Tzvetan Todorov

  • Insoumis

    Tzvetan Todorov

    En racontant le destin de huit figures emblématiques, huit insoumis,Tzvetan Todorov nous propose une passionnante réflexion sur les enjeux politiques de notre temps.
    Ils ont vécu à des époques différentes, fait face à des ennemis qui ne sont pas de même nature - et leurs réponses ne sont pas univoques. Tous, pourtant, ont renoncé au confort d'une vie tranquille au nom d'un amour intransigeant : celui des êtres humains, celui de la vérité. Ils ont refusé de se soumettre : à l'agresseur venu du dehors, à leurs démons intérieurs aussi. Tous ont - parfois dès l'origine, parfois après une " conversion " religieuse ou laïque répudié l'usage de la violence dans leurs luttes.
    Si ce livre d'histoires n'est pas seulement un livre d'histoire, c'est que chacun des " insoumis " dont Todorov retrace le destin a pour nous des résonances profondes, bien au-delà des circonstances que l'auteur relate et qui dépassent le caractère héroïque, voire tragique, de certains des personnages.
    Soixante-dix ans après sa déportation et sa disparition à Auschwitz, la voix de la jeune Etty Hillesum nous émeut et nous inspire par sa volonté de partager le lot commun plutôt que de se sauver, elle, et d'affirmer la beauté du monde en toutes circonstances.
    C'est par sa religion du vrai et du juste - et aussi par son inaltérable sens de l'humour, sa façon de considérer les humains non en " blocs " ethniques, nationaux, politiques, religieux, mais un par un - que Germaine Tillion, ethnologue, historienne, résistante, s'attache à notre coeur.
    Entre les deux grands écrivains russes Boris Pasternak et Alexandre Soljenitsyne, que de différences de tempérament ! Pasternak se cache dans une résistance intérieure presque invisible pour édifier le roman majeur qu'est Le Docteur Jivago ; Soljenitsyne, guerrier sans relâche, faisant de son oeuvre et de sa position publique une arme de combat contre le régime soviétique.
    Malgré les apparences premières, il y a plus de points communs entre ces deux figures de la lutte contre les discriminations raciales que sont Nelson Mandela et Malcolm X, qu'il s'agisse du combat contre l'apartheid en Afrique du Sud ou de la révolte contre le racisme aux États-Unis, dans leur jeunesse l'un comme l'autre n'ont pas hésité à prêcher la violence contre la violence. Mais l'un comme l'autre y ont renoncé.
    Avec l'exemple de l'historien israélien David Shulman, militant pacifique inlassable des droits des Palestiniens, Todorov n'hésite pas à aborder un conflit aux racines historiques complexes et aux résonances émotionnelles mondiales ; en achevant son livre sur la figure du lanceur d'alerte Edward Snowden, il ne fuit pas la controverse et nous entraîne au coeur d'un débat démocratique contemporain majeur.

  • Potocki, Nerval, Gautire, Villiers de l'Isle-Adam : Tzvetan Todorov nous introduit d'abord au plaisir de les relire en nous enseignant à construire les limites d'un genre : dans l'hésitation non résolue du lecteur entre le naturalisme de l'étrange et le surnaturel du merveilleux. Puis il nous conduit au repérage de deux grands groupes de récits fantastiques que commandent respectivement le rapport du personage au monde et son rapport à autrui : ce n'est pas dans un attirail thématique, mais dans un réseau sous-jacent que s'organise le fantastique. Ainsi comprend-on que le fantastique soit du XIXe siècle très précisément.

  • Analyse critique des théories d'Aristote et de saint Augustin, de Tacite et de Quintilien, et de Du Marsais et de Condillac, de Diderot et de Lessing, de Goethe et des frères Schlegel, de Freud et de Lévy-Bruhl, de Saussure et de Jakobson, Théories du symbole n'est pourtant pas une histoire de la sémiotique.
    Il y est certes question de sémiotique. Ou plutôt d'un ensemble de disciplines qui, dans le passé, se sont partagé le domaine du signe et du symbole : sémantique, logique, rhétorique, herméneutique, esthétique, philosophie, ethnologie, psychanalyse, poétique.
    N'est-ce pas de l'histoire, d'autre part, que de reconstituer ces systèmes conceptuels et de chercher les lois qui ont gouverné le discours sur le discours ? Peut-être, mais à cela près qu'"histoire" et "sémiotique", loin d'être des données immuables permettant de circonscrire un projet, sont à leur tour parmi les notions que l'enquête va mettre en question.
    Restent : de l'histoire, la crise, par où s'opposent "classiques" et "romantiques"; et de la sémiotique, l'unité, peut-être trompeuse, du signe et du symbole. A travers leur étude s'affirme, comme une tierce voie, une pensée de la différence non valorisée; du pluriel et de la typologie.

