Éditions de la Maison des sciences de l'homme

  • Au début des années 2000, le Botswana est le pays au monde qui connaît le plus haut niveau de séroprévalence du VIH. Dans ce pays qualifié d'exception en Afrique, pour son développement économique et son régime démocratique, la mobilisation face au sida est tôt érigée en modèle. Imprégnée par un nationalisme et une bienfaisance étatique, la politique d'accès aux médicaments antirétroviraux a été rendue possible par le soutien de l'industrie pharmaceutique, de la recherche biomédicale américaine et des fondations philanthropiques convergeant vers un pays qui offrait des opportunités et des garanties pour l'intervention biomédicale sur le sida. Prendre soin de sa population analyse l'accès aux médicaments et l'organisation des soins au croisement entre les impératifs de santé publique, des priorités scientifiques et des enjeux de définition de l'État et de la citoyenneté dans l'Afrique contemporaine. Tout en octroyant une place centrale à la prise en charge biomédicale et aux essais cliniques, la politique de santé publique mobilise l'imagination nationale et redéfinit la population sous une forme restrictive en garantissant aux citoyens des droits qui sont refusés aux étrangers.

  • Les sciences sociales ont trouvé leur inspiration initiale et leurs premières bases théoriques dans l'évolutionnisme. Et celui-ci, même s'il a généralement cessé de constituer un paradigme explicite, continue d'orienter implicitement leurs élaborations et, au-delà, les représentations communes de la condition humaine. Il le fait à travers une certaine façon de fonder les typologies sur le sens du temps et sur son pouvoir hiérarchisant - autrement dit, sur une certaine conception (« progressiste ») de la modernité. S'inspirant de la pensée antiévolutionniste et universaliste de Herder, et s'appuyant sur des exemples empruntés à l'Europe aussi bien qu'à l'Asie ou à l'Afrique, l'ouvrage, à l'encontre de cette conception, conteste les théories qui font de la séparation du politique et du religieux l'alpha et l'oméga de la modernité et déconstruit les grandes oppositions chrono-typologiques (communauté/société, holisme/individualisme, ethnie/nation...) qui réduisent caricaturalement la variété des sociétés humaines. C'est de cette variété universelle qu'une anthropologie du contemporain a à rendre compte, et donc de la diversité des ordres - et des contre-ordres - concevables, retrouvant ainsi la vertu subversive de Montaigne et de ses Cannibales.

  • Ce travail est une histoire du « chavisme » et constitue une lecture sociale, anthropologique et politique des vingt-cinq dernières années de l'histoire vénézuélienne. Ce livre examine la nature politique du régime qui gouverne le Venezuela depuis 1998. S'agit-il d'une démocratie ? En effet, ce régime néo populiste est souvent évoqué comme réfèrent pour les projets politiques alternatifs à la démocratie libérale et au néolibéralisme. Les analyses contenues dans ce livre visent les ambiguïtés et les enjeux politiques engendrés par les modifications des règles du jeu démocratique. L'intérêt de ce livre est d'étudier les sociétés dont l'économie est fondée sur la rente pétrolière. L'État vénézuélien est un État rentier qui intervient dans tous les domaines de l'économie et qui se refuse à créer un État providence mais préfère des redistributions ciblées à destination de ses partisans. C'est un État rentier qui a multiplié ses promesses de redistribution en engendrant une demande sociale toujours grandissante, toujours insatisfaite, d'où une tension sociale permanente.

  • Dans l'analyse du monde du travail, des conflits ou des incivilités, la notion de reconnaissance est désormais largement employée. L'identification d'un besoin, insatisfait, de reconnaissance nourrit ainsi une réflexion sur l'expérience du déni de reconnaissance et sur les attentes symboliques des personnes. Cependant, cette réflexion a généralement été menée à partir d'une seule perspective, celle du partenaire qui demande à être reconnu, et oppose deux états fixes, « être non reconnu » et « être reconnu ». Cet ouvrage s'attache au contraire à la perspective symétrique, celle de la personne appelée à reconnaître autrui, en analysant le processus qui sous-tend le fait de reconnaître autrui. Pour cela, il se fonde sur le cas où la personne appelée à être reconnue a un handicap intellectuel - cas qui rend saillants les mécanismes et enjeux de la reconnaissance. Adoptant une approche interdisciplinaire qui croise philosophie et sciences sociales, il s'adresse aussi aux acteurs qui sont confrontés à une demande de reconnaissance et en quelque sorte soumis à l'injonction d'y donner suite : cadres, parents, enseignants, soignants. Reconnaître autrui, oui, mais dans quelles circonstances, comment, pourquoi, et jusqu'où ? C'est à ces questions que cet ouvrage tente d'apporter des réponses.

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