Jean-Pierre Jessenne

  • Ainsi, sur le plan scientifique, nous nous efforçons de progressivement approfondir notre compréhension d'un moment d'histoire, du Directoire au Consulat, entre l'an III (1795) et l'an X (1802), qui fut longtemps délaissé ou ramené à quelques clichés sommaires : instabilité directoriale, désordre, expansionnisme extérieur, triomphe guerrier puis consécration de Bonaparte et de l'ordre consulaire. Il s'agit de contribuer à la correction et à l'enrichissement de ces appréhensions en investissant ce que l'histoire de la Révolution française apporte de dynamique à une analyse du politique, des rapports sociaux, des relations entre les peuples qui n'écarte aucune dimension de ce moment révolutionnaire - Directoire et Consulat compris - où se concentrent et s'accélèrent les transformations de la société, de l'organisation politique, des représentations. Compte tenu de la place essentielle prise par les dynamiques politiques dans ces transformations, cette démarche supposait de placer les interrogations sur l'État-Nation au coeur de nos réflexions ; en même temps, nous souhaitions une histoire des pouvoirs qui ne soit confinée ni aux théories abstraites de la souveraineté, ni au fonctionnement du gouvernement central, mais qui inclût à la fois tous les niveaux de l'État et tous les citoyens, tous les enjeux des affaires collectives, ordre public comme résultats économiques, motivations religieuses aussi bien que relations entre les peuples. C'est cette démarche que nous avons voulu résumer en prenant pour fil conducteur de nos travaux le thème du Lien social et politique dans la Grande Nation. Il ne s'agit nullement de poser là une sorte d'idéal de relations interpersonnelles toujours apaisées, mais au contraire d'affronter la complexité, le mélange toujours renouvelé de conflits et de solidarités du « vivre ensemble », notamment dans les suites d'une révolution.

  • Alors que Bernard Ménager dirigeait le Centre d'Histoire de la Région du Nord et de l'Europe du Nord-Ouest avec l'ouverture aux suggestions de l'Autre qui le caractérise, le conseil scientifique du Centre a décidé de promouvoir un type de colloque un peu original dans ses intentions et ses démarches : il s'agissait de favoriser la confrontation d'idées entre chercheurs spécialistes de diverses disciplines et périodes ; l'intention était de favoriser une approche plus exploratoire que canalisée dans des catégories de savoir conventionnelles. Le thème de l'image de l'Autre, suggéré initialement par Robert Muchembled, s'est imposé à la fois par sa richesse problématique et par sa conformité avec la vocation du Centre de favoriser les recherches sur la région du Nord dans son contexte nord-ouest européen.Nous en sommes donc arrivés à un projet dont je rappelle les principales orientations : « examiner les diverses acceptions de la notion d'étranger et leurs fluctuations tant au plan des statuts juridiques sociaux ou politiques que dans la perception de ce (ou ceux) qui est (ou sont) considéré(s) comme étranger(s) » ; orienter la réflexion sur « la dynamique de l'attraction ou de l'assimilation et de la répulsion ou de l'exclusion ». Dans cette approche, nous n'avions voulu exclure aucun niveau d'appartenance, du village ou du quartier aux peuples ou aux nations, pourvu que le cadre demeurât l'Europe du Nord-Ouest. La démarche reposait sur le pari d'un rapprochement fructueux entre la vision du « barbare » à proximité du limes au temps de l'Empire Romain et la représentation des immigrés ou des occupants dans le Nord au XXe siècle - pour prendre des exemples aux deux termes chronologiques d'une trentaine de communications abordant toutes les périodes.

  • Pendant longtemps, la relation qui associait la geste révolutionnaire à l'avènement de la bourgeoisie s'est imposée avec la force de l'évidence. D'emblée, les historiens libéraux de la Restauration qualifièrent la Révolution française de « bourgeoise » ; et pendant plus d'un siècle l'évidence demeura indiscutée. À partir des années 1950, cependant, le consensus fut brisé. En ce début de XXIe siècle, est-il encore concevable de qualifier une révolution, une société, un comportement... de « bourgeois(e) ».

