et méconnu dans ce domaine. Pour comprendre l'installation et le fonctionnement sur deux décennies du système d'avances à la production, l'étude se fonde largement sur les archives du Crédit National, en particulier les dossiers des films qui lui ont été soumis, tels Les Visiteurs du soir, Jeux interdits ou Le Salaire de la peur. Cette approche conduit à s'intéresser au comportement et aux interactions des protagonistes, notamment les producteurs, les réalisateurs, les institutions financières et les administrations. En étudiant la généalogie des politiques publiques françaises dans ce secteur devenu emblématique des enjeux de la régulation, on peut sans doute en saisir mieux la logique, le sens et le devenir, par-delà les débats manichéens qui opposent habituellement les tenants de l'intervention et les hérauts du libre marché.

  • Inventeur du ciné-transe, cinéaste français inclassable, auteur d'environ 140 films dont les indépassables Moi, un Noir et Cocorico ! - Monsieur Poulet, Jean Rouch s'impose comme l'un des grands créateurs contemporains. Rouch « n'a jamais été vraiment identifié comme appartenant à la communauté des cinéastes professionnels. C'était un franc-tireur. Un ethnologue cinéaste... Un farceur sympathique », écrit Michel Marie dans sa Préface. À quel genre appartiennent ses oeuvres? Documentaire ou fiction? Quelle est la part d'improvisation? Quels choix techniques sont privilégiés? Quelle parenté réelle ces films entretiennent-ils avec la Nouvelle Vague? Quelle est sa postérité : Pasolini, Depardon? Maxime Scheinleigel, familière de l'univers de ce cinéaste, nous offre ici une monographie nourrie et sensible de Jean Rouch, un esprit universel au carrefour des cultures.

  • Au tournant des années 60, la Nouvelle Vague est une nouvelle façon de faire du cinéma, plus personnelle, plus libre, qu'illustrent les noms de François Truffaut, Jean-Luc Godard, Louis Malle pour la mise en scène, Anna Karina, Jeanne Moreau pour l'interprétation. Ce sont les changements de moeurs et en particulier les nouveaux rapports amoureux qu'étudie cet ouvrage novateur et polémique à travers les films phares de la Nouvelle Vague, de 1957 à 1962 (À bout de souffle, Hiroshima mon amour, Les cousins, etc.) et leur réception critique dans la presse. Une lecture revigorante et non conformiste.

  • Par le nombre et la qualité des oeuvres réalisées, la variété des thèmes explorés et le foisonnement de ses réalisateurs, le cinéma iranien s'affirme comme l'un des plus dynamiques du monde. Depuis le début des années 80, il ne cesse d'accumuler les plus hautes distinctions dans les festivals internationaux. Cette vitalité est aussi remarquable que paradoxale. Rien ne laissait supposer que ce cinéma survivrait à l'épreuve de la révolution islamique de 1979, à laquelle ont succédé huit années de guerre. Rien ne laissait supposer non plus que la République islamique, mise en place par l'âyatollâh Khomeyni, attacherait une telle importance au secteur culturel, et notamment au cinéma, au point de vouloir en faire un des principaux outils de l'islamisation de la société et ce, au moins jusqu'à l'élection du président Khâtami en 1997. Pour rendre compte de cette aventure cinématographique, ce livre recourt à un mode d'analyse original : il s'appuie sur une approche politique et institutionnelle. Politique du cinéma iranien retrace les enjeux que représente le cinéma au sein de ce régime, et la façon dont s'est élaborée une politique du cinéma sans équivalent. Sur la base d'une analyse filmographique de plus de trois cents titres, l'auteur recense par ailleurs les thématiques et les personnages marquants du cinéma iranien, ainsi que leur évolution depuis l'établissement de la République islamique. Face à un système de censure d'un puritanisme inégalité, qui empêche par exemple, toute relation tactile entre homme et femme à l'écran, elle met en lumière les réponses apportées par des réalisateurs aussi différents qu'Abbas Kiarostami, Jafar Panahi, Ebrahim Hatamikia, Rakhshan Bani Etemad ou Mohsen Makhmalbaf. Partant du cinéma, cet ouvrage offre aussi une lecture des rouages et des dynamiques à l'oeuvre dans l'État iranien, et permet de saisir les enjeux majeurs qui structurent cette société.

