Éditions de l`École des hautes études en sciences sociales

  • Explicitons donc notre finalité, qui ne semble pas avoir été toujours bien comprise. Il ne s'agissait nullement d'utiliser les méthodes comptables du xxe siècle, ni de calculer « les flux d'argent » d'après les méthodes de nos jours. Sont-elles d'ailleurs toujours aussi pertinentes qu'on le prétend ? L'historien cherche simplement à dégager méthodes et façons de penser des négociants d'antan, donc à se glisser dans la peau de ces marchands avec leurs concepts, leurs méthodes. Il s'agit donc d'abord d'un apport à la connaissance de la mentalité « négociante » du temps et du moment. Au surplus, nos aïeux savaient fort bien ce qu'était le profit, le bénéfice : c'est ce qu'il s'agissait de dégager. J'ai donc suivi pas à pas, manuels imprimés et manuscrits à l'appui, les documents qui m'étaient accessibles. J'ai donc isolé les résultats des expéditions maritimes, ce qui m'était singulièrement simplifié par l'existence des comptes-courants des participants. Rappelons que le droit maritime diffère, sur à peu près tout, du droit commercial habituel et qu'il est, de ce fait, dangereux de vouloir à tout prix ramener les spécificités de ces commerces à celles des transactions terrestres ordinaires qui en sont pourtant les corollaires. C'est dire que le mot d'armateur n'a, au xviie siècle, pas de valeur spécifique. Ce sont des négociants avec tout ce que cela implique de variété de commerce de gros et donc maritime et terrestre enchevêtrés, quoique séparés en étapes chronologiques distinctes. Ces gens-là savaient faire la différence au point de n'avoir point à en faire mention. Les choses allaient de soi, puisque le voyage maritime et ses entours relevaient du droit maritime (donc pas ou peu de sociétés par actions, mais la domination des parts de navire et, éventuellement de prêt à la grosse aventure). Jean Meyer, 1999

  • Après avoir inséré la littérature géographique des Arabes (jusqu'au XIe siècle) dans son contexte culturel, l'auteur entreprend ici l'étude du contenu de cette littérature. Le présent livre est consacré au donné qui (fut, chronologiquement, le premier à être traité : la description de la terre dans son ensemble et des peuples étrangers au domaine de l'Islam. Savant, administrateurs et voyageurs sont conçus ici comme un auteur unique représentatif d'une culture moyenne, définie dans le volume I précédent. Le souci de la connaissance, le goût de l'insolite, l'attachement à l'Islam et aux nécessités de sa défense, composent une représentation du monde une et diverse, proche et lointaine, parfois mythique. De ce monde non musulman émergent surtout les grandes civilisations « inachevées » de l'Extrême-Orient, une Afrique profonde à peine entrevue, des Turcs étrangement repoussés et admis, Byzance enfin, Byzance surtout, où l'on verrait presque la menace institutionnalisée. Le livre s'achève par une mise en place du domaine musulman sur la carte du monde. Les trois autres tomes sont disponibles : t.1, Géographie et géographie humaine dans la littérature arabe des origines à 1050 ; t. 3, Le milieu naturel ; t. 4, Les travaux et les jours.

  • Il est sans doute peu de périodes de l'histoire moderne chinoise plus mouvementées et plus fertiles en développements soudains que les huit années qui forment l'objet de ces recherches sur le mouvement ouvrier chinois de 1919 à 1927. En 1919, quand éclatent les grandes grèves du « Mouvement du 4 mai », en écho à l'agitation patriotique des étudiants de Pékin et des marchands de Shangai, le mouvement ouvrier est pratiquement dénué d'organisation véritable. En 1920, les débuts des syndicats sont lents et difficiles. Et pourtant, très vite, vont se succéder des vagues de luttes ouvrières qui mettent en mouvement des dizaines et des centaines de milliers d'hommes ; ces luttes culmineront avec la grève insurrectionnelle de mars 1927 à laquelle participeront 800 000 ouvriers changaiens, soulevés contre les chefs militaires nordistes et qui libéreront cette grande métropole avant l'arrivée des armées nationales de Canton. Ces recherches, qui s'appuient sur un dépouillement méthodique de sources chinoises et occidentales, dont l'appareil de références atteste l'importance, sont organisées en trois grandes sections : l'analyse de la structure sociale du prolétariat et de ses structures d'existence, l'étude des débuts du mouvement ouvrier chinois entre 1919 et 1924, l'évaluation de son rôle dans la révolution de 1924-1927.

