Éditions du Noroît

  • Ce livre est un cri provoqué par des questions existentielles : comment faire face à la méchanceté ambiante, comment voir sa propre méchanceté sans sombrer dans le désespoir, comme tant d'écrivains qui n'ont pas résisté ? Par l'écriture, par l'ouverture à l'autre, par la compassion, il lui semble possible d'affronter la vie en croyant que, si elle reconnaît la présence du mal aussi bien en elle que dans le monde, elle pourra y répondre en se tenant debout parmi les vivants.

  • Ce recueil expose des figures et des moments de passages d'hiver à la fois physiques, intimes, politiques et artistiques. Un peu comme c'était déjà le cas avec Quelques éclats, les poèmes convoquent plusieurs voix distinctes qui reprennent et réinventent des histoires et des trames d'histoire disséminées à travers le temps et l'espace. Réalisé en collaboration avec l'artiste et écrivain belge Romain Renard (Chroniques de Melvile), le recueil raconte des impasses, des chutes, des épiphanies. Le bout de papier, la main ouverte, la lanterne - l'espoir qu'il faut pour s'abriter, la lumière pour les traversées.

  • En hommage à Louise Dupré, le recueil «Moi tombée. Moi levée» esquisse l'itinéraire de corps qui tombent et se relèvent, suivant le proverbe créole qui veut que toute femme a sept sauts dans l'existence, sept stations d'un long calvaire. D'où l'exigence et la transparence qui travaillent ce recueil. Danse des mots et des visages pour que fleurisse la vie dans ce «voyage abracadabrant», si fragile mais combien humain. Le pari ici demeure cette lumière qui éclaire toute chose, les mots et les êtres qui chutent dans le vertige du verbe tomber.

  • Le titre «Le plus petit espace» définit exactement l'expérience proposée par Louise Warren, qui conduit son esthétique du peu à ses conséquences radicales : courts poèmes, vers brefs, images précises et concentrées. Sur le blanc de la page, le poème crée furtivement son espace. La reprise de ces apparitions et de ces effacements, de ces montées et de ces descentes, produit une sensation d'infini. Comme si un long poème se déroulait dans le blanc et que seuls ses accents les plus intenses transparaissaient. La composition minutieuse de ces instants inclut les nombreuses formes de cette réduction : le point, le trait, l'éclair, la lettre, le mot, la rature, le pas, le nid, la main, etc.

  • «Poèmes 1938-1984» se compose de quatre parties et rassemble plusieurs décennies d'un travail poétique acharné qui témoigne de l'infatigable vigueur d'une femme dévouée à sa muse. Ayant lutté sa vie entière pour réconcilier les exigences de la maternité et celles de sa vocation d'écrivaine, Elizabeth Smart évoque ce combat dans nombreux de ses poèmes, traçant ainsi le portrait d'une époque où les femmes ont du mal à se tailler une place dans les cercles d'écrivains, aux prises avec les barrières qu'on leur impose et les dilemmes quotidiens. Tout au long du recueil, elle fait cohabiter le trivial et l'universel et se livre à des moments de pure exaltation, s'émerveillant par exemple devant la furie de vivre des plantes, ou de désolation extrême, notamment en face des ravages de la guerre - événement qui l'a intimement et profondément marquée. Sans se soumettre à des formes rigides, les vers de ce recueil célèbrent également les maîtres qui les ont inspirés, s'adressant à eux, avec insolence parfois, afin de permettre à leur auteure d'exister en poésie.

  • Linsensée rayonne propose des poèmes dobservation de la lumière naissante vue comme une levée des sens, un franchissement de la parole à la percée du jour. Le livre se compose despaces oniriques qui relèvent de laurore, frange principale et à double tranchant de linsensée : dans ce temps du lever, ce qui se dresse apparaît en effet comme bruissement, mais aussi comme fatalité. Aussi sagit-il de gravir la frontière nocturne jusquà trouver la calme mais inquiétante lueur, où les choses sincarnent sous langle de la lumière.

  • Biographie de l'amoralité trace le parcours d'une sculptrice cloîtrée dans un atelier en compagnie de deux modèles. Animée par un désir d'absolu, elle puise dans des forces insoupçonnées pour façonner des statues qui parlent une langue d'éboulement. Au fil des poèmes, la performance devient une obsession. Pire, une condamnation à créer, coûte que coûte. À travers une incursion dans le monde de l'art, l'auteur propose une réflexion sur les conséquences d'une dévotion complète à la création. Ce livre joue avec les genres et se présente à la fois comme un traité de sculpture, une ode au hip-hop, un magazine de mode et un essai sur la morale.

