Armand Colin

  • L'humanisme c'est la passion de l'être humain pour son propre mystère, pour son génie, son tragique, et la sagesse qu'il peut acquérir. C'est l'exhortation à une fraternité universelle dont l'homme serait capable, mais aussi la dénonciation du mal effroyable dont il se rend parfois coupable. C'est l'émerveillement mêlé d'effarement pour ses ambitions démesurées qui sont peut-être, paradoxalement, les seules à sa mesure...
    Abdennour Bidar montre ici comment l'Occident s'est voué sans relâche à l'élucidation du mystère humain. Sans avoir bien sûr le monopole de l'humanisme, les penseurs, les artistes et les grands acteurs de cette civilisation se sont transmis le flambeau de l'interrogation sur l'identité humaine, ainsi que la responsabilité de faire émerger une humanité plus humaine.
    Contrairement à une idée reçue, la Renaissance ne fut pas le seul moment humaniste de l'histoire occidentale mais seulement l'un de ses foyers majeurs parmi d'autres : les religions monothéistes, l'Antiquité grecque et romaine, et bien plus tard la modernité issue des Lumières... Où en sommes-nous aujourd'hui de cette longue quête de l'homme par l'homme, et de ce processus d'humanisation dont tout humanisme travaille à faire le sens de l'histoire ? L'Occident est-il toujours à la hauteur de ses grands humanismes, et demain quel humanisme sera partageable entre toutes les civilisations de la planète ?

  • Si elle est le fait de courants radicaux qui pervertissent les sources islamiques, la violence qui s'exerce au nom de l'islam, et dont les musulmans sont eux-mêmes les premières victimes, se loge au coeur de la relation entre le religieux et le politique. Pour éclairer la crise qui agite l'univers contemporain de l'islam, une analyse en profondeur des fondements du pouvoir politique, lequel s'est posé, dès les origines, de manière tragique, s'avère nécessaire. Menant une véritable enquête qui convoque les sources, l'histoire, la science politique, la sociologie et la théologie, l'auteur dénoue le fil de la contradiction qui fonde l'utopie de l'islam. En isolant les principales références qui ont inspiré et continuent d'inspirer les mouvements de contestation politico-religieux, elle dévoile au fil des pages, la thèse inédite qu'elle défend : toutes les entreprises menées pour corriger le monde conformément à l'idéal islamique n'ont conduit qu'à détruire l'Etat et l'espace du politique. Voilà qui pulvérise l'idée que l'islam est une religion politique.

  • Jusqu'à l'implosion de l'URSS, la grille de lecture du monde était assez simple, voire simpliste : il suffisait de tracer deux lignes sur le planisphère, l'une séparant le Nord du Sud, les riches des pauvres, l'autre isolant l'Est de l'Ouest, les sociétés socialistes des capitalistes. Ces oppositions, critiquées et dépassées, ont évidemment été brouillées par la complexité des configurations locales. Mais elles ont pourtant une histoire, à la fois réelle et imaginaire, qui mérite d'être interrogée.
    Cet essai revient sur ces grandes "fractures" du monde, en en proposant une grille de lecture originale à l'aune des enjeux contemporains (migrations, perspective d'une hégémonie chinoise, islamisme) et en mettant en évidence l'émergence d'une nouvelle fracture, globale, entre le politique et l'économique.

  • Génocide. Ce néologisme, créé par Rafael Lemkin en 1943 pour signifier la destruction des Juifs d'Europe, assassinés pour ce qu'ils étaient, n'appartient hélas pas au passé. Avant la Shoah, le monde avait été témoin du génocide des Arméniens en 1915 ; plus près de nous, en 1994, les Tutsi furent également les victimes de ces destructions de masse.
    Yves Ternon s'est consacré depuis les années 1960 à l'étude de la médecine allemande sous le national-socialisme. Il est depuis devenu un historien de premier plan sur la question du crime de génocide.
    Cet ouvrage, qui constitue la synthèse de ses recherches sur la question, est consacré dans un premier temps à « décortiquer » les sources idéologiques, juridiques et historiques ; dans un second temps, aux paramètres ayant conduit à leur application visant à la destruction du peuple arménien de l'Empire ottoman, des Juifs d'Europe et des Tutsi du Rwanda.
    La préface de l'historienne Annette Becker revient sur le parcours d'Yves Ternon, parcours ayant abouti à cette réflexion autour de la genèse du racisme biologique et du crime de génocide.
    Une réflexion nécessaire à l'heure où le monde est de nouveau plongé dans d'autres formes de violences.

