Ad Solem

  • La première version du Poème de la sainte liturgie remonte à 1926. Son auteur, désigné sous le nom de frère Benoît, était l'abbé Maurice Zundel. Cette édition diffère des versions qui ont suivi par son caractère poétique. Frère Benoît prend appui sur le déroulement de la liturgie pour développer une méditation eucharistique sur l'homme - en particulier sur le rôle et la signification de la corporéité dans l'oeuvre du salut. Une idée directrice éclaire tout le livre : le Verbe s'est fait chair pour que la chair devint Verbe. Dans et par le Christ, l'univers reçoit une splendeur nouvelle ; une mystérieuse unité (au sens du mystère de l'amour) se trouve tissée entre la matière revêtue de lumière et Dieu. Cette unité est vécue de manière éclatante dans la liturgie, où des éléments matériels servent à la communication de la grâce de Dieu. Par la Croix vers la Résurrection, le Christ a tout offert pour que nous puissions tout lui offrir : de la plus humble matière, jusqu'à la plus haute lumière, en passant par notre corps et notre âme. C'est à ce monde déjà transfiguré et pourtant encore attendu que veut ouvrir Le Poème de la sainte liturgie. Comme une action de grâce.Né en 1897 à Neuchâtel, en Suisse, Maurice Zundel est ordonné prêtre à Fribourg en 1919. Jusqu'en 1975, année de sa mort, il vit dans un état de réelle pauvreté, partageant son ministère entre la prédication, l'accompagnement spirituel, l'étude et l'écriture, en Suisse, à Paris, Londres, Le Caire et Beyrouth, attentif à tout ce qui constitue le tissu de la vie humaine. En dépit des incompréhensions dont Maurice Zundel a longtemps fait l'objet de la part de théologiens, le pape Paul VI l'appelle en 1972 à prêcher la retraite de carême au Vatican. Son corps repose en la Basilique Notre-Dame de l'Assomption de Neuchâtel.

  • La Fragilité et la Grâce se présente comme le journal spirituel tenu par un frère prêtre de la Communauté du Chemin Neuf. Régulièrement, Olivier Turbat consigne dans l'écriture la réponse donnée jour après jour à l'action de la grâce, avec ses difficultés mais toujours habité par le désir d'y correspondre. Journal personnel, que pourtant le lecteur peut s'approprier. Car si la grâce prend plusieurs formes, la fragilité nous est commune. Livre de vie donc, et compagnon et guide sur un chemin parcouru par un frère auquel nous lient la grâce et notre condition. Que doit-on comprendre par fragilité ? Peut-être la seule véritable condition à l'action de Dieu en nous ; quand nous ne pouvons plus rien faire, quand nous n'en pouvons plus, il nous reste seulement que de vouloir consentir, d'un regard, d'un geste. D'un mot. Une attente dans la patience. Ce chemin de grâce, Olivier Turbat l'éprouve aujourd'hui dans la fragilité physique résultant d'un AVC.
    Olivier Turbat, après une formation chez les Jésuites, est prêtre dans la Communauté catholique à vocation oecuménique du Chemin Neuf née à Lyon en 1973.

  • La manière dont on conçoit l'éducation varie du tout au tout selon que l'on défend la possibilité de l'erreur et de la vérité du jugement moral, et l'universalité de la raison pratique - ce que C. S. Lewis désigne par le terme de voie, ou "Tao", dans ce livre de 1943. Pour ceux qui sont à l'intérieur de la voie, l'éducation consiste à favoriser la naissance de ces réactions au monde qui sont justes en elles-mêmes, indépendamment du fait qu'on les éprouve ou non - ces réactions dont la possibilité définit l'humanité même. Ceux qui sont étrangers au Tao doivent par contre, s'ils sont logiques, regarder tous les sentiments comme également irrationnels, comme des sortes de buées qui nous cachent la réalité. Ce n'est pas que ce soient des hommes mauvais : ce ne sont plus des hommes du tout. En sortant du Tao, ils sont entrés dans le vide. Quant à ceux qu'ils dominent, ils ne sont pas forcément malheureux ; ce ne sont pas des hommes non plus : ce sont des produits fabriqués. La victoire finale de l'homme ce n'est pas un affranchissement de I'"ordre naturel" ; c'est au contraire un retour à la nature, mais qui s'affranchit de toute médiation culturelle. Aujourd'hui, cette libération s'appelle "écologisme" et "transhumanisme". Ce sont les autres noms de l'abolition de l'homme.
    C. S. Lewis (1898-1963), philosophe et professeur de littérature à Oxford puis Cambridge, est l'auteur notamment des Chroniques de Narnia.

