Jean-Marc Lanteri

  • Théâtre de l'autre, pour l'autre, avec l'autre, l'oeuvre de Koltès offre une expérience éthique singulière, où la conscience occidentale affronte, sans honte complaisante et sans oubli obscène, son passé d'esclavagiste et son présent de prédateur, la légende de ses conquêtes et le trouble de son désir. Consacré spécifiquement aux six pièces créées entre la fin des années soixante-dix et la fin des années quatre-vingt, En noir et blanc cerne au plus près ce topos incontournable du théâtre koltésien : le conflit du noir et du blanc dont la violence n'a d'égale que la complexité. Avec une grande acuité de regard, une âpreté sans compromis, Bernard-Marie Koltès en a décliné toutes les figures. Riches et pauvres, dominants et dominés, autochtones et émigrés, anciens colons et nouveaux colonisés s'affrontent impitoyablement mais ces duels, qui les jettent les uns contre les autres, redorent aussi l'altérité prestigieuse de l'ennemi. Nourri du roman anglo-saxon ou du cinéma, Koltès ouvrait la scène théâtrale sur l'horizon brûlant du monde, pour dissoudre les rouges et or du rideau dans le béton des chantiers, l'acier des hangars ou la nuit urbaine. À l'heure où l'écriture théâtrale empruntait déjà les voies du narcissisme ou du formalisme langagier, Koltès réévaluait ainsi la très ancienne dramaturgie du conflit, pour s'inscrire lui-même en tant que sujet dans son histoire et dans l'Histoire.

  • Sous la houlette d'un énigmatique interrogateur - flic, juge, psychiatre, confesseur, dieu ou chef de choeur ? - un tueur vit et revit ses meurtres, ressasse ses visions sordides ou hallucinatoires, redit ses complexes et ses obsessions. L'enquête se déroule dans une arène cosmique, un labyrinthe où l'on ne sait plus qui est Thésée et qui est le minotaure : le toréador et la bête troquent sans cesse leurs parures et s'affrontent l'un l'autre à perpétuité au cours d'un procès chaotique, celui de la violence (et donc de la race humaine). « La pièce est savoureusement violente, forte et poétiquement brillante. » [Le Souffleur] Jean-Marc Lanteri est auteur dramatique, traducteur de l'anglais, réalisateur, maître de conférences à l'université Lille 3. Il dirige la compagnie Bela Justic.

  • De l'"OEdipe-roi" de Sophocle au complexe d'OEdipe freudien, de multiples chemins d'enquête donnent à voir la complexité du personnage mythique et les traits majeurs de son évolution au cours des siècles. Le mythe d'OEdipe meurt et renaît sans cesse pour continuer à raconter l'histoire de cette recherche de soi.

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