Jules Roy

  • Mort au champ d'honneur

    Jules Roy

    De toutes les secousses qu'a provoquées en moi la guerre du Golfe, la moindre ne fut pas que son déclenchement dépendît d'un faux témoignage, machiné par une agence de publicité et un ambassadeur, et transmis par CNN. Mais on ne le savait pas.
    Révélé après la guerre, le remontage et le démontage de ce faux témoignage, dont on n'a pas parlé bien qu'il eût été révélé par un journaliste américain, prend ici la forme théâtrale. Dans la vie, les hommes ne parlent pas et les choses ne se passent pas toujours comme au théâtre. Ce texte met bas les masques. Ce qui est dit ici reste d'habitude confiné dans les cabinets ministériels, surtout quand c'est secret, grotesque et cynique.
    Voilà, telle que je l'ai restituée, la véridique et formidable mystification, cette vessie que même le président des Etats-Unis a pu prendre pour une lanterne éclairant le monde. Voilà comment la guerre du Golfe a pu commencer. Par une imposture.
    J. R.

  • « Ce sont Les chevaux du soleil qui nous ont usés Tania et moi et qui m'ont tué. »
    Cette remarque, Jules Roy la consigne dans son Journal en 1981. La parution des six tomes de cette saga romanesque s'est étirée de 1968 à 1975, mobilisant toute l'énergie de l'écrivain, l'éloignant peu à peu des combats politiques et médiatiques qui avaient tenu, auparavant, une place importante dans sa vie.
    Retiré sur la colline de Vézelay, blessé par ses infructueuses batailles, il se console auprès de son âne et de ses chiens, s'immerge dans la foire aux chapons de Montrevel, tandis que, les uns après les autres, s'éteignent les amis : Maurice Clavel, Max-Paul Fouchet, Jean-Louis Bory, sans oublier Sigaux, Kanters et Doyon.
    Et pourtant, à l'aube des années 80, le nouveau chef de l'Etat, François Mitternad, s'invite volontiers chez lui, l'entraîne rencontrer Ernst Jünger afin d'écouter les deux anciens guerriers ennemis devenus écrivains confronter leurs visions du monde. Il ne tiendrait qu'à lui d'appartenir à la Cour. Seulement, pour flatté qu'il soit, Jules Roy n'est pas dupe. Son journal en porte témoignage.

  • Dien Bien Phu. Le nom de cette cuvette située dans le haut Tonkin demeure le symbole de l'échec militaire et politique de la France en Indochine.
    Jules Roy aborde tout à la fois en reporter, en historien et en moraliste ce moment capital de l'histoire du XXe siècle. Il fait par-dessus tout oeuvre de grand écrivain. Au-delà du document et de la chatoyante peinture d'un monde finissant, il dresse l'implacable réquisitoire des faiblesses françaises.

  • Vezelay ou l'amour fou

    Jules Roy

    « Aucun lieu n'est, semble-t-il, à la fois plus léger et plus pesant, plus fatal. Qui le touche s'y brûle et ne se remettra jamais de son approche, même à distance. Qui a bu de son vin aura toujours soif. Ton sein est une coupe arrondie où le vin ne manque pas... Qui s'est réchauffé à ses flammes aura toujours froid ailleurs. Qui a contemplé une fois cette ville et ses remparts ne pourra plus se passer d'elle, qui a dormi là ne rêve que dy mourir. Quelque chose d'indéfinissable, peut-être d'infini, vibre en soi, qui agit dans la conscience ou l'inconscience, les articulations et les replis du corps et de lâme, dans la lumière ou dans le trouble. »

  • Réfugié à Vézelay, au chevet de sa chère Marie-Madeleine, Jules Roy contemple le spectacle d'un monde au sein duquel il a si longtemps ferraillé. S'il croque encore ses contemporains, c'est à condition qu'ils viennent jusqu'à lui, tels Rostropovitch, Gainsbourg ou Mitterrand et, bien sûr, Pivot. Lui ne se dérange guère que pour l'âne Ulysse ou quelques réceptions au palais de l'Élysée, bien qu'elles ne vaillent pas la saint-cochon chez Meneau ! Il se recueille, s'économise, consacre ses forces à l'écriture, son permanent combat.
    Jamais Jules Roy n'a porté si haut son art. Ce dernier volume du Journal témoigne d'une maîtrise exceptionnelle qui met en valeur l'authenticité des sentiments et la vanité de la comédie humaine.