  • Loin de permettre l'avènement d'un monde meilleur, le combat contre l'idole déchue focalise toute l'attention morale de la société sur le passé, et permet ainsi à une nouvelle idole régnante de monter sur le trône et de recevoir à son tour des sacrifices dans l'indifférence générale. C'est ce que Raphaël Baeriswyl appelle le « Pacte des Idoles » : l'idole déchue accepte de focaliser sur elle tous les reproches liés à la violence de la société. À l'heure où l'Europe et son idéal de liberté se transforment en bouc émissaire produit par la tentation identitaire, la lecture de cet essai inspiré par la philosophie de René Girard s'impose avec une singulière urgence.
    Raphaël Baeriswyl, né en 1975, est avocat à Genève (Suisse).

  • Les sermons publiés pour la première fois dans ce volume ont été prêchés par Louis Bouyer entre 1936 et 1938, alors qu'il était encore pasteur luthérien à Paris. Ils ont été retrouvés à l'abbaye de Saint-Wandrille en 2012, où le Père Bouyer a passé les dix dernières années de sa vie. Le lecteur découvrira l'universalité chrétienne de la prédication du pasteur Bouyer (âgé alors de 26 ans). Avec des accents qui rappellent Newman, ces Sermons pastoraux répartis dans l'ordre des saisons liturgiques (Avent, Noël, Épiphanie, Carême, Temps pascal et dimanches après la Trinité ) contiennent déjà les idées qui seront développées dans les oeuvres de la période catholique de l'auteur, notamment dans Le Mystère pascal. La méditation cultuelle des Écritures prépare les fidèles à s'approcher de la table de communion, fruit d'amour de l'arbre de la Croix qui doit consommer dans l'unité toutes nos divisions - sociales comme ecclésiales. En ce sens, la publication des Sermons pastoraux constitue un authentique événement oecuménique.
    Né dans une famille protestante, Louis Bouyer (1913-2004) est ordonné pasteur luthérien en 1936 après des études de lettres et de théologie. En 1939, l'étude des Pères de l'Église le conduit vers l'Église catholique. Il devient prêtre de l'Oratoire en 1944. Professeur à l'Institut catholique de Paris jusqu'en 1963, il enseigne ensuite en Angleterre, en Espagne et aux États-Unis. Il est considéré comme l'un des plus grands théologiens français du xxe siècle.

  • Au matin, l'Empire, sur ses gardes, ouvre les portes au Roi des Juifs, désarmé à outrance, infiniment insignifiant.
    Pilate a mal dormi. Sa femme a cauchemardé à cause de ce juste dont l'innocence vient clamer jusqu'aux confins du rêve. Dans la grande salle du prétoire, obéissant au soldat qui le maintient immobile au centre du dallage, Jésus regarde Pilate avec les yeux droits du Royaume à venir. Entre eux, César !, et dans la cour, la haine bénie d'un pouvoir religieux effrayé par la nouvelle Alliance qui bientôt sera scellée. «Fouettez-le! Ordre du gouverneur!» «À la croix! À la croix!», hurle la foule.
    Encore un peu de temps, je vous en prie ! Pilate interroge, Pilate écoute Pilate est mort sous l'opinion qui le tient. Un dernier acte, le temps d'entrer en scène : « Ecce homo», suivi d'un filet d'eau sur des mains lâches, et l'amour peut s'avancer.

