Julien Delord

  • « Durant les neuf derniers millénaires, l'humanité s'est conduite en tant qu'espèce pionnière invasive. Cette espèce est individualiste, agressive et envahissante. Elle tente d'exterminer ou de supprimer d'autres espèces » : ce constat implacable du philosophe Arne Naess nous invite à repenser la nature écocidaire de l'espèce humaine. Comment cette destruction massive et inconsidérée de nos espèces-soeurs a-t-elle pu rester si longtemps invisible et impensée ? Contre quelles résistances théologique, scientifique, culturelle ou encore morale l'émergence de ce concept a-t-elle buté ? Et aujourd'hui, sur quelles bases éthiques fonder le deuil des espèces perdues et la conservation des espèces en danger ? Cet ouvrage, qui envisage le phénomène d'extinction d'espèce dans ses dimensions historiques, scientifiques et morales, nous invite à prendre du recul face à l'urgence actuelle de la crise de la biodiversité. Il aborde l'origine historique du concept d'extinction ainsi que ses racines mythologiques. Il rappelle la formalisation progressive de ce phénomène par des savants aussi divers que Palissy, Hooke, Cuvier, Lamarck ou Darwin. Il replace les débats sur les extinctions dans la perspective des sensibilités à la nature. Il interroge la nature même de ce concept d'extinction d'espèce par opposition à la notion de mort individuelle. Et si les espèces pouvaient « revivre » ? Cela changerait le jugement que l'éthique environnementale porte sur la disparition des espèces et la « sixième extinction de masse » qui s'annonce. Au final, l'auteur propose la définition d'une norme de vie (la sauvageté) à même de réconcilier espèces humaine et non-humaines au sein de l'odyssée de l'évolution.

  • Un regard critique sur la notion de biodiversité
    La diversité des êtres vivants est depuis fort longtemps un objet de réflexions scientifiques et philosophiques, mais le mot « biodiversité » est apparu seulement en 1986, rencontrant immédiatement un énorme succès. L'intérêt des biologistes, agronomes, écologues, etc., pour la conservation et la valorisation de la nature a été renouvelé et amplifié par l'adoption consensuelle de l'objet « biodiversité ». Il a également permis une mobilisation inédite des économistes, des gouvernements et des médias. Pourtant, ce terme s'avère fort ambigu et problématique, comme le présent ouvrage s'attache à le démontrer. Malgré toutes les études consacrées à ce sujet, la compréhension de ce qu'est la biodiversité, sa description, et l'établissement de politiques appropriées visant à sa conservation et à son amélioration, restent des tâches toujours en chantier. Cet état de fait n'est pas uniquement imputable à des inerties ou des obstacles politiques et étatiques? ; il est sans doute aussi redevable des insuffisances d'une notion versatile dont, toutefois, on ne saurait se passer, tant est entériné son usage, dans les discours des écologues, des ONG, des États. En plein dans ce que l'ONU déclare être la « décennie de la biodiversité » (2011-2020), ce livre vise à faire un bilan critique de l'état du discours sur la biodiversité, rassemblant les compétences de philosophes, de biologistes et d'écologues.
    Découvrez une étude approfondie de l'état du discours sur la biodiversité, qui rassemble les compétences de philosophes, de biologistes et d'écologues.
    EXTRAIT
    Il en résulte que les concepts de diversité et d'équitabilité ne contiennent pas d'information sur l'abondance absolue des espèces et sont moins liés qu'on ne le pense a priori avec une des raisons qui a promu l'émergence du terme biodiversité, à savoir la conservation des espèces : en effet, la viabilité d'une espèce - ou son contraire, sa probabilité d'extinction - est bien davantage liée à l'évolution de son abondance absolue qu'à celle de son abondance relative. Ce constat explique le paradoxe selon lequel les outils utilisés concrètement pour analyser les données de biodiversité n'utilisent pas directement les concepts de diversité et d'équitabilité tels que nous les avons introduits.
    À PROPOS DES AUTEURS
    Elena Casetta est chercheuse postdoctorale au Centre de philosophie des sciences de l'Université de Lisbonne et membre du Laboratoire d'ontologie de l'Université de Turin. Ses recherches portent sur la philosophie et les politiques de la biodiversité, la nature des espèces et les théories des genres naturels mais également sur le lien entre sexe et genre sexuel. Julien Delors est maître de conférence en histoire et philosophie des sciences à l'université de Bretagne occidentale, Brest. Sous leur direction, plusieurs auteurs ont contribué à la rédaction de La biodiversité en question : Anouk Barberousse, Patrick Blandin, Denis Couvet, Vincent Devictor, Jean Gayon, Frédéric Gosselin, Philippe Huneman, Christian Lévêque, Yves Meinard, Julien Mestrallet, Sarah Samadi et Jean-Christophe Vandevelde.

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