Éditions Gaussen


  • « Roman national » : l'expression fait partie du langage courant. Mais depuis quand et que signifie-t-elle ? Depuis le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy (2007) et surtout depuis la parution en 2009 du livre de Lorànt Deutsch Métronome, elle est massivement employée pour désigner une manière surannée et rétrograde de raconter l'histoire de France. Mais cette expression avait eu auparavant d'autres sens depuis son apparition à la fin du XIXe siècle.
    Ce livre en retrace l'histoire, puis détaille les différentes façons que l'on a eu de faire le récit de la France depuis le Moyen Âge. Il expose comment le roman national a pris la place d'un roman monarchique avant d'être lui-même remis en cause au nom d'une approche mondiale de l'histoire popularisée par Patrick Boucheron. L'histoire doit-elle renoncer à être un récit ? Le roman national est-il nécessairement nationaliste ou identitaire ?
    S'interrogeant sur les raisons de l'emploi péjoratif par de nombreux historiens de l'expression « roman national », ce livre pose également ces questions et plaide pour un roman national « hospitalier », écrit par et pour tous les membres de la société française. Car tous sont appelés à faire l'histoire du pays.

  • De Belem à Porto Alegre, de Rio de Janeiro à Recife, Fortaleza, São Luis ou Rio Branco, le Brésil est le fruit de trois cultures. Les Amérindiens, les Européens et les Africains ont ainsi tous trois contribué à bâtir cette nation, à forger cette âme à nulle autre pareille. Chacun y a apporté son histoire, mais aussi ses croyances, ses connaissances, ses fantasmes et ses peurs. Grand comme seize fois la France, ce pays-continent fascine même si, trop souvent, l'on s'arrête à son sujet à des images toutes faites. Avec Contes et Légendes du Brésil, Jean-Paul Delfino entrouvre les portes de ce pays complexe d'une manière différente. Grâce à plus de soixante récits, tous issus de la mémoire collective brésilienne, il donne au lecteur la possibilité de comprendre autrement ce peuple métissé. Au fil de ces pages, qui s'adressent aussi bien aux adultes qu'aux enfants, des thèmes toujours d'actualité prennent une résonance différente. Protection de la planète, racisme, mythes et religions, explications du monde, Princes et Princesses, amours contrariées ou êtres surnaturels : c'est un Brésil enfin différent qui est offert au lecteur, entre éclats de rire et surprise, malice et saudade.


  • Lieux de culture, de formation, de détente et de brassage social, les bibliothèques ont beaucoup évolué ces dernières années, mettant à la disposition d'un public de plus en plus nombreux des ressources et des services de plus en plus variés.
    Mais dans ce mouvement de renouvellement, Marseille a pris du retard. Ses bibliothèques municipales sont trop peu nombreuses, leurs fonds disponibles pas assez importants et le nombre des inscrits y demeure faible. Le ville dispose pourtant d'atouts : un établissement de référence (l'Alcazar), des professionnels compétents, des animations multiples, ainsi qu'un important tissu associatif. Mais ils ne sont pas suffisamment mobilisés.
    Partant de ce double constat, ce livre plaide pour une politique de la lecture publique à Marseille qui s'appuie sur des bibliothèques plus nombreuses, plus ouvertes, plus inventives et mieux adaptées aux attentes de chacun. Outil de démocratie et de réduction des inégalités, la bibliothèque est une institution véritablement républicaine. C'est pourquoi, la mise en oeuvre d'une politique ambitieuse en matière de lecture publique devra constituer l'un des axes de la reconstruction de Marseille pour la prochaine équipe municipale.

  • La comtesse Lily Pastré (1891-1974), riche héritière marseillaise, femme excentrique, romanesque, généreuse et grande mélomane, s'engage entre 1939 et fin 1942 dans une résistance qui ne dit pas son nom. Elle transforme sa maison de Montredon à quelques kilomètres du centre-ville de Marseille en refuge pour les artistes et les intellectuels en danger. Des peintres (Rudolf Kundera, Christian Bérard, André Masson), des écrivains (Luc Dietrich, Lanza del Vasto) et surtout des musiciens (Clara Haskil, Youra Guller, Samson François, Darius Milhaud, Édith Piaf, etc.) ont trouvé chez elle le gîte, le couvert et la possibilité de se consacrer à leur art. En 1948, aux côtés de Gabriel Dussurget, elle soutient la création du festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence. À sa mort en 1974, sa maison et son parc (la campagne Pastré) deviennent propriété de la Ville de Marseille.
    Pour livrer le récit de cette vie hors norme, Laure Kressmann s'est appuyée sur une documentation exhaustive ainsi que sur les entretiens qu'elle a menés auprès de ceux qui ont cotoyé Lily Pastré.