  • Le maréchal Pétain fut-il un traître ou non ? Les Français qui crurent en la parole du vainqueur de Verdun et le firent roi en 1940 ont-ils été trompés par lui ?
    Comme je n'ai jamais grenouillé dans les marais de Vichy, de Londres et d'Alger, mon propos se borne à ce qui fut dit sous les hauts plafonds dorés de la première chambre du Palais de justice. J'ai écouté les témoins, les juges, le procureur général et les avocats de la défense, sondé leurs paroles et leurs silences, et beaucoup observé le visage de l'accusé. Pourquoi n'aurais-je pas apporté aussi mon propre témoignage de soldat qui, pendant plus de deux ans, a aimé le maréchal Pétain et lui a obéi ?
    Ce procès fut atroce et se déroula comme un drame. Pour ma part, je lève la main droite et je jure de dire, même quand elle est gênante, toute la vérité, rien que la vérité. S'il en existe une, elle doit se trouver dans un cri de l'âme.
    J.R.

  • Sur la colline de Vézelay, un témoin déchiré du siècle interroge sa conscience et se souvient. Cet homme au prénom césarien, au nom qui sonne haut et clair, humblement dévêt son âme et nous montre ses blessures. Par nécessité vitale de dire, en toute lucidité, ce que fut, ce qu'est, notre époque ravagée de guerres, de tumulte, de contradictions. Les hasards, autant que la volonté tenace de savoir, de comprendre, ont fait de Jules Roy un observateur privilégié. Il s'est, en tout, impliqué avec la rigueur d'un moine soldat. Après l'enfance dans une Algérie coloniale sereinement aveugle, les échos du premier conflit mondial lui parviennent. Formé par le séminaire, c'est toutefois le métier des armes qu'il choisit, pensant y trouver un idéal chevaleresque. Mais les cavaliers modernes chevauchent des bombardiers. Il reviendra, les cheveux prématurément blanchis, des carnages de la Seconde Guerre mondiale. Ce brasier éteint, d'autres s'allument. L'Indochine. L'Algérie. Aux doutes succèdent l'amertume et l'indignation. Il ne peut se taire. Bien que militaire de condition et dans l'âme, il suit la voie tracée par son ami, Albert Camus, et ira plus loin que lui encore : la Justice passe avant la Mère. Il devient la cible de tous, des frères d'armes qu'il a quittés, de ses compatriotes, d'une partie de l'intelligentsia, de toutes les forces manichéennes qui se disputent le monde. Sa voix, nul ne pourra l'étouffer. Elle continue à s'élever, elle nous force à nous poser les questions essentielles, elle nous transmet un message de rigueur morale et d'amour. Jules Roy se révèle, ici, homme pleinement de notre époque et chevalier mystique. Homme de tous les temps, parce qu'il atteint à l'universel.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Jamais peut-être Jules Roy n'a posé de façon si brutale et si poignante le thème central de son oeuvre : la dégradation du métier des armes, symptôme de la dégradation du coeur et de l'honneur des hommes. Il situe son action en pleine guerre d'Indochine, après la mort du maréchal de Lattre, à qui tout le livre rend un hommage discret et très émouvant. Le narrateur, que l'on pourrait appeler « la raison de Jules Roy », dirige les services de propagande de l'armée à Saïgon. Il a fait affecter à ses services un commandant aviateur, Fontane, qu'il a rencontré par hasard, et que l'on surnommerait volontiers « le coeur de Jules Roy ». Cette double projection de l'auteur, et le parti romanesque qu'il en tire, n'est pas l'un des côtés les moins fascinants du livre. L'âme de Fontane est déchirée depuis qu'il a vu torturer des prisonniers viets par des services spéciaux. Le narrateur a beau lui expliquer que les Français ne torturent pas pour le plaisir mais pour obtenir les renseignements indispensables aux opérations et à la sauvegarde de leurs hommes, Fontane reste déchiré. Ni l'amour de Brigitte Orsi, ni la rassurante sensualité de la petite Laotienne, ni l'amitié du narrateur et celle de Richard Bloss, le journaliste américain, ne parviennent à le consoler. - Alors, dit le colonel Ludwig, la torture des prisonniers, quelle importance ? A nous de choisir entre savoir quelque chose et vivre, ou ne rien savoir et mourir. - La vie et la mort n'ont rien à voir là-dedans, dit Fontane. La justice est la justice et c'est tout. Je crois qu'on doit pouvoir vivre en pratiquant la justice et que le risque de mort n'est pas une excuse à l'injustice. Le lendemain, Ludwig sautait sur une mine. Le désespoir de Fontane ne lui laissait plus de répit. La fin de cette histoire ? La seule possible pour une tragédie, et qui ne résout rien...