  • Après la libération que permettait son premier recueil Les ailes closes, Catrine Godin nous revient avec une exhortation à être, à s'appartenir au plus proche, dans ce diptyque formé des Chairs étranges et de Bleu Soudain. Cet impératif, cest le souffle qui le porte et lactualise : d'abord, de façon presque imperceptible, et léger comme le vent, dans la première partie, où lon observe au ras du sol la flore qui sabandonne ; puis, dans le second livre, où le souffle en pleine expansion, libre et s'accélérant, suggère non seulement l'avancée sur la route en bordure dune forêt, mais également l'essoufflement joyeux et extatique de s'appartenir vivante. Voilà bien la nécessité du recueil construit comme un oxymore : conjuguer le grand cadeau de la pensée de Virginia Woolf qui veut que « chacun recèle en lui une forêt vierge » avec le souffle de Jack Kérouac.

  • Tout ce que Louise Warren touche devient écriture. Ici, l'essayiste déplace son atelier et se donne de nouveaux objets. À partir d'une résidence d'écriture à l'Abbaye Val-Notre-Dame, dans Lanaudière, elle entrelace les expériences du paysage, de l'architecture, de la vie intérieure et de la création. La forme fragmentaire répond parfaitement aux nombreux trajets proposés à la lecture, incluant des notations quotidiennes, des éléments autobiographiques, une interrogation de l'espace vécu, l'accompagnement d'oeuvres d'art, l'écriture de la poésie et une contribution personnelle au Nature Writing. Installée dans la «chambre de solitude», l'auteure interroge le monde des symboles et développe sa conception de l'«enveloppe invisible», qui prolonge ses réflexions récentes sur le processus créateur. À en allant toujours à l'essentiel.
    Quatre dessins de l'architecte Pierre Thibault ponctuent le livre.

  • «Le livre caché de Lisbonne» propose, à la suite d'une résidence d'écriture, dix-sept promenades dans une ville vécue comme un vaste atelier d'écriture, ponctuées par des citations d'écrivains, dont plusieurs portugais. Louise Warren, en prolongeant ses essais récents, y trouve une nouvelle formulation de son esthétique, une expérience intime, mais toujours ouverte à l'autre. Un regard très personnel se porte sur les «azulejos», sur l'architecture, sur le Tage, sur les ruines, entre autres. Les images représentant des espaces fermés, des fenêtres closes ou envahies par la végétation permettent d'imaginer ce livre caché qui, peu à peu, au rythme de la lumière et de la chaleur, se révèle à la lecture, laisse son empreinte dans l'imaginaire.

  • "Voix indigènes" revisite les séances de conjugaison de lenfance pour faire ressurgir le chant de figures déterminantes. Tour à tour, un pronom et un temps verbal semparent de la récitation et invoquent le mystère dune rencontre. La langue se fait rituel

  • Une invitation lancée à des écrivains québécois est à l'origine de ce livre : traduire en français des poèmes publiés par des auteurs américains actifs au cours des trente ou quarante dernières années. Parce que les poètes choisis par les traducteurs ont

  • Entre ville et village s'écoule une année où l'on accueille les jours avec ce qu'ils apportent de tremblements et d'envols. Une année où la bêtise qui tapisse les médias remplit les esprits. Une année où passent des saisons transformées par leur disparition imminente. Une année où l'on tricote les retrouvailles avec la perte, l'apaisement avec la colère, le chatoiement avec l'obscurité. Une année pourtant porteuse de lumière, où l'on s'étonne des moments où l'apesanteur soulève les bagages. Car malgré les deuils et en dépit des images radioactives qui s'immiscent par les fenêtres et les écrans, le coeur a toujours douze ans au seuil d'un jardin d'hémérocalles et il s'entête à chercher le dernier chaman qui sache encore danser.

  • «Ces jours où mon esprit traînait parmi les êtres de plâtre, les animaux et les figures de la mort. » Et si Florence, la ville italienne, célèbre pour son architecture et ses oeuvres d'art, était cette escale bouleversante où découvrir les chemins d'une initiation à la mort et à la vie? Aller jusqu'au bout du bleu forme le récit de ce recueil comme une tentative de toucher l'infini. Une subjectivité concrète s'avance, confrontée aux beautés et à la ruine, dans la blancheur d'un soleil qui contraste avec la profondeur d'une nuit bleue pétrole où nichent les poèmes aiguisés au néant de Florence, jusqu'au bout du bleu. Tourmentée par des visions, appelée par l'ouverture créée par l'art, mais pourtant « petite parmi les pierres », c'est bien le voyage d'une poète qui s'anime; une utopie dans sa nudité, à travers la marche jusqu'à l'envol dans un espace sans limites.

