Langue française

  • La langue, premier matériau de l'écrivain, est un enjeu dont on ne saurait exagérer l'importance. Si tout écrivain doit jusqu'à un certain point réinventer la langue, la situation des écrivains francophones a ceci d'exemplaire que le français n'est pas pour eux un acquis mais plutôt le lieu et l'occasion de constantes mutations et modifications. Engagés dans le jeu des langues, ces écrivains doivent créer leur propre langue d'écriture, et cela dans un contexte culturel multilingue, souvent affecté des signes de la diglossie.

  • Les écrivains francophones ont en commun de se situer « à la croisée des langues », dans un contexte de relations conflictuelles - ou tout au moins concurrentielles - entre le français et d'autres langues de proximité. Ce qui engendre chez eux une sensibilité plus grande à la problématique des langues, soit une surconscience linguistique qui fait de la langue un lieu de réflexion privilégié, un espace de fiction voire de friction. Si cette surconscience linguistique se traduit dans plusieurs récits par une interrogation sur la fonction du langage, une autre forme d'autoréflexivité traverse également l'ensemble de la production romanesque. Il s'agit alors de représenter, à travers un personnage d'écrivain, le « pourquoi écrire » et d'inscrire dans la texture même du récit la problématique de l'écriture.

    Ces « romanciers fictifs », doubles plus ou moins avoués de leurs auteurs, jalonnent les récits à la manière d'une figure récurrente dont les modalités renvoient à autant de variations autour du personnage de l'écrivain et de l'image publique qui lui est attachée. Quels sont leurs attributs et quelles fonctions leurs sont dévolues ? Quelles représentations de l'écriture sont ainsi projetées ? « Un roman pour moi, [confie Chamoiseau] c'est quelque chose qui se situe dans ma confrontation avec la grande question qui vaille, la seule question qui vaille : Qu'est-ce que la littérature ? ».

    Cette question fondamentale, chacun des romanciers francophones contemporains que nous présentons dans cet ouvrage l'a réfléchie selon des modalités qui lui sont propres. Un entretien inédit de Patrick Chamoiseau clôt cet ouvrage.

  • Recueil de nouvelles présentant des personnages contemporains aux prises avec les problèmes inhérents à la condition humaine : la détresse d'une femme au retour de l'hôpital, l'infidélité suspectée et redoutée, la difficulté du rompre la solitude, etc. Chaque nouvelle devient une ponction, une plongée, une saisie.

  • Parti pris fut, à l'heure de la Révolution tranquille, ce que Refus global avait signifié, quelque quinze ans plus tôt, pour les créateurs vivant la période duplessiste : une contestation radicale et un refus de se cantonner dans « la seule bourgade plastique » (ou littéraire), cette valeur-refuge qu'a longtemps représentée l'oeuvre d'art au Canada français. Pour les rédacteurs de Parti pris, revue politique et culturelle qui s'engage à promouvoir simultanément l'indépendance, le laïcisme et le socialisme, écrire devient une tentative de s'identifier à « la chair vive d'un peuple » ainsi que la revendication d'une « responsabilité entière ».

  • Si la terre était une bibliothèque, elle ressemblerait assurément à cet ouvrage où l'on touche du doigt la francophonie - le mot et la chose -, dans le respect des textes et des auteurs. Accents, registres, langages. Éloge de la lecture. Éloge du divers et du multiple. Des odeurs, des sonorités, des paysages et des couleurs se bousculent. Lise Gauvin ouvre des fenêtres sur le monde. elle nous livre une somme. Ses lectures. Ses coups de coeur. Elles dresse une géographie littéraire rappelant ces livres qu'il nous reste à découvrir urgemment. «Les chroniques ici rassemblées se proposent comme un accompagnement dans ce voyage hors frontières constitué par les textes d'écrivains francophones et comme autant de haltes dans un Tout-monde en gestation.»

  • Au moment où on s'interroge sur le sort des langues dans une perspective de mondialisation, il est important de réfléchir aux conditions d'existence des littératures de langue française et à leurs interrelations. La question des rapports écrivains-publics est au coeur même des débats contemporains et met en cause la lisibilité des codes culturels et langagiers. Dans quelle mesure l'hybridité avec laquelle doivent composer les écrivains francophones donne-t-elle lieu à des "poétiques forcées", selon l'expression de Glissant, ou à l'invention de nouvelles formes du dire littérare ? Quelles esthétiques sont ainsi mises en jeu ? Dans quelle mesure l'inscription dans les textes d'un questionnement linguistique et littéraire et la pratique de la xénologie traduisent-elles un acquiescement à une norme exogène ou au contraire la mise en oeuvre de 1'" opacité " indispensable à tout dialogue interculturel ? Dans quel(s) sens s'oriente alors la dialectique du centre et de la périphérie ? Toutes questions qui sont abordées dans cet ouvrage et qui montrent bien à quel point les enjeux des écritures francophones sont emblématiques de la scène littéraire mondiale, qu'ils contribuent à éclairer. Ecrivaine, critique littéraire et professeur à l'Unviersité de Montréal, Lise Gauvin a publié des ouvrages consacrés à la littérature québécoise et aux littératures francophones.