  • Cet ouvrage est construit autour d'un texte rare et essentiel à l'appréciation de la tradition bouvine dans la Camargue du XIXe siècle : Una coursa de biôous, poème de l'érudit marsillarguois Germain Encontre paru en 1839 et depuis longtemps devenu introuvable. A. Laborieux présente ici le texte original en languedocien et sa traduction en français, en le replaçant dans son contexte historique et culturel, et en l'intégrant à une analyse documentée de la période charnière où la course camarguaise commence à se codifier et à subir des mesures répressives.
    Après avoir situé le poème dans un contexte politique où la réglementation naissante vise à endiguer les troubles de l'ordre public que peuvent parfois générer les fêtes taurines informelles, Alain Laborieux propose une traduction du texte d'Encontre (avec en regard la version originale), puis entraîne le lecteur plus avant dans le monde qu'il nous a dévoilé : celui de la bouvine, de sa pratique et de ses traditions ; spectacle, musique, petits drames, bouffoneries, guerres de clocher, tout y passe et contribue à rendre cette promenade au temps du Taureau-Roi vivante et instructive.
    Un apport essentiel à la connaissance des origines de la course camarguaise.

  • L'inventeur de villes est une promenade, un ensemble de déambulations urbaines qui oscillent entre histoire et philosophie, société, tourisme et souvenirs personnels. Certaines villes que vous arpenterez ici existent. D'autres n'existent pas. Certaines réflexions sont empreintes de réalisme, d'autres ne le sont pas du tout. Cependant, si vous aimez Genève, New York, Marseille ou Abidjan, si vous fréquentez ou avez fréquenté les rues de Puebla, Rome, Kuantan ou Miami Beach, si vos pas vous amènent toujours un carrefour plus loin, L'inventeur de villes va vite devenir votre meilleur ami. Don't hesitate, take a walk with him...

  • Paru en 1959 sous le titre Zanko, Chef tribal, Traditions, coutumes, légendes des Tsiganes chaldérach, ce livre marque un tournant dans l'histoire de la civilisation des Roms. Pour la première fois, un dépositaire de la mémoire romani, Zanko, la transmettait à un « gadjo » : « Je ne vous ai pas dit notre secret pour que vous le gardiez pour vous. Je sais ce que j'ai fait. Je suis Vieux. J'ai vu beaucoup de choses. Je ne veux plus qu'on nous prenne pour des sauvages. Je ne veux pas que mes enfants et mes petits-enfants soient traités comme nous l'avons été ».
    L'homme à qui s'adresse Zanko est le père Chatard, un dominicain qui, sous l'Occupation, était intervenu pour adoucir les conditions d'internement d'enfants tsiganes. Il poursuivra après la guerre son combat en faveur des Roms, au prix d'être inquiété par sa hiérarchie et par les services de l'État. Les deux amis souhaitaient que l'ouvrage soit présenté comme la Bible du peuple rom. C'est sous ce titre que nous le republions. Il rassemble les récits des origines, raconte la naissance et la fin du premier monde, la chute du roi Pharavono - malédiction après laquelle les Roms n'eurent plus ni roi ni territoire - puis détaille les coutumes et pratiques religieuses de ce peuple.

  • L'ouvrage propose d'interpréter les catastrophes environnementales japonaises sous un jour nouveau à travers une analyse comparative des relations homme/nature en Occident et au Japon, soit une forme de communication internaturelle. En d'autres termes, il s'agit de penser la place de la nature dans la société et celle de la société dans la nature. Le concept de médiance fournit ici une clé de lecture pour dépasser la logique occidentale anthropocentrée de la catastrophe (celle de l'être vers la mort) afin d'aborder la logique japonaise qui laisse la prééminence au milieu (celle de l'être vers la vie).