  • De ce monde ouvre sur des aspects complémentaires de l'écriture de Louise Warren, de 2004 à 2020 : la chronique brève et la prose dédiée à un thème, incluant de nombreux inédits. Chaque volet accueille les oeuvres d'autres artistes, les lieux, le voyage, le souvenir, la lecture. Ainsi se tissent les fils de son appartenance au monde, dans sa multiplicité, dans sa diversité, de la vie simple aux échos de la planète, de la création à l'amitié et à la solidarité. Traversée par une même expérience de l'intime et du langage, la réflexion s'approfondit, jusqu'aux recherches récentes sur la matière et l'incertitude.
    Cet essai inclut le texte « Au nom de la matière » qui accompagne l'exposition du même titre au Musée d'art de Joliette, présentée du 15 août 2020 au 10 janvier 2021, dont Louise Warren est commissaire.

  • En 1937, Amelia Earhart, partie pour un tour du monde, s'écrase dans l'océan Pacifique. La légende fait de cette pionnière du ciel une Robinson Crusoé moderne : survivant au crash sur l'une des îles Phoenix, seule au monde, est-elle encore capable d'en goûter la beauté fugitive ?
    Dans son quatrième livre, Lessard raconte des vies qui, comme celle d'Earhart, volent en éclats. Elle rassemble autour d'elle un archipel de survivant.e.s, avec qui elle partage la langue des grand.e.s brûlé.e.s. Dans la foulée du mouvement #MeToo, cette poésie féministe et confessionnelle expose l'après des traumatismes et dénonce les traces profondes que laisse la violence. Sa parole empathique rend compte des distorsions de la mémoire blessée et du long chemin parcouru par celles et ceux qui luttent pour renaître parmi les cendres. Oscillant entre biographie et autobiographie, ces poèmes nous rappellent qu'il n'y a pas de résistance ni de résilience sans communauté.

  • Que reste-t-il de nous quand les repères qui définissent notre existence tombent? Le temps a modifié le paysage, nous scrutons ce qui lui fait défaut sans pouvoir nommer l'absence. Le miroir ne nous rend plus une image si familière, l'autre revêt un visage étranger dont nous sommes contraints de parcourir la distance. Peut-être avons-nous toujours été cet inconnu dont les désirs nous échappent, ce corps qui, cédé à autrui, a cessé d'être soi. Nous dénouons les promesses, laissons la marque de nos dents sur les jours d'attente. Osons l'effacement, la dérive, l'envol. Que faut-il mettre à mort pour retrouver un sol stable sous la neige et tenir dans nos mains le fil du retour vers un lieu habitable? Comment résister à notre propre éloignement?

  • Au travers d'un dialogue avec Pablo Neruda et en écho à son livre «L'Espagne au coeur», «Un refuge au milieu des flammes» explore une faille tragique de l'histoire : la barbarie.

    Ce long poème évoque les ruines du passé, sur lesquelles se sont érigées nos sociétés, peut-être même nos civilisations. Ce que nous appelons «progrès» a-t-il un sens quand il se réalise aux dépens de masses humaines sacrifiées, au nom de croyances devenues aveugles? Tant qu'il y aura du sang dans les rues, pourrons-nous prétendre que nous sommes une société humaine? Et si, au fond, la barbarie était une composante indissoluble de toute culture?

    La Guerre civile espagnole, venue du fond des âges, apparaît comme une anticipation vertigineuse des temps modernes et annonce les fosses communes ou s'enlisera plus tard l'Histoire contemporaine. Échappant à toute espagnolade ou nostalgie poétique, l'ouvrage illustre le désir de mort qui traverse les siècles jusqu'à aujourd'hui, de Guernica jusqu'à Alep.

    En écho à cette première partie de l'ouvrage, «L'Ange de l'Histoire» rappelle l'éternel et intolérable combat des hommes et des femmes contre la Terreur. Quand l'Histoire tourne le dos au passé, quand celui-ci lui fait horreur, il s'interdit de créer les conditions du progrès. Le salut réside alors dans cette foi du prochain pas, alors même que la course furieuse de l'exil reste le dernier espoir des oubliés.