  • Les 13 et 14 mai 1998, notre Faculté des Lettres et Sciences humaines a eu l'honneur et le plaisir d'accueillir la première des trois tables rondes organisées à l'initiative conjointe du CRHEN-O (Université de Lille 3), de l'IRED (Université de Rouen) et du CHRIV (Université de Valenciennes) sur le thème Du Directoire au Consulat : le lien politique local dans la Grande Nation. Cette première rencontre, à laquelle nos amis de l'Université catholique de Louvain et de l'Université libre de Bruxelles ont apporté leur actif concours, a pu réunir une bonne quarantaine de participants venus de diverses universités françaises, mais aussi belges et allemandes.À l'origine de ce projet, initié par notre collègue Jean-Pierre Jessenne en 1996, le constat que la période directoriale et consulaire, dont nous commémorons présentement le bicentenaire, continue d'être passablement délaissée, ou étudiée d'un point de vue restrictif, essentiellement constitutionnel, qui ne contribue assurément pas à restituer l'intérêt d'une transition historique, dont on a surtout souligné l'échec politique. Certes, en mai 1997, l'important colloque de Clermont-Ferrand, dont les actes ont été récemment publiés sous le titre La République directoriale est venu en partie redresser ou tout au moins nuancer cette image négative. Les organisateurs des tables rondes ont cependant jugé intéressant de revenir sur une période dont l'ambition proclamée était de « terminer la Révolution », à la lumière des actuelles recherches et réflexions sur le pouvoir local, « composante de la dynamique nationale » à l'époque concernée. Il s'agissait donc de « mettre l'accent sur les facteurs et les processus susceptibles de consolider ou au contraire de disloquer le lien social, politique ou culturel, dans le cadre des collectivités locales, [...] une attention particulière étant portée aux modes différenciés ou convergents selon lesquels se dessinent les évolutions régionales en fonction d'antécédents révolutionnaires différents » (Jean-Pierre Jessenne). L'optique était donc résolument comparative au niveau des régions de la France directoriale et consulaire, c'est-à-dire, non seulement l'ancien royaume dans toute sa diversité, du Nord ou du bassin parisien globalement conformistes, aux provinces d'anti-révolution, voire de contre-révolution comme dans l'Ouest ou le Midi, mais aussi les territoires récemment annexés (Genève, Belgique, rive gauche du Rhin) ou vassalisés (Républiques-soeurs batave et italiennes).

  • Ce volume est l'aboutissement du colloque organisé à Arras en avril 1993 et auquel ont participé près de cinquante historiens de plusieurs pays. Il rassemble 35 contributions, les synthèses de trois jours de débats, le compte rendu d'une table ronde sur "la politique, la morale et le sacré". L'ouvrage concerne le lecteur soucieux de comprendre un personnage qui porte en lui la complexité de la Révolution française ; il sollicite aussi le citoyen qui s'interroge sur l'évolution de la démocratie et de la République.

  • Autant la célébration du bicentenaire de 1789 était de nature à mobiliser logiquement l'ensemble des Français dans le partage de valeurs communes, notamment en référence à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, autant le deux-centième anniversaire de l'an VIII (1799-1800) ne revêt pas une signification à première vue susceptible de justifier un engagement public. La prise équivoque du pouvoir par Bonaparte constitue en effet un événement important pour l'histoire nationale, mais davantage sujet à des réflexions explicatives d'historiens qu'à une célébration publique. Quant à l'une de ses suites, la création des préfets par la loi du 28 pluviôse an VIII, elle pouvait sembler appeler un retour sur son passé de la part d'un grand corps de l'État plutôt qu'un enjeu authentiquement collectif.Pourtant la préfecture de Haute-Normandie et de Seine Maritime a tenu à s'engager avec force dans ce bicentenaire dans la mesure ou occasion lui était donnée de collaborer à un projet susceptible de conférer une portée élargie au légitime retour sur l'histoire de l'institution préfectorale.

  • De la question du « lien politique local » à celle de « l'intégration des citoyens dans la nation », la frontière est ténue ; la franchir, c'est modifier un angle et une distance d'approche, sans néanmoins quitter l'observation des acceptations et des refus de la République directoriale ; c'est tenter de comprendre, par des lectures politiques, économiques ou culturelles, les difficultés à unir des citoyens autour d'un projet républicain partagé en un temps où la guerre, les « réunions » et la constitution de républiques-soeurs transformaient le visage de la France et sa place en Europe, et avant que le 18-Brumaire, qui suscita maintes lectures et interprétations (J.-P. Bertaud) ne vienne transformer la donne politique.

  • Que l'Empire napoléonien fut un temps marquant de l'histoire de l'Europe est une évidence admise. Sa nature, ses suites, et particulièrement son héritage européen, sont en revanche sujet à débat : l'Empire reste-t-il une première expérience de construction européenne ? Ou n'est-ce qu'une expérience de domination politique et militaire ? Dès le XIXe siècle, le débat se lit jusque dans les gravures et tableaux. D'un côté, l'empereur donne des lois communes aux nations de l'Europe (couverture) ; de l'autre, l'aigle impérial emporte dans ses serres un empereur pantin, au-dessus d'une Europe émiettée (page 4). Visions certainement trop univoques pour une histoire en recherche.
    Cet ouvrage propose de revenir à l'expérience impériale elle-même, dans sa dimension européenne. En une trentaine de contributions portant sur différents territoires, il interroge à la fois les conceptions de l'Europe formulées dans l'entourage napoléonien ou par le tsar d'Alexandre Ier et les pratiques concrètes des administrateurs, des militaires ou des populations, dans des domaines comme les langues, la monnaie, la guerre, la justice, etc.
    Le parcours invite à un diagnostic nuancé, à inscrire dans une histoire de l'Europe qui doit faire davantage place à la vie de ses peuples.

  • Cette étude dresse un panorama le plus complet possible de cette époque grâce à une documentation archivistique variée. L'ordre chronologique des textes permet de donner une dimension diachronique, sans exclure des articulations thématiques. Présentation, notes, glossaire en font un outil de travail pour les étudiants, mais aussi un outil de référence pour tous.

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