Michel Leiris

  • Dans la période de grande licence qui suivit les hostilités, le jazz fut un signe de ralliement, un étendard orgiaque aux couleurs du moment. Il agissait magiquement et son mode d'influence peut être comparé à une possession. C'était le meilleur élément pour donner leur vrai sens à ces fêtes, un sens religieux, avec communion par la danse, l'érotisme latent ou manifesté, et la boisson, moyen le plus efficace de niveler le fossé qui sépare les individus les uns des autres dans toute espèce de réunion.

  • Apprivoiser la mort, agir authentiquement, rompre le cercle du moi, tels sont les thèmes majeurs de Fourbis.
    Paris et ses environs, divers points du sud de la France, l'Afrique, les Antilles, tels sont les lieux où s'agite le meneur de ce jeu. Par échappées, on le voit à son retour des îles s'émouvoir du malaise de notre civilisation occidentale, puis s'unir à ceux qui s'efforcent d'instaurer un ordre plus équitable, mais en définitive n'en pas rabattre d'une exigence à laquelle ne pourrait satisfaire un pragmatisme ennemi de tout abandon à la gratuité de ce qui est pure séduction.

  • "Confrontation de souvenirs empruntés à diverses périodes de ma vie mais plutôt à l'enfance (par goût de la cosmogonie autant que par penchant sentimental), ce tome est le premier d'un ouvrage centré sur des faits de langage et au moyen duquel je me propose de définir ce qui pour moi est la "règle du jeu", plus pompeusement : mon art poétique et le code de mon savoir-vivre que j'aimerais découvrir fondus en un unique système, ne voyant guère dans l'usage littéraire de la parole qu'un moyen d'affûter la conscience pour être plus - et mieux - vivant. Juin 1948."
    Michel Leiris

  • Avec Fibrilles, l'auteur constate que son vrai problème a toujours été celui-ci : comment devenir intégralement un poète, sentant, parlant et agissant comme tel ? Au bout de multiples recherches, épisodes réels et épisodes rêvés, voyages à travers maints pays (y compris la Chine et les marais infernaux), le voilà revenu à son point de départ. Il sait seulement que la question vitale qu'il se posait ne peut recevoir de réponse... À moins que jouer une semblable partie - quitte à gravement s'y brûler - ne soit, précisément, cette réponse.

  • Avec Frêle bruit, Michel Leiris clôt La Règle du jeu. Dans ce dernier tome, construit presque musicalement, se mêlent à des souvenirs proches ou lointains et à des idées soit anciennes, soit venues chemin faisant, des tentatives plus ou moins expresses d'arriver à des moments de transparence. Aspiration au merveilleux, volonté d'engagement social, désir d'universalisme, telles sont les couleurs qui semblent dominer dans le jeu de l'écrivain.

  • L'Afrique fantôme

    Michel Leiris

    En 1930, alors que, surréaliste dissident, il travaillait à la revue Documents, Michel Leiris fut invité par son collègue l'ethnographe Marcel Griaule à se joindre à l'équipe qu'il formait pour un voyage de près de deux ans à travers l'Afrique noire.
    Écrivain, Michel Leiris était appelé non seulement à s'initier à la recherche ethnographique, mais à se faire l'historiographe de la mission, et le parti qu'il prit à cet égard fut, au lieu de sacrifier au pittoresque du classique récit de voyage, de tenir scrupuleusement un carnet de route. Mais, tour personnel donné à cette pratique, le carnet de Michel Leiris glissa vite vers le journal intime, comme s'il était allé de soi que, s'il se borne à des notations extérieures et se tait sur ce qu'il est lui-même, l'observateur fausse le jeu en masquant un élément capital de la situation concrète. Au demeurant, celui pour qui ce voyage représentait une enthousiasmante diversion à une vie littéraire dont il s'accommodait mal n'avait-il pas à rendre compte d'une expérience cruciale : sa confrontation tant avec une science toute neuve pour lui qu'avec ce monde africain qu'il ne connaissait guère que par sa légende ?

  • En dehors de toute idée religieuse, divine ou morale, le sacré de Leiris se tapit dans les choses, les moments et les lieux qui lui inspirent à la fois désir et terreur. Il représente la part de l'illicite, qui trouve ses racines dans l'enfance, et qualifie la chambre parentale par exemple, ou bien le cabinet de toilette, où Leiris formait avec son frère une sorte de société secrète. C'est la quête du merveilleux, blotti dans la vie quotidienne de l'enfant, dans les recoins, espaces ou spectacles ritualisés qui exhalent ce sentiment du sacré. Telles les courses à l'hippodrome d'Auteuil, où le jockey fait aux yeux de l'enfant figure d'idole. Mais ce sentiment s'étend aussi aux mots, à tout ce que pouvaient inspirer à Leiris le prénom Rebecca par exemple ou encore l'exclamation "Baoukta !", cri de guerre de son frère quand ils jouaient aux Peaux-Rouges.Cette conférence invite à une exploration intérieure, à rechercher en soi ce que le profane a de plus sacré. L'on pourrait détourner André Breton, affirmant : "L'esprit qui plonge dans le surréalisme revit avec exaltation la meilleure part de son enfance." Le lecteur le comprendra à la lecture de ce bijou de poésie, tant ce texte a ceci de rare qu'il apparaît en tout point opérant, dans le sens où il nous invite à notre tour à sonder la part du sacré qui déterminait nos jeux, nos craintes et nos désirs d'enfants et qui garde, aujourd'hui encore, toute sa saveur.