  • 2017 marque le 500e anniversaire de la naissance du mouvement de la Réforme, qui a vu se cristalliser deux nouvelles compréhensions du christianisme autour de Martin Luther, en Allemagne, et de Jean Calvin, en Suisse et en France. A l'intérieur de ce mouvement, qui provoque une division à l'intérieur des nations chrétiennes d'Europe, l'Angleterre occupe une place à part. Passée à la Réforme sous le règne de Elisabeth 1ère, l'Eglise d'Angleterre se présente comme un compromis entre les excès catholiques et les carences protestantes. La question qui divise Catholiques et Réformés est celle dite de la «justification» : la foi suffit-elle à être sauvé par le Christ, ou bien faut-il également, voire d'abord, accomplir des «oeuvres». Ce qui est en jeu, c'est le rôle de la grâce comme don gratuit, initiative libre de Dieu pour nous sauver. En 1838, John Henry Newman prononce une série de «Leçons sur la justification» dans lesquelles il tient ensemble deux choses : la relation personnelle avec le Christ dans la réception du salut (il n'y a pas de mécanique du salut) ; l'efficacité des sacrements, qui manifestent et accomplissent le recréation de l'homme (il n'y a pas de «foi seule» qui sauve séparément des sacrements). Un chef d'oeuvre d'équilibre, qui constitue l'une des plus importantes contributions à l'oecuménisme.

  • L'oeuvre de René Girard a remis l'anthropologie religieuse au goût du jour et a influencé en profondeur d'autres domaines des sciences humaines et sociales. Son apport à l'intelligence de la foi chrétienne est considérable : en montrant comment la Passion du Christ dévoile les ressorts de la violence constitutive des sociétés, Girard a éclairé la singularité des Évangiles par rapport aux mythes fondateurs de la culture humaine.Un nombre croissant de théologiens se sont emparés de sa pensée pour reposer les questions du mal, du sacrifice et de la Rédemption. L'un des bénéfices de cette lecture des Évangiles est de souligner la cohérence entre la prédication du Royaume et la signification des circonstances de la mort de Jésus. Plus largement, elle permet de lire les textes bibliques comme la découverte progressive de la non-violence de Dieu.Ce livre est d'abord une présentation des enjeux de la pensée de René Girard pour le christianisme et un premier bilan des théologies qui s'en inspirent. L'auteur conduit ensuite une réflexion plus personnelle sur les rapports entre anthropologie et théologie. Il montre comment la théorie de Girard permet de penser les relations entre religion et violence, et il interroge le sens du rituel chrétien dans un contexte de sécularisation.
    Bernard Perret est essayiste et vice-président de l'Association Recherches Mimétiques (www.rene-girard.fr). Il a mené une double carrière de haut-fonctionnaire et de chercheur en sciences humaines. Ses travaux touchent des sujets variés : questions économiques et sociales, écologie, anthropologie sociale, christianisme. Il a publié de nombreux ouvrages, parmi lesquels : L'Économie contre la société (avec Guy Roustang ; 1993 ; réed. 2001) ; La Logique de l'espérance (2006) ; Vers une raison écologique (2011).

