Jeanyves Guérin

  • Cette livraison de la revue Études littéraires souligne le centenaire de la naissance de Jean Anouilh (1910-1987), et accompagne la sortie du relatif oubli où l'oeuvre semblait être tombée (mises en scènes nouvelles et récentes, volumes de la Pléiade, etc.). Autour de la figure d'Anouilh, cette livraison pilotée par Bernard Beugnot donne à lire des contributions qui étoffent et documentent la connaissance de l'homme et de l'oeuvre : études, iconographie, témoignages et correspondance. Comportant un « impromptu » inédit, un index des personnages et des ajouts bibliographiques, ce numéro sera également utile au chercheur. On lira ici des travaux sur les didascalies et sur le nom propre, on verra la prégnance de la figure de Cyrano et les travestissements du choeur antique, on apprendra avec étonnement les nombreuses collaborations cinématographiques d'Anouilh et les liens discrets que l'oeuvre ne cesse d'entretenir avec l'actualité. En somme, ce numéro révèle ou approfondit des aspects mal connus de l'oeuvre et fait magistralement la preuve qu'Anouilh et son théâtre sont loin d'avoir épuisé les avenues de recherche (documentaires et interprétatives).

  • Les rapports entre nationalisme, littérature et plus généralement esthétique sont au coeur de ce volume, quatrième de la série « L'Action française. Culture, société, politique ». Comme son principal objet est la sphère littéraire, historiens, historiens ou théoriciens de la littérature ont été sollicités pour étudier revues, institutions et figures plus ou moins connues, favorables, réservées, voire hostiles au mouvement d'Action française. Quelle part la littérature - roman, théâtre, poésie - tient-elle chez les maurrassiens et quelle fonction lui assignent-ils ? Maurras, avant d'être un doctrinaire politique, a été critique et journaliste, et ces activités ont façonné sa manière et son style. Lui-même invite à revenir sur les rapports entre politique et littérature quand il évoque son itinéraire dans Quand les Français ne s'aimaient pas : « Les Lettres nous ont conduit à la Politique, [...] notre nationalisme commença par être esthétique. »

  • Voici le premier ouvrage universitaire consacré au fils du cordonnier de Fougères devenu professeur, écrivain et académicien, à l'intellectuel engagé, à l'homme qui voulut « changer la vie » pour ne plus avoir à désespérer : Jean Guéhenno (1890-1978). François Mauriac a tenu à le rappeler : « Ce petit-fils de Rousseau, ce fils de Michelet, les hommes ne sont pas venus à bout de l'amitié qu'il leur voue ». Ni à bout de son esprit de résistance qui lui fit noter, dès le 17 juin 1940, dans son Journal des années noires, « je ne croirai jamais que les hommes soient faits pour la guerre. Mais je sais aussi qu'ils ne sont pas faits non plus pour la servitude ». Les textes de littéraires et d'historiens ici rassemblés portent sur les aspects les plus forts de son oeuvre et de ses combats, 11 Novembre et 8 Mai. Tous signalent le rôle qu'y a joué ce manuscrit refusé en 1921, cette méditation sur le sacrifice, à vingt ans, de ses camarades de la Grande Guerre, qui vient d'être enfin publiée chez Claire Paulhan : cette Jeunesse morte dont toute sa vie fut hantée. Comme Jean-Jacques, comme Michelet, comme Péguy, ces hommes de vérité, ces coeurs simples qui avaient volé eux aussi le feu de la culture et qu'il a su faire revivre et aimer, Jean Guéhenno a vécu « comme tous les autres, dans l'absurdité de son temps mais dans l'entêtement et la rigueur de sa seule pensée ».

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