Religion & Esotérisme

  • Quel rôle le christianisme a-t-il joué dans l'histoire de la notion de culture ? Dans l'Antiquité chrétienne, deux attitudes se font jour. Certains chrétiens manifestent une hostilité à l'égard de la culture grecque, qui leur paraît pernicieuse et inspirée par les démons. D'autres tentent au contraire de montrer son utilité pour la formation de l'esprit et la défense, l'explication, et l'exposition de la foi. Mais au-delà de cette tension entre hostilité et attirance face à la culture grecque, se joue dans les textes chrétiens de l'Antiquité un renouvellement important de la notion même de culture. En la dissociant de toute référence à l'hellénisme et en l'élargissant à tout ce qui peut assurer à l'homme sa pleine humanité, les auteurs chrétiens des premiers siècles ont légué à la postérité un idéal culturel fondé sur le pluralisme et la diversité, dont, sous une forme sécularisée, nous sommes encore aujourd'hui les héritiers. Cet essai, écrit par un spécialiste de l'Antiquité chrétienne, conduit à revoir un certain nombre d'idées reçues sur les rapports entre monothéisme et culture. Il invite à situer l'émergence de la réflexion chrétienne dans le cadre, non seulement d'une confrontation, mais également d'une profonde continuité avec la pensée grecque, et notamment la philosophie.

  • La polémique religieuse représente une page importante dans l'histoire des relations entre juifs et chrétiens. L'Antiquité en a laissé de nombreux témoignages littéraires, dont des dialogues mettant aux prises un juif et un chrétien. Ces textes se présentent en général comme des comptesrendus de débats réels. Les deux adversaires discutent sur les points essentiels de désaccord : Jésus est-il le Messie ? L'Évangile s'est-il substitué à la Loi juive ? Qui, des juifs ou des chrétiens, est le peuple de Dieu ? Mais, composés par des chrétiens, ces dialogues ont toujours pour but de montrer la supériorité du christianisme. Ils sont adressés avant tout aux chrétiens et servent à les instruire dans la foi. Le Dialogue de Timothée et Aquila, composé par un auteur inconnu, peut-être sous le règne de Justinien (vie s.), constitue, en grec, le témoin le plus important de ce genre littéraire dans l'Antiquité tardive. Le texte se présente comme la relation d'un débat organisé à Alexandrie entre le chrétien Timothée et le juif Aquila. Au terme d'une controverse consacrée avant tout à la question du Christ, le juif admet sa défaite et reçoit le baptême. Reflétant davantage une discussion idéale qu'une controverse réelle, le texte est un témoignage capital sur la façon dont les chrétiens se représentaient leur position par rapport au judaïsme à la fin de l'Antiquité. Cet ouvrage offre la première traduction française du dialogue dans sa forme longue, munie d'une introduction et d'un index biblique. Sébastien Morlet est Maître de conférences à l'Université de Paris-Sorbonne et membre de l'Institut universitaire de France. Il est spécialiste des textes de l'Antiquité tardive.

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