  • Matin ou soirpeu importeles cloches nous ponctuent En août 2014, en Syrie, Anne-Lise Blanchard découvre les villes fantômes de Qousayr, Homs. Les maisons des quartiers chrétiens ont été incendiées pour empêcher tout retour, une bombe a été placée dans la cathédrale de Homs. Elle écoute les paroles des déplacés en Syrie, des réfugiés au Liban. « Je les recueille comme de précieux fragments d'une vérité dénaturée, d'un quotidien ignoré ». « Nous vivons l'oecuménisme du sang » affirme en juin 2015 le patriarche catholique melkite d'Antioche. Ce sang répandu, comme la dignité rencontrée, Anne-Lise Blanchard avait promis d'en rendre compte. « Le danger sera là bientôt, chez vous, donc il faut être vigilant, éveillé, être vrai. L'Occident est complètement endormi » averti le Père Ephrem, dominicain irakien. De manière bouleversante, Le Soleil s'est réfugié dans les cailloux fait résonner poétiquement cet avertissement. qu'elles mettent en branlequ'elles suspendentnos gestes avec jubilationelles traversent emportentnos corps écrivantla page du commun ouvrage Anne-Lise Blanchard nomadise entre les Alpes, Lyon et le Proche Orient où elle oeuvre avec une organisation humanitaire auprès des chrétiens persécutés (SOS Chrétiens d'Orient).

  • Pierres noires

    Joseph Malegue

    Dans le deuxième roman de Joseph Malègue, Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut, réalise une « fresque historique » de l'installation de la IIIe République : laïcité, déclin des notables liés à la Monarchie, l'Église, l'Empire, montée d'une classe nouvelle qui les supplante dans une ville d'Auvergne imaginaire, emblématique d'une mutation de la France toute entière.Malègue observe le déclin de cette classe sociale à laquelle sa famille petite-bourgeoise était liée avec le sens proustien du temps qui passe et la distance du sociologue, sans regret ni révolte. Il se préoccupe surtout du drame spirituel des « classes moyennes du Salut ». Soit les chrétiens attachés à l'évangile, mais peu désireux de lui sacrifier, le cas échéant, leur bonheur terrestre.Comme dans Augustin ou le Maître est là, Malègue s'y rapproche encore plus de Proust par l'abondance de ce qu'il enregistre, décrit puis dissèque longuement et finement : beauté de la féminité, mais aussi divisions sociales implacables, fortunes détruites, mariages ratés, suicides illustrant la fin des notables catholiques. Pierres noires est considéré par les critiques comme supérieur à son premier roman (Augustin).Les « pierres noires » sont les pierres volcaniques d'Auvergne et du Cantal avec lesquelles sont construites de nombreuses maisons de ces régions. Les « Classes moyennes du Salut » sont les chrétiens médiocres (où Malègue se situait lui-même), non « classes moyennes de la sainteté ».
    Joseph Malègue (1876-1940) est considéré comme le « Proust catholique ». Écrivain lu avec ferveur par le pape Paul VI qui voit en lui le « conteur de l'histoire de l'âme », et par le pape François comme le grand romancier moderne des « classes moyennes de la sainteté».
    Préface de José Fontaine

  • Je vis les paumesPlus ou moins jointes Sans trop savoir lireMon propre chemin«Tranquillementinquiet» : ce nouveau recueil de Jean-Pierre Denis tient tout entier danscet oxymore. Attitude en même temps qu'interrogation, il veut dire l'ignoranceque nous entretenons au sujet de nous-mêmes. «Sens de la vie», «but del'existence», «réussite». Nous aspirons à la clarté, et en même temps nouscomposons avec l'hypocrisie qui ménage notre espace vital dans la société. Sanscomplaisance, Jean-Pierre Denis s'attache à faire tomber ces masques. L'espaceouvert par l'écart des «paumes plus ou moins jointes» constitue le creuset dece recueil. Son secret aussi. La parole poétique vient nous inquiéter«tranquillement», mais profondément, et non sans ironie. Elle nous invite àl'imprévu - à commencer par ce que le souci de nous-mêmes cache trop souvent ànotre regard: notre vie.Glissant de déni en dépitA part ces quelquesavaniesEn somme j'avais toutprévu Sauf la vie.Jean-Pierre Denis est à la fois éditorialiste et poète, auteur de plusieurs recueils chez Ad Solem.