  • C'est d'un homme assez grand pour se passer de sa légende dont Jules Roy nous entretient ici. « Oui, nous avons cru qu'il était immortel, et maintenant la terre semble de plus en plus vide de lui. » Engagé, Saint-Exupéry l'était en effet par son métier et sa vie dangereuse. De l'action à la parole, de l'expérience vécue à son expression littéraire, un échange constant, une authentification réciproque, et jamais le désir étroit de s'explorer, mais toujours le besoin généreux de dire aux hommes les mots qui peuvent les aider à vivre. Que Saint-Exupéry parle du sens de la vie, de la nécessité du sacrifice, de l'acceptation de la mort, c'est en connaissance de cause et si on a le droit de n'être pas toujours d'accord avec lui, on ne peut pas le mettre en contradiction avec lui-même. Pour une fois, un écrivain accepte d'être pris au mot. Que ce portrait, dédié à Albert Camus, soit signé de Jules Roy - que ces noms se retrouvent sur ce livre avec celui de Saint-Exupéry - est significatif. « Je crois à la chevalerie, écrit Jules Roy. J'y croirai tant qu'il y aura des hommes et des guerres. Tant qu'il y aura, du moins, des guerres qui permettront aux hommes l'exercice de la chevalerie. »

  • Amours barbares

    Jules Roy

    Ai-je mené une vie dissolue ? A l'âge où l'on s'accuse et se repent non par vertu mais parce que la fatigue a eu raison de vous, il est facile de se poser la question. Pour moi, ce fut par moments, encore que, dans ces nouveaux Mémoires, presque un roman, il n'y ait rien de comparable sur ce point entre les hommes d'aujourd'hui, dont je suis encore, et ceux d'autrefois.
    Les femmes m'auront toujours intrigué, subjugué. De celles que j'ai courtisées, je me souviens comme de splendeurs. Combien en ai-je croisées avec l'envie soudaine de me jeter à leurs pieds et de les adorer, comme on adore Dieu dans le secret, sans même oser le prier ? Ne devrais-je pas me méfier du suspect qui est en moi, du barbare si prompt à se laisser envahir et dominer, si prompt aussi à rejeter dès qu'on le lasse ?
    Un barbare se devrait d'être fidèle, je ne l'ai été que rarement, tant que mes passions duraient. Ai-je aimé sans passion ? Plaignons ceux qui n'ont jamais là ou ailleurs connu la soudaine et divine brûlure, plaignons celles qui n'ont jamais eu d'amant.

  • Mémoires barbares

    Jules Roy

    Je suis né en même temps que l'aéroplane dans la plaine de la Mitidja, au sud d'Alger. J'ai passé mes premières années avec ma mère, ma grand-mère, mon oncle Jules et un vieil ouvrier agricole indigène qui s'appelait Meftah. On s'éclairait à la bougie, le pétrole et la lampe Pigeon étaient un luxe, nous allions à Boufarik dans un break à deux chevaux, les premières autos commençaient à rouler en soulevant un nuage de poussière, il y avait des fusils partout, le soir je m'endormais dans le hululement des chacals et la voix qui appelait les Arabes à la prière. J'ai appris à lire et à écrire dans Le Chasseur français. Au lycée d'Alger, je fus un cancre, on m'expédia au séminaire : notre professeur de grec sondait l'éther avec un poste à galène et notre professeur de littérature entrait en transe en lisant Lamartine.
    Ma vocation, je la trouvai dans l'armée. Je devins officier. Mes inspirateurs furent un merveilleux mandarin omniscient à demi loufoque, Montherlant et deux poètes alors à Tunis, Jean Amrouche et Armand Guibert. Quand la Deuxième Guerre mondiale éclata, j'étais dans l'aviation, le désastre nous chassa jusqu'à Alger et le drame de Mers el-Kébir nous rangea du café de Pétain. Antijuif et antiarabe, je fus un homme de droite jusqu'à l'arrivée des Alliés en 1942. La confusion qui régnait fut mon salut : j'allai où je devais. Mon premier livre, La Vallée heureuse, raconte comment les bombardiers lourds de la RAF écrasèrent l'Allemagne. A mon retour en France en 1945, Camus m'ouvrit les yeux sur le monde, puis je marchai seul. Après ce que je vis en Indochine, je quittai l'armée. Après ce que je vis en Algérie, je devins un subversif.
    Je le suis toujours.