  • " La démocratie est malade de sa démesure : la liberté y devient tyrannie, le peuple se transforme en masse manipulable, le désir de promouvoir le progrès se mue en esprit de croisade. " - Tzvetan Todorov Aujourd'hui, les grands dangers pour la démocratie ne proviennent pas de ses rivaux de l'extérieur - fascisme, communisme ou terrorisme - mais de ses ennemis intimes, ceux qu'elle sécrète en elle-même et qui menacent jusqu'à son existence. Comment la protéger contre ces dérives ? Fidèle à sa méthode, Tzvetan Todorov éclaire l'actualité brûlante (guerre de Libye, tyrannie des marchés, montée des populismes) par des mises en perspective historiques qui vont du Moyen Âge au XXe siècle. Un essai limpide qui permet de mieux comprendre le monde qui nous entoure. Tzvetan Todorov, directeur de recherche honoraire au CNRS, est historien et essayiste. Il est l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels Mémoire du mal,tentation du bien (Robert Laffont, 2000), Le Nouveau Désordre mondial (Robert Laffont, 2003), La Peur des barbares (Robert Laffont, 2008) et Goya à l'ombre des Lumières (Flammarion, 2011). L'Académie française vient de lui attribuer le Prix de la critique pour l'ensemble de son oeuvre.

  • Le sujet de ce livre est la relation entre "nous" (le groupe culturel et social auquel on appartient) et "les autres" (ceux qui n'en font pas partie); le rapport entre la diversité des peuples et l'unité de l'espèce humaine. Un sujet que la France vient de redécouvrir - et qui me touche aussi personnellement.
    Cependant, plutôt que d'exposer mes idées sur la questtion, j'ai voulu interroger les penseurs français qui y avaient déjà réfléchi, de Montesquieu à Segalen, voire de Montaigne à Lévi-Strauss. Ne disposant pas de la vérité, je suis parti à sa recherche - avec, et parfois contre, ces penseurs.
    Ce faisant, j'ai dû renoncer aussi à la réserve de l'historien : tout au long de ce travail, mon but a été d'apprendre, non seulement comment les choses ont été, mais aussi comment elles doivent être ; j'ai voulu connaître et juger. Car nous ne pouvons pas seulement étudier les autres : toujours, partout, en toutes circonstances, nous vivons avec eux.
    Tzvetan Todorov

  • Le XXe siècle souche à sa fin, et nous sommes tous tentés de nous demander : quelle sera sa place dans l'histoire ? Comment s'en souviendra-t-on un jour ? Pas plus qu'un autre, je ne connais la réponse complète à ces questions ; mais je suis sûr que l'une des inventions du siècle sera durablement attachée à son souvenir : les camps totalitaires. Nous avons fait la découverte du régime politique extrême, le totalitarisme, et de son extrême à lui, les camps.
    Cette institution macabre se prête à toutes sortes de commentaires, historiques, politiques, psychologiques. Celui que je propose ici, à travers une enquête narrative et personnelle, est indifférent : il a trait à la morale. Non seulement, contrairement à un préjugé répandu, la vie morale ne s'est pas éteinte aux camps, mais de plus il se pourrait que nous y trouvions de quoi fonder une morale quotidienne à la mesure de notre temps.
    T. T.

  • « Le discours soviétique officiel décrit progressivement la réalité du pays en termes qui ne correspondent pas à l'expérience commune, comme si les mots pouvaient créer les choses. [...] L'importance de cette doctrine dépasse de loin le domaine esthétique, elle représente à l'état pur l'un des traits dominants de la société soviétique sous Staline car elle consacre le règne universel du mensonge.»
    À la fois connaisseur de l'Union soviétique et grand penseur des oeuvres d'art, Tzvetan Todorov a souhaité éclairer les rapports idéologiques entre ceux qu'il nomme les «artistes créateurs» et le pouvoir politique à partir de la révolution d'Octobre. Comment les artistes ont-ils annoncé la révolution? Comment ont-ils ensuite obéi ou échappé au réalisme socialiste désireux d'annihiler toute création? Todorov explore le destin d'artistes phares, Maïakovski, Pasternak, Boulgakov ou Mandelstam, et s'attarde sur le parcours singulier du peintre Kasimir Malevitch, dont la pluralité des voies artistiques fait écho à l'intensité de son engagement.
    Le Triomphe de l'artiste, c'est finalement le pouvoir de l'art sur celui qui veut sa mort.