  • Nous sommes confrontés à l'épuisement des ressources, à la pollution, aux défis des biotechnologies et autres nanotechnologies, mais aussi à la solitude, au travail dans l'oubli du sens des métiers et l'automatisation des actes.
    Ces questions peuvent apparaître indépendantes les unes des autres et relever de domaines différents comme la protection de la nature, le droit du travail, le management, etc. Bien au contraire elles doivent être abordées globalement : la thèse principale de cet ouvrage est de montrer que ces questions trouvent leur cohérence si on les rapporte à l'originalité de l'idée que l'on se fait de la nature dans le monde occidental.
    Une idée qui a rendu possible la science et la technique, mais au prix de l'abandon du monde de l'exister, de la présence des êtres et des choses, bien que ce monde fut inclus dans l'idée originelle occidentale de la nature.
    Un des objectifs de ce livre consiste à se réapproprier, sans nier la science, ce monde de l'exister, de notre exister et cela dans un geste de résistance pour ne pas mourir étouffé sous l'emprise à la fois technicienne et néolibérale du monde en gestation.

  • La géographie énumérait autrefois les départements et leurs chefs-lieux, elle parle aujourd'hui de populations, de paysages ; elle s'intéresse aux océans, aux montagnes, aux milieux extrêmes, mais aussi aux campagnes, aux villes, aux grandes métropoles et aux étendues de plus en plus larges d'urbanisation diffuse. Entre les deux guerres mondiales, elle chiffrait la production de charbon, de pétrole et d'acier de chaque pays. Puis elle s'est passionnée pour le Tiers Monde, les blocages de son développement et les moyens d'y remédier. Elle s'alarme aujourd'hui de la dégradation des milieux, du réchauffement climatique, de la montée du niveau des mers, et s'interroge sur la crise des identités et les remous provoqués par la globalisation.
    La géographie parle du pays où l'on vit, du concert des nations qui l'entourent, de ce qui confère à certaines la puissance. Elle colle à l'actualité nationale, mondiale, et n'a jamais été aussi présente dans le quotidien de chacun : les cartes et images animées ont envahi les journaux, les médias et les écrans de toute sorte, etc.).
    Loin des images d'un autre temps (la géographie comme science des paysages), c'est à cette vision moderne et dynamique que nous invite Paul Claval. En prenant en compte la subjectivité humaine, le rôle des représentations et le poids des imaginaires, la géographie est bien cette discipline du regard que porte l'Homme sur son environnement et qui contribue à l'intelligence du monde contemporain.

  • Soixante ans après les premiers débats sur le développement et la coopération internationale, que dire des chemins parcourus en Amérique latine, en Afrique, en Asie ? Pour les uns, c'est l'échec. Pour d'autres, c'est un constat en demi-teinte, fait de succès et de déboires. 
    Devant l'ampleur des défis qui subsistent, il est plus que jamais nécessaire de repenser le développement. C'est à cette tâche que Gilbert Étienne nous invite, lui qui parcourt l'Asie et l'Afrique depuis plus de cinquante ans. 
    À travers l'étude de quatre pays asiatiques, aux évolutions contrastées, il montre comment les conditions du développement sont possibles ou non. Sa démarche privilégie les témoignages, l'approche du terrain. Elle s'inscrit aussi dans une grande fidélité géographique et institutionnelle : les mêmes régions sont visitées à plusieurs reprises, ce qui permet de juger des progrès ou de leur absence. 
    N'en déplaise aux champions de l'aide unilatérale, le développement ne se décrète pas. Il s'apprécie dans la durée et à travers l'observation des hommes, des plus humbles aux plus hauts responsables. 

