Marion Froger

  • Du tournant des années 1960 jusqu'au début des années 1980, une génération de cinéastes a oeuvré au sein de l'Office national du film pour jeter les bases du cinéma québécois. L'auteure met l'accent sur la dimension communautaire du travail de ces cinéastes et sur le désir de communauté du public de cette époque. Grâce à une approche interdisciplinaire, elle dévoile les fondations d'une cinématographie de proximité qui fait une large place à la production de lien social. À l'issue de son enquête, elle fait ressortir l'inscription décisive de la socialité du don dans l'esthétique des films de cette période déterminante de l'histoire du cinéma québécois, et tout particulièrement dans ceux de Pierre Perrault.
    L'étude de la cinématographie québécoise permet de comprendre la fabrication du film et sa réception comme une épreuve de la communauté que vivent les filmeurs, les filmés et les spectateurs. C'est toute l'expérience relationnelle à la base du documentaire qui est ici repensée comme composante esthétique du film.
    Marion Froger est professeure adjointe au Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques de l'Université de Montréal. Elle a codirigé deux ouvrages collectifs sur l'intermédialité, elle a publié des articles dans les revues Cinémas, Intermédialités, Visio et Possibles, et elle a contribué à plusieurs ouvrages collectifs sur le cinéma documentaire. Le cinéma à l'épreuve de la communauté est son premier livre.

  • Fruit d'une rencontre entre chercheurs français et canadiens, ce recueil aborde les études médiatiques, l'histoire de la culture, la philosophie et l'esthétique. Il se compose d'une douzaine de textes portant sur des questions théoriques aussi bien que sur des objets singuliers relevant du cinéma, des arts d'installation, de la littérature, du web ou de l'imagerie scientifique.

  • Quand se met en place la Ve République et que Charles de Gaulle prend le pouvoir en 1958, il apparaît aux yeux de la majorité des Français comme « l'homme providentiel », le seul capable d'éviter au pays une guerre civile sur fond de guerre d'Algérie. Inséparable en ses débuts de ce providentialisme incarné et du prestige du « Général », confondant à l'instar de son inspirateur son propre destin avec celui du pays et se percevant chargé d'une mission historique, le gaullisme offre un curieux mélange de romantisme patriotique (la France a une « âme » dont « le Général » s'est fait « une certaine idée »), de messianisme historique (l'homme du jour est, selon ses propres termes, « investi par l'histoire ») et d'autoritarisme gestionnaire (renforcement de l'autorité du président, appui sur l'armée, mise en place d'un pouvoir fort, recours direct au référendum en cas de besoin, hiérarchisation pyramidale des prises de décision). À cette base idéologique, rodée depuis la création du Rassemblement du peuple français (RPF) en 1947, s'ajoute un populisme pragmatique et « bon enfant », de Gaulle s'avérant contre toute attente un remarquable show-man, habile dans l'utilisation du nouveau « média chaud » : la télévision. Mais si le gaullisme marche, et fait marcher, s'il survivra longuement à la disparition de son « lider maximo », c'est parce qu'il utilise au mieux les avantages d'une conjoncture unique et s'impose d'une manière singulière dans l'imaginaire social de l'après-guerre. Tandis que la IVe République de Vincent Auriol et de René Coty n'avait pu se dépêtrer des séquelles immédiates de la Seconde Guerre mondiale, le gaullisme est porteur d'un grand récit héroïco-épique qui rétablit la continuité historique du pays en effaçant la défaite de 1940 et en voilant l'ampleur de la collaboration sous le régime de Vichy. Marchant à la gloire et au culot, ce récit a pour fonction immédiate de renégocier la place de la France dans le monde en redéfinissant la nature et le statut de l'« universalité française » telle qu'elle s'était imposée à travers le classicisme (langue et culture) et la révolution (politique). Avec le mythe « de Gaulle » et l'héroïsation de la geste résistante se développe une nouvelle conception du « fait français », basée sur un régime de singularité : paradoxale et - pour cette raison - efficace, elle postule une curieuse universalité de la différence française, laquelle est une manière d'acter et de neutraliser autant que faire se peut le recul de la France sur l'échelle des puissances nationales. Plus ce recul se prononce, plus la singularité s'accuse et plus l'universalité se revendique. En plus de s'appuyer sur la Résistance et la Libération comme noyaux historiques de cette représentation de l'« universalité minoritaire », ce mécanisme est relayé par une large gamme de représentations corrélées : Vercingétorix est bientôt tenu pour le premier résistant de l'histoire de France et Jeanne d'Arc pour la première héroïne de la Libération. « Au fond, la France éternelle n'avait jamais accepté la défaite », résume Eric Hobsbawm dans son bel ouvrage de synthèse sur l'histoire européenne[1] ; c'est là une représentation forgée par le gaullisme, fondée sur le développement permanent de l'oxymore « souffrante, mais éternelle » et basée sur l'exaltation d'un héroïsme doux aux oreilles de la nation.

  • Intitulé « inclure (le tiers) », ce numéro réuni des essais et des études qui abordent la question du tiers afin d'alimenter une réflexion de portée générale tout en visant à affiner l'analyse de certaines situations mettant en jeu des tiers, ou du Tiers, et à expérimenter sur l'étude d'oeuvres cinématographiques une entrée par le tiers dans l'étude des médialités. Les textes sont en grande partie issus d'une réflexion amorcée lors d'un atelier scientifique initié par Djemaa Maazouzi et Marion Froger, intitulé « Adresses au tiers et postures des tiers dans le partage des mémoires », qui s'est tenu à Montréal en avril 2012.

  • Le titre « traverser/crossing » évoque, bien sûr, l'idée de passage - celui du papier au numérique - mais aussi celle d'une exploration : ce numéro est ainsi composé d'un choix de textes que la revue a publié sur son site Internet, sous une forme préliminaire expérimentale, dans ses suppléments électroniques issus d'ateliers et séminaires portant sur l'intermédialité. Ces textes offrent au regard une image juste de la diversité des corpus et des configurations historiques qu'­Intermédialités­ traverse, tout en démontrant l'efficacité des approches intermédiales pour la compréhension de phénomènes complexes, quel que soit le niveau auquel ils se produisent, ou encore leur nature.

  • L'intime, qui est généralement tu, caché, privé, est de plus en plus exposé à l'écran et se trouve transformé du fait de cette exposition : il devient partagé, dans une sorte d'intimité à distance de soi et à destination d'autres personnes secrètes et multiples. Ce faisant, il nourrit la sensibilité du spectateur en même temps que celle du cinéaste et des artisans du film.

    Dans une série d'essais riches et contrastés, les auteurs de ce livre réfléchissent à la question paradoxale de l'intime au cinéma, par les archives, les affects, les formes narratives ou les dispositifs. Ils explorent l'univers de cinéastes aussi différents que Jean Eustache, Richard Linklater, Carolee Schneemann, Jean-Luc Godard, Leighton Pierce, Chris Petit, Xavier Dolan, Paolo et Vittorio Taviani, Jean Renoir, Lars von Trier, Laure Vermeersch, Sarah Polley, Yasujiro Ozu et quelques autres. Au fil de leurs analyses, ils font apparaître le film comme un acte, un événement, avec ses ramifications et ses conséquences sociales, politiques, esthétiques et éthiques.

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