  • Le penseur russe Mikhaïl Bakhtine (1895-1975) a mené sous le régime soviétique une existence marginale, mais ses travaux, publiés en partie après sa mort, sont aujourd'hui traduits et discutés dans le monde entier. Ils portent sur l'histoire de la littérature russe et mondiale, avec en particulier les livres sur Dostoïevski et Rabelais, mais aussi sur la théorie du langage, des genres littéraires, du psychisme humain, de la culture et de la connaissance, pour culminer dans une anthropologie philosophique.
    La question à laquelle revient inlassablement Bakhtine, à travers ces différents thèmes et approches, est celle de la nature profondément dialogique des humains : " Etre signifie être pour autrui et, à travers lui, pour soi. "
    Première introduction à l'œuvre et la pensée de Bakhtine, le présent livre se situe à mi-chemin entre l'anthologie et le commentaire, et il permet d'entendre à nouveau la voix de Bakhtine : pour que le dialogue puisse se poursuivre. Il contient également quatre textes des années vingt, issus du cercle de Bakhtine et jamais auparavant publiés en français.

  • Sur le siècle du totalitarisme, voici un essai majeur qui s'inscrit dans la lignée des livres de François Furet et Jean-François Revel.
    Que faut-il retenir du XXe siècle, quels enseignements doit-on en tirer ? Il s'est achevé par une forme d'action politique à première vue inédite : les "guerres éthiques", conduites en Irak et en Yougoslavie par les pays occidentaux qui n'emploient que des bombes "à caractère humanitaire" (Václav Havel). Nous croyons avoir bien compris le passé depuis que le mal a été clairement identifié: le totalitarisme, symbolisé pour nous par le camp d'extermination nazi et le goulag communiste. Mais la démocratie est-elle toujours un bien ? ou devons-nous penser, avec le grand Vassili Grossman, que "là ou se lève l'aube du bien, des enfants et des vieillards périssent, le sang coule" ? Se souvenir du mal passé ne suffit pas pour empêcher les errements présents. La mémoire n'est pas toujours, et intrinsèquement, une bonne chose, ni l'oubli une malédiction. Ce n'est pas en nous prenant pour l'incarnation du bien, en donnant des leçons de morale à nos concitoyens comme aux pays étrangers que nous échappons au mal. On doit résister à cette tentation tout en continuant à défendre la liberté de l'individu et l'amour des hommes. Dans une réflexion exigeante sur le siècle, depuis la naissance des totalitarismes jusqu'à la guerre du Kosovo, en passant par la bombe atomique d'Hiroshima, Tzvetan Todorov s'interroge sur le sens de cette histoire tragique. Il éclaire l'opposition entre régimes démocratiques et totalitaires, aussi entre communisme et nazisme, avant d'analyser les abus les plus courants de la mémoire. Il nous met aussi en garde contre les dérives menaçant la démocratie. Ce siècle des ténèbres est traversé par quelques sillons lumineux, hommes et femmes exemplaires qui, confrontés avec les totalitarismes, ont su précisément combattre le mal sans se prendre pour une incarnation du bien. Leurs portraits ponctuent le livre : Vassili Grossman et Margarete Buber-Neumann, David Rousset et Primo Levi, Romain Gary et Germaine Tillion.