  • Quatrième et dernier volume d'une série consacrée aux géographes arabes du haut Moyen Âge, ce livre se propose d'étudier à travers eux la vie des hommes de l'Islam en un des moments les plus intenses de sa civilisation. Non pas tant, à vrai dire, la vie décrite par l'histoire au sens strict, que celle que ces hommes ont regardée, interrogée, rêvée peut-être. Le temps dans lequel elle s'inscrit, les héritages assumés par l'Islam, l'organisation de l'espace, les formes de la vie sociale, notamment la ville, cette expression privilégiée de la civilisation arabo-musulmane, les échanges noués entre les pays et les gens, l'économie, la vie au jour le jour : autant d'occasions de regards sur soi-même. Et pour nous, autant d'occasions de regarder ce regard.

  • Si l'histoire militaire de la France durant les deux derniers siècles du Moyen Âge avait suscité de nombreux travaux, il n'existait pas, pour cette période, de synthèse sur les armées des souverains Valois. L'ambition de Philippe Contamine est d'abord de combler cette lacune. Elle est aussi de montrer le rôle essentiel joué par les institutions militaires dans la lente apparition, entre les règnes de Charles V et de Louis XI, d'une nouvelle conception de l'État. Elle est enfin d'examiner les différents groupes de gens de guerre qui furent au service de la monarchie française. En même temps qu'elle met en valeur la place de la noblesse, l'étude systématique des carrières révèle une société assez rigide, où les hiérarchies traditionnelles surent résister efficacement au formidable tumulte des événements.

  • L'ancienne Afrique Équatoriale Française (AEF), que recouvrent actuellement les territoires du Gabon, du Congo-Brazzaville et de la République Centrafricaine, est passée en trente ans d'un état de type traditionnel à une situation d'économie coloniale. Son évolution économique et sociale ne s'est pas faite sans heurt ni difficulté. Les quarante décrets de concession de 1899-1900 devaient permettre l'établissement des compagnies à monopole d'exploitation des « produits riches » (ivoire et caoutchouc) destinées, en principe, à assumer en trente ans les investissements dont l'État refusait la charge. Mais le refus durable des capitaux nécessaires, aussi bien de la part de l'État que du secteur privé, dans un pays apparemment dépourvu de ressources appréciables et tragiquement dénué de force de travail, condamnait l'entreprise à la faillite. [...] Cependant l'AEF sortit lentement de la stagnation après la guerre, à mesure que l'économie concurrentielle prenait le pas sur le monopole concessionnaire. [...] Outre l'essor de l'okoumé au Gabon, on vit émerger les grandes firmes à venir, se constituer les premières plantations, entrer en exploitation les richesses minières, enfin se mettre en place les principaux travaux d'infrastructure (routes et voies ferrées). Mais ce « décollage » fut payé chèrement. Les salaires ne suivirent ni la hausse de l'impôt, ni l'inflation des prix à l'importation. Le fragile équilibre vivrier traditionnellement établi entre l'homme et la nature fut rompu ; d'où des famines redoutables, et les révoltes les plus sérieuses qu'aient connues le territoire (1928-1932). Le bilan fut d'aggraver encore, pour un temps, un dépeuplement nocif au développement ultérieur du pays.