  • La Chienne de Renoir, Jules et Jim de Truffaut, Le Père Noël est une ordure de Poiré, La Cage aux folles d'Édouard Molinaro, Trois hommes et un couffin de Coline Serreau... Autant de scénarios repris par l'industrie américaine du cinéma. Depuis le milieu des années 1930 plus de 70 remakes de films français ont été réalisés à Hollywood. Ces nouvelles versions sont-elles une marque de l'impérialisme hollywoodien ou une forme d'échange entre le cinéma français et le cinéma américain ? Copies conformes ? Adaptations ? Ou authentiques traductions en langage hollywoodien ? Comment comprendre ce phénomène cinématographique tout en tenant compte de ses contours instables, de la diversité des cas ? Raphaëlle Moine choisit de montrer ses multiples facettes tant juridiques, économiques qu'historiques et adopte une approche culturelle pour restituer au remake toute sa richesse. « Grâce aux remakes, le cinéma français en tant que tel et dans son ensemble gagne une émotion, une créativité, une inventivité que la critique en général lui dénie. »

  • Comment Jurassic Park est-il devenu une véritable entreprise multinationale, avec son logo, ses produits dérivés et ses campagnes publicitaires ? Pourquoi la firme Paramount, afin d'assurer le triomphe planétaire de Titanic, a-t-elle choisi une actrice non américaine, la Britannique Kate Winslet ? Le traitement de l'homosexualité dans Alexandre explique-t-il la faible performance du film aux États-Unis et en Corée du Sud ? Les méthodes traditionnelles sont-elles encore adaptées pour garantir la bonne santé des films made in USA ? C'est à ces questions, et à beaucoup d'autres, que répond Nolwenn Mingant dans cette enquête passionnante sur les grands studios hollywoodiens. Une étude pionnière qui retrace au plus près l'évolution du marché cinématographique depuis quarante ans, les stratégies culturelles des majors pour s'imposer à l'échelle mondiale, les conséquences du marketing sur les films produits. Si le rayonnement d'Hollywood dans le monde reste incontestable, ses studios sont de plus en plus influencés par les autres pays. Techniques de distribution et choix de productions sont de plus en plus conditionnés par les préférences des spectateurs internationaux. L'ouvrage indispensable pour comprendre le marché du cinéma à l'heure de la globalisation. Un voyage exceptionnel au coeur de l'empire d'Hollywood et de la fabrique de l'imaginaire contemporain.

  • L'idée de la conservation des films est contemporaine de la naissance du cinéma, mais les premières cinémathèques apparaissent seulement dans les années 1930. Cette situation est liée au statut même du cinéma qui, avant d'être reconnu comme un art majeur, fut longtemps considéré comme un simple divertissement. L'histoire mouvementée de la Cinémathèque française, créée en 1936, résume les contradictions qui se nouent autour de la préservation des films : lesquels conserver et comment gérer le lien difficile entre des organismes privés et leur indispensable financement public. De l'action précoce et désintéressée de passionnés à la lente prise de conscience de l'État face à la conservation d'un patrimoine national fragile, cet ouvrage permet de mettre en exergue le rôle pionnier de certaines personnalités (Henri Langlois, Georges Franju, Jean Mitry) et débouche sur une question actuelle : la place du cinéma et le rôle des cinémathèques dans un environnement audiovisuel de plus en plus diversifié et concurrentiel.

  • Pourquoi le cinéma américain a-t-il acquis tant de puissance ? Pourquoi les producteurs européens cherchent-ils des partenaires dans des pays voisins, Pourquoi le taux de fréquentation des salles a t-il baissé partout en Europe quatre décennies durant ? Comment l'industrie cinématographique s'est-elle mise en situation de multiples dépendances ? Telles sont quelques-unes des questions soulevées par l'auteur dans la première partie de son ouvrage, un panorama transnational de l'industrie cinématographique européenne. La seconde partie monographique décrit la situation actuelle de toutes les industries cinématographiques européennes pays par pays. On y trouvera en particulier des états mis à jour sur des pays peu étudiés de ce point de vue : l'ex-Yougoslavie, l'Irlande ou les États baltes. Dans ce panorama global, c'est un diagnostic dépassant les explications strictement nationales que nous propose l'auteur. Il nous permet de mesurer les faiblesses de l'Europe et les forces des États-Unis leur assurant cette domination, en l'occurrence peut-être plus symptomatique que dommageable.

