Maurice Blanchot

  • Thomas demeura à lire dans sa chambre. Il était assis sur une chaise de velours, les mains jointes au-dessus de son front, les pouces appuyés contre la racine des cheveux, si absorbé qu'il ne faisait pas un mouvement lorsqu'on ouvrait la porte. Ceux qui entraient se penchaient sur son épaule et lisaient ces phrases : Il descendit sur la plage : il voulait marcher. L'engourdissement gagnait après les parties superficielles les régions profondes du coeur. Encore quelques heures et il savait qu'il s'en irait doucement à un état incompréhensible sans jamais connaître le secret de sa métamorphose. Encore quelques instants et il éprouverait cette paix que donne la vie en se retirant, cette tranquillité de l'abandon au crime et à la mort. Il eut envie de s'étendre sur le sable : las et informe, il épiait le moment où allait paraître la première agonie de sa vie, un sentiment merveilleux qui doucement le délierait de ce qu'il y avait de raidi dans ses articulations et ses pensées. Il vit que tout en lui préparait le consentement : son corps commençait à se détendre ; ses mains ouvertes s'offraient au malheur ; ses yeux mi-fermés faisaient signe au destin.

  • La communauté inavouable

    Maurice Blanchot

    • Minuit
    • 25 Février 2016

    Il semble désuet de parler de communauté. Notion vague qui renvoie nostalgiquement à un passé lointain où des groupes restreints constituaient l'essentiel du fait social. Et les temps modernes témoignent ou paraissent témoigner non seulement de la perte définitive de l'idée de communauté, mais de l'oubli de ce qui s'est perdu avec cette perte et cependant de ce qui s'est maintenu dans cette perte même.
    Ce qui s'est maintenu et qu'il est nécessaire de redécouvrir, c'est une exigence ancienne et nouvelle qui concerne l'avenir. Qu'un écrivain, aussi important et, il faut le dire, aussi méconnu que Georges Bataille, ait été fasciné par cette recherche où se jouait, avec son propre sort, le destin de la communauté, du communisme et de la communication, voilà ce qu'on a en général négligé et que Maurice Blanchot, à partir d'un essai de Jean-Luc Nancy, s'est efforcé de retrouver, puis de mettre en lumière en montrant (en essayant de montrer) les voies qui nous ont été ouvertes par l'échec de plusieurs tentatives qu'il a suscitées et qui n'étaient pas destinées à réussir (Contre-attaque, Acéphale, le Collège socratique).
    Mais de quelle communauté s'agit-il ? Qu'est-ce qui se cache ou se dérobe sous ce nom de communauté ? Et comment un événement aussi singulier que celui de Mai 68 et aussi apparemment banal que la manifestation de Charonne peuvent-ils nous aider à poser cette question et à concevoir certaines réponses possibles ? Enfin, comment un récit, tel que celui que Marguerite Duras a intitulé La Maladie de la mort et qui semble, du moins à une lecture superficielle, le plus éloigné des enjeux dont nous apprenons ici à reconnaître l'importance, peut-il à son tour nous ouvrir des perspectives nouvelles, dans la mesure où il nous met en présence de la plus inavouable des communautés, par le biais d'une écriture surprenante où la communication littéraire s'expose en même temps qu'elle s'abolit ?
    Voilà quelques-unes des interrogations, parmi d'autres, que nous impose la lecture de ce livre. Car c'est finalement notre temps lui-même qui est interrogé dans son avenir menacé, avenir énigmatique où vacille la possibilité d'un futur.

    La Communauté inavouable est paru en 1984.
    La Maladie de la mort, de Marguerite Duras, est également disponible en numérique.

  • Le narrateur évoque des événements qui lui sont arrivés en 1938. 'J., Collette, Simone et Nathalie, les quatre jeunes femmes de cet étrange récit, furent en même temps messages et messagères, ou plutôt l'occasion, pour le narrateur, de découvrir qu'il était lui-même le messager malheureux d'une vérité à sa mesure, qu'il aimait cette vérité, qu'il n'aimait qu'elle.'.