  • Valladolid est sans doute, en ce siècle où l'Espagne joue un rôle majeur en Europe, l'une des premières cités de Castille par son importance démographique et économique. Mais son cas est en outre exemplaire : l'étude de ses possibilités de développement et des contraintes qui l'inhibent, de ses idéaux et de ses préjugés nous apprend autant sur la Castille que sur elle-même. La nouveauté du livre réside dans la description d'une société de consommation sans frein, de style ostentatoire, à une époque où le « modèle seigneurial » est imité de larges fractions de la population. Tel est le défi au conditions du siècle et, en définitive, le drame de la Castille. « L'enquête menée par Bartolomé Bennassar n'est certes pas une orpheline, héritière qu'elle est et débitrice de grands travaux qui ont permis de connaître la Castille du XVIe siècle plus intimement, sans doute, que la France de la même époque. [...] Monographie, ici, ce n'est pas pure contingence, et c'est autre chose et mieux qu'échantillon ; disons focalisation, changement d'échelle, et donc de méthode, pour saisir des phénomènes perceptibles seulement à cette échelle. Par son souci d'inscrire le microcosme vallisolétain dans l'univers hispanique, ce livre d'histoire locale, d'histoire urbaine, est une contribution importante à une connaissance plus fine de l'Espagne moderne. [Ce livre) met l'accent sur la fonction consommatrice de Valladolid, dans une Espagne portée par l'élan de la production qui traverse le XVIe siècle. Exception au XVIe siècle, par là même anticipation du XVIe siècle : c'est faire de l'étude de Valladolid une contribution à la recherche des origines de la décadence espagnole. » Jean-Pierre Amalric, Annales ESC, septembre-octobre 1971, p. 982-1002. Avec « Les Réimpressions » des titres du fonds des Éditions de l'EHESS, publiés des années 1950 aux années 1970 sous l'égide de la VI" Section de l'École Pratique des Hautes Études, sont à nouveau disponibles. En permettant d'accéder à l'intégralité du texte de l'édition originale - avec l'appareil scientifique complet - « Les Réimpressions » répondent aux besoins des bibliothèques universitaires et savantes, ainsi qu'à ceux des chercheurs et des lecteurs soucieux de disposer d'ouvrages de référence, devenus souvent des classiques.

  • 1871-1890 : les syndicats ne structurent pas encore la revendication des salariés. Flamboyante, surprenante, dramatique aussi, la grève est l'expression fondamentale d'une classe ouvrière qui passe à cette époque du monde de l'atelier à celui de l'usine. En mobilisant et en exploitant des sources multiples, on s'est efforcé de reconstituer l'histoire des grèves dans la France de la IIIe République, et sans négliger aucune dimension du phénomène. L'évolution et le rythme des grèves, leur développement et leur fluctuation, l'ensemble des composantes d'une grève (les types de revendications, la sociologie de l'engagement ouvrier) font la matière du premier livre. Le « cours d'une grève » - comment elle commence, comment elle dure, comment elle se finit - occupe le second, avec une attention particulière à la diversité des formes d'action, au rôle respectif des organisations et des hommes - qui sont les « meneurs » ? - et à la vie collective des grévistes, à leurs gestes, à leur parole. Cet ouvrage tente d'allier la rigueur d'une approche quantitative d'un fait social aux suggestions d'une littéraire foisonnante, et d'aider ainsi à la connaissance d'un monde ouvrier extrêmement mouvant, en quête de lui-même. De la Commune aux premières ébauches de grève générale, le parcours pionnier qu'il nous propose est devenu une pièce maîtresse pour la constitution d'une sociologie historique des conflits du travail.

  • 1871-1890 : les syndicats ne structurent pas encore la revendication des salariés. Flamboyante, surprenante, dramatique aussi, la grève est l'expression fondamentale d'une classe ouvrière qui passe à cette époque du monde de l'atelier à celui de l'usine. En mobilisant et en exploitant des sources multiples, on s'est efforcé de reconstituer l'histoire des grèves dans la France de la IIIe République, et sans négliger aucune dimension du phénomène. L'évolution et le rythme des grèves, leur développement et leur fluctuation, l'ensemble des composantes d'une grève (les types de revendications, la sociologie de l'engagement ouvrier) font la matière du premier livre. Le « cours d'une grève » - comment elle commence, comment elle dure, comment elle se finit - occupe le second, avec une attention particulière à la diversité des formes d'action, au rôle respectif des organisations et des hommes - qui sont les « meneurs » ? - et à la vie collective des grévistes, à leurs gestes, à leur parole. Cet ouvrage tente d'allier la rigueur d'une approche quantitative d'un fait social aux suggestions d'une littérature foisonnante, et d'aider ainsi à la connaissance d'un monde ouvrier extrêmement mouvant, en quête de lui-même. De la Commune aux premières ébauches de grève générale, le parcours pionnier qu'il nous propose est devenu une pièce maîtresse pour la constitution d'une sociologie historique des conflits du travail.

