Tallandier

  • Depuis 1989, date du bicentenaire de la Révolution française, les études sur ce moment fondamental de l'histoire de la France se sont poursuivies et de nouveaux chantiers de recherche ont été ouverts. Les grandes thématiques nées de 1789 fascinent toujours autant, au point d'être sans cesse interrogées et réinterprétées. Dans sa préface, Michel Vovelle écrit avec humour : « Soboul est mort, Furet est mort et moi-même je ne me sens pas très bien. » Pour autant, l'auteur n'en démontre pas moins l'incontestable dynamisme de l'historiographie de la Révolution, comme les contributions ici réunies en témoignent. Pour faire le point de cette vitalité, une trentaine d'historiens réunis par Michel Biard, professeur à l'Université de Rouen, s'emploient à établir chacun dans son domaine l'état des connaissances. La Révolution française a-t-elle été provoquée par les idées des philosophes ? A-t-elle été une catastrophe économique, un désert artistique et scientifique ? Que fut dans cette révolution la place des paysans, des femmes ? En quoi notre actuelle démocratie est-elle encore largement redevable de cette période, via les élections, la sociabilité politique, la presse, le langage, etc. ? Loin des idées reçues, cet ouvrage apporte ici de nouveaux éléments de réponse à ces questions toujours actuelles, fondés sur les études les plus récentes. Autant de synthèses claires et concises qui permettront au lecteur de (re)découvrir la Révolution française. Par décision des auteurs, les droits de cet ouvrage seront versés au profit de la Société des études robespierristes, société savante qui se consacre depuis sa fondation en 1907 à l'histoire à la fois scientifique et républicaine de la Révolution française par ses colloques, études et publications (notamment la revue Annales historiques de la Révolution française).

  • Entre 1792 et 1795, 86 membres de la Convention nationale ont eu une mort non naturelle. Comment sont décédés ces hommes dont la devise était « La Liberté ou la mort » ? Sous le couperet de la guillotine ? Assassinés ? Suicidés ? En prison, en mission ou en déportation ? Pendant deux siècles, l'historiographie s'est emparée de cette question politiquement sensible, avec des visions partisanes : ici favorables aux Girondins, là aux Montagnards, parfois hostiles aux deux. Fondé sur des archives inédites, l'ouvrage présente les rouages juridiques qui ont permis ces éliminations politiques. Le Peletier et Marat sont aussi deux cas célèbres, assassinés en 1793, puis entrés au Panthéon. Mais qui connaît tous les autres itinéraires particuliers ? Plus complexes, ils sont révélés par les sources policières, judiciaires et médicales, et donnent chair au récit. Au fil des chapitres, Michel Biard s'interroge sur les origines et les conséquences de ces morts brutales. Il offre une vision neuve des luttes politiques et des épurations successives de la Convention au temps de la « Terreur ».

  • « C'est mon petit doigt qui me l'a dit », « manger la laine sur le dos », « tirer les vers du nez », « prendre la balle au bond », « il n'y a plus à tortiller », « s'en foutre comme de l'an quarante », « être au bout du rouleau », « manger de la vache enragée »... Qui d'entre nous n'a manié ou entendu, ne serait-ce qu'une fois, l'une ou l'autre de ces expressions ? Ces tournures, reflets de la langue populaire du XVIIIe siècle, émaillent les pages du Père Duchesne, le célèbre journal de Jacques René Hébert, paru de 1790 à 1794. Journaliste de génie, à l'avant-garde du combat révolutionnaire, Hébert se fit, à l'apogée de son influence politique, l'écho et le porte-parole des sans-culottes parisiens. À coups de métaphores familières, de jurons désopilants, de situations improbables, il savait faire mouche et mettre les rieurs de son côté, qu'il s'agisse de railler le « daron » (Louis XVI), l'« architigresse » (Marie-Antoinette) ou le « général Blondinet » (La Fayette). Son héros, le Père Duchesne, toujours heureux de « s'en foutre une pile » en « étouffant des enfants de choeur » à la santé de la Nation, voulait « dépapiser Rome », « foutre à la lanterne » les aristocrates et faire monter dans la « voiture à trente-six portières » (la charrette des condamnés) les adversaires de la Révolution. Hébert lui-même allait périr en mars 1794, victime de la « cravate du docteur Guillotin ». Les mots du Père Duchesne traduisent, parfois avec outrance, souvent avec justesse, la culture de la rue, le climat politique d'une époque, et sa radicalisation entre 1790 et l'an II. Plus encore, ils témoignent de la richesse d'une langue, de ses évolutions et de ses survivances dans le parler quotidien et l'« argot » de notre siècle.

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