Éditions Triptyque

  • En 2016, l'activité Des rues et des langues a été présentée au Festival de poésie de Montréal. Cette activité proposait au public une déambulation collective dans le quartier du Plateau Mont-Royal et une lecture de poésie sur la Place Gérald-Godin de certains membres de La Traversée et de poètes invités.
    En 2017, Délier les lieux proposait à huit poètes d'infiltrer un lieu de leur choix sur le Plateau-Mont-Royal. Les poètes ont partagé leur expérience d'infiltration lors d'une lecture publique dans le cadre de la 18e édition du Festival de poésie de Montréal.
    Dans ce collectif, les poètes évoquent des rapports au monde inachevés et troués par l'altérité. Le lieu et la voix accordent et désaccordent les possibilités du poème. À présent, ce livre est une carte entre les mains du public, qui donne à voir une série de reliefs publics et intimes.

  • La cuisine mortuaire fouille une culture d'ouvriers et de ménagères, donne une forme aux dos rompus de fatigue et aux mères qui débarbouillent les visages sales des après-midi passés dans la ruelle, posant les jalons, un
    poème à la fois, d'une quête des origines. De quoi serait faite la frontière poreuse entre la poésie et la langue vernaculaire d'un quartier populaire du Montréal des années 1970 ? Au fil de jeux d'enfants tantôt ludiques tantôt cruels, ce sixième livre de Louise Marois trace un autoportrait poético-social adressé à une femme qui « égorge le temps dans [son] poing », qui disparaît lentement, s'absente à elle-même. Le lieu qui les recueille, la fille et la mère, c'est cette cuisine, hantée des bruits de la rue Garnier, pénétrée de la rouille des hangars, inondée de rires gras, où chacune à son bout de table elles s'affairent, où elles manigancent les secrets qui les séparent et les unissent tout à la fois.

  • Dans Taverne nationale, les auteurs explorent l'imaginaire éclaté d'une taverne située à Granby, qui est sans doute à l'image de toutes celles qui subsistent encore au Québec. Des voix s'entremêlent : celles des auteurs, celles d'usagers passés et présents, celles de l'histoire, la petite comme la grande. Des genres aussi : la poésie, d'abord, mais aussi la chronique historique, le conte, l'essai, la correspondance. Ce livre constitue les traces d'une relation étrange et fascinante avec le lieu.

  • Un enfant, la nuit, dresse la liste de ses monstres et de ses peurs. Une guerre éclate, et puis une autre, qui traversent le temps, brouillent les époques, laissent planer une menace persistante. Les arbres poussent leurs branches dans le sol, et les oiseaux installent leurs nids sur les têtes qui tombent, elles, vers le haut. Dans Les coeurs de pomme et leur syntaxe, inversions, élisions, traductions et autres manipulations langagières forgent un univers où le désir règne et où le danger rôde. On s'y empoisonne, on y meurt par accident, d'une balle perdue, dans un attentat, sous la rigidité des lois qui contraignent les enfants : « Poussez, tulipes ! mais poussez comme on vous l'a montré ». On s'y invente des voyages à la finalité incertaine, on y réalise des fantasmes de rébellion, on se soustrait aux règles sociales et morales. Avec un recueil éclectique, qui voudrait embrasser toutes les oppositions - lyrisme et formalisme, autobiographie et fiction, humains et animaux, scénarios ludiques et événements graves -, Gabriel Kunst nous offre un premier livre où le chemin du coming of age est sinueux, résolument intertextuel, hanté des fantômes de l'histoire mondiale, jalonné de personnages inventés.

  • Formes subtiles de la fuite dresse des listes sans hiérarchie, brosse le portrait d'un corps déformé par l'angoisse, et dépeint les murs d'une maison inhabitable. De cendres en incendies, on avance à tâtons dans un univers hostile, peuplé de bruits et de gens sans visage. Le réel est un calcul de probabilités où s'empilent les états et les saisons. La dépression veille, mais le coeur, pourtant, s'obstine à battre encore, d'une cadence déréglée.

  • D'une caresse patentée est un recueil sur la figure du père. Plus précisément le père de l'autrice, ouvrier, taciturne, qu'elle a tenté de mettre en mots afin de comprendre sa tristesse, son désir de fuir. Elle extrait des images restées là, dans le coeur, dans les larmes, dans l'attente d'une réelle rencontre avec lui. Des illustrations accompagnent le recueil, réalisées pour la plupart à partir de photomatons. Ces dessins au graphite font écho aux poèmes. Mais à l'insu de la poète, le portrait de ce père serait-il, au fil de l'écriture, devenu un autoportrait ?

  • Tropico Nouv.

    Avec une poésie à la frontière du récit, Marcela Huerta réfléchit, dans Tropico, à la position instable qu'elle occupe en tant qu'immigrante chilienne de deuxième génération, en disséquant crûment sa relation complexe avec son père défunt, un homme parfois comique, parfois antipathique, souvent fuyant, la figure de proue d'un passé, d'une histoire et d'un pays insaisissables pour l'autrice. En se tenant à la frontière de l'amour et de la rancoeur, Huerta investit une parole poétique plurielle qui ne cache pas la précarité qui accompagne tous les deuils. Douce-amère, la poésie tragicomique de Huerta se lit comme on regarde un album-photos : l'un après l'autre, les souvenirs donnent à lire une fresque intime qui, dans l'intimité de la mémoire, révèle les impacts psychiques et politiques des traumatismes intergénérationnels.

  • « Je remplis mes Tupperwares avec tout ce que je peux le soir où tu publies la photo. Ma vie est compartimentée dans des rectangles aux dimensions bizarres et dans des petits cylindres qui ont fondu au micro-ondes - des vaisseaux temporaires et instantanés qui proclament qu'au fond, je ne m'en vais nulle part. Même partir ne mène à rien. »
    Aussi vulnérable que sarcastique, entre culture pop des années 2000 et activisme politique, éminemment intime mais plus souvent public que privé, Reste ou va-t'en est un recueil pétri de contradictions qui décortique, sous les lumières d'un bar ou sur le siège arrière d'une voiture, les histoires qu'on se raconte avec autant de désespoir que d'autodérision quand on décide de plier bagage. Manifestations, vigiles, partys, actions politiques et collectives se doublent dans ces poèmes d'un imaginaire personnel fait d'objets du quotidien où tout menace d'être le symbole de quelque chose de plus grand, et de plus grave. Beaucoup de fils narratifs, conducteurs, amoureux sont abandonnés en chemin dans ce livre. Tara-Michelle Ziniuk multiplie les différents visages de ce qu'il faut parfois quitter ou trahir pour continuer à vivre : des partenaires, la sexualité normative, des causes à défendre, des souvenirs, sa famille - et même celle qu'on avait choisie.

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