  • Cet ouvrage retrace le parcours intellectuel et spirituel de l'écrivain roumain Emil Cioran (1911-1995) depuis sa jeunesse jusqu'en 1949, moment où il adopte la langue française. Vincent Piednoir revient sur l'enfance de l'écrivain, imprégnée de culture allemande ; sa fascination pour les thèses ultra-nationalistes qui accompagnent la naissance de l'État roumain ; la « volonté d'aveuglement » qui le pousse à se faire le thuriféraire d'Hitler et du nazisme ; sa fuite de la Roumanie pendant la Guerre et l'affirmation de son incertitude identitaire et intellectuelle ; l'abandon finalement de son pays et de sa langue comme remise en cause de l'Histoire et de sa propre histoire. La démarche de Vincent Piednoir démontre, sans esprit de polémique mais sans tabou, que l'enracinement de Cioran dans la langue et la culture françaises repose sur la volonté d'oublier la folie de sa jeunesse roumaine. « Après avoir lu Vincent Piednoir, on n'admire plus Cioran aussi naïvement que naguère, mais on est plus que jamais fasciné par son destin et par son oeuvre. » Jacques Le Rider (Extrait de la préface)

  • Ce livre part de Marseille, ville internationale par excellence, et de ses habitants d'origine capverdienne, nombreux à s'être installés dans la cité phocéenne qu'ils ont marquée à leur manière de quelques empreintes, ici un restaurant, là une brasserie ou une association. De Marseille, il nous emmène à Santiago et Santo Antao, deux des îles de l'archipel puis dans le reste du pays et, au fil des récits, nous franchissons de nouveau les océans en direction du Brésil, des Etats-Unis, du Luxembourg, de l'Afrique, du Portugal, etc. Peuple de musiciens, de paysans et pécheurs, marqués par la colonisation portugaise et les famines, les Capverdiens se sont forgés une identité atypique. Profondément insulaires, ils restent attachés à leurs terres tout en étant d'infatigables voyageurs et leur culture s'est construite dans un va et vient permanent avec les quatre coins du monde. À travers de multiples voix - immigrants, émigrants, commerçants voyageurs, etc. - cet ouvrage propose un voyage au coeur de l'archipel et de sa diaspora, dans les méandres du processus migratoire. Il nous parle d'un processus universel, l'exil, de manière à la fois intime et emblématique de l'actualité internationale contemporaine. Fruit d'un travail d'enquête mené durant un an auprès des habitants du Cap-Vert et de migrants capverdiens vivant dans la région marseillaise, il explore d'une manière inédite l'histoire de cette société et des migrations à travers le monde.

  • En 1906, à l'occasion du passage du Wild West Show de Buffalo Bill dans le Midi, le poète et manadier Folco de Baroncelli fait la rencontre d'Indiens Sioux du Dakota et se lie d'amitié avec eux. Il s'en est suivi une correspondance placée sous le signe d'un profond échange entre cultures indienne et provençale.

    Les lettres qu'ils se sont écrites sont publiées ici pour la première fois dans leur intégralité. On y a ajouté les textes que les Indiens ont inspirés à Baroncelli, dont un inédit, « Les Noms de Peaux-rouges », magnifique manifeste en faveur des peuples opprimés. On découvrira aussi les échanges de Baroncelli avec d'autres personnalités passionnées par les Indiens, comme Paul Coze ou le cinéaste Joe Hamman et on connaîtra l'histoire détaillée de Pa-E-Has-Ka l'imposteur. On comprendra surtout comment, comme d'autres créateurs de son époque, Baroncelli se tourne vers une civilisation non européenne pour y rechercher sa propre identité.

  • Au fil de ces nouvelles, sélectionnées par Dominique Amann, président de l'association des Amis de Jean Aicard, l'auteur brosse une série de tableaux provençaux, tantôt gais et tantôt graves. Tour à tour, nous suivons l'amour patient de Pierre le pauvre joueur de flûte pour Jacqueline, ainsi prénommée en mémoire des jacques qui sous l'ancien régime faisaient trembler l'ordre seigneurial, les grands rêves de Martin, savetier besogneux et économe, le destin de Justin le capitaine du Meyfret ou encore la légende inquiétante de la Gueuse des marais qui hante la Camargue.

  • Dans ce livre, Anita Rind retrace le destin tragique des nombreux membres de sa famille disparus dans les camps d'extermination nazis. Pendant trente ans, elle a mené avec obstination une quête douloureuse dans différents fonds d'archives principalement en République tchèque où vivait avant la guerre l'ensemble de sa famille à l'exception de ses propres parents. L'ampleur du désastre constatée au fil de voyages à Prague, dans le camp de Terezin et sur les lieux de naissance en Bohême de son père et de sa mère l'a bouleversée. Née elle-même en France, en 1929, l'auteure a échappé ainsi que ses parents, sa jumelle et son frère aux persécutions antisémites du régime de Vichy. Dans un contrepoint saisissant avec l'anéantissement de sa famille tchèque, elle fait le récit de ces années noires où ils ont vécu, séparés et cachés dans des institutions religieuses ou chez des paysans dans le sud de la France. Ainsi étions-nous mêle avec sensibilité, mais sans pathos ni ton vindicatif, la recherche historique et la reconstitution de la vie quotidienne dans la France occupée, à Marseille, à Tarbes, en Avignon, à Carmaux. Ce livre se veut aussi un hommage à des êtres disparus à qui l'auteure a tenu à rendre leur dignité.

