Le Livre de Poche

  • Edition enrichie (introduction, notes, dossier de l'oeuvre, chronologie et bibliographie)« J´ai trouvé une idée merveilleuse. Je serai un homme de génie », s´exclame Balzac au moment où il écrit Le Père Goriot. Il venait d´imaginer La Comédie humaine, ce cycle romanesque dans lequel les mêmes personnages réapparaissent d´un roman à l´autre. Il venait de créer un monde, le monde balzacien.
    Les plus beaux romans, dit André Maurois, sont des romans d´apprentissage. Les illusions de la jeunesse s´y heurtent au monde féroce et pourtant plein de délices. L´ amour devient coquetterie, la vertu s´achète, l´argent ruine tout. Seule la passion balzacienne, ici l´amour paternel, résiste, dévorante et implacable. Le Père Goriot est la clef de voûte d´une oeuvre géniale.

    Edition de Stéphane Vachon. 

  • Edition enrichie (Introduction, notes, commentaires et dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)Enfant trouvé, fasciné par la carrière des armes, Hyacinthe dit Chabert s'est illustré aux premiers rangs de la Grande Armée. Laissé pour mort à Eylau, puis miraculeusement sauvé, il tentera quelques années plus tard de retrouver sa place dans une France bourgeoise qui veut oublier ses héros, auprès d'une femme qui lui doit tout, qui l-a dépouillé et qui le rejette.
    Nul destin, peut-être, n'éclaire mieux que le sien l'envers de la «comédie humaine», dans cette tragédie domestique doublée d'un drame social où le sublime côtoie constamment le sordide.

    Nous n'oublierons jamais l'entrée pitoyable de Chabert à l'étude Derville éclairée au gaz le matin, avec le déjeuner, réchauffé sur la cheminée, des clercs, des clercs rieurs, insolents et clabaudeurs, Chabert avec ses rides blanches, son vieux carrick, Chabert méprisé, aliéné de cette patrie et de cette femme qu'il continue à aimer, dénoncé de cette société où, bien qu'enfant trouvé, il s'était, si difficilement, fait un nom... Chabert a sa place dans toutes les mémoires, à côté du cousin Pons et du père Goriot, et sur le même rang.
    Le Colonel Chabert, admirable histoire de revenant.
    Paul Morand.

    Edition de Stéphane Vachon. 

  • Un jeune aristocrate désargenté et désespéré, Raphaël de Valentin, reçoit d'un vieil antiquaire une peau d'onagre miraculeuse et maléfique : elle satisfait tous ses désirs, mais sa superficie, liée par un charme mystérieux à la durée de la vie de son possesseur, rétrécit à chaque souhait exaucé. Raphaël, qui rêvait de conquérir le monde, découvre ainsi, au prix de sa propre existence, que « Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit ». Seul face à sa mort, dont il peut chaque jour calculer l'échéance, il délaisse la société des hommes, renonce à la jouissance du monde : en vain, même l'amour pur et partagé ne pourra le sauver.Dans le décor très réaliste des années 1830, La Peau de chagrin plonge le lecteur dans un univers proprement fantastique, un univers de l'étrange qui illustre l'une des théories philosophiques fondamentales de l'oeuvre balzacienne : l'énergie vitale.

  • Édition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)A Angoulême, David Séchard, un jeune poète idéaliste, embauche dans son imprimerie un ami de collège, Lucien Chardon, qui prendra bientôt le nom de sa mère, Rubempré. Poète lui aussi, il bénéficie d'une sorte de gloire locale et fréquente le salon de Louise de Bargeton à qui le lie bientôt une intrigue sentimentale qui fait tant jaser que tous les deux partent pour Paris. Voilà bientôt Lucien lancé dans le monde des lettres aussi bien que de la haute société, mais si Paris est la ville des « gens supérieurs », ce sera également pour lui celle des désillusions.
    C'est bien la figure de Lucien, en effet, qui donne surtout son unité aux Illusions perdues qui ont d'abord été, de 1837 à 1843, une suite de trois romans devenus plus tard les trois parties de celui que nous lisons, quand Balzac eut conçu le projet de La Comédie humaine et décidé de faire de sa trilogie l'une des Scènes de la vie de province. Car si Paris reste bien au coeur du triptyque, c'est à Angoulême, néanmoins, que se noue le destin des héros, à Angoulême encore qu'il s'assombrit. Revenu dans sa ville natale, Lucien n'est pas loin d'y sombrer - avant une véritable ascension dont Balzac fera le récit dans un autre grand livre : Splendeurs et misères des courtisanes.
    Edition de Patrick Berthier.