  • Ce troisième volume définit le regard que le musulman du Moyen Âge pose sur la terre, l'eau, le ciel, les bêtes et les plantes. La terre, à travers ses montagnes, ses déserts, les campagnes et les sols, est inséparable de l'eau perçue essentiellement dans sa fonction nourricière, d'où l'importance de l'irrigation. Le ciel, considéré dans sa relation avec l'homme à travers le climat, surtout la pluie, capitale pour les zones arides où est installé en grande partie le monde musulman. Évocation enfin des bêtes et des plantes, zoologie et botanique cédant le pas à une description fondée sur le rapport de l'homme à la création tel que le définit l'islam.

  • On appelle Gouro les populations patrilinéaires et segmentaires installées le long de la branche ouest du V baoulé, populations qui, comme la plupart de celles situées dans la zone forestière, procèdent à la reconversion de leur agriculture vivrière en une agriculture de profit. À partir de ce cas désormais classique, l'auteur s'attache à montrer comment les rapports sociaux noués autrefois dans le cadre d'une économie d'autosubsistance, après s'être étendus à des ensembles territoriaux débordant la cellule domestique, s'altèrent 1 j ou disparaissent aux contacts successifs des peuples marchands de la savane, de la société coloniale, puis de l'économie de profit. L'unité organique de ces différents systèmes qui s'interpénètrent, s'alimentent et se détruisent mutuellement, l'incompatibilité des rapports sociaux associés à chacun d'eux et leur coexistence apparaissent à travers une étude fondée sur l'observation de six communautés villageoises, la collecte des traditions d'origine de plus de cent familles et le dépouillement des archives locales de ta colonisation. L'ouvrage comprend huit cartes hors-texte au format 48 x 48 cm. « La publication de l'Anthropologie économique des Gouro de Meillassoux pourrait bien, marquer un tournant dans l'histoire de l'anthropologie. [...] pour la première fois, un chercheur rompu aux concepts et aux méthodes de l'anthropologie traditionnelle applique à une société « primitive » concrète les catégories du matérialisme historique. [...] le mérite de Cl. Meillassoux est d'avoir dépassé le stade des projets et des programmes et d'avoir tenté d'éprouver sur le terrain la fécondité de ces principes.

  • Valladolid est sans doute, en ce siècle où l'Espagne joue un rôle majeur en Europe, l'une des premières cités de Castille par son importance démographique et économique. Mais son cas est en outre exemplaire : l'étude de ses possibilités de développement et des contraintes qui l'inhibent, de ses idéaux et de ses préjugés nous apprend autant sur la Castille que sur elle-même. La nouveauté du livre réside dans la description d'une société de consommation sans frein, de style ostentatoire, à une époque où le « modèle seigneurial » est imité de larges fractions de la population. Tel est le défi au conditions du siècle et, en définitive, le drame de la Castille. * « L'enquête menée par Bartolomé Bennassar n'est certes pas une orpheline, héritière qu'elle est et débitrice de grands travaux qui ont permis de connaître la Castille du XVIe siècle plus intimement, sans doute, que la France de la même époque. [...] Monographie, ici, ce n'est pas pure contingence, et c'est autre chose et mieux qu'échantillon ; disons focalisation, changement d'échelle, et donc de méthode, pour saisir des phénomènes perceptibles seulement à cette échelle. Par son souci d'inscrire le microcosme vallisolétain dans l'univers hispanique, ce livre d'histoire locale, d'histoire urbaine, est une contribution importante à une connaissance plus fine de l'Espagne moderne. [Ce livre] met l'accent sur la fonction consommatrice de Valladolid, dans une Espagne portée par l'élan de la production qui traverse le XVIe siècle. Exception au XVIe siècle, par là même anticipation du XVIIe siècle : c'est faire de l'étude de Valladolid une contribution à la recherche des origines de la décadence espagnole. »

