Patrick Reumaux

  • « "Je vois le Poète, dit le Monstre.
    - Moi aussi, dit Prospéro.
    - Il a l'air de boiter, dit le Mage. On dirait un Orphée sale."
    Hirsute, pieds nus dans les godasses, vêtu d'une chemise ouverte au col et d'un pantalon à la zouave, un petit chien dans les bras, le Poète remonte des Enfers. Il titube en paix. La crasse le protège des sorts.
    "C'est toujours pareil, dit le Monstre, cet imbécile a encore oublié de se retourner, il n'a pas statufié le temps.
    - Ne parlez pas si fort, dit Prospéro, vous allez réveiller Mirella 1."

    1. Dans le jeu de cartes ici battu, le lecteur reconnaîtra :
    Giuseppe Tomasi, prince de Lampedusa, dans le rôle du Monstre.
    Gioacchino Lanza Tomasi, son fils adoptif, dans le rôle du Jeune Homme Doux.
    Lucio Piccolo di Calanovella, dans le rôle du Poète.
    Agata Giovanna di Calanovella, dans le rôle du Medium.
    Casimiro Piccolo, baron de Calanovella, dans le rôle du Mage. »

  • J'avais un goupil de rêve, queue touffue, touffue, oreilles tachées de noir, ils l'ont tué. S'ils avaient pu, ils nous auraient tous tués, mais nous étions partis dans les montagnes, là où ils ne pouvaient pas nous tuer. Nous attendions la neige, comprenez-vous, on ne peut pas tuer dans la neige des monts. Ils avaient beau faire des comptes, entamer des procédures, faire durer le plaisir, clamer leurs bonnes raisons sur tous les toits en brandissant des preuves plus fausses les unes que les autres, ils ne pouvaient pas nous tuer. Brandir des preuves aux assises ? Le roman est un drôle de rêve, tellement faux qu'il a vraiment l'air vrai. On ne prépare pas plus la venue d'un roman qu'on ne prépare celle d'un rêve. On voit. Ou pas. Un homme de haute stature se lave les mains... Antonia Pozzi le savait : C'est l'hiver - mon âme - C'est l'hiver. (P. R.)

  • On trouve sur les insectes d'excellents livres de vulgarisation agrémentés de planches en couleur ou d'étonnantes photographies. Dans ce domaine, les coléoptères (scarabées, sauf celui d'Edgar Poe), les orthoptères (libellules d'Alain Cugno), les lépidoptères (on se souvient des forçats et des morphos d'Eugène Le Moult) se taillent la part du lion. Depuis la mort d'Eugène Séguy, excellent aquarelliste, artiste à lavallière, laborantin avant de devenir directeur du laboratoire d'Entomologie du Muséum, on cherchera en vain une iconographie sur les diptères en général, et on ne trouvera rien, absolument rien, en France, sur les Tabanides, malgré le nombre, la taille, la beauté (ou l'horreur) qu'inspirent les taons.
    Le présent atlas - dû à l'exceptionnel talent d'illustrateur de Xavier Carteret - comble en partie cette lacune. Il se réfère pour chaque espèce à la description originale, éclaire les querelles des entomologistes qui, aux prises avec les mouches à sang, ont débroussaillé la jungle de la nomenclature et, grâce aux clés dichotomiques, ouvre un chemin à une détermination précise des espèces.

  • Terribles brisants aux abords de l'île d'Aros, Les Joyeux Compères sont un piège redoutable pour les navires en perdition. Jadis, un vaisseau appartenant à l'Invincible Armada disparut dans les environs, échoué sur ces récifs battus par une mer démontée. Charles, un jeune Écossais en vacances chez son oncle Gordon, décide de retrouver l'épave de l'Espirito Santo et son trésor englouti...
    En offrant enfin une traduction digne de ce nom à cette fiction, Patrick Reumaux rend justice à la force du texte original, car « le récit de Stevenson est moins un récit qu'un rugissement, ou un grondement, une danse, un menuet mortel, "une sonate fantastique orchestrée par la mer et les naufrages", l'oncle devenant fou dès lors qu'il s'identifie à l'un de ces récifs diaboliques qui jubilent à chaque naufrage et la folie devenant d'autant plus perceptible qu'elle se coule plus étroitement dans ce qui est pour la langue dominante (l'anglais que parle son neveu) le langage du mal, le dialecte écossais, l'idiome du démon, grimé ici en Noir abandonné par ses compagnons, unique survivant du naufrage ».
    Cette édition des Joyeux Compères est suivie d'un choix de poèmes de l'auteur de L'Île au trésor, maître incontestable du roman d'aventures.

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