  • "Vers quel abîme courais-je ? Aimer me semblait la seule entreprise digne d'un homme, au moment même où je pensais avoir le coeur trop desséché pour m'y livrer. Je confondais amour et passion parce que je n'étais que passion. J'avais attendu une félicité vaste et profonde, et sous la puissance de laquelle mon coeur eût craqué, comme un fruit dans les flammes de l'été." Entre la passion exclusive et malheureuse qu'éprouve le narrateur et l'analyse lucide et cruelle qu'il fait de ses propres sentiments, ce roman, dont la première version remonte à 1956, illustre à merveille les Amours barbares de Jules Roy. De l'amoureux "si prompt à se laisser envahir et dominer, si prompt aussi à rejeter dès qu'il se lasse", des vertiges et des exigences de la passion, Les Flammes de l'été disent tout avec une précision implacable, dans des pages parmi les plus justes jamais écrites, sur les ambiguïtés du coeur.

  • La "Vallée heureuse"; c'est le nom que les équipages de la R.A.F. donnaient, durant la Seconde Guerre mondiale et par dérision, à cette vallée de la Ruhr qu'ils allaient pilonner. Jules Roy a immortalisé ces grands moments d'héroïsme et de doute dans cet admirable roman devenu un "classique" de la littérature contemporaine.

  • "Cher Julius,
    Je n'écrirai pas un article sur La Mort de Mao. Cela me choquerait un peu. Je ne sais pas pourquoi. Sans doute parce que tu n'as pas écrit ces pages comme on fait "un livre". Au fond, ce que tu voulais, c'était dire en public : "Oui, j'ai pleuré, de simples et sauvages larmes, quand j'ai su que mon chien venait d'être écrasé. Et alors ?..."
    Donc, Julius, pas un article, mais cette espèce de lettre "ouverte" - ouverte sur l'inaltérable paysage que déroule en nous l'amour de nos amis chiens, qu'aucune brouille, aucun honneur froissé, aucune sottise de vanité jamais ne défigureront. Ainsi, ceux que cette nouvelle intéresse, tous ceux qui luttent contre l'horreur, la laideur et la hâte qui nous assiègent en traitant avec honneur un compagnon lécheur et poilu, sauront qu'un homme fort, viril et guerrier, un écrivain, une sorte de notable un peu anarchiste et solitaire vient de leur apporter, en écrivant La Mort de Mao, la caution dont peut-être ils avaient besoin pour continuer d'aimer sans scrupule leur Mao à eux, leur Pilule, leur Médor, leur Jim, leur Polka, leur Crocblanc, leur Lassie... Ton récit leur fera ce qu'il m'a fait : chaud au coeur, et leur donnera peut-être comme à moi l'envie de mieux aimer les humains, à tout hasard, pour ne pas faire murmurer, et puisqu'il n'y a rien à perdre à tenter ce placement à fonds perdus quand on a mis à l'abri, dans une niche ou un panier, une partie de son capital de tendresse..."

  • As des as, à qui on attribue toutes les vertus, éblouissant (cinquante-trois victoires), Guynemer vit à peine le temps de devenir superstar et à 22 ans il disparaît dans le ciel. Comme Mermoz. Comme Saint-Exupéry. Pour mettre fin à son existence inouïe, presque illégale, immatérielle et incroyable, il n'y a que cette note, le 12 septembre 1917, sur le carnet de comptabilité en campagne de l'escadrille nº 3 : "1 capitaine disparu".
    De lui, il reste un nom étrange, une figure d'illuminé, un regard volontaire, habité d'une chose inconnue, presque d'halluciné. Et une légende. Toute neuve. Elle sent les relents des popotes d'officiers de campagne, l'hûile de ricin des moteurs Gnome-Rhône, l'odeur de pétrole brûlé des petites torpédos qui s'arrêtaient devant chez Maxim's et le Fouquet's. Légende encore avec la douce haleine des fourrures d'actrices, l'âcre fumée des obus, la teinture d'iode des hôpitaux, et l'encens des grand-messes. Héros de légende, héros rimbaldien, habité d'une quête, vague et terrible, d'absolu, mais qui, lui, ne renonce à rien.
    Le monde aura toujours besoin de saints et de poètes, de salauds et de héros. En voilà un, doublé d'un chevalier, tellement plus grand que sa légende. Il n'y en a plus. C'est le dernier. Et voilà qu'il revit.
    Jules Roy, l'auteur de La Vallée heureuse et ancien pilote lui-même, a enquêté pendant plusieurs mois auprès de la famille et des survivants ; il a fait parler des témoins que personne n'avait jamais interrogés. Et voici que derrière des révélations étonnantes sur Guynemer, sur ses amours avec Yvonne Printemps, sur sa mort, surgissent enfin l'émotion, la foi, le lyrisme, le doute, l'hésitation, la vraie étoffe d'un homme.

