Albin Michel

  • L'utopie vient de changer de masques et d'habits sous nos yeux : il y a vingt ans, dans les vacarmes et les promesses de 1968, elle faisait semblant d'être douce, amoureuse et libre. Aujourd'hui, sa figure est rébarbative. Pol Pot et les ordinateurs de l'Occident nous ont ouvert les yeux : bien loin de faire la fête, l'utopie aménage des maisons sans joie, sans amour ni fantaisie. Platon, Thomas More, Cabot, Owen nous avaient cependant prévenus. Ils nous avaient enseigné que l'utopie est une logique, non une figure poétique; un système clos, non une dérive ou une évasion. L'utopiste déteste le temps et il l'incarcère. Il se sauve des horreurs de l'histoire en élaborant un contre-système glacial fondé sur les mines de la libellé humaine.

    Ce livre parcourt les chemins de l'utopie; en même temps qu'il relit les grandes doctrines, il est à l'affût des objets qui, dans le monde réel, sont infectés par la tentation utopique : les janissaires ou les couvents de saint Benoît, l'horloge et le cristal, le jeu d'échecs, les automates, l'art héraldique, le navire, les coléoptères... Ces vagabondages suggèrent qu'au-dessous des territoires du réel s'étend un autre sol, le sol morne, silencieux et blême de l'utopie : là, dans un espace inexaucé, les êtres, les choses ou les sociétés s'associent le long d'un réseau de lignes enchevêtrées, lignes souvent inaperçues des hommes de l'histoire.

    Gilles Lapouge est romancier, journaliste, critique littéraire. Ses deux derniers romans, La Bataille de Wagram et Les Folies Koenigsmark, ont été de grands succès.

  • Par l'universalité d'un modèle de République qui a converti l'Europe à la démocratie, sinon à la laïcité, la France a prouvé aux peuples qu'une nation sans liberté de la pensée n'est qu'une geôle, et qu'une liberté de la raison sans nation pour l'incarner n'est qu'un songe. Mais le moment n'est-il pas venu de transcender la conquête des droits civiques, dont les principes de 1789 demeureront, de toute façon, les porte-voix à l'échelle planétaire ? L'heure n'a-t-elle pas sonné de se demander comment un État philosophique doit féconder la création dans tous les ordres ? Si le poids temporel de la France n'est plus à l'échelle des cinq continents, quelle sera la portée de sa vocation intellectuelle, celle qui tient son autorité de l'universalité de la pensée ? Le messianisme français de la raison sera-t-il capable d'inspirer la réflexion théorique dans les sciences expérimentales, de revivifier la sociologie, de conduire à une vraie science des mythologies religieuses, d'armer la sagesse politique, de redonner un souffle élévatoire à la compréhension de l'histoire, de nourrir l'élan des Lettres et des Arts ? Les Révolutions véritables sont des régénératrices de l'intelligence. Mais elles enfantent leurs Sancho et leurs Quichotte. Elles se développent donc sur deux versants : celui des États bureaucratiques, qui font prospérer leurs curies, et celui de l'esprit, qui fait naître les éveilleurs et les vigies. J'ai tenté de m'inspirer d'une République qui a fait de la France une émancipatrice des cerveaux. Il faut croire au destin d'un État pensant et d'un peuple de la raison ; il faut croire en l'avenir d'un pays dont les écrivains, les poètes, les philosophes pèsent la condition humaine sur les balances de l'universel.

  • Par l'universalité d'un modèle de République qui a converti l'Europe à la démocratie, sinon à la laïcité, la France a prouvé aux peuples qu'une nation sans liberté de la pensée n'est qu'une geôle, et qu'une liberté de la raison sans nation pour l'incarner n'est qu'un songe. Mais le moment n'est-il pas venu de transcender la conquête des droits civiques, dont les principes de 1789 demeureront, de toute façon, les porte-voix à l'échelle planétaire ? L'heure n'a-t-elle pas sonné de se demander comment un État philosophique doit féconder la création dans tous les ordres ? Si le poids temporel de la France n'est plus à l'échelle des cinq continents, quelle sera la portée de sa vocation intellectuelle, celle qui tient son autorité de l'universalité de la pensée ? Le messianisme français de la raison sera-t-il capable d'inspirer la réflexion théorique dans les sciences expérimentales, de revivifier la sociologie, de conduire à une vraie science des mythologies religieuses, d'armer la sagesse politique, de redonner un souffle élévatoire à la compréhension de l'histoire, de nourrir l'élan des Lettres et des Arts ? Les Révolutions véritables sont des régénératrices de l'intelligence. Mais elles enfantent leurs Sancho et leurs Quichotte. Elles se développent donc sur deux versants : celui des États bureaucratiques, qui font prospérer leurs curies, et celui de l'esprit, qui fait naître les éveilleurs et les vigies. J'ai tenté de m'inspirer d'une République qui a fait de la France une émancipatrice des cerveaux. Il faut croire au destin d'un État pensant et d'un peuple de la raison ; il faut croire en l'avenir d'un pays dont les écrivains, les poètes, les philosophes pèsent la condition humaine sur les balances de l'universel.

  • Beaucoup reagissent a l'événement en s'etonnant non pas de lui mais de ne pas l'avoir prévu : comme si notre vocation normale était de tout prévoir et de faire en sorte que rien n'arrive, que rien ne nous arrive. Nos idéaux de prévision cachent un énorme désespoir. Car ce qui nous arrive, ce sont des éclats de nous-mêmes et de notre présence au monde, des appels ou des cris de notre temps qui s'émeut. Voici donc une suite de flashes, d'éclairs sur l'événement réel et concret - " rebonds " dont beaucoup ont paru dans la presse, dialogues aigus avec le temps, allant du sport au sida, du Proche- Orient qui brûle au bloc de l'Est qui se dégèle, des attraits de l'argent aux vertiges du sacré, du chômage insidieux au racisme ordinaire, des prises d'images aux prises de drogues - bref, beaucoup de surprises, de points critiques où nos crises se renouvellent et qui sont la texture même de nos vies.

    Ces entrechocs surprenants entre le vécu et l'invivable éclairent autrement nos modes d'être. Ce sont des récits de la pensée, comme si elle était une fable ou une histoire dont l'événement serait un éclair... Celui de l'imprévisible et des visions renouvelées.

    Chaque texte est dû a un déclic, à une secousse, qu'il transmet. Il y fallait un analyste original, à l'esprit libre de toute chapelle ou allégeance, sensible à ce qu'il appelle l'événement d'être.

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