Nicolas Breton

  • Seul un singe qui aurait appris à parler et côtoierait les hommes pourrait dire toute la folie humaine. C'est la fiction qu'imagine Restif de la Bretonne (1734-1806) dans la Lettre d'un singe aux animaux de son espèce. César-singe, animal domestique qui a reçu une éducation classique auprès de sa maîtresse, entend consoler les bêtes des malheurs que leur causent les humains en décrivant leurs pratiques barbares : ceux qui se présentent comme les rois de la nature sont en fait bien plus à plaindre, puisqu'ils s'asservissent entre eux et sont les premières victimes de leurs funestes inventions : la monogamie, la propriété, l'hypocrisie de la politesse et, surtout, l'inégalité et l'esclavage. Un pamphlet très vigoureux, étonnamment contemporain.

  • L'Anti-Justine ne devait proposer au lecteur que des « images voluptueuses » : « les sens, dit Restif, y parleront au coeur » mais - qu'on songe au moine Fout-à-Mort et à ses exploits - Restif y peint des tableaux du sadisme le plus délirant. Femmes dépecées chez Restif, hymne à l'inceste chez le marquis de Sade : les deux adversaires, après tout, auraient pu s'entendre ! « Sade et Restif se rencontrent dans l'autre monde ; imaginez leur entretien » : quel beau sujet de composition française pour des bacheliers en herbe, si les dialogues des morts à la Fontenelle étaient encore en honneur dans l'Université ! Nicolas Edme Restif dit Restif de La Bretonne est né à Sacy le 23 octobre 1734. Fils de paysans de l'Yonne devenu ouvrier typographe à Auxerre et Dijon, il s'installe à Paris en 1761. Espion, complotiste, indicateur de police, sa vie compliquée s'accompagne de l'écriture de très nombreux ouvrages touchant à tous les genres : du roman érotique au témoignage sur Paris et la Révolution. Il mourra dans la misère le 3 février 1806.

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