Belfond (réédition numérique FeniXX)

  • Prisonnier de son fameux Melon, dont on ne cite généralement que quelques tranches, Saint-Amant - 1594-1661 - apparaît, grâce au choix de Jean Rousselot, bien au-dessus de sa réputation de poète de la table et du vin. Toutes les facettes du baroque - sauf l'ennuyeuse - brillent en effet dans l'oeuvre complexe, capricieuse et inventive de cet homme qui entendait garder ses coudées franches avec le langage. Observateur précis et grand voyageur, Saint-Amant s'y montre, en outre, bien avant la lettre, un poète des choses vues, sinon du parti pris des choses, et un cosmopolite de la meilleure veine. Théophile Gautier lui accordait du génie. Il n'avait pas tort.

  • « La mission du poète est de troubler la sécurité que garantissent l'éducateur, le policier, le magistrat. Rien ne dérange comme la vérité celui qui s'est refusé à la vérité. Rien ne dérange comme la liberté celui qui n'aspire plus à la liberté. Marcel Béalu est un assaillant, il se cachera pour nous surprendre, il nous poussera au-delà des portes fermées, il nous tendra son « miroir secret », nous aurons la surprise de reconnaître notre visage... Il se dégage de toute cette oeuvre un amour de la vie en butte aux atteintes du temps, la conscience d'un très noble devoir : celui de savourer l'existence, de jour et de nuit, sous toutes ses formes, de l'araignée d'eau à la lumineuse mobilité des corps de femmes. » René Plantier

  • Journal ? Oui. Sans épanchements ni confidences intimes. Sans sous-vêtements (allusion à la mention savoureuse : remis mon gilet de laine, notée par un illustre écrivain et recueillie dans la Pléiade). Sans je, donc. 455 fragments, notes, aphorismes, paraboles, anti-fables, allégories et paradoxes. Avec, aussi, les interrogations sans réponse, les coups de pied dans les portes, et de ces choses qu'on dit sans queue ni tête mais qui, par là même, ne manquent pas de corps.

  • À l'espace meurtri du pays, se substitue l'espace de la page. Aux hommes qui meurent, se substituent les mots qui piétinent les chemins de l'écriture. Mots cris qui parcourent la peau du poème. Mots qui rougeoient, puis s'éteignent parce que, de l'autre côté des hommes, un pays s'ébroue dans la fumée de son sang. Et les morts se résignent à leur état de morts, s'assignent domicile dans la négation, installent l'instrument précis de leur corps dans l'immobilité. Ils habitent un lieu nul, sur ses frontières se cassent les rumeurs. Puis les corps repoussent, s'élèvent parallèles aux plus hautes plantes, gorgés de sève et d'écume. L'érotisme des derniers poèmes, n'est qu'une manifestation de la vie, même quand elle se greffe sur la mort.

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