  • Nos gestes en savent et en font plus que nous. Parce qu'ils se situent à l'interface entre nous et les autres, ils font émerger - à travers nous - des processus constituants qui dépassent nos intentions et notre rationalité conscientes. Parce qu'ils sont visibles à autrui, ils insèrent leur mouvement dans une dynamique collective qui déjoue les illusions de notre souveraineté individualiste. Parce qu'ils peuvent investir cette visibilité de la force de transformation propre à la feintise, ils ouvrent des perspectives capables de repousser les limites de la réalité. 
    Au carrefour d'une anthropologie « sauvage » et d'une archéologie des médias, cet essai envisage nos expériences esthétiques en termes de gestualités affectives, immersives, critiques, créatives et finalement mystiques. Il caractérise notre époque historique par une tension conflictuelle entre les programmations déshumanisantes qui la pénètrent toujours plus intimement (à grands renforts de machines informatiques et bureaucratiques) et les inflexions gestuelles qui constituent le réceptacle de nos humanités. Si nous devenons nous-mêmes en apprenant à habiter gestuellement ce qui nous occupe, alors c'est de ces gestes d'humanités que dépendent à la fois l'avenir de nos cultures et la poursuite de notre humanisation. 
    Yves Citton est professeur de littérature à l'université de Grenoble, membre de l'UMR LIRE (CNRS 5611), co-directeur de la revue Multitudes et collaborateur de la Revue des Livres.

  • Comment s'exerce l'autorité ? Nous osons poser des questions incorrectes, philosophiquement dangereuses, politiquement inquiétantes. Pourquoi obéir et à qui ? De quel droit et au nom de quoi, quelqu'un peut-il commander à un autre et l'obliger à accomplir ce qu'il ne veut pas nécessairement accomplir de son plein gré ? Nous souhaitons affronter le problème de l'autorité par le biais plus radical d'une interrogation iconoclaste et mortifiante à la fois : pourquoi y a-t-il des chefs ?
    La philosophie, au travers de plusieurs matrices de croissance, de confiance, de croyance, en a conçu la raison politique, analysé l'effectivité, critiqué les fâcheuses déviations, pour fonder l'augmentation légitime des êtres humains et féconder leur puissance commune pour atteindre le meilleur. Mais elle a aussi, à l'inverse, participé à la pathologie du chef adulé et divinisé d'une déraison politique. Elle a elle-même été coupable d'une fascination dégradante, entretenant la flamme qui la brûlera. Malheur au peuple qui a besoin... de chefs. Reste à savoir s'il peut s'en passer et lesquels il lui faut, comment les former, comment les remplacer et les contrôler démocratiquement ?

  • Internet incarne la liberté d'expression, la diffusion des connaissances,
    la création et l'innovation. Perçu comme un lieu de libre association et
    d'auto-organisation, il est érigé en vecteur de démocratie et de prospérité.
    Mais il est aussi traversé par des formes de surveillance et de centralisation,
    dont certains grands acteurs économiques et politiques ont su tirer parti pour
    asseoir leur domination. Comment comprendre une telle ambivalence ?
    Internet est-il un instrument de liberté ou de contrôle ?
    Cette dialectique est au coeur du réseau, né d'une matrice scientifique et
    militaire mais façonné par la contre-culture américaine. Des utopies du
    cyberespace à la Nouvelle économie, du hacking aux communs informationnels,
    cet ouvrage dessine une généalogie d'internet. Il décrypte ses projets
    emblématiques tels que Google, Facebook, WikiLeaks ou Wikipédia. Il éclaire
    les enjeux de pouvoir qui structurent notre environnement numérique, en
    exposant les philosophies politiques qui se sont affrontées et en analysant les
    logiques sociales qui s'y déploient. Il montre enfin que le réseau constitue une
    reconfiguration profonde de l'économie politique libérale et de ses notions
    clés (la propriété, la vie privée, etc.), où la libre circulation de l'information
    apparaît comme le principal socle de l'autonomie individuelle et collective.
    Ce livre apporte une contribution décisive à la théorie politique d'internet et
    une réflexion inédite sur les mutations du libéralisme contemporain, deux
    enjeux désormais indissociables.