  • Entrer
    Dans le mouvement des lignes ;
    Dans le fracas, la tourbe
    Des mots
    La poésie est souvent fille de l'admiration. Dans ce recueil, la poésie se découvre comme contestation. Avec la distance que permet la langue poétique, Marie-Hélène Lafage prend à témoin « les colporteurs du temps» qui empêchent la parole vraie de résonner dans « les avenues bruyantes de l'ère médiatique, chargés de leur orgueil, de leurs remèdes, miracles seuls capables de mettre fin aux maux du siècle ». La poésie se fait action - désir de transformation issu de la patience endurée devant l'abus des mots, alors que « l'on n'entendait plus partout qu'un vaste rire public entrecoupé de grandes lamentations ; la France était en représentation continuelle ». Ce recueil s'offre comme un espace poétique de liberté. Il déclame l'espérance à l'oeuvre dans la cité, dont chaque poème imprime le motif sur la page, en même temps qu'il invite à partir sur la trace de son origine.
    Je suis parti
    J'avais
    Le pays pour moi seul
    L'aube était si blanche,
    Le matin
    Écrivait un psaume.
    Issue d'une formation en khâgne puis en Institut d'Urbanisme,  Marie-Hélène Lafage  est urbaniste en banlieue. Vice-présidente de l'association  Les Altercathos, elle est co-fondatrice du café culturel  Le Simone  à Lyon.

  • Nuits

    Gérard Bocholier

    Une lueur troue la murailleLe reconnaîtreEt puis le perdreNe plus le voirSaisir un peuDu feu de joieQu'il vint nous tendreAprès deux recueils psalmiques" (Psaumes du bel amour et Psaumes de l'espérance), Gérard Bocholier découvre dans Nuits cc qui constitue l'horizon poétique en même temps que spirituel de son écriture. Pourquoi "nuits" ? Parce que la vraie Présence se donne dans l'absence -dans une "nuit d'Emmaus" -, dans le retrait qui appelle la parole et la laisse comme suspendue devant ce qui s'est évanoui à peine donné. A peine nommé. "Nuits", parce que c'est à travers l'interstice de nos blessures qu'entre le Consolateur. Promesse de toutes nos résurrections -"nuit de Saul". Là résonne toute parole vraie.Sa voix résonneSi proche encoreGérard Bocholier est le fondateur de la revue Arpa. Son dernier recueil, Psaumes de l'espérance (Ad Solem, 2012) a été couronné par le prix de poésie François Coppé de l'Académie française.".

  • A-Eden

    Jean Maison

    • Ad solem
    • 28 Novembre 2018

    Le vasteLa nuditéLe peuplementDès l'origine
    Ce nouveau recueil de Jean Maison remonte l'alphabet comme on remonte le temps, jusqu'à la première lettre - jusqu'au premier lieu d'où toute histoire procède : A - Eden. Une lettre, un lieu. A-Eden se présente comme un poème liminal. Une parole du seuil, proche de l'origine et pourtant déjà tournée vers l'histoire à dire qui comme se compresse dans la première lettre. Quelle histoire ? Celle de l'homme et de la femme - de l'amour qui donne sa raison d'être à tout.
    Ainsi débute le A, par le lignage des voyelles, le verbe insufflé dès l'origine. J'ignore ce que je trouverai dans ce jardin alphabétique, ni même si je serai approché par ce plein ciel libre.Mais allant au cours des jours, par les eaux éphémères du langage, je plonge sans recours dans les flots retrouver le souffle des saisons, le visage éclairé au beffroi de mon abécédaire.
    Jean Maison est poète et herboriste à Saint-Augustin. Son recueil Le Boulier cosmique (Ad Solem, 2014) a reçu le prix de poésie Charles Vildrac.