  • Comment vivre l'absolu dans un monde de plus en plus matérialiste ? Comment concilier quête d'absolu et quête du bonheur ?
    Pendant des millénaires notre rapport à l'absolu, notre besoin de plénitude, a été vécu dans le cadre de l'expérience religieuse. Puis la référence au monde divin à cédé sa place à des valeurs humaines. Aujourd'hui, l'aspiration à la plénitude (au sacré, au sublime, à l'infini...), à une qualité de vie supérieure fait partie du "projet de vie" de chacun. Mais comment la mener ? Où doit-elle nous conduire ?
    Parmi les tentatives contemporaines extraordinairement variées de toucher à l'absolu, Tzvetan Todorov a voulu en retenir une : celle qui interprète cette expérience comme une quête de la beauté et l'art comme le moyen d'y accéder. Et il s'est attaché à trois serviteurs de la beauté ? Oscar Wilde, Rainer Maria Rilke, Marina Tsvetaeva ?qui ont toute leur vie aspiré à une forme de perfection, et en ont fait le projet de leur existence.
    Dans un livre qui nous rappelle Mémoire du mal, tentation du bien, Tzvetan Todorov ne nous offre pas seulement une triple et passionnante biographie, mais aussi une réflexion sur l'art de vivre. Le culte de la beauté et la pratique des arts ne suffisent pas à organiser l'ensemble d'une vie, conclut-il au terme de son cheminement. Nous sommes des êtres imparfaits, non des anges, et ne pouvons vivre dans une extase continuelle, dans le seul ravissement de la plénitude. La voie ne serait-elle pas de trouver une beauté dans le quotidien qui permette de découvrir le sens de la vie ? Dans leur quête, Wilde, Rilke et Tsvetaeva ont connu l'échec, mais ils ont montré le chemin.

  • Quel est l'esprit des Lumières et leur signification pour nous ?
    Dans un va-et-vient constant entre passé et présent, Tzvetan Todorov dégage les grandes lignes de cette pensée, sans détacher son regard de notre époque.
    Après la mort de Dieu, après l'effondrement des utopies, en quoi croyons-nous ? De quel cadre conceptuel peuvent se réclamer nos actes de citoyens et d'individus ? Pour répondre à ces questions, Tzvetan Todorov a interrogé un courant de pensée et de sensibilité qu'on pourrait décrire comme le versant humaniste des Lumières. Non que les auteurs du xviiie siècle aient trouvé les solutions aux problèmes qui ont surgi depuis et nous troublent chaque jour. Mais cette époque, ces trois-quarts de siècle situés à peu près entre 1715 et 1789, a vu se produire un grand basculement dont nous sommes tous les héritiers. Mieux comprendre cette transformation peut nous aider à mieux vivre aujourd'hui.
    Quel était le projet des Lumières ? Quelles idées fondamentales se trouvent à leur source ? Autonomie, humanité, universalité... Que faut-il entendre par là ? Au-delà du rejet ou de l'invocation, qu'en est-il exactement des répercussions des Lumières sur le déroulement de l'Histoire ? Quelles clefs ce mouvement nous offre-t-il pour trouver des solutions aux problèmes politiques d'aujourd'hui ? Dans l'esprit du Nouveau désordre mondial, Tzvetan Todorov écrit un livre de réflexion, aussi synthétique que brillant, à mi-chemin entre philosophie politique et actualité.
    En mars 2006, Tzvetan Todorov est le commissaire de l'exposition " Lumières ! Un héritage pour demain ", à la Bibliothèque nationale de France.

  • - 67%

    La peur des barbares est ce qui risque de nous rendre barbares...
    " Le choc des civilisations, ce serait : les démocraties occidentales d'un côté, l'Islam de l'autre. Deux mondes, figés dans leurs différences historiques, culturelles, religieuses, et de ce fait voués au conflit. Face à la menace, plus de place pour le dialogue ou pour le mélange. Et pas d'autre alternative que la " fermeté ". Voire la guerre. Par tous les moyens. Peut-on vraiment s'assurer, lorsque l'on raisonne ainsi, que la barbarie et la civilisation continueront de se trouver du côté que l'on croit ? S'il est impératif de défendre la démocratie, il est aussi crucial de ne pas se laisser dominer par la peur et entraîner dans des réactions abusives. Car l'Histoire nous l'enseigne : le remède peut être pire que le mal. " T. T. Dans une réflexion qui nous fait traverser des siècles d'histoire européenne, Tzvetan Todorov éclaire les notions de barbarie et de civilisation, de culture et d'identité collective, pour interpréter les conflits qui opposent aujourd'hui les pays occidentaux et le reste du monde. Une magistrale leçon d'histoire et de politique - et une véritable " boîte à outils " pour décrypter les enjeux de notre temps.