  • Dans la maladie, le sujet fait l'expérience d'une violence démultipliée, l'assaillant de toutes parts. Violence faite au corps, par le mal et les traitements ; violence symbolique des discours, des regards et des jugements infligés au patient par la société et le milieu médical. Violence d'une marginalisation qui redouble la solitude d'un malade emprisonné dans sa souffrance. Pourtant, la philosophie est largement passée à côté de cette violence. Elle n'aborde en général cette épreuve existentielle que de biais. comme paradigme pour penser l'anormal. Ce détour est significatif d'un malaise, celui de la pensée face à une violence inhérente au vivant lui-même.
    Comment appréhender ce pouvoir destructeur de la vie ? En quoi nous oblige-t-il à repenser entièrement le soin ? Pour quel bénéfice ?

  • Au milieu du XIXe siècle, la France a été traversée par une fièvre d'engagements civiques. Cette « résurrection de la société civile » s'est déroulée ailleurs en Europe. Mais dans ce pays, elle a abouti à la fondation d'institutions et de pratiques démocratiques. Celles-ci ont assuré la transition du Second Empire autoritaire de Napoléon III à une République effective, fondée sur le suffrage universel masculin et gouvernée par des parlementaires issus des couches nouvelles.
    L'historien américain Philip Nord expose cette thèse magistrale dans un récit explorant non seulement l'histoire et la politique mais aussi la religion, la philosophie, l'art, la littérature et le genre. Il retrace les progrès des sentiments démocratiques et l'affermissement de la dissidence politique au sein d'institutions et de milieux stratégiques : les loges de la franc-maçonnerie, l'Université, la Chambre de commerce de Paris, les consistoires juif et protestant, le barreau de Paris et les milieux artistiques. Il démontre comment la qualité de ces débats et la manière dont ils se développèrent entraînèrent cette nouvelle classe moyenne à s'ouvrir à la politique. Au mitan du XIXe siècle, la convergence et la cristallisation de nombreux courants républicains ont donné à la France une société civile d'une grande maturité, des élites politiques soucieuse des valeurs démocratiques, et un futur qui n'inclut aussi bien des réformes constitutionnelles que celles liées à la vie privée et la culture publique. Cette grande étude parue aux États-Unis en 1995 est désormais disponible en langue française.
    Philip Nord est professeur d'histoire moderne et contemporaine à Princeton University depuis 1981.

  • Mémoire, témoignage, catharsis : ces mots ne cessent de revenir au sujet des grandes catastrophes politiques du 20e siècle, comme s'ils nous aidaient à les assimiler. La hantise d'un effondrement a donné lieu à une religion de la transmission. Mais en réalité nul ne sait quoi faire d'un si monstrueux héritage, qui nous barre l'accès au présent et obstrue notre avenir. De ce non-savoir vient le mot « mémoire » sous lequel s'agitent le chaos des chagrins individuels et celui des luttes pour la reconnaissance, un nouveau vocabulaire politique, un marché culturel, et à présent un champ académique : bref une culture. Mais cette culture semble aujourd'hui toucher ses limites en se désamarrant du réel au point de faire écran à ce dont elle se réclame : la réalité passée et sa mémoire. L'auteur prend le parti de changer de perspective en voyant s'exprimer, dans cette impasse, une angoisse de la vérité. Au-delà du refus d'oublier, ce qui déchire l'espèce et détruit un monde produit pour certains un mal de vérité particulier, qui s'accompagne d'une crise de la vérité inédite. Sous un fatras d'époque, l'auteure dessine les contours d'une étrange utopie. En dressant la physionomie critique de cette culture de la mémoire elle tente un autre usage des textes témoins, pour penser avec eux le mal de vérité qui travaille notre rapport au passé, et trouver un nouveau rapport politique au présent.

  • Sommes-nous tous malades ? La médecine, ses approches de l'humain, son vocabulaire ont pénétré dans notre univers quotidien. Une telle médicalisation de notre existence n'est pas sans effet. Les problèmes du corps et de l'âme se voient systématiquement redéfinis en pathologies et les différentes phases de la vie accompagnées de l'aide technique médicale. Celle-ci esquisse la figure d'un homme amélioré par les biotechnologies, débarrassé des aléas des passions, maîtrisant ses colères et ses pulsions : un homme sans fièvre.
    Ainsi paradoxalement, à mesure que la médecine identifie toujours plus de maladies, les hommes rêvent de parfaite guérison et en font à la fois une exigence personnelle et un idéal social. Guérir la société de ses blessures, nous défaire de notre vulnérabilité ; telle est la manière dont est interprétée trop rapidement l'idée d'une société du soin proposée par de nouvelles philosophies. Pourtant, soigner n'est pas un geste anodin, guérir ne se fait pas sans souffrance et généraliser le modèle médical, c'est aussi prendre le risque de banaliser sa violence spécifique.