  • Les Étincelles sont pour ceux qui en ont assez. Assez de la masse qui singe le véritable universel, le difficile universel, parfois trahi lui-même par ceux-là qui devraient en porter le souci, d'autant qu'ils en portent le nom. Car ce monde entier qui cherche à tâtons sous le couvre-feu officiel qu'on lui impose, qu'on lui fabrique à grand frais, n'a pas grand-chose à attendre de ceux qui, jusque dans le sein de l'Église, exercent à leur tour un couvre-feu, obnubilés qu'ils sont par l'entretien jaloux d'un simple feu domestique, lequel laisse dans une pénétrante obscurité ceux qui sont étrangers à son cercle. Et néanmoins, dans l'immense changement « climatique » que nous traversons et qui fait littéralement fondre les structures concrètes aussi bien que mentales d'une civilisation (dont il est plus exact de dire que l'Église en fut un « ordre » plutôt que le christianisme en fut l'âme), les crispations sont inutiles et les sédentarités dérisoires : tout, du christianisme, est à redire, à revivre autrement, à redécouvrir, sinon à découvrir tout à fait.

  • Poésie

    Nathalie Nabert

    Le voyage a sur l'homme cet effetpositif de le détourner de lui-même pour mieux l'yramener, enrichi d'un regard neuf que le monde a traversé deson abondance et de sa diversité.Après Carnetsnomades, Aethiopia et autres soleils, Nathalie Nabert poursuit sonarpentage poétique de l'intériorité. Ce recueil se déploie dans deuxregistres : celui de l'horizon, rendu possible par les steppes deMongolie, et celui de la montagne. Horizontalité et verticalité. Arpentage etascension. Deux topographies - deux typographies : l'espace du monde seretrouve dans l'espace de la parole poétique, comme une réponse à cetteinjonction à «habiter poétiquement le monde». Non pas pour s'y installer, maispour le traverser comme une occasion donnée pour se rejoindre au delà desoi-même. Après la lenteur du pas nomade et l'arrêt devant la beauté du soleilqui ne passe pas, l'espace des steppes donne l'occasion à la langue de NathalieNabert de traduire l'impatience d'un désir plus ancien que le temps.Cavaliers aux visagesGrêlés de pluie.Passagers du temps !Nathalie Nabert est doyen honorairede la faculté des lettres de l'Institut catholique de Paris.

  • La défaveur

    Patrick Kéchichian

    C'est l'histoire intérieure d'un enfant, puis d'un jeune homme, de sa formation, ou plus précisément de son édification. Elle est racontée par un narrateur, à la fois intéressé, avisé et impatienté, qui tente de rassembler des fils épars, de construire une sorte de cohérence dans un parcours fort chaotique. Fils d'immigrés, l'enfant en question a vingt ans au début des années 1970 et vit à Paris, au Quartier Latin. Là, il observe avec mélancolie, réfléchit autant qu'il le peut, lit et écrit d'une manière désordonnée, tente de s'éduquer dans la langue et la culture de son pays d'adoption. L'action de la grâce vient donner à l'usage de cette langue et à la parole qui en procède une importance et une centralité décisives. Il se convertit alors au catholicisme et entre dans la demeure que constitue désormais l'Église. Dieu, le langage, la parole et la littérature, la critique enfin, traceront, pour lui, des voies d'accès au monde et à son prochain.Patrick Kéchichian est né à Paris en 1951. Il est critique littéraire et écrivain.

  • Approche de l'aube

    Thierry-Pierre Clement

    • Ad solem
    • 26 Septembre 2018

    Ce recueil de Thierry-Pierre Clément trace un itinéraire, celui d'un chemin de vie animé d'un émerveillement constant devant le monde et qui, s'il peut connaître des moments de doute et de chaos, reste ancré dans une espérance profonde. Chaque poème est ici orienté vers la lumière, déjà visible ou encore secrète. L'aube approche, ou c'est l'homme qui s'approche d'elle.Itinéraire qu'on osera dire « mystique », mais ce mot ne doit pas faire peur : le fil qui relie les perles de ces instants poétiques est celui de la vie ordinaire ; seulement, comme le personnage d'un tableau de Vermeer, le poète présente le collier à la lumière et nous invite à nous tourner vers elle, à nous laisser traverser par elle,
    obéissant à l'inépuisable sangdes arbres et des chemins
    traçant de la mainle geste qui dit ouioui au ventà la parole
    Thierry-Pierre Clément vit à Bruxelles. Il a publié un roman et plusieurs livres de poèmes, ainsi que des essais et articles critiques parus en revues.