  • Des jeux de mots en forme de définitions de dictionnaire (un mot suivi de ce que suggèrent, par-delà son sens admis, les éléments sonores ou parfois visuels dont il se compose et qui le relient à d'autres mots), voilà ce à quoi Michel Leiris n'a pas cessé de procéder depuis l'époque de jeunesse où, surréaliste, il publiait son Glossaire...
    C'est un supplément à celui-ci qu'il propose aujourd'hui, augmenté d'un essai dans lequel il s'explique sur ce qui pourrait être pris pour une manie, mais n'est que la pratique d'un genre particulier de poésie : échauffourée - chaude affaire de chats fous et de rats effarrouchés.
    écho, ô hoquet !
    éléphant - elfe enflé.
    élixir, luxe exquis !

  • A cor et a cri

    Michel Leiris

    Crier. Parler. Chanter. Tels sont les trois thèmes qui guident ici Michel Leiris. "Obscénité du cri qui, déchirant le voile du silence, semble mettre à nu toute l'horreur.
    Paroles : fondement des échanges humains ou clapotis sans lequel il n'y aurait qu'eau morte ?
    Quand cela chante à notre oreille ou sur nos lèvres, c'est que - fût-ce en les heures les plus noires - un vent fait frémir notre mâture."
    De l'inventaire des cris, en deçà de la parole, Leiris s'élève jusqu'au chant. Du cri qui troue le calme plat à la parole qui tresse un lien, puis à l'ivresse du chant, il fait suivre au lecteur l'itinéraire capricieux d'une chasse à la poésie, qui est aussi une lutte contre les déprédations de l'âge ainsi qu'une quête de justification.

  • "Que le nu peint par Manet atteigne à tant de vérité grâce à un détail minime, ce ruban qui modernise Olympia et, mieux encore qu'un grain de beauté ou qu'un semis de taches de rousseur, la propose plus précise et plus immédiatement visible, en faisant d'elle une femme pourvue de ses attaches de milieu et d'époque, voilà qui prêtait à réflexion, si ce n'est à divagation !"
    Michel Leiris.

  • « Il semblerait qu'à peu d'exceptions près le désir de toucher le fond même du réel pousse Bacon, d'une manière ou d'une autre, jusqu'aux limites du tolérable et que, lorsqu'il s'attaque à un thème apparemment anodin (cas de beaucoup le plus fréquent, surtout dans les oeuvres récentes), il faille que le paroxysme soit introduit du moins par la facture, comme si l'acte de peindre procédait nécessairement d'une sorte d'exacerbation, donnée ou non dans ce qui est pris pour base, et comme si, la réalité de la vie ne pouvant être saisie que sous une forme criante, criante de vérité comme on dit, ce cri devait être, s'il n'est pas issu de la chose même, celui de l'artiste possédé par la rage de saisir. »
    Michel Leiris

  • Qu'est donc le rêve ? Si quelques-uns, sans être dupes, puisent dans leurs rêves une mythologie et, sans être des savants, prennent soin de scrupuleusement les noter, c'est que le rêve - mirage qui scintille sur un fond de ténèbres - est essentiellement poésie.
    Tel est (s'il en faut) le mot clé de cette suite de récits, tantôt d'événements rêvés, tantôt d'événements réels, qui semblent au narrateur avoir projeté par instant sur sa terne silhouette un même éclairage de seconde vie.

  • Aurora

    Michel Leiris

    Comme jadis Rome vouait le supplicié à l'escalier des Gémonies, dans ce tumultueux roman d'amour la langue soumet le narrateur, entre l'avant-dernière marche et la rampe-cordelière, la panoplie et la gravure désuète, le souvenir des livres et la profondeur énigmatique d'un corps, à la libre sauvagerie du nom de l'héroïne.

  • Zébrage

    Michel Leiris

    'Mus peut-être par l'angoisse inhérente à l'idée de la mort, angoisse qui leur serait propre selon l'opinion commune qui veut que l'espèce humaine soit la seule dont les membres sachent qu'un jour ils ne vivront plus, les gens de toutes races se sont dotés d'institutions et d'usages qui, même si ce n'est pas là le but expressément visé, leur fournissent des moyens de cesser, du moins pour un temps et de manière tout imaginaire, d'être l'homme ou la femme qu'on est dans l'existence quotidienne, pratiques fort diverses qui (sans préjudice de motivations plus directement utilitaires) sont pour l'individu des occasions concrètes d'échapper dans une certaine mesure à sa condition, comme s'il lui fallait d'une façon ou d'une autre effacer des limites qui sont par définition celles d'un être périssable et doué de pouvoirs précaires.'
    Michel Leiris.