  • On dit que l'homme est un être social, mais que signifie exactement cette phrase ? Quelles sont les conséquences ce constat banal, qu'il n'existe pas de je sans tu ? En quoi consiste, pour l'individu, la contrainte de ne jamais connaître qu'une vie commune ?
    Dans cet essai de réflexion et de synthèse, où la philosophie côtoie la théorie psychanalytique, où les œuvres littéraires secondent l'introspection, Tzvetan Todorov aborde le thème central d'une nouvelle – ou très ancienne – discipline, l'anthropologie générale. Il cherche à comprendre l'orgueil et le dévouement, l'identification au tyran ou à la victime, l'amour des parents et celui des enfants. L'être humain est condamné à l'incomplétude, il aspire à la reconnaissance, et son soi, même dans la solitude, est fait de rencontres avec les autres.
    On est heureux parce qu'on aime, on aime parce que, sans l'amour, on n'existe pas. Notre bonheur dépend exclusivement des autres, qui détiennent donc aussi les instruments de sa destruction. La vie commune ne garantit jamais, et dans le meilleur des cas, qu'un frêle bonheur.

  • On fait tout pour son ami comme pour soi, non par devoir mais par délice, écrivait Rousseau. A d'autres moments, le devoir s'impose, alors que le délice est absent. De l'un à l'autre oscille notre vie à tous.
    "Personnage plutôt discret, Tzvetan Todorov intervient rarement pour commenter l'actualité du moment mais, par son itinéraire et ses thèmes de prédilection, il se trouve au carrefour de bien de nos interrogations contemporaines. Plus français que nombre de nos intellectuels par l'héritage qu'il assume, il est aussi le plus européen et, ce que l'on sait peu, parmi les auteurs les plus traduits dans le monde. Il défend un humanisme critique, débarrassé de la bigoterie bien-pensante des charitables."
    "Au fur et à mesure que nous avancions dans nos entretiens, je me suis aperçu que j'avais mené une vie de passeur de plus d'une façon : après avoir traversé moi-même les frontières, j'essayais d'en faciliter le passage à d'autres. Frontières d'abord entre pays, langues, cultures ; ensuite entre domaines d'étude dans le champ des sciences humaines. Mais frontières aussi entre le banal et l'essentiel, le quotidien et le sublime, la vie matérielle et la vie de l'esprit. Dans les débats, j'aspire au rôle de médiateur. Le manichéisme et les rideaux de fer sont ce que j'aime le moins."

  • Au deuxième anniversaire du 11 septembre, au coeur d'une agitation médiatique signant des temps toujours troublés, une réflexion nécessaire...
    Terrorisme, islamisme, sécurité internationale: loin de l'anti-américaniste primaire, adversaire de tous les sectarismes, Tzvetan Todorov nous invite d'une façon claire et pédagogique, en huit courts et denses chapitres, à revoir notre façon de réfléchir sur le nouveau désordre mondial.La paix mondiale passe-t-elle par la guerre ou par le droit? La première nous semble toujours injuste tandis que le second apparaît illusoire. Comment dépasser cette contradiction? Dans un petit livre merveilleux de clarté, totalement dénué de jargon, Todorov analyse le nouvel impérialisme américain et propose à l'Europe la voie résolue de la "puissance tranquille".Universitaire mondialement reconnu, "paysan du Danube" (il est originaire de Bulgarie) ayant enseigné dans les plus grandes universités en France et aux États-Unis, Tzvetan Todorov met au service de la cause européenne sa fibre humaniste et sa connaissance intime de l'histoire de la culture et des idées. Et il ne se contente pas d'analyser et de critiquer: il va jusqu'au bout de la démarche en faisant des propositions concrètes, courageuses, parfois inattendues.Stanley Hoffmann, préfacier de ce livre, est professeur à Harvard (spécialisé en sciences politiques, et plus particulièrement l'éthique et les relations internationales) et chroniqueur politique ? il écrit régulièrement dans des revues comme "The New Republic", "Foreign Policy", "The New York Review of Books", et "The New York Times". Il est, dans ce domaine, reconnu mondialement.