  • La traversée

    Janine Modlinger

    • Ad solem
    • 26 Septembre 2018

    En chemin vers Florence. Un regard se perd dans le paysage. Ou plutôt il cherche. Il se cherche comme on cherche un vis-à-vis, un visage ami, un visage aimé. Le visage d'une mère perdue trop tôt et qui transforme la vie en une longue attente. Attente qui alors donne d'autant plus de valeur à chaque rencontre, à chaque présence. Attente qui creuse l'attention néanmoins. Parce que peut-être, ce visage, ce paysage, ce tableau laissent apparaître quelque chose d'inattendu : l'Attendu lui-même. Dans ce nouveau recueil, les poèmes de Janine Modlinger recomposent ce visage disparu. Traversée montre qu'au-delà du désastre, quelque chose d'indestructible demeure.
    J'ai promis de ne pas oublierLe désastre, mais d'en faireLe seuilD'où je m'élance.
    Janine Modlinger a longtemps enseigné à Paris. Son dernier recueil, Beauté du presque rien, a été publié chez Ad Solem.

  • C'est comme la parole lorsqu'elle vous traverse. On ne sait rien. On l'écoute.La parole parle" dans le poème. Dans la prière aussi. Il faudrait se la représenter par cette image qu'emploie Janine Modlinger pour évoquer ce geste vers l'autre : la parole comme des "mains du silence". "Tel l'oiseau qui fulgure, tel le regard de l'aimé, quelque chose de ténu et d'insistant nous annonce la Présence". Après Éblouissements, Beauté du presque rien recueille ces éclats de la Présence perçus dans un instant, une rencontre, un visage - un paysage. "Presque rien" : c'est ainsi que nous découvrons le passage de l'Autre, dans l'écart de la distance que la parole cherche à rattraper. Un peu comme Maurice Blanchot, Janine Modlinger invite son lecteur à faire "ce pas au-delà" du nom donné, jusqu'à cet état que l'on appelle prière : pour que dans les "mains du silence" la Parole vienne se poser.Elle s'approche, c'est comme si elle connaissait ce geste depuis toujours.Janine Modlinger a longtemps enseigné à Paris. Son premier recueil, Éblouissements, a paru chez Ad Solem.".

  • Après dix années de travail et de réflexion sur la question de la croyance religieuse, John Henry Newman publie en mars 1870 la Grammaire de l'assentiment, qui est son testament philosophique.Dans ce livre, Newman veut démontrer que l'acte de foi posé par l'intelligence devant le mystère révélé, même s'il est obscur, ne signifie pas que la raison renonce à ses propres exigences, ou se contente de moins de rationalité que la démonstration philosophique ou scientifique. La certitude religieuse est rationnelle, mais le chemin qui y conduit dépasse la rationalité étroite héritée des Lumières.Elle comprend l'affectivité, le coeur : " c'est l'homme tout entier qui pense " affirme Newman, et qui sent, qui aime. L'adhésion à la révélation peut être aidée par des arguments philosophiques, mais pour Newman c'est avant tout par l'écoute intérieure de la conscience, par une attention de l'intelligence à cette voix qui résonne au plus profond de nous, toujours plus claire et transparente à mesure que nous y sommes attentifs, que nous pouvons percevoir la présence de Dieu en nous, dans le monde, dans l'Église.Dans cette perspective, le magistère de l'Église ne vient pas violer de l'extérieur l'homme et sa liberté. Au contraire, il fait écho à la voix de la conscience et achève de la former et de l'affiner en mettant un visage sur cette voix fragile et pure tout à la fois-la Parole de Dieu faite chair en Jésus-Christ.

