Olivier Feiertag

  • La trajectoire de Wilfrid Baumgartner tout au long du XXe siècle a été celle d'un financier, au double sens que le mot a hérité de l'Ancien Régime : technicien des choses de l'argent et serviteur de la chose publique. Inspecteur des Finances, directeur du Trésor, gouverneur de la Banque de France, ministre des Finances, président de Rhône-Poulenc, le cas Baumgartner éclaire pour la première fois à cette échelle biographique la figure du grand commis à la française, de la crise de la Ille République aux années sombres de Vichy, de l'instabilité politique de la IVE' République aux ruptures du régime gaulliste. Cette étonnante continuité de l'homme est aussi celle de l'État en France dans la période. Elle est analysée ici à travers les profondes mutations qu'a connues, des années 1920 aux années 1970, le système financier français (monnaie, Trésor, banques et crédit), tant du point de vue des modalités changeantes du financement de l'activité économique que de celui de la place et du rôle de la France dans le système monétaire international, notamment dans le contexte de la construction européenne. Une hypothèse à visée globale sous-tend cette traversée de l'histoire de la France contemporaine : celle de l'institution par étapes, flux et reflux, d'une économie d'endettement en France, clef d'un certain modèle économique (et social) qui aura marqué en profondeur le siècle passé. « Un homme d'État... Non ! Un homme de l'État. Cette formule de l'auteur, bien venue, situe tout à la fois la personnalité de Baumgartner et son aura, avec les questions originales qu'elles nous posent » Jean-Noël Jeanneney.

  • La Grande Guerre accouche de la banque centrale. Guerre totale, elle positionne les instituts d'émission en première ligne du front financier. Guerre mondiale, elle place les banques d'émission nationales au coeur du système des règlements internationaux. Largement ignoré par la théorie standard, ce fait est ici analysé à trois niveaux : à l'échelle des différentes places bancaires, d'abord, où la banque centrale s'impose comme la banque des banques et comme prêteur en dernier ressort ; à l'échelle des systèmes financiers nationaux, ensuite, où elle devient le banquier du Trésor ; à l'échelle internationale, enfin, à travers la gestion du contrôle des changes et la régularisation des cours des devises, en particulier sur les marchés des pays neutres.

  • Où en est l'historiographie française et francophone, en ces temps de mondialisation accélérée ? La recherche historique française est demeurée féconde dans chacune des quatre grandes périodes de l'histoire, cet ouvrage en donne un aperçu pour chacune d'entre elles. Les échanges et les interactions entre les traditions historiographiques de différents pays sont à l'ordre du jour, mais des spécificités de chacun perdurent. La France a eu et a encore une tradition marquée d'ouverture, qu'il faut pouvoir maintenir dans un contexte de crise globale, présente et future. L'historiographie française et francophone est en plein renouvellement. Des champs nouveaux s'ouvrent à la recherche, qui font largement appel à des approches transversales et pluridisciplinaires, voire transdisciplinaires.

  • De nombreuses illustrations restituent l'agitation colorée des quais de Venise ou de Bordeaux; elles montrent la richesse et la puissance des grands négociants, de Jacques Coeur à James de Rothschild; elles font sentir la fascination pour les produits importés du lointain, les épices parfumées de l'Orient...

  • La mesure de la monnaie s'est imposée au coeur de nos économies et de nos sociétés. Mesurer la monnaie, c'est à la fois estimer sa quantité et calculer sa valeur, mais aussi en régler la circulation et la distribution, en modérer la création et l'usage. Cette raison monétaire n'est pas un fait de nature. Elle a une histoire riche et mouvementée, encore largement inexplorée. Entamée à la fin des Lumières et poursuivie jusqu'à nos jours, l'histoire de la mesure de la monnaie a reposé pour l'essentiel sur l'action de ces institutions spéciales dotées dès l'origine du privilège rare d'émettre de la monnaie : les banques centrales. Les contributions réunies dans ce livre étudient pour la première fois l'histoire des modalités théoriques et pratiques de la mesure de la monnaie par les banques centrales, en France et dans d'autres pays européens. Elles montrent que la production de statistiques monétaires résulte toujours d'un processus à la fois technique et politique, interne et externe aux banques centrales. C'est, en dernière analyse, sur cette machinerie statistique de plus en plus complexe, progressivement établie par l'organisation de services compétents et le recrutement de personnels qualifiés, que les banques centrales ont construit, de manière croissante au cours de l'époque contemporaine, leur autorité monétaire.

  • "Les banques centrales, au coeur de la crise économique et financière globale qui sévit depuis 2007, veillent, nolens volens, à la stabilité du système financier mondial, assumant notamment la fonction de prêteur international en dernier recours.

    À quelles conditions les banques centrales peuvent-elles s'acquitter de ce nouveau rôle ? Sur quelles bases fonder la légitimité de leur gouvernance globale ? La réponse est d'abord d'ordre historique car l'évolution inéluctable de ces institutions en l'espace d'un siècle est inséparable des mutations des marchés de l'argent, de la mondialisation des systèmes productifs et de l'érosion continue de la souveraineté des États-nations et des sociétés nationales.

    Cet ouvrage retrace l'histoire de l'internationalisation des banques centrales - des ruptures fondamentales de la première guerre mondiale à la crise actuelle de l'euro. Les analyses des historiens et des praticiens ici réunis convergent pour reconnaître la nature politique des ressorts de cette internationalisation. Telle n'est pas la leçon la moins optimiste de ce récit très contemporain."

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