René Misslin

  • La vie est peut-être le phénomène cosmique le plus paradoxal dans la mesure où son apparition sur Terre, il y a 3,5 milliards d'années, était des plus improbables : des molécules organiques disséminées dans la soupe primitive ont pu spontanément s'auto-organiser en cellules, celles-ci ont été capables de s'auto-répliquer et de pérenniser ainsi la vie en se reproduisant, mais aussi en évoluant de la façon la plus extravagante pour donner naissance, tardivement, aux êtres pluricellulaires et finalement aux humains dotés d'un cerveau surdimensionné capable de prendre conscience de cette étonnante histoire, de la décrire et de s'interroger sur son sens et sur sa finalité. De la théorie de l'évolution aux comportements de reproduction et parentaux - contraintes spatio-temporelles, parades nuptiales, fécondation, soins apportés à la progéniture... - chez les insectes et les animaux, cet essai fascinant retrace les principales étapes de cette folle aventure en évoquant comment les êtres contribuent, grâce à leur fabuleux dynamisme reproducteur, à faire de la vie un phénomène qui toujours recommence. Mêlant science et questionnements socio-philosophiques, un ouvrage instructif et accessible à tous, qui ne manquera pas d'interpeller.

  • « Bien que le concept d'attachement s'applique uniquement, dans la littérature scientifique, aux relations enfant-parents et plus spécifiquement à la dyade mère/enfant, on verra que son champ d'extension dépasse largement ce cadre aussi bien chez les humains que chez de nombreuses autres espèces animales. Mais il est clair que si tant de chercheurs et de cliniciens ont focalisé leur attention sur les liens qui unissent les jeunes enfants à leur mère, en particulier chez les mammifères, c'est parce que l'incomplétude des nouveau-nés est telle, en raison de leur immaturité à la naissance, que l'attachement apparaît comme un processus biologique absolument nécessaire à leur survie et à leur développement : tout se passe comme si la relation mère-enfant, commencée in utero, se poursuivait à présent de manière à établir d'étroits contacts entre la génitrice et la progéniture. » Conduit par la curiosité, les réflexions et l'érudition de R. Misslin, « Le Comportement d'attachement » nous entraîne, depuis l'éthologie jusqu'à la philosophie, dans une analyse des raisons qui expliquent ces liens que nous devons tisser, animaux et hommes, pour vivre, à la fois individuellement et collectivement. Suivant une trajectoire transdisciplinaire et un élan de plus en plus large, la pensée de l'essayiste aboutit à des interrogations fertiles sur des notions tels que les fondements de la société, les rites, l'amour de la terre ou, indirectement, la nostalgie.

  • Ce que nous appelons couramment douleur représente en réalité seulement l'aspect sensoriel et émotif d'un robuste système comportemental de défense, commun à tous les êtres vivants, appelé nociception, qui leur permet de faire face aux agents externes ou internes capables de les blesser. Des terminaisons libres détectent dans divers tissus les stimuli susceptibles d'endommager l'organisme et déclenchent les réponses adaptatives (évitement, retrait, fuite, lutte) à même de mettre fin aux agressions et même de les prévenir. On comprend de mieux en mieux les mécanismes physiologiques d'intégration à l'origine de ces compétences comportementales. On sait, par exemple, que tout au long du trajet nerveux qui conduit les informations nociceptives de la périphérie au centre sont localisées des structures capables de bloquer partiellement la transmission des messages et de réduire ainsi l'intensité des sensations douloureuses : c'est ce qu'on appelle le système de contrôle interne. Mais les êtres humains ont su mettre au point de nombreuses méthodes de contrôle externe de la douleur. Pendant longtemps, ils ont utilisé les propriétés analgésiques de certaines plantes dont la plus célèbre est le pavot, Papaver somniferum, qui contient l'opium. Mais nous avons aujourd'hui à notre disposition, à côté des traitements pharmacologiques, un riche éventail d'autres techniques, comme l'électrothérapie, la relaxation ou encore l'hypnose qui nous aident à mieux supporter nos douleurs et à réduire nos souffrances.

  • Comment expliquer la peur ? Quel rôle joue-t-elle dans la vie de l'homme ? Qu'exprime-t-elle ? René Misslin analyse avec attention et intelligence cet héritage instinctif qui rapproche presque malgré lui l'homme civilisé de l'animal primitif.

  • « Les êtres vivants, végétaux compris, sont des prédateurs, dans le sens large de ce terme, et c'est en tant que tels qu'ils affirment leur soi, c'est-à-dire leur mode d'existence. D'où cet aphorisme nietzschéen abrupt de franchise : L'instinct de propriété - prolongement de l'instinct de nutrition et de chasse. L'instinct de la connaissance lui-même est une forme supérieure de l'instinct de propriété. Ces processus d'appropriation ne se résument pas simplement à des actes de capture, mais se prolongent par l'assimilation, en d'autres mots par le développement du soi, de son importance, de sa place dans le monde, de sa vitalité, de son rang. Loin de concevoir, comme on le fait si souvent, en particulier depuis Darwin, ces phénomènes en termes unilatéraux d'adaptation des organismes au milieu, je mettrai ici l'accent sur la tendance des êtres vivants à adapter le réel à leurs besoins et à leurs désirs : c'est en ce sens que toute existence est passion de vivre. » Nouvel essai signé R. Misslin, « Le Comportement d'affirmation de soi », en s'appuyant toujours sur cette fertile comparaison entre moeurs humaines et animales, bouscule nombre d'idées reçues, voire certaines thèses. Tendant encore une fois vers la philosophie, ce texte nous incite ainsi à reconsidérer catégories et concepts (l'actif et le passif, l'adaptation et l'évolution...), à repenser notre rapport à notre environnement et à la vie. Nourri par une érudition étonnante et passionnée, ce texte catalyse connaissances et réflexions qui projettent une lumière nouvelle sur l'existence, le vivre ensemble, la civilisation...

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