  • Croire en Dieu est un acte vivant, qui emporte tout mon être et fait de ma prière un mouvement de l'âme, un élan, une sorte d'essor se prolongeant indéfiniment, dans un temps qui ne se distingue plus de l'espace intérieur. La solitude a été ma seule école, sauvage, aride souvent, avec ses beautés, ses consolations bien sûr, mais rude dans sa constance, totalement sourde aux caprices de la demande incessante. J'ai mis la prière au centre de ma vie parce que j'ai compris très tôt qu'elle ne nous sépare pas du monde, mais nous introduit en son coeur le plus profond. Elle nous place d'emblée  au centre de toute chose, plus au fond, au tréfonds, parce que pour aller loin il faut d'abord avoir le sentiment de venir très loin. Le silence nous arrache alors à notre habituelle torpeur. C'est ce que je voudrais transmettre dans ces pages, qui évoquent les chemins que j'ai moi-même traversés en défrichant à mesure.

  • Paroles données

    Anne Goyen

    Feu vivant né du coeurSi tes mots étaient vraisIls bruleraient la page.Une quête exigeante et inquiète attise la flamme du poète en mal de ciel", claire et sombre à la fois, comme ces beaux arbres que le livre précédent de Anne Goyen, Arbres, soyez, célébrait. Quelque chose de ce que certains écrits spirituels appellent une "âme avancée" résonne dans ce recueil. Une âme touchée par le "souffle d'éternité", qui fait entendre dans ces pages la parole délivrée par son propre souffle en écho - parole qui est un Amen, un Oui d'accueil et d'amour. Le Oui d'Anne Goyen exprime sa confiance, mais aussi s'épanouit dans une espèce de libération. Tout ce qui pouvait alourdir l'âme ou l'encombrer a été écarté. La place est faite. Tout entière elle s'offre à la visite de "l'Hôte", au Visiteur qui ne peut s'installer que dans un parfait berceau de silence.Qu'est-ce de nousQui se creusePour qu'au fin fondVienne habiterL'Hôte ?Après avoir enseigné les lettres classiques, Anne Goyen partage aujourd'hui sa vie entre la poésie et la musique.".

  • L'ouvrage de l'Abbé Gérald de Servigny, prêtre du diocèse de Versailles et vice-chapelain à NotreDame des Armées, veut faire connaître le missel de 1962 à ceux qui ne le connaissent pas ou peu.En se référant au souhait exprimé par Benoît XVI d'un enrichissement mutuel des deux formesdu rite romain, l'auteur cherche à s'adresser aussi bien aux prêtres qu'aux fidèles, qu'ils soient ounon familiers de l'usage du missel de 1962. La lecture de ces pages pourra être éclairante, même dans les paroisses où on connaît et où on pratique et la forme extraordinaire et la forme ordinaire.Le but visé est la compréhension mutuelle et donc la communion plus profonde entre catholiques.Il ne compare pas l'une à l'autre les deux formes de l'unique rite romain. Il cherche à être fidèle à cette « herméneutique de la continuité » tant souhaitée par Benoît XVI - herméneutique qui n'oppose pas une forme à l'autre, comme si ni l'une ni l'autre ne faisaient partie d'un développement homogène. Si l'auteur n'oublie pas de rappeler à sa manière le climat dans lequel s'est effectuée dans notre pays, avec plus ou moins de bonheur, la réforme liturgique, toujours à parfaire et à approfondir, il cherche à éviter la caricature ou la généralisation superficielle. Puissent les lecteurs de ces pages être encouragés à entrer toujours davantage dans le mystère liturgique, par une attention spirituelle renouvelée, une tension de prière vers la source de tout bien, un accueil de la grâce agissante dans tout le corps de l'Église. Puissent les prêtres y trouver une invitation à une redécouverte quotidienne de l'ars celebrandi, aussi bien dans la forme ordinaire que dans la forme extraordinaire !

empty