  • 'Au printemps 1968, dans les rues de Paris, une révolution de la révolution a donc eu lieu, juge Blanchot, qui nous invite à vivre et à penser
    les luttes politiques hors de tout horizon d'une prise de pouvoir, en accord avec l'injonction marxienne à "la révolution en permanence".'
    Jean-François Hamel et Éric Hoppenot.

  • Cette édition présente pour la première fois les articles politiques signés par Maurice Blanchot dans l'entre-deux-guerres. Avant même d'adresser à Jean Paulhan son premier roman Thomas l'obscur (Gallimard, 1941), Blanchot était déjà l'auteur de plusieurs centaines d'articles destinés à des publications telles que La Revue Universelle, Le Journal des Débats, Le Rempart, Aux Écoutes, Combat et L'Insurgé.
    Véritable chronique des années trente, ces articles témoignent de la volonté de ressaisir dans l'actualité les moyens d'agir sur elle. Blanchot voudrait en finir avec la "France corrompue" et affirme, comme pour précipiter le destin des mouvements "non conformistes" de l'époque, que seule la révolution est urgente et "nécessaire".
    Ce volume offre aux Écrits politiques, 1953-1993 (Cahiers de La NRF, 2008), la contradiction de "l'autre Blanchot" (Michel Surya, Tel, 2015), dont le positionnement politique, pour être inverse, n'en est pas moins radical.

  • L'échange épistolaire entre Maurice Blanchot, écrivain et critique français (1907-2003), et Vadim Kozovoï, poète russe, critique et traducteur de poésie française (1937-1999), s'étend sur vingt-deux ans (entre 1976 et 1998). La correspondance est singulière et riche d'informations. Singulière parce que les deux hommes, sans jamais s'être rencontrés, ont su fonder une solide amitié; riche d'informations parce que les lettres ne se limitent pas exclusivement à la chose littéraire. C'est un Blanchot insoupçonné qui apparaîtra à certains, attentif aux questions d'actualité internationale et particulièrement passionné par la question russe - et par la Russie. Cette correspondance est complétée par La parole ascendante, postface de Maurice Blanchot écrite à l'occasion de la publication de Hors de la colline, recueil de poèmes de Vadim Kozovoï paru aux éditions Hermann en 1984. Enfin, en annexes, on trouvera le second versant de cette correspondance avec un choix de vingt-deux lettres que Vadim Kozovoï adressa à Maurice Blanchot, qui permet d'établir un regard croisé sur les deux épistoliers; et aussi les lettres que Maurice Blanchot envoya à l'épouse de Vadim Kozovoï, Irène. Trois textes clôturent l'ouvrage; les deux premiers (dont un poème) de Vadim Kozovoï sont dédiés à Maurice Blanchot. Le dernier intitulé Poésie et temps est un court écrit de Blanchot rédigé pour les besoins d'une émission qui lui était consacrée sur France-Culture. Lettres à Vadim Kozovoï est un livre émouvant dans la bibliographie blanchotienne, d'abord parce qu'il contient une part d'inédit mais aussi et surtout parce que l'on y découvre un Maurice Blanchot plutôt méconnu, généreux et affectueux, soucieux, fidèle et vigilant à l'égard d'un ami et des siens.

  • L'exceptionnelle exigence intellectuelle et littéraire de l'oeuvre de Maurice Blanchot n'est plus à démontrer. Sa pensée politique, cependant, est peu connue : les textes et déclarations réunis ici pour la première fois ont en effet été écrits pour des revues, éphémères ou parfois confidentielles, et signés par plusieurs (pour témoigner d'un mouvement collectif) ou par personne (pour que tous puissent s'en sentir responsables).
    Si marqués que soient tous ces textes par le refus (titre du premier d'entre eux, paru en 1958), ils n'en constituent pas moins l'une des formes les plus hautes de l'affirmation : affirmation de la possibilité de penser en commun, de penser communautairement la possibilité d'une existence politique recommencée.
    « Refuser n'est jamais facile, écrit Blanchot, nous devons apprendre à refuser et à maintenir intact, par la rigueur de la pensée et la modestie de l'expression, ce pouvoir de refus que désormais chacune de nos affirmations devrait vérifier. »

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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