  • Comment les historiens français contemporains écrivent-ils l'Histoire ?
    Comment se mettent-ils en scène ou au contraire cherchent-ils à dissimuler leur présence ? À quelles stratégies recourent-ils pour garantir la validité de leurs descriptions du passé ? Donnent-ils aux acteurs leurs propres voix, et de quelle manière intègrent-ils ces voix dans leurs textes ?
    Se confrontant à ces questions, Philippe Carrard examine un large échantillon d'historiographie française contemporaine, allant des longues thèses d'histoire économique et sociale des années 1960 aux histoires culturelles d'aujourd'hui, en passant par les études centrées sur un événement et celles réhabilitant le rôle des acteurs.
    Examiner le dernier stade de ce que Certeau appelle l'« opération historiographique », celui de l'écriture, permet de reposer certaines questions centrales, notamment celles de l'appartenance nécessaire de l'Histoire au genre narratif, de l'objectivité censée caractériser ce discours et de l'appartenance de l'histoire à une science légitime, bien que distincte des sciences naturelles et théoriques.
    Sous l'angle qui lui est propre, ce livre entend ainsi participer aux débats sur l'état actuel des sciences humaines, au moment où le statut de celles-ci est remis en question par les différents « post » (modernisme, structuralisme, féminisme, etc.) qui occupent la scène intellectuelle depuis le début du XXIe siècle.

  • La philosophie a-t-elle encore un rôle réel à jouer ? Ou n'est-elle plus désormais que l'arôme spirituel nécessaire pour assurer le succès d'une réunion mondaine ? Nous vivons sous la domination du relativisme - à chacun sa vérité ! - et toutes les doctrines philosophiques semblent vouées à l'insignifiance. Un spécialiste des sciences de la terre annonçait il y a peu « la défaite de Platon ». Une vedette des médias prétend avoir lu tout Freud en six mois et l'avoir réfuté en 600 pages. À quoi bon donc continuer de philosopher ? Ce livre, qui reprend un à un les grands thèmes qui structurent l'enseignement philosophique aujourd'hui, veut montrer que la philosophie n'a de sens que si elle est recherche de la vérité, et rien que cela. Contre les illusions du positivisme et du scientisme, elle exige qu'on remette sur le métier l'ouvrage et qu'on soit prêt à recommencer, comme ont commencé et recommencé les Platon, Aristote, Descartes, Spinoza, Kant ou Hegel. Ces incursions dans la philosophie ne constituent pas un ensemble systématique achevé mais une défense de la dignité des philosophes.

  • Berlusconi a inventé la Télé-République italienne,Tony Blair a galvanisé les Anglais avec son New Labour, tandis que les populistes modernes sont descendus de Scandinavie pour envahir l'Europe. Comme les présidentielles de 2007 l'ont souligné, c'est maintenant à la France d'inaugurer son Nouveau Régime, résidu de populisme type Front national assorti d'une dose beaucoup plus forte de néo-populisme bien élevé à la façon des trois grands ex-candidats présidentiels et, pour les choses sérieuses, d'une injection discrète mais décisive de gouvernance destinée à dynamiser le « management » du pays. Pour tout dire, l'hiver de la démocratie est arrivé. Celle-ci conserve son nom pour un temps. Mais elle a perdu sa substance. 
    Face à ce grand tournant, nous vivons comme nos ancêtres à la veille de la Révolution de 1789. Ce crépuscule de l'Ancien Régime annonçait déjà la fin d'un monde. Mais les Français comme leurs voisins ont continué alors à vaquer à leurs routines sans vouloir imaginer que leurs habitudes déjà très ébranlées allaient être mises sens dessus dessous. Nous faisons de même à l'approche du séisme politique annoncé. Ce livre rappelle qu'en dépit de ses heureuses saisons passées, la démocratie est un mode de gouvernement non moins voué à s'effacer devant un Nouveau Régime que les régimes qui l'ont précédée. 
    Guy Hermet est politologue, spécialiste de l'histoire de la démocratie et du populisme. Il a dirigé le Centre d'études et de recherches internationales (CERI), et enseigné à Sciences Po, à l'Université de Lausanne, à l'Université Libre de Bruxelles, à l'Institut universitaire des hautes études universitaires de Genève et à l'Université de Montréal. Il est Docteur honoris causa de l'Université de Madrid.

