Laure Teulières

  • Durant l'entre-deux-guerres, le Sud-Ouest de la France connaît une vague migratoire d'un nouveau genre. Des familles transalpines viennent du nord de la Péninsule pour s'employer dans l'agriculture de ses campagnes dépeuplées. Près de 80 000 Italiens s'établissent ainsi dans la région où ils deviennent une composante essentielle de la société locale. Originale par son mode d'implantation et ses caractéristiques sociologiques, cette population rencontre un Midi encore très rural, tandis que le contexte politique est marqué par les clivages nés du fascisme et l'aggravation des tensions internationales. Retracer l'histoire de cette immigration, c'est dire aussi la façon dont celle-ci est reçue et perçue, depuis les premières arrivées au début des années vingt jusqu'au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Acceptation et crispations, visions stéréotypées et nouveaux liens de voisinage, sentiment de proximité et perception de l'altérité : autant de figures contrastées au travers desquelles on voit se transformer l'histoire des relations entre ces Français et ces Italiens désormais amenés à vivre ensemble. Évolution complexe, dont le présent ouvrage s'efforce de mettre à jour les mécanismes, tout en offrant, par-delà l'examen d'un cas particulier, un modèle général pour l'étude des vicissitudes de l'opinion publique et de ses représentations croisées face à un phénomène migratoire.

  • Migrations et immigration au musée. Le mouvement est international. Car ce nouveau sujet d'exposition recouvre de nouveaux questionnements autour de l'identité collec­tive des sociétés contemporaines. Aux Etats-Unis, au Canada, en Australie ou en France, comment des institutions spécifiques abordent-elles l'histoire de l'immigration ? Comment la rattachent-elles au fait national ? Quel dis­cours d'inclusion tissent-elles ? Quel imaginaire social les traverse ? Rencontrant les mémoires de migrants, la muséographie devient moyen de reconnaissance, vecteur de visibilité. Musée réceptacle d'une communauté ethni­que. Musée virtuel documentant en ligne le passé d'une ville d'immigrants. Politique d'exposition sur la diversité des mémoires à l'échelle d'un espace régional... Autant d'expé­riences mises ici en perspective par des universitaires et des conservateurs français et étrangers. Mais ces thèmes n'émergent pas sans débat ni dissensus. Et ce qui se joue à cette occasion gagne à être évoqué au regard d'autres héritages conflictuels. D'où les analyses sur les limites de la prise en charge patrimoniale de l'esclavage aux Antilles, le point de vue indigène dans les « sociétés de colons », ou les affrontements mémoriels à propos du passé colonial français. Enfin, c'est hors des murs du musée qu'il faut regarder. Car c'est aussi par l'action cultu­relle au sens large que passent de tels enjeux. Du travail d'associa­tions de terrain pour promouvoir les mémoires de « l'autre » ou des « Suds » auprès du grand public, jusqu'aux projets en gestation à l'échelle européenne autour du patrimoine des migrations.

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