  • À Paris, dans les premières années du XIXe siècle, l'association du centre du pouvoir politique et administratif et de celui de la vie financière, commerciale et, dans quelque mesure, industrielle était accomplie pour l'essentiel, donnant naissance à ce complexe de domination jacobino-capitaliste si particulier à notre pays, son orgueil pour les uns, son fléau pour les autres. Le visage de la métropole s'en est trouvé modelé d'une façon décisive : les quartiers s'étendant de la place des Victoires à la gare Saint-Lazare, du Sentier à la « City » parisienne constituent toujours le môle de résistance et le pôle d'attraction, où une société marchande et aristocratique à la fois a - de Louis XVI à Napoléon III - édifié ses bastions, et fini par donner au profit ses lettres de noblesse. « L. Bergeron apporte des éléments nouveaux au grand débat historique sur les incidences économiques de la Révolution et des guerres impériales. En fin de compte, cette thèse originale se consulte plus facilement qu'elle se lit, car elle apparaît comme une suite de monographies ou une série d'études de cas qui fournissent une somme impressionnante d'informations sur les aléas de l'industrialisation française. » François Jequier, Schweizerische Zeitscbrift fur Gescbicbte, 27 (3), 1977. Avec « Les Réimpressions » des titres du fonds des Éditions de l'EHESS, publiés des années 1950 aux années 1970 sous l'égide de la VIe Section de l'École Pratique des Hautes Études, sont à nouveau disponibles. En permettant d'accéder à l'intégralité du texte de l'édition originale - avec l'appareil scientifique complet - « Les Réimpressions » répondent aux besoins des bibliothèques universitaires et savantes, ainsi qu'à ceux des chercheurs et des lecteurs soucieux de disposer d'ouvrages de référence, devenus souvent des classiques.

  • L'ancienne Afrique Équatoriale Française (AEF), que recouvrent actuellement les territoires du Gabon, du Congo-Brazzaville et de la République Centrafricaine, est passée en trente ans d'un type traditionnel à une situation d'économie coloniale. Son évolution économique et sociale ne s'est pas faite sans heurt ni difficulté. Les quarante décrets de concession de 1899-1900 devaient permettre l'établissement des compagnies à monopole d'exploitation des « produits riches » (ivoire et caoutchouc) destinées, en principe, à assumer en trente ans les investissements dont l'État refusait la charge. Mais le refus durable des capitaux nécessaires, aussi bien de la part de l'État que du secteur privé, dans un pays apparemment dépourvu de ressources appréciables et tragiquement dénué de force de travail, condamnait l'entreprise à la faillite. [...] Cependant l'AEF sortit lentement de la stagnation après la guerre, à mesure que l'économie concurrentielle prenait le pas sur le monopole concessionnaire. [...] Outre l'essor de l'okoumé au Gabon, on vit émerger les grandes firmes à venir, se constituer les premières plantations, entrer en exploitation les richesses minières, enfin se mettre en place les principaux travaux d'infrastructure (routes et voies ferrées). Mais ce « décollage » fut payé chèrement. Les salaires ne suivirent ni la hausse de l'impôt, ni l'inflation des prix à l'importation. Le fragile équilibre vivrier traditionnellement établi entre l'homme et la nature fut rompu ; d'où des famines redoutables, et les révoltes les plus sérieuses qu'aient connues le territoire (1928-1932). Le bilan fut d'aggraver encore, pour un temps, un dépeuplement nocif au développement ultérieur du pays.

  • De toutes les formes de la littérature arabe, la géographie est sans doute celle qui se révèle la plus propice, par son originalité et son indépendance vis à- vis des conventions littéraires, à l'investigation des structures sociales et culturelles de la civilisation musulmane du Moyen Âge. Le présent ouvrage étudie le contexte culturel du développement de la géographie, ses différentes données, ses rapports avec les conditions socio-économiques du monde musulman et l'histoire de la langue et de la littérature arabe. L'auteur nous livre ainsi l'introduction d'une oeuvre beaucoup plus ambitieuse qui tend à un inventaire cohérent et complet, à travers la géographie, de la conception que se faisait du monde une conscience orientale à cette époque : ce n'est pas l'étude du monde du Moyen Âge oriental, mais celle de la représentation de ce monde.

