Jean-Philipe Bouilloud

  • Quels sont les liens entre vie privée et vie professionnelle, vie personnelle et vie intellectuelle ? Comment, et pourquoi, devient-on sociologue ? Comment s'inscrivent la production intellectuelle, les choix théoriques et l'oeuvre du chercheur dans le parcours de sa vie personnelle ? Telles sont les questions auxquelles ce livre essaie d'apporter des éléments de réponse, à partir des récits autobiographiques de 27 sociologues (voire psychosociologues ou anthropologues) français, connus et moins connus : Anne Ancelin-Shutzenberger, André-Marcel d'Ans, Pierre Ansart, Georges Balandier, Christian Bachmann, Jacqueline Barus-Michel, Raymond Boudon, Pierre Bourdieu, Robert Castel, Michel Crozier, Sonia Dayan-Herzbrun, Jean Duvignaud, Eugène Enriquez, Pierre Fougeyrollas, Vincent de Gaulejac, Florence Giust-Desprairies, Claudine Haroche, Françoise Héritier, Georges Lapassade, Edgar Morin, Serge Moscovici, Numa Murard, Gérard Namer, Max Pagès, Renaud Sainsaulieu, Alain Touraine et Michel Wieviorka. Jean-Philippe Bouilloud est professeur au département Stratégie, hommes et organisation du campus de Paris. Diplômé de HEC, docteur en sociologie (Université de Paris VII), habilité à diriger des recherches, après quelques années passées dans la banque et le conseil, il a rejoint ESCP-EAP comme professeur permanent en 1992.

  • Lire l'entretien avec Anne-Lise Ulmann, coauteur (propos recueillis par Audrey Minart)

    Travailler n'est pas exécuter. Dans le décalage irréductible entre ce qui est défini comme étant à faire et ce qui est fait, se loge la créativité, cette puissance inventive engagée dans le travail vivant. S'y jouent à la fois la question de l'efficacité mais aussi, et fondamentalement, celle de la santé.

    La créativité n'est donc pas l'apanage des grands créateurs : elle se loge aussi dans les arts de faire, le bricolage, l'intelligence pratique, les processus de renormalisation qui permettent de se dégager de la soumission à l'environnement et à ses contraintes. Son éloge, remis aujourd'hui à l'ordre du jour dans le monde de l'entreprise, n'est pourtant pas exempt d'ambiguïté.

    Dans la perspective retenue ici, la créativité n'est pas seulement instrumentale (nécessité d'inventer pour faire), elle nécessite et manifeste une invention de soi. Elle se révèle dans un mouvement où l'on se surprend soi-même.

    Mettre la créativité au travail pour en explorer les ressorts, modalités et enjeux requiert de mobiliser des approches disciplinaires, théoriques et méthodologiques complémentaires.

  • Longtemps considérés comme privilégiés dans l'entreprise, les cadres subissent désormais le lot commun des salariés soumis aux méthodes de management moderne des grandes organisations. Ils n'échappent plus aux conditions ordinaires qui engendrent la souffrance au travail. Leur mal-être est pourtant singulier, car ils se retrouvent victimes d'un management dont ils ont eux-mêmes été les instruments zélés.
    L'auteur analyse ce mal-être spécifique en s'appuyant sur de nombreuses interventions dans des grandes organisations privées et publiques. Il ne se focalise pas sur des souffrances déjà bien documentées, mais plutôt sur le piège systémique qui enferme des organisations trop complexes dans des pratiques absurdes et non viables. Il s'attache aussi aux styles de pensée « rationnels » et « modernes » qui sous-tendent à la fois les valeurs progressistes contemporaines et l'extension mondiale d'une lutte économique incessante.
    Ainsi, presque inconsciemment, le cadre est pris dans un système contradictoire auquel il adhère mais dont il subit au quotidien les effets violents, inacceptables ou ubuesques. Tel l'animal piégé dont les mouvements resserrent le lacet qui l'étrangle, le cadre est à la fois victime et responsable de ce système. Pour défaire le piège, au-delà d'une nécessaire remise en cause du fonctionnement des économies modernes, c'est aussi de l'intérieur du système, à partir de collectifs de travail restaurés que les acteurs concernés peuvent penser à nouveau leur émancipation.

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