Sabine Delzescaux

  • Ce livre renouvelle notre regard sur Norbert Elias ( 1897-1990), en le replaçant dans son contexte scientifique, historique, mais aussi biographique. Hanté par le spectre de la Première Guerre mondiale qui l'a profondément et durablement marqué, l'homme, réfugié à Londres en 1935, n'a qu'une certitude : à la violence et à ses formes multiples peut - et doit selon lui - être opposée la raison savante, raison que la sociologie processuelle qu'il développe a vocation d'incarner. Elias ambitionne de bâtir un nouveau modèle en science sociale, attentif aux apports de la biologie, de l'histoire, de l'anthropologie, de la psychanalyse. Ce livre présente la richesse, l'ampleur, l'unité du projet scientifique du sociologue. En étudiant le processus séculaire de formation des autocontraintes au coeur du processus de civilisation, il offre une compréhension de ce processus qui s'avère d'autant plus impérative que la conscience qui émerge en son sein n'est jamais à l'abri d'un retour de la violence.

  • Lorsqu'il formule, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, sa théorie du processus de civilisation, Norbert Elias (1897-1990) n'est pas sans mesurer le caractère profondément idéologique, et donc ambigu, du concept de civilisation. Le développer en tant que "concept empirique idéologiquement neutre et concept clé d'une théorie des processus civilisateurs" tel est néanmoins, l'objectif qui se fixe alors. Ce sont donc ici les travaux plus empiriques du sociologue, et leurs questionnements fondamentaux, que l'auteur interroge.

  • Qu'y a-t-il au bout du bout de la dépendance ? Un être éminemment vulnérable qui, sans le secours de ses semblables, ne pourrait tout simplement pas vivre tant ses besoins sont étendus. Il ne peut bien souvent ni manger, ni se laver, ni s'habiller seul. Les déformations de son corps et ses paralysies l'empêchent de se mouvoir, les états douloureux et les anxiétés le renferment sur lui-même, l'absence de langage verbal ne lui laisse aucune possibilité de parler en son nom. Pour le commun des mortels, une telle altérité est difficilement compréhensible et même imaginable.

    Loin de tout angélisme, Frédéric Blondel et Sabine Delzescaux s'attachent à comprendre pourquoi les personnes polyhandicapées font toujours spontanément l'objet d'une perception négative. Ils montrent que l'altérité radicale, lorsqu'elle n'est pas ou plus identifiée comme semblable, est toujours une altérité menacée et c'est cette réalité première qui marque, de leur point de vue, les confins de la grande dépendance. Les enquêtes qu'ils ont réalisées dans le champ sanitaire et médico-social mettent en évidence que moins les professionnels sont socialisés au monde du polyhandicap et plus le risque est fort, pour eux, de succomber à ce qu'ils nomment, dans le sillage des travaux du philosophe Giorgio Agamben, la tentation souveraine. De quel risque s'agit-il ? Du risque d'assujettir les personnes dépendantes à la puissance de leur propre système normatif et à l'arbitraire de leur conception de l'aide. Si ce risque revêt un caractère structurel dans le champ de l'accompagnement, il peut être, cependant, battu en brèche et il l'est, de fait, dans les structures dédiées à l'accompagnement de ces publics.

  • Comment le sociologue juif allemand Norbert Elias pouvait-il soutenir, à la veille de la seconde guerre mondiale, que l'un des traits distinctifs de l'homme moderne concernait précisément sa plus grande capacité à réguler, autrement que sous le joug de la contrainte extérieure, ses affects et ses pulsions ? Pour répondre à cette interrogation, il était nécessaire de s'interroger sur la spécificité du cadre épistémologique et théorique assignée par Elias à cette sociologie des processus dont il se voulait le fondateur. Quelle reconstruction de l'espace sociologique propose-t-il et quelles orientations théoriques fondamentales cette reconstruction appelle-t-elle ?

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