  • Au cours de ces dernières décennies, l'économie du cinéma s'est profondément transformée dans ses modalités de diffusion et de valorisation. La salle reste un lieu privilégié d'exposition des films et un fondement essentiel de distinction symbolique, mais elle ne représente plus qu'une part minime des recettes, alors que la télévision est devenue prépondérante par ses débouchés comme par son financement. Cinéma et télévision entretiennent des relations ambiguës marquées par une étrange combinaison de concurrence et de coopération. L'étude de ce couple baroque permet de comprendre leurs modalités de fonctionnement respectives et leur imbrication dans la dynamique contemporaine des industries de la communication. L'analyse des évolutions mouvementées de Canal + et de Vivendi Universal conduit en particulier à mieux saisir les enjeux stratégiques de la filière cinématographique dans son ensemble. Dans cet ouvrage, la trouble conjonction entre cinéma et petit écran est également étudiée dans ses dimensions techniques et esthétiques : les déformations de l'image, les convergences et les effets de contagion, les rapports entre films et téléfilms, l'émergence de nouvelles formes d'hybridation. Plus généralement, en s'appuyant sur l'analyse de l'audience des films de cinéma à la télévision ou des pratiques de marketing, il s'agit d'étudier comment l'omniprésence du système télévisuel pour tout ce qui touche au financement, à la diffusion et à la promotion des films affecte le cinéma dans son architecture, dans son fonctionnement et dans son identité.

  • Qu'est-ce que la politique à la télévision ? Le propre de la télévision réside dans sa formalisation « sensible », dans le formatage « esthétique » qu'elle impose : c'est là son langage... et le prix à payer, sans doute, pour permettre à une majorité de citoyens d'accéder à une forme de compréhension de la réalité politique. S'appuyant sur une analyse de séquences politiques de journaux télévisés pendant la campagne présidentielle de 1995, le livre propose une étude plus large de la rhétorique politico-audiovisuelle.

  • De Stroheim à Spielberg, de Naissance d'une nation à la trilogie Scream, de Selznick aux frères Weinstein, des Nickelodeons bondés au piratage en ligne, la question de l'acceptabilité des films traverse toute l'histoire d'Hollywood. Confrontés à diverses formes de censure, les studios s'organisent très tôt pour faire face, mais également faire place à la critique : ils engagent des censeurs internes pour incorporer à moindre coût les contraintes de chaque époque. D'où la dualité de ce livre : discipline industrielle car les studios créent des dispositifs d'autorégulation, bâtissent des digues concurrentielles, guettent collectivement tout signe d'assouplissement ou de raidissement de la censure ; innovation cinématographique car chaque film est une occasion de tester la détermination et la sagacité des censeurs. C'est une nouvelle histoire culturelle et industrielle d'Hollywood qui se révèle : celle des trouvailles d'un Hawks, d'un Wilder ou d'un Kubrick, mais aussi celle des astuces commerciales, des querelles juridiques et des confrontations publiques. Quatre dates jalonnent le récit : 1915, émergence de la censure civile ; 1934, naissance de la Ligue de la Décence ; 1968, institution de la cotation par âges ; 1999, tuerie de Columbine. Pourquoi Columbine ? Parce que le débat sur la violence fictionnelle reprend à Washington, montrant aux studios que la menace d'une censure fédérale demeure d'actualité.

  • Zigoto, Beaucitron, Picratt, Calouchon, Dudule... Autant de sobriquets inconnus du grand public, malgré leurs cocasses et alléchantes connotations. C'est qu'ils dissimulent nombre de comédiens américains de talent qui ont considérablement diverti nos parents et grands-parents, mais qui sont restés souvent dans l'ombre des Charlie Chaplin, Buster Keaton et autres Harold Lloyd. Il y a là une injustice notoire que Jean-Jacques Couderc s'est donné pour tâche de réparer. Consacré à ces comiques oubliés ou peu connus du cinéma muet américain, ce livre retrace tout d'abord leurs vies agitées et souvent trop courtes d'étoiles mélancoliquement filantes au firmament du burlesque. Pour chacun d'eux, il fallait impérativement sauver de l'oubli quelques séquences, réalistes ou loufoques, géniales ou démodées, grotesques ou subtiles, dans tous les cas débordantes de drôlerie, d'imagination ou de fantaisie et les replacer dans leur contexte. Et certes, la lecture de leurs biographies et des scénarios de leurs films et courts-métrages, poétiques ou rocambolesques, suscite en nous autant de gaieté que d'étonnement incrédule. Par ailleurs, cet ouvrage de référence propose au lecteur toutes les informations actuellement disponibles sur ces comédiens et réalisateurs dont il convenait de sauver la mémoire : ils appartiennent plus que jamais à la grande histoire du cinéma américain.