  • Un jour, le barbare s'avoua vaincu. Au fil de ses confessions, Jules Roy avait jusqu'à présent campé un personnage possessif, volontiers bourru et même un rien macho. Ses lecteurs n'en devinaient pas moins les failles sous le masque de la pudeur et de l'orgueil.
    Au soir de sa vie, Jules Roy accepte enfin de publier les lettres adressées, au lendemain de la guerre, à la femme qui lui avait d'abord préféré Albert Camus, puis un étranger. Terrible blessure et superbe cri d'amour adressé à l'infidèle. Mais Jules Roy peut-il en vouloir à celle qui l'a quitté, puisque lui-même reconnaît à son premier rival un statut particulier, une prééminence intellectuelle et littéraire ? Comment reprocher à l'inconstante d'avoir succombé au charme devant lequel il a lui-même plié ?
    C'en est trop. Julius rend les armes. Jamais il ne s'était montré si fragile. Jamais il n'avait été si attendrissant.

  • Le maréchal Pétain fut-il un traître ou non ? Les Français qui crurent en la parole du vainqueur de Verdun et le firent roi en 1940 ont-ils été trompés par lui ?
    Comme je n'ai jamais grenouillé dans les marais de Vichy, de Londres et d'Alger, mon propos se borne à ce qui fut dit sous les hauts plafonds dorés de la première chambre du Palais de justice. J'ai écouté les témoins, les juges, le procureur général et les avocats de la défense, sondé leurs paroles et leurs silences, et beaucoup observé le visage de l'accusé. Pourquoi n'aurais-je pas apporté aussi mon propre témoignage de soldat qui, pendant plus de deux ans, a aimé le maréchal Pétain et lui a obéi ?
    Ce procès fut atroce et se déroula comme un drame. Pour ma part, je lève la main droite et je jure de dire, même quand elle est gênante, toute la vérité, rien que la vérité. S'il en existe une, elle doit se trouver dans un cri de l'âme.
    J.R.

  • Gainsbourg, l'impie, est venu vivre ses derniers mois au pied de la colline de Vézelay. Rostropovitch, l'homme de foi, est monté jusqu'à la basilique de Marie-Madeleine pour y enregistrer les six suites de Bach pour violoncelle seul. Jules Roy a observé ces deux itinéraires. Il témoigne.
    Etranges rencontres que celles du provocateur désespéré et du virtuose adulé avec le vieil écrivain. Sous son regard aigu, leur vérité émerge de manière inattendue au fil de ce récit au style tour à tour lyrique et ironique. Dans la nuit de Vézelay, Jules Roy a regardé jouer Rostropovitch en pensant à Gainsbourg et à Dieu, en méditant sur la création et la foi.
    Un extraordinaire document et une grande page de littérature.

  • " Drôle d'idée à mon âge d'aller fleurir la tombe de ma mère à Sidi-Moussa, au sud d'Alger. Ma mère n'a plus peur des Arabes et je n'ai personne à ménager. Comme pas mal d'autres, j'ai lutté pour que cette terre qui ne nous appartenait pas soit rendue à ceux qui l'habitaient autrefois.
    Entre la France et l'Algérie existe un sentiment trouble et violent, vaguement coupable. Aux Algériens, nous avons apporté l'Occident et quelque chose de plus. Résultat : ils s'égorgent entre eux. Pas tous. À présent nous avons les mêmes ennemis.
    J'espérais retourner à Rovigo où j'ai été baptisé en 1907. C'est trop dangereux. À L'Arba aussi. Partout les ponts sont coupés, partout on peut vous tuer. La ferme où j'ai vécu enfant n'existe plus, le cimetière est le seul endroit de la plaine où l'on peut rencontrer des Français.
    Sur la tombe de ma mère, j'ai dit à mon compagnon, un pied-noir, ancien activiste, et aux Arabes qui nous protégeaient : "Allez, ouste, on s'en va."
    Si j'avais seulement pu verser une larme. Une seule."