  • Écrivain de tendance prolétaire issu d'une famille hassidique, Sholem Shternémigre à Montréal depuis Tishvitz, un shtetl de Pologne, à l'âge de vingt ans. Militant communiste, il est persuadé, comme bon nombre de ses camarades du Parti, que l'avenir de la culture yiddish se trouve en Union soviétique. Son idéal de voir les arts et lettres yiddish s'y développer sera détruit par des événements marquants, dont la Shoah et les persécutions des écrivains, artistes et intellectuels juifs soviétiques par Staline en 1952. Devant l'atmosphère hostile à l'endroit des Juifs qui règne alors en Europe et en Union soviétique, Shtern jettera son dévolu sur le Canada, qui devient un sujet de prédilection dans ses écrits. «Mon voyage au Canada» est rempli d'anecdotes amusantes: poètes ratés, alreytniks (parvenus), séducteurs et jeunes filles s'y côtoient à l'occasion du voyage en mer. Tout en révélant les distinctions claires entre les différents types d'immigrants qui prennent place sur le navire (on ne saurait confondre, par exemple, les Ukrainiens avec les Juifs polonais), «Mon voyage au Canada» illustre des sujets de discussion incontournables dans le monde juif de cette période.

  • Déclaration d'indépendance envers la réalité, «Ravissement à perpétuité» est une symphonie qui se déroule sur plusieurs mouvements.
    Au fil de ses déambulations, le poète subit de multiples agressions qui altèrent sa voix, menaçant de le condamner au silence. Devant les périls, un héritier apparaît. Grâce à sa ténacité, il transforme l'itinéraire en une ascension fulgurante.
    Dans ce troisième livre, Jonathan Charette n'hésite pas à passer du chant à l'aphorisme pour explorer la compassion, l'extase et la filiation. Le résultat est une oeuvre patiemment échafaudée qui expose les contrecoups d'une passion pour le sublime.

  • Belladonna

    Yannie Bernier

    Francesca Woodman, Marina Tsvetaeva, Virginia Woolf.
    Trois femmes, trois ressuscitées que j'ai suivies jusqu'au fond du puits. Nul ne revient intact de ce voyage d'Orphée. On croit souvent que les esprits veulent nous posséder. C'est plutôt nous qui entrons en eux, y trouvons refuge. Pour un temps, je fus - non prisonnière - mais surface de leurs âmes.

  • Non loin du réquisitoire poétique, Un ciel sans preuve dresse un constat lucide sur un nouveau paradigme; la gouvernance par les nombres. Inspiré par la vision antagoniste entre l'humain et son milieu, l'auteur pose un regard humaniste tout autant que poétique sur la démesure du progrès et la dissonance sociétale qui en découle. Au coeur de cette opposition, l'effacement paradoxal du monde réel au profit de sa surreprésentation quantifiée.

  • Cet essai est un apport à la réflexion québécoise sur la poésie, car il contribue à enrichir les lieux de l'imaginaire poétique, non seulement dans une perspective continentale américaine, mais aussi dans celle des traditions littéraires anglo-saxonne et hispanique.
    Non seulement l'attention portée au domaine de l'émotion est un apport aux théories de la lecture et de la création, mais les textes qui lui sont consacrés pourront aussi être fort utiles aux professeurs des collèges et universités francophones. Serrano rend le texte poétique familier dans un langage imagé, se déployant selon différents angles d'approche, dans une cohérence de thèmes et de répétitions qui n'enferme toutefois pas le sens, constamment ré-ouvert. L'essai acquiert ainsi une «troisième dimension», poétique, qui est mise en abyme.

  • C'est le nom qu'on donne à la conscience malheureuse des lieux. Des paysages, des habitats, des villes, des quartiers : de tout ce qui se transforme, s'appauvrit, s'uniformise. On en fait l'expérience concrète, à petite échelle, lorsqu'un environnement aimé subit l'assaut d'un promoteur immobilier. On l'éprouve par procuration, en regardant son écran, quand le climat se dérègle un peu partout sur Terre, fait fondre les glaciers, bousille les écosystèmes, propage les feux. Au sens où elle a été définie par l'environnementaliste australien Glenn Albrecht, la solastalgie repose moins sur le désir de restituer un passé idéalisé, sur la nostalgie d'un âge d'or, que sur l'impression de ne plus pouvoir compter sur le réconfort ou le soulagement (solacium) procuré par le présent et l'avenir. Ce mal, cette douleur (algia), les poèmes de ce recueil s'en font l'écho. Ils luttent avec un mélange d'espoir et de consternation contre ce qui les dépasse.

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