  • « Bonne nuit les petits », « ici Léon Zitrone »... Entre allocutions présidentielles, premiers feuilletons, et « Cinq colonnes à la une », c'est la France des débuts de la ve Républiques qui se raconte à travers l'aventure de l'ORTF. La télévision crée alors un nouveau langage, invente de nouvelles formes de prise de parole, transforme, en se les appropriant, les spectacles, les rituels. C'est à un voyage dans le passé récent que nous invitent Évelyne Cohen et Marie-Françoise Lévy. Comment se construit le JT ? Que font les hommes politiques de ce nouveau média ? Quel pays dévoilent les retransmissions du Tour de France ? Comment le rock entre-t-il au foyer ? Quel imaginaire façonne les grandes séries ? En bref, comment la télévision s'installe-t-elle, alors, dans la vie des Français ? Une histoire culturelle exemplaire pour tous les enfants de la télé que nous sommes. Une analyse forte, érudite. Une séquence « nostalgie ».

  • De ses origines, de forain bonimenteur ou de petit épicier ambulant, l'exploitant de théâtre cinématographique a tout oublié en se sédentarisant pour, très vite, conquérir le monde. Mais au moment ou l'on assiste à une concentration des corps de métiers dans toute l'industrie de l'audiovisuel, l'exploitant de salle peut-il rester un simple pourvoyeur de billets de cinéma ? Cet ouvrage rappelle les principales étapes de la vie économique des salles de cinéma françaises ; l'introduction sur le marché des attractions et des loisirs de ce nouveau spectacle, sa croissance marquée par la révolution du parlant, son apogée, puis les modifications récentes des comportements et des attentes du consommateur de films qui provoquent sa désaffection pour les salles de cinéma. Face à la diffusion massive de l'offre de films à domicile, et au passage d'images stockées sur pellicules à celles émises par flux numérique et continu, quelles sont les forces et les faiblesses de l'exploitation contemporaine ? Si le métier, centenaire, d'exploitant de salle de cinéma est voué à la disparition, il demeurera cependant quelques acteurs sur cette scène. Pour ces entreprises qui, toutes, ne pourront pas être adossées à de grands groupes de communication, quelles sont alors les stratégies possibles de survie ?

  • C'est à l'histoire de l'avènement du son au cinéma que nous convie Giusy Pisano. Aux confins des sciences et des techniques, les inventeurs les plus curieux croisent ici les chercheurs les plus à la pointe de leur nouvelle discipline, quelquefois au plus grand étonnement du lecteur. Comment peut-on imaginer par exemple que les recherches sur les sourds et muets ont eu des répercussions décisives dans la naissance du cinéma moderne ? C'est au début du XIXe siècle, grâce, entre autres, à l'essor de la physiologie expérimentale qu'une panoplie de nouveaux appareils se met progressivement en place, expliquant la nature du mouvement vibratoire d'une onde sonore ou d'un objet se déplaçant dans un espace et reproduisant le même phénomène. Dans l' « obsession » du mouvement, propre au XIXe siècle, les recherches sur le son arrivent peu à peu à se relier aux investigations sur le mouvement visuel. Du chronographe de Thomas Young à la chronophotographie de Marey en passant par les recherches acoustiques de l'abbé Rousselot, un champ fragile de convergence s'élabore, nouant des relations expérimentales entre des domaines apparemment éloignés. L'enregistrement du mouvement tant en acoustique qu'en optique ou en physiologie constitue ici le pivot de la synchronisation son /image. Grâce à lui des échanges de plus en plus constants s'effectuèrent entre science, spectacle et industrie. Le cinéma sonore pouvait naître.

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