  • Ces réflexions sur l'histoire et les historiens s'attachent à mettre au jour les contraintes souvent invisibles ou inconscientes qui pèsent sur le travail historique. Non seulement celles, toujours évoquées, de la difficile prise de distance critique par rapport à la société globale et à l'horizon temporel et mémoriel mais surtout celles, souvent trop vite oubliées, de l'héritage des pratiques et des censures propres à chaque système académique et des effets induits par la position relative de l'histoire au sein des autres sciences sociales et humaines.
    Abordant des types d'histoire, de méthode ou d'objets multiples, au croisement de plusieurs disciplines, l'ouvrage entend combattre aussi un certain discours de dénigrement et un catastrophisme franco-français sur l'état de l'histoire et des sciences humaines et sociales, qui ne correspondent pas à l'état réel du champ historiographique. Face à certaines dérives induites par les politiques universitaires et de recherche depuis une décennie, Homo historicus entend pratiquer ce que Julien Gracq appelait justement « l'hygiène des lettres », réactivation de l'esprit critique et autocritique, fondement de toute démarche historienne. Issu de la coopération ou du dialogue avec des chercheurs partageant les mêmes convictions, cet essai propose une défense et illustration d'une pratique de l'histoire pleinement engagée dans son siècle, dans la lignée d'historiens européens évoqués dans les chapitres finaux. 
    Christophe Charle, professeur à l'Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne, membre de l'Institut universitaire de France, est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages dont en dernier lieu, Discordance des temps, une brève histoire de la modernité (Armand Colin, 2011) et, avec J. Verger, Histoire des Universités XIIe-XXIe siècle (PUF, 2012).

  • Comment concevoir le rapport entre l'homme et la loi morale ? 
    Au centre des discours éthiques, cette question est habituellement abordée sous l'angle des traditions philosophiques et chrétiennes. C'est une autre voie qu'emprunte ce livre. En analysant les sources rabbiniques de la fin de l'Antiquité, l'auteur décrit comment le mouvement rabbinique articule une conception alternative du rapport entre l'homme et la loi morale, une conception bien distincte de celle que fondent les écrits philosophiques et chrétiens de la même époque. 
    Les particularités de l'éthique rabbinique de soi sont étudiées dans cet ouvrage : l'absence de toute intelligence divine de l'âme humaine ; la présence constante d'un agent malveillant à l'intérieur de l'homme ; la possibilité de communiquer pleinement avec Dieu tout en restant à l'intérieur du monde social ; les rapports subversifs et insolents qu'un disciple peut et parfois doit avoir avec son maître. 
    L'éthique rabbinique est articulée dans un dialogue constant, bien que dissimulé, avec les éthiques philosophique et chrétienne. C'est dans l'espérance de renouer ce dialogue et d'enrichir notre réflexion sur le rapport entre l'homme et la moralité, que cet ouvrage a été écrit. 
    Spécialiste de la littérature rabbinique, Ron Naiweld est actuellement chercheur au CNRS.

  • Ce premier essai sur la modernité nous montre comment les hommes et les femmes perçoivent, depuis le 19e siècle, leur rapport à l'avenir, au présent et donc au passé. A travers les principaux événements historiques, l'auteur donne une approche à la fois chronologique et thématique de la modernité. Il nous montre également comment les écrivains, les penseurs, les savants et les artistes ont voulu penser et réfléchir l'avenir à l'inverse de leurs prédécesseurs