  • Comment les membres d'une famille, chacun avec sa singularité, traversent-ils le tourbillon de l'Histoire ? C'est pour répondre à cette question que l'historien aveyronnais Amans-Alexis Monteil a rédigé, dans les années 1820, cet écrit intime, émouvant, pudique et dont l'humour n'est jamais absent.
    Dans un style savoureux, il nous fait suivre les destins de son père, « avocat et agriculteur », « paisible et doux » mais qui « avait la voix d'un homme de guerre », de son épouse, qui se plaisait à se dresser sur ses pieds pour lire derrière lui ce qu'il écrivait en lui pinçant l'oreille (« elle était là ; elle n'y est plus ! »), de son frère Joachim-Alexis, jamais en reste dans les charivaris, de sa mère « bonne chrétienne de la vieille roche des premiers siècles », de son frère aîné qui a suivi le sillon tracé par le père, de son fils Alexis, trop tôt disparu et qui l'assistait dans son travail d'historien, de sa soeur Marie-Joséphine mariée à un officier des eaux et forêt, et enfin de son frère Joseph-Antoine, celui qui a choisi le mauvais chemin, commençant comme moine buveur et finissant en vagabond mais auquel Monteil accorde une infinie tendresse, laissant échapper : « Ah ! s'il était à recommencer ! ».
    En toile de fond, la Révolution, avec les bouleversements qu'elle entraîne dans une province encore en retrait. Espoirs, Terreur et compromissions sont évoqués avec humanité et justesse.

  • La mémoire de la grande peste de 1720 de Marseille reste vivace. Et pourtant, elle suscite encore bien des questions : savait-on soigner la peste à cette époque ? Comment Marseille a-t-elle été contaminée, malgré toutes les précautions prises ? Qu'est devenu le Grand-Saint-Antoine, le navire par qui le malheur est arrivé ? Y a-t-il eu faute et donc des coupables ? Quelles traces témoignant de cette terrible période peut-on encore voir dans la ville : bâtiments, statues, peintures, noms de rues, etc. ? Ce livre apporte des réponses à ces questions et à quelques autres, et éclaire les zones d'ombre de l'un des drames les plus effroyables qu'ait connus la plus ancienne cité de France.

  • En 1940, Churchill créa le SOE (Special Operations Executive) avec pour objectif l'envoi dans l'Europe occupée d'agents secrets ayant mission de renforcer la résistance locale, de conduire des actions de sabotage, d'organiser la réception des parachutages d'armes et d'agents, etc. Anne-Marie Walters était un de ces agents. Le 4 janvier 1944, venant d'Angleterre, elle fut parachutée dans le Sud-Ouest de la France. De père anglais et de mère française, elle avait vingt ans. Durant sept mois, sous le nom de guerre de Colette, elle parcourra à vélo, en autocar, en train, en auto "gazogène" toute la région, en tant qu'agent de liaison du chef d'un des réseaux du SOE. Elle portera des messages aux responsables locaux, organisera la fuite d'hommes recherchés par l'ennemi, réceptionnera des parachutages et participera activement à la vie de plusieurs maquis. Dès son retour en Angleterre, la mémoire encore fraîche des détails de ses péripéties, elle écrivit le récit de ce qu'elle avait vécu en France. Dans son livre, elle raconte les périls qu'elle dut affronter, le courage et l'esprit de sacrifice de ses camarades, les moments de joie, comme le jour du Débarquement, et les moments de désespoir, comme lors du massacre des maquisards de Simorre. A travers des récits qui donnent souvent froid dans le dos, elle raconte sa peur de la Gestapo, à laquelle elle échappa plusieurs fois de justesse, sa haine de la Milice, mais aussi son admiration pour les résistants - notamment pour les républicains espagnols qui les avaient rejoints - , et pour ces Français anonymes qui risquaient leur vie en accueillant des résistants et des agents parachutés chez eux.

empty