  • "Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. C'est dans ce but d'utilité qu'ils rédigent des dictionnaires, où les mots sont catalogués, doués d'un sens bien défini (croient-ils), basé sur la coutume et l'étymologie. Or l'étymologie est une science parfaitement vaine qui ne renseigne en rien sur le sens véritable d'un mot, c'est-à-dire la signification particulière, personnelle, que chacun se doit de lui assigner, selon le bon plaisir de son esprit. Quant à la coutume, il est superflu de dire que c'est le plus bas critérium auquel on puisse se référer [...].
    En disséquant les mots que nous aimons, sans nous soucier de suivre ni l'étymologie, ni la signification admise, nous découvrons leurs vertus les plus cachées et les ramifications secrètes qui se propagent à travers tout le langage, canalisées par les associations de sons, de formes et d'idées. Alors le langage se transforme en oracle et nous avons là (si ténu qu'il soit) un fil pour nous guider, dans la Babel de notre esprit."
    Michel Leiris.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • écrits sur l'art

    Michel Leiris

    Poète, écrivain, ethnologue, rénovateur au milieu du xxe siècle de l'écriture autobiographique, Michel Leiris (1901-1990) a consacré un nombre considérable d'écrits aux peintres et aux sculpteurs de son temps : André Masson, Joan Miró, Alberto Giacometti, Pablo Picasso, Wifredo Lam, Francis Bacon, Marcel Duchamp, Fernand Léger... C'est à un dialogue direct et sans emphase que Michel Leiris s'adonne dans tous ses textes critiques. La peinture est pour lui une affaire sérieuse. Il en attend des réponses vivantes. Les images jouent dans son écriture un rôle fondateur et formateur, bien loin des circonstances occasionnelles ou des nécessités mondaines. Ces écrits rassemblés ici pour la première fois et présentés dans l'ordre chronologique des rencontres et des publications, offrent au lecteur de suivre Michel Leiris au coeur de son vivant musée, au gré de ses amitiés et de l'histoire exceptionnelle de l'art moderne, du surréalisme aux années 1980. Au-delà, c'est tout l'engagement des artistes face aux périls et aux déroutes de notre temps que ces Écrits sur l'art révèlent.

  • Cette courte correspondance inédite et inattendue entre Michel Leiris et Marcel Jouhandeau (94 lettres) s'étale de 1923 à 1977 ; l'essentiel des lettres occupant les années vingt et trente. Elle révèle une relation peu connue entre les deux grands écrivains.Les deux hommes se sont rencontrés en 1923 dans l'appartement d'André Masson où Max Jacob, qui donne des conseils poétiques au jeune Leiris (22 ans), emmène son ami Jouhandeau (35 ans). Dans la nuit du 26 au 27 mars 1924, épris d'alcool et de lyrisme, ils vivront une union « mystique » qui se traduira concrètement par une relation homosexuelle. Assez rapidement, Leiris comprend que Jouhandeau est amoureux de lui et replace leur relation en termes d'amitié. Leiris admire Monsieur Godeau intime qui vient de paraître en revue et envoie des poèmes que Jouhandeau juge trop influencés par Mallarmé. Jouhandeau se confie sur l'espérance, la foi et l'amour et revient sur le « merveilleux » de leur rencontre. Tandis que Jouhandeau vit une relation orageuse avec sa femme Élise dite Caryathis, Leiris trouve un emploi comme secrétaire à la revue Documents de Georges Bataille. En 1936, Jouhandeau se sent blessé par les extraits sibyllins de l'Age d'homme qui le concernent, mais quelques temps plus tard c'est Leiris qui rompt à cause de la profession de foi antisémite de Jouhandeau dans l' Action française. Ils renouent en 1937, « l'amitié sous la cendre » n'est pas morte, écrit Jouhandeau. En 1940, Leiris est mobilisé en Algérie et donne des nouvelles. Suite à une rupture plus grave avec la guerre, la correspondance s'interrompt jusqu'en 1966. Malgré tout, le souvenir et l'affection demeurent, les deux hommes échangent une dizaine de lettres entre 66 et 77. Édition établie par Denis Hollier et Louis YvertPréface de Denis Hollier.

  • Jean Schuster : Vous avez écrit dans L'Age d'homme, que vous étiez un maniaque de la confession... Michel Leiris : Ce n'est pas dans « L'Âge d'homme », qui a été rédigé entre 1930 et 1935, mais dans un texte qui ouvre l'édition de 1946 : De la littérature considérée comme une tauromachie. J'ai toujours eu le besoin de me confesser, mais la manie est venue tardivement. Jean Schuster : Qui dit confession dit confessionnal et confesseur. Pour vous, je suppose pas davantage que pour Rousseau, il ne saurait être question ni de l'un, ni de l'autre ?

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