  • La notion de littérature
    La littérature et les autres formes de discours ; la poésie et la fiction ; l'œuvre individuelle dans son rapport au genre : tels sont les thèmes qu'abordent les essais ici réunis. Un trait me frappe à la relecture : c'est leur caractère, en quelque sorte, intermédiaire. Je ne m'intéresse pas à la pure spéculation ni à la description des faits pour eux-mêmes : je ne me lasse pas de passer de l'une à l'autre. La même ambiguïté se poursuit jusque dans le style de l'exposition. J'essaie d'éviter aussi bien un impressionnisme qui me paraît irresponsable, non parce qu'il est privé de théorie, mais parce qu'il ne veut pas le savoir, qu'un formalisme terroriste, où tout effort de l'auteur s'épuise à découvrir une notation plus précise pour une observation qui l'est souvent très peu. À vouloir gagner sur les deux tableaux, on risque de perdre ici et là : destin peu enviable, auquel je ne saurais pourtant renoncer.
    T. T.
    Tzvetan Todorov
    Directeur de recherche honoraire au CNRS, historien et essayiste, auteur d'une trentaine de livres consacrés à l'analyse des œuvres et des sociétés, ainsi qu'à l'histoire des idées, dont La Littérature en péril (Flammarion, 2006) et La Signature humaine (Seuil, 2009).

  • The political history of the twentieth century can be viewed as the history of democracy's struggle against its external enemies: fascism and communism. This struggle ended with the fall of the Berlin Wall and the collapse of the Soviet regime. Some people think that democracy now faces new enemies: Islamic fundamentalism, religious extremism and international terrorism and that this is the struggle that will define our times. Todorov disagrees: the biggest threat to democracy today is democracy itself. Its enemies are within: what the ancient Greeks called 'hubris'. Todorov argues that certain democratic values have been distorted and pushed to an extreme that serves the interests of dominant states and powerful individuals. In the name of `democracy' and `human rights', the United States and some European countries have embarked on a crusade to enlighten some foreign populations through the use of force. Yet this mission to `help' others has led to Abu Ghraib and Guantanamo, to large-scale destruction and loss of life and to a moral crisis of growing proportions. The defence of freedom, if unlimited, can lead to the tyranny of individuals. Drawing on recent history as well as his own experience of growing up in a totalitarian regime, Todorov returns to examples borrowed from the Western canon: from a dispute between Augustine and Pelagius to the fierce debates among Enlightenment thinkers to explore the origin of these perversions of democracy. He argues compellingly that the real democratic ideal is to be found in the delicate, ever-changing balance between competing principles, popular sovereignty, freedom and progress. When one of these elements breaks free and turns into an over-riding principle, it becomes dangerous: populism, ultra-liberalism and messianism, the inner enemies of democracy.

  • Les Morales de l'histoire constituent d'abord une réflexion sur les formes que prend la connaissance de l'humain : Tzvetan Todorov interroge le rapport entre faits et valeurs, vérité et fiction, interprétation et éloquence ; il examine le rôle de l'intellectuel contemporain. Mais cet ouvrage est aussi une mise en pratique de la "science morale et politique" : comment vivre la liberté à l'intérieur d'une société ? Comment pratiquer l'égalité entre sociétés différentes ? Ce livre rappelle quelques faits et leurs interprétations tels que la colonisation ou la conquête de l'Amérique, vue par les Aztèques. Il ressuscite des débats d'époques très variées, entre Socrate et les Sophistes, Montaigne et Montesquieu, Spinoza et Locke, le vicomte de Bonald et Benjamin Constant, Léo Strauss et Raymond Aron. Tout au long de ces divers parcours il tâche de ne pas perdre de vue l'essentiel : les morales de l'histoire.

  • Symbolisme et interprétation : deux activités qui ne se séparent pas. Constat d'étrangeté d'un discours : il faut interpréter. Mais comment ? Sur la base des structures linguistique et logique ; en tenant compte de la direction de l'évocation et des degrés de détermination du sens.
    Deuxième volet d'un diptyque (dont le premier était constitué par Théories du symbole), Symbolisme et Interprétation ne sépare pas théorie et histoire : une "Symbolique du langage" générale est mise à l'épreuve et complétée par une histoire typologique des "Stratégies de l'interprétation", sur le double exemple privilégié de l'exégèse patristique de la Bible et de la philologie classique.
    Symbolisme et Interprétation veut fournir une vue synthétique sur ce qui est bien l'une des activités humaines essentielles : l'interprétation des symboles.