  • Cet ouvrage au titre ambitieux constitue moins un état des lieux qu'une interrogation sur un genre protéiforme dont l'expansion semble illimitée et qui occupe de plus en plus la scène littéraire. La première question concerne la notion de francophonie elle-même, ensemble hétérogène et extrêmement complexe. En effet, comment désigner les diverses littératures francophones sans les marginaliser ou les exclure, tout en prenant acte de leur statut singulier? L'écrivain francophone doit composer avec la proximité d'autres langues, avec une première deterritorialisation constituée par le passage de l'oral à l'écrit et avec cette autre créée par des publics immédiats ou éloignés. Condamné à penser la langue, il doit aussi penser les formes par lesquelles le monde se donne à voir ; son oeuvre, en jouant sur les codes des différents horizons culturels, devient une reconfiguration de la littérature.

    Qu'apporte le roman francophone à la forme roman? Quels en sont les modèles et de quelles manières s'y inscrit le palimseste? Quels types de rapports se sont créés entre ce genre d'origine européenne et les nouvelles littératures de langue française? Quelles redéfinitions ont été proposées et comment s'y décline le contemporain? Quel(s) savoir(s) véhicule-t-il? Dernière question, mais non la moindre : le roman, en tant que genre, n'est-il pas par définition suspect? Au lecteur d'en décider.

  • Éloignées ou proches de Paris - et la distance n'est pas que kilométrique - les littératures dites « périphériques » de Belgique, de Suisse, du Québec, des Caraïbes, d'Afrique... subissent de multiples formes de domination mais y trouvent aussi leur « chance ». Celle-ci tient à une situation qui les contraint à s'affranchir ou à disparaître ; et donc à affirmer leur différence.
    Dès lors, ces littératures dites mineures se soustraient aux forces majeures qui régentent, depuis Paris, le bon usage de la langue littéraire, mais tissent avec d'autres cultures et d'autres langues des imaginaires et des formes largement irréductibles aux modèles français. Les études rassemblées dans ce volume apportent une contribution historique et sociologique aux rapports entre langue et littératures à travers des exemples québécois et belges de langue française.
    Langue majeure, au singulier, désigne le français dans toute sa puissance normalisatrice ; littératures mineures, au pluriel, les oeuvres qui se situent dans l'espace des Francophonies.

    Jean-Pierre Bertrand, professeur à l'Université de Liège et président du Centre d'Études québécoises, est spécialiste de la littérature fin de siècle en France et en Belgique francophone, et sociologue de la littérature.
    Lise Gauvin est écrivaine et professeure à l'Université de Montréal, où elle dirige le Département d'Études françaises. Spécialiste des rapports langue/littérature, elle tient également une chronique des « Lettres francophones » dans le journal Le Devoir.

  • Au moment où on s´interroge sur le sort des langues dans une perspective de mondialisation, il est important de réfléchir aux conditions d´existence des littératures de langue française, à leurs interrelations, mais aussi à leur manière de coexister avec des littératures mieux établies et plus anciennes, comme la littérature française. Les littératures francophones ont en commun d´être de jeunes littératures et leurs écrivains, placés dans des situations de « contacts de culture », de se situer « à la croisée des langues ». La notion de palimpseste y prend une importance particulière, renvoyant à la place de ces littératures sur l´échiquier mondial et aux modèles dont dispose l´écrivain pour rendre compte de sa situation. Dans quelle mesure l´hybridité à laquelle doivent faire face les écrivains francophones donne-t-elle lieu à des « poétiques forcées », selon l´expression de Glissant, ou à l´invention de nouvelles formes du dire littéraire ? Quelles esthétiques sont ainsi mises en jeu ? À partir d´exemples tirés des littératures québécoise, belge, antillaise et africaine, cet ouvrage examine les formes et les enjeux du pastiche, de la parodie et de la réécriture dans des textes emblématiques de la scène littéraire contemporaine, qu´ils contribuent à éclairer. Couverture : Romare Bearden, Conjur Woman (1964, photomontage, 37x28,5 cm) © ADAGP, Paris 2013

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