  • 1871-1890 : les syndicats ne structurent pas encore la revendication des salariés. Flamboyante, surprenante, dramatique aussi, la grève est l'expression fondamentale d'une classe ouvrière qui passe à cette époque du monde de l'atelier à celui de l'usine. En mobilisant et en exploitant des sources multiples, on s'est efforcé de reconstituer l'histoire des grèves dans la France de la IIIe République, et sans négliger aucune dimension du phénomène. L'évolution et le rythme des grèves, leur développement et leur fluctuation, l'ensemble des composantes d'une grève (les types de revendications, la sociologie de l'engagement ouvrier) font la matière du premier livre. Le « cours d'une grève » - comment elle commence, comment elle dure, comment elle se finit - occupe le second, avec une attention particulière à la diversité des formes d'action, au rôle respectif des organisations et des hommes - qui sont les « meneurs » ? - et à la vie collective des grévistes, à leurs gestes, à leur parole. Cet ouvrage tente d'allier la rigueur d'une approche quantitative d'un fait social aux suggestions d'une littérature foisonnante, et d'aider ainsi à la connaissance d'un monde ouvrier extrêmement mouvant, en quête de lui-même. De la Commune aux premières ébauches de grève générale, le parcours pionnier qu'il nous propose est devenu une pièce maîtresse pour la constitution d'une sociologie historique des conflits du travail.

  • Ce deuxième volume des Études d'économie médiévale aborde les principaux problèmes concernant les métaux depuis la fin de l'empire ; romain jusqu'au déclin du monde musulman, dans le monde alors connu. L'examen se poursuit tour à tour dans l'Occident décadent du Ve siècle, dans le monde sassanide, chez les peuples de la steppe, dans l'empire byzantin, dans le monde musulman enfin. Grâce au vaste réseau de routes terrestres et maritimes qu'il a su établir, le monde musulman parvient à suffire à la consommation de ses grandes métropoles et de ses ateliers monétaires. Que ce réseau vienne à se défaire au XIe siècle, et la puissance métallurgique passera à l'Occident. Également disponibles : - Monnaie et histoire d'Alexandre à Mahomet - Les textiles dans l'Ancien Monde du VII au XIIe siècle

  • Voici l'histoire, minutieusement reconstituée, d'un contact et d'une interpénétration limitée entre deux sociétés, deux cultures, deux civilisations que tout séparait. Avant l'arrivée des Portugais, à la fin du XVe siècle, l'ancien royaume du Congo, dont la formation territoriale est succinctement retracée, vivait avec des institutions religieuses, politiques, sociales, économiques, figées dans une longue tradition. En apportant leurs marchandises et le christianisme, les premiers Européens lançaient un défi qui se termina par la victoire des colons portugais de l'Angola en 1665. Mais le succès militaire ne fut pas accompagné d'un succès politico-culturel ; pire encore, la christianisation limitée à une étroite caste dirigeante fut compensée par une déstructuration rapide et désastreuse du pays. Secouant l'hégémonie de l'ancienne capitale, les marges maritimes se détachèrent et se constituèrent en États courtiers, indépendants, tandis que, de leur enclave angolaise, les Portugais accaparaient les ressources du Congo intérieur. De cette pénétration, il résulta pour les Congolais une régression technologique importante, qui les contraignit à acheter aux Européens les articles qu'eux-mêmes avaient si longtemps fabriqués, et cela avec la plus humiliante des monnaies : les esclaves.

  • Si l'histoire militaire de la France durant les deux derniers siècles du Moyen Âge avait suscité de nombreux travaux, il n'existait pas, pour cette période, de synthèse sur les armées des souverains Valois. L'ambition de Philippe Contamine est d'abord de combler cette lacune. Elle est aussi de montrer le rôle essentiel joué par les institutions militaires dans la lente apparition, entre les règnes de Charles V et de Louis XI, d'une nouvelle conception de l'État. Elle est enfin d'examiner les différents groupes de gens de guerre qui furent au service de la monarchie française. En même temps qu'elle met en valeur la place de la noblesse, l'étude systématique des carrières révèle une société assez rigide, où les hiérarchies traditionnelles surent résister efficacement au formidable tumulte des événements.

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