  • "Le capitaine Alonzo Lopez de Avila s'était emparé pendant la guerre d'une jeune Indienne, une femme belle et gracieuse. Elle avait promis à son mari craignant qu'on ne le tuât à la guerre de n'appartenir à aucun autre que lui, et ainsi nulle persuasion ne put l'empêcher de quitter la vie plutôt que de se laisser flétrir par un autre homme ; c'est pourquoi on la livra aux chiens." (Diego de Landa, Relation des choses de Yucatan, 32)
    J'écris ce livre pour essayer de faire en sorte qu'on n'oublie pas ce récit, et mille autres pareils. A la question : comment se comporter à l'égard d'autrui ? je ne trouve pas moyen de répondre autrement qu'en racontant une histoire exemplaire, celle de la découverte et de la conquête de l'Amérique. En même temps, cette recherche éthique est une réflexion sur les signes, l'interprétation et la communication : car le sémiotique ne peut être pensé hors du rapport à l'autre.
    T. T.

  • La Libération de la France, en 1944, ce n'est pas seulement la bataille décisive que se livrent les armées alliées et allemandes, c'est aussi l'aboutissement d'une impitoyable guerre civile opposant les Français aux Français. En province et dans les campagnes, loin de la ligne de front, la résistance et la milice s'affrontent au milieu d'une population civile prise à témoin ou en otage. Ainsi la Libération n'est-elle pas seulement une épopée glorieuse mais aussi, localement, une addition d'histoires minuscules et dramatiques.
    Dans ce livre, construit et rédigé comme une tragédie antique, Tzvetan Todorov reconstitue dans le détail un épisode peu connu de cette guerre civile, qui se déroule durant l'été 1944 au centre même de la France, dans la paisible bourgade de Saint-Amand-Montrond. Il y est question de représailles et d'orgueil, de tractations obscures et de vengeances, d'héroïsmes modeste et de misère humaine. La forme même de ce récit et les interrogations éthiques de l'auteur confèrent à cette Tragédie française une valeur emblématique.
    Les Mémoires inédits de René Sadrin, maire de Saint-Armand à l'époque des faits, sont publiés ici en annexe.

  • Théorie de la littérature
    Le recueil Théorie de la littérature, paru originellement en 1965, a révélé aux lecteurs français l'existence d'une remarquable école d'analyse littéraire, qui avait prospéré à Saint-Pétersbourg (ensuite Leningrad) et Moscou, entre 1915 et 1930. Depuis, ceux que leurs adversaires nommaient les formalistes sont devenus célèbres dans le monde entier. Le recueil a été traduit en italien, espagnol, portugais, japonais, coréen, turc et grec ; d'autres écrits des formalistes ont été publiés et traduits dans de nombreuses langues, et des ouvrages leur ont été consacrés.
    La présente édition a été révisée et mise à jour, pour permettre de lire ou de relire cette réflexion toujours stimulante sur l'art littéraire, issue d'un groupe de brillants jeunes critiques et linguistes russes : Viktor Chklovski, Roman Jakobson, Iouri Tynianov, Boris Eichenbaum et quelques autres.
    Préface de Roman Jakobson

  • Poétique de la prose : la rhétorique classique nommait oxymoron ce type de rapprochement des contraires, cette exploitation et contestation du principe d'identité et de contradiction. Une même complicité des contraires traverse ce livre. Poétique et lecture : l'analyse d'un texte particulier transforme la théorie, mais n'est possible qu'à partir d'une théorie antérieure, qui ne peut venir que d'une autre analyse... Différence et ressemblance : ces deux catégories régissent le fonctionnement du récit, l'une contre l'autre, l'une à travers l'autre. Langage et littérature : celle-ci, disait déjà Valéry, "ne peut pas être autre chose qu'une sorte d'extension et d'application de certaines propriétés du langage"; mais le langage lui-même, peut-on le connaître sans interroger au préalable ce qu'on s'accordera à tenir pour sa théorie : la littérature ? Questions modulées et transformées, d'un chapitre à l'autre, à l'aide de textes comme l' Odyssée, la Quête du Graal, les Mille et une nuits, le Décaméron, les récits de Henry James ou à travers la réflexion de quelques "auteurs" : Constant, Khlebnikov, Artaud. A l'horizon de cette recherche nécessairement toujours à recommencer : une théorie formelle de la littérature.

  • Disparue la littérature, y compris dans ses avatars récents : langage ou fonction poétiques. Reviennent en revanche les genres, qu'on croyait pourtant bien enterrés – même si cette résurrection est aussi une transformation. C'est que les genres, qui tiennent aux propriétés essentielles du discours, transcendent même la séparation historique et culturelle entre ce qui se dit littérature et ce qui ne l'est pas.

empty