Langue française

  • " Rilke savait mieux que personne qu'avoir écrit les Élégies et les Sonnets, avoir réussi à célébrer l'espace angélique tel qu'il l'avait pressenti très jeune et entrevu en certains moments décisifs de sa vie, ce n'était pas être devenu soi-même l'ange ou Orphée. /.../ Mais sans doute avait-il désiré le grand poème comme Colomb l'Amérique, comme l'amant l'aimée. "
    Dans cet ouvrage, Philippe Jaccottet s'emploie à retrouver un regard plus libre sur le poète et son oeuvre. Il s'écarte, dans la mesure du possible, de la légende et s'appuie sur ces mots de Robert Musil : " Rainer Maria Rilke était mal adapté à ce temps. Ce grand poète lyrique n'a rien fait que porter pour la première fois à sa perfection la poésie allemande... "
    Une monographie de référence, signée par un poète français parmi les plus importants, traducteur de l'oeuvre de Rilke.

  • Pendant vingt ans, de 1950 à 1970, Philippe Jaccottet a tenu la chronique littéraire de deux quotidiens de sa ville : la Nouvelle Revue de Lausanne, où avait travaillé, dans des tâches plus obscures, son ami Crisinel, et la Gazette de Lausanne. De tant de lectures faites souvent avec beaucoup de passion, subsistent, sur le papier journal, près de quatre cent cinquante articles.

    Expérience peu commune en ce siècle que celle d'un poète de la plus haute exigence se battant dans le fatras de l'actualité pour faire luire les clés que lui avaient tendues d'autres poètes, ou bien encore des romanciers. Avec le souci d'indiquer des ouvertures, des fenêtres sur la lumière du monde et non d'imposer des mots d'ordre ou de slogans.

    Philippe Jaccottet a pu parfois s'accuser d'éclectisme, tant est grande l'ouverture qui préside à ces pages ; de Benjamin Constant à Robbe-Grillet, de Faulkner à Remizov, de Saint-John Perse à Michaux, se manifeste un seul parti : celui de ne se raidir dans aucun refus a priori. C'est pourtant une image très nette de la littérature qui est défendue ici : un choix en faveur de ce monde, un pari pour le mieux, et non une chute dans le pire, dans des oeuvres où nous pouvons trouver des fragments d'un vrai monde, des trouées, des merveilles non pas dans les nuées mais sur terre, à portée de l'oeil quand celui-ci est lavé, ou ne se détourne pas.

    Jean Pierre Vidal.

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