  • Sur les hauteurs d'Alger, l'adolescent séminariste s'interroge sur sa vocation. Il entreprend de tenir un journal. Durant plus de soixante-dix ans, Jules Roy, bon an mal an, demeurera fidèle à cette ascèse.
    Le premier volume de cette traversée du siècle révèle la chrysalide d'où naîtra l'écrivain. Ces années de recherches, de tâtonnements, sont celles des grands déchirements qui donnent son empreinte à une vie.
    Déchirement professionnel entre le métier des armes et le goût de l'écriture.
    Déchirement culturel avec l'abandon de la terre natale et cette nostalgie commune qui, sur les bords de la Seine, rapproche Albert Camus, Jean Amrouche, Jean Daniel, Jules Roy et bien d'autres.
    Déchirement politique qui, des marges de l'Action française puis du pétainisme, conduit Jules Roy dans les bombardiers anglais qui pilonnent l'Allemagne, puis au coeur de la lutte contre les guerres coloniales.
    Déchirement sentimental, enfin, avec la lancinante quête de l'amour.
    Écartelé entre ses amitiés et ses convictions, ses amours et son devoir, la fascination de la solitude et les lumières des salons parisiens, l'itinéraire de Jules Roy croise ceux de Gide, Montherlant, Malraux et Kessel. Cette suite d'engouements et de ruptures, de combats physiques et intellectuels menés avec passion est à la mesure des convulsions d'après la Seconde Guerre mondiale, accouchant dans la douleur d'une société aux antipodes de la Mitidja, qui avait vu naître le petit Jules Roy.

  • C'EST par l'intermédiaire du poète et éditeur Armand Guibert que Jean Amrouche et Jules Roy se sont connus en 1937. Dès 1938 et pratiquement jusqu'à la mort du poète en avril 1962, les deux hommes échangent une intense correspondance qui permet de reconstituer la genèse, l'histoire éditoriale des oeuvres poétiques, l'action littéraire d'Amrouche à Tunis, chez Charlot à Alger et à la revue l'Arche à Paris. Et qui témoigne, au delà des malentendus et des blessures, d'une amitié hors du commun. Si elles constituent un document littéraire et humain saisissant de spontanéité et de vérité, ces lettres apportent surtout un témoignage capital sur la montée du sentiment nationaliste algérien, sur les déchirements engendrés de part et d'autre par la guerre d'Algérie, et sur les liens qui subsistent entre les deux pays en dépit - ou à cause - d'une histoire commune. Cet émouvant plaidoyer en faveur de l'amitié entre deux peuples constitue aussi l'un des messages de ce qu'on a appelé l'École d'Alger.

  • D'où remonte la tradition du hockey dans la péninsule gaspésienne et qu'elle en a été l'évolution? À Gaspé, on fait mention de parties qui se tiennent sur la baie dès les années 1890. Ce numéro nous transporte à cette époque où des patinoires étaient improvisées sur des marres d'eau gelée et où l'on utilisait du crottin de cheval gelé comme rondelles et des catalogues comme jambières aux gardiens. Au quatre coin de la Gaspésie, chaque village avait ses patinoires, ses équipes de hockey ainsi que ses « glorieux ». Tant chez les joueurs que chez les partisans, le hockey est devenu au fil des ans une véritable passion et, avec la venue des arénas, le sport s'organisera et se développera afin de permettre à plusieurs Gaspésiens d'atteindre les rangs des professionnels. Ce dossier consacré à la fièvre du hockey accompagne l'exposition « Nos glorieux Gaspésiens » du Musée de la Gaspésie.

  • Messieurs,Celui qui vous parle a vu disparaître successivement plusieurs de ses collègues qu'il avait eus pour maîtres, puis d'autres qui étaient ses contemporains, aujourd'hui enfin il a la douleur d'adresser un suprême adieu à un collègue qui fut son élève. Auguste Molinier, en effet, entra à l'École des chartes en 1869, l'année même où je montai pour la première fois dans la chaire que j'occupe encore. Les impressions qu'on reçoit dans la jeunesse se fixent dans la mémoire avec une ténacité particulière.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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