  • La politique ce sont des idées, disent les gens sérieux. Sans aucun doute ! Mais ce sont aussi des ambitions rivales, des solidarités actives, des haines tenaces. D'austères philosophes du politique se sont intéressés de près à ces passions et les plus grands hommes d'État ont toujours été, à leur manière, de fins psychologues. Ce n'est donc pas rabaisser la politique que de souligner le rôle des sentiments et des ressentiments dans l'arène politique. On ne peut comprendre les complexités si l'on ignore ce que signifie l'amour du pouvoir chez les gouvernants, si l'on sous-estime le rôle de la peur ou du désir d'illusions, dans les attentes des gouvernés. À travers des entrées classées par ordre alphabétique (d'Admiration à Verbe, en passant par Cynisme, Envie, Haine, Vanité, Nostalgie..), enrichies de citations d'auteurs piquantes pour provoquer la réflexion et de courts exemples empruntés à l'histoire et à l'actualité, ce petit « traité » démontre ainsi qu'au pays de Descartes, la raison n'est jamais affranchie de l'émotion.

  • Son adhésion dépourvue de repentir au nazisme vaut au théoricien politique Carl Schmitt (1888-1985) de partager l'odeur de soufre du philosophe Heidegger. Ce passé sinistre aurait dû le condamner à l'oubli. Or sa mort précéda sa renaissance. 
    Ce représentant de la droite autoritaire extrême privé de toute chaire universitaire est désormais considéré comme l'un des principaux penseurs politiques des deux derniers tiers du XXe siècle. Tout comme Heidegger a conservé l'amitié de Hannah Arendt, Carl Schmitt, qui se voulait « juriste officiel du Troisième Reich », a exercé après 1945, une profonde influence sur les secteurs idéologiques les plus divers. Connu auparavant pour son refus de soumettre l'État à l'éthique et à l'économie, pour affirmer au contraire son autonomie inscrite dans sa capacité illimitée de décision, Schmitt a pris un autre visage après la Seconde Guerre mondiale. Rompant l'ostracisme qui le frappait, certains ont alors isolé et radicalisé ses concepts pour les transformer en armes contre la démocratie libérale, tandis que d'autres l'ont fait, à l'inverse, pour la libéraliser à l'extrême et refouler l'État dans un esprit « libertaire » proche de la logique présente de la mondialisation. 
    Cet ouvrage dépasse la controverse classique et ressassée sur Carl Schmitt pour se concentrer sur ce second aspect de la réception de sa pensée d'après 1945. 
    Promue au rang de « standard» dans le monde anglo-saxon, cette étude pénétrante de Jan-Werner Müller apporte au public francophone une lumière inédite sur un penseur transformé en objet de fascination intellectuelle. 
    Historien de la pensée politique moderne, Jan-Werner Müller enseigne depuis 2005 à l'Université de Princeton. Après des études à l'Université libre de Berlin et à University College à Londres, il avait auparavant été Fellow de All Souls College à Oxford (2003-2005) et chargé d'enseignement à l'École des hautes études en sciences sociales à Paris.
    Texte traduit de l'anglais par Sylvie Taussig.

  • I, II, III... Lascaux. Lascaux, grotte ornée des premiers millénaires ; Lascaux, grotte fréquentée des années 1950 ; Lascaux des années 1980, reproduite pour être visitée ; Lascaux coquille déplacée des années 2010 et, génie sans fin, Lascaux IV, trou à creuser pour le décorer en grotte, à quelques mètres du premier sanctuaire. 
    Lascaux, donc, fil conducteur d'une réflexion qui analyse, de Noyon la fière à Québec la Romantique, de Victor Hugo à Frederick Law Olmsted, les manières, différentes bien que souvent confondues, d'inscrire la mémoire dans les lieux. Des monuments aux patrimoines : géo-graphies. 
    Dès lors, ne nous y trompons pas. Comme dans les années 1830, comme dans les années 1960, en ce début des années 2010, avec hier, c'est encore demain qui est en jeu. Du très culturel South Bank londonien aux vertigineuses cimes de Dubaï, le Monde se construit maintenant au métronome des « mémoires-Monde ». Participant à la singularisation des lieux, elles réfléchissent aussi un modèle d'enrichissement et sa norme politique. Et soudain, peut-être renforcé par l'aggravation des difficultés économiques, le doute : construire ainsi son futur, n'est-ce pas, du coup, priver le Monde de ses avenirs ? 
    Olivier Lazzarotti est professeur de géographie à l'université de Picardie- Jules-Verne d'Amiens où il dirige l'équipe « Habiter le Monde ».

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