Marion Zilio

  • Il n'y a rien de plus répugnant qu'une larve. Pourtant, leur grouillement anonyme, dénué de toute pensée, exprime un état fondamental du monde : celui de la transformation permanente de la vie. Plonger dans le monde des larves, c'est plonger dans le coeur mouvant, luisant, blafard, de la matière dont tout est fait, à commencer par nous. Mais, en nous en rapprochant, ce n'est pas une horreur que le spectacle des larves révèle. Au contraire, elles nous apprennent que la putréfaction dont elles sont le symbole dessine la scène d'un devenir autre, où le plus hideux reçoit la chance de donner naissance au plus beau. À la fois esthétique, éthique, économique, politique et ontologique, nourri d'art, d'entomologie, de culture populaire et des derniers développements de la pensée contemporaine, le Livre des larves est une traversée fascinante de l'espace paradoxal où naissent et croissent les larves, et où s'effondrent les évidences les mieux partagées à propos de ce que nous croyons être. Car nous ne sommes rien d'autre, en réalité, qu'une larve qui a réussi.

  • Nous avions pris le visage comme la plus naturelle des évidences. Nous avions cru pouvoir y lire, comme sur un écran, nos sentiments et nos scrupules, nos colères et nos joies. Nous l'avons décoré, maquillé, dessiné, comme s'il était la carte de visite authentique de notre personnalité, de notre être. Pourtant, rien n'était plus faux. Plutôt qu'une fenêtre ouverte sur notre intériorité, le visage a toujours été un artéfact technique - une construction devant autant à l'artificialité qu'au patrimoine que nous a confié la génétique. Des origines de l'humanité à l'âge du triomphe du selfie, c'est l'histoire de la fabrique technique, économique, politique, juridique et artistique des visages que décrit Marion Zilio dans Faceworld. Une histoire qui trouve son dénouement dans une interpellation radicalement inattendue de ce qui est trop souvent dénoncé comme notre narcissisme contemporain. En fait de narcissisme, il se pourrait bien que le selfie soit ce qui nous reconnecte aux sources les plus profondes de la manufacture humaine des visages - une reconnexion qui serait aussi une chance de nous réconcilier avec ce qui, en nous, tient du non-humain.

  • Faceworld

    Marion Zilio

    • Polity
    • 14 Avril 2020

    We have long accepted the face as the most natural and self-evident thing, believing that in it we could read, as if on a screen, our emotions and our doubts, our anger and joy. We have decorated them, made them up, designed them, as if the face were the true calling card of our personality, the public manifestation of our inner being.
    Nothing could be further from the truth. Rather than a window opening onto our inner nature, the face has always been a technical artefact-a construction that owes as much to artificiality as to our genetic inheritance. From the origins of humanity to the triumph of the selfie, Marion Zilio charts the history of the technical, economic, political, legal, and artistic fabrication of the face. Her account of this history culminates in a radical new interrogation of what is too often denounced as our contemporary narcissism. In fact, argues Zilio, the "narcissism" of the selfie may well reconnect us to the deepest sources of the human manufacture of faces-a reconnection that would also be a chance for us to come to terms with the non-human part of ourselves.
    This highly original reflection on the fabrication of the face will be of great value to students and scholars of media and culture and to anyone interested in the pervasiveness of the face in our contemporary age of the selfie.

  • Le visage : un grand classique de l'art depuis toujours. En buste ou en portrait, il a longtemps exprimé un certain idéal de l'être humain; il introduit également le rapport au monde, à l'autre, le vis-à-vis. Cet automne, Espace place tous ces Visages au centre des pratiques et perspectives en art actuel. Nous en découvrons de nouvelles optiques et de nouvelles lectures de l'identité, telles que les figures expressives du Franz Xaver Messerschmidt, le masque autochtone, l'égoportrait ou la surveillance de la biométrie. Hors dossier, Jérôme Delgado revient sur l'exposition protéiforme Peut mieux faire, basée sur un matériau imposé, le cahier d'exercices Canada Hilroy. Alain-Martin Richard nous présente Les Attracteurs, trente-six graciles sculptures de bronze installées dans le quartier Saint-Roch à Québec. Magnifiquement illustrée et bilingue, la revue propose également de nombreux comptes rendus de livres et d'expositions, allant de Montréal à Sherbrooke en passant par Bruxelles et Helsinki.

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