  • « Les femmes les plus vertueuses ont en elles quelque chose qui n'est jamais chaste. » Cette remarque de Balzac peut s'appliquer à Mme de Mortsauf, lys blanc et pavot rouge. Félix de Vandenesse souffre de la réserve d'Henriette de Mortsauf à qui il voue depuis son adolescence un amour total ; il tue pourtant cette femme en l'idéalisant, en lui imposant une pureté contre laquelle elle se révolte au moment de son agonie. Le Lys dans la vallée est le roman des désirs qui se croisent et des lettres qui ne parviennent pas à créer un véritable échange.
    Dans une longue confession épistolaire - qui constitue la plus grande partie du roman - destinée à sa fiancée Natalie, Félix fait le récit de cet amour. L'ironique réponse de Natalie consacrera la rupture des fiançailles.
    Le Lys dans la vallée est le roman de toutes les ambiguïtés. La blanche Henriette est aussi un stratège politique machiavélique qui apprend à Félix l'art du pouvoir. Alors qu'elle est monarchiste et légitimiste, elle ne peut s'empêcher d'admirer Napoléon. Roman écrit sous la Monarchie de Juillet, par un auteur qui prône une réforme de l'aristocratie tout en la défendant, Le Lys dans la vallée laisse entrevoir la critique de la Restauration dans une scène de la vie privée.

  • Édition enrichie (Présentation, notes et bibliographie)A Paris, au début du xviie siècle, trois peintres devisent de leur art. L'un est un jeune inconnu, promis à la gloire : Nicolas Poussin. Le deuxième, Franz Porbus, portraitiste officiel de feu le roi Henri IV, est, lui, dans la plénitude de son talent et au faîte de la renommée. Le troisième, maître Frenhofer, personnage plein de mystère qui a côtoyé les plus grands maîtres et assimilé leurs leçons, met la dernière main dans le plus grand secret à un bien mystérieux «chef-d'oeuvre». Il faudra que Gillette, la compagne de Poussin, en qui Frenhofer espère trouver le modèle idéal cherché en vain depuis des années, soit admise dans l'atelier du peintre pour que, y pénétrant derrière elle, Porbus et Poussin découvrent le tableau dont Frenhofer gardait jalousement le secret. Et cette découverte les plongera dans la stupéfaction.
    Ce «conte fantastique» à la manière d'Hoffmann est aussi une méditation sur le pouvoir de l'esprit dans le domaine de l'art. Il prend naturellement sa place parmi les Etudes philosophiques de La Comédie humaine. 

  • « Tout est grand dans ce célèbre roman, sans que rien ne bouge. Eugénie est une sorte de sainte selon l'homme, toujours fidèle à une même pensée, mais toute naturelle. [...] Eugénie est le premier personnage de ce drame d'amour. [...] En Grandet, ce rocheux Grandet, il y a une source de tendresse émouvante, quand il se cache pour voir sa fille à la toilette. [...] Au rebours on trouvera dans Eugénie tous les stratagèmes du coeur, et un vrai courage à affronter le terrible homme aux gants de cuir. On a tout dit sur Grandet. On a moins remarqué ce mot de reine, lorsque Eugénie se trouve maîtresse d'une immense fortune et assiégée d'intrigues. Elle répond :
    « Nous verrons cela » comme son père faisait. [...] Ainsi l'âme de Grandet finit par être sauvée. Balzac laboure la terre. » Alain, Propos sur Balzac.

    Présentation et notes de Martine Reid. 

  • La Vendetta, histoire d´un amour contrarié et tragique entre Luigi et Ginevra, est un peu une version « corse » de Roméo et Juliette. Balzac, dans une Corse mise à la mode par Mérimée (Colomba, Mateo Falcone), et qui répondait alors au goût romantique des nationalismes exotiques et du culte de Napoléon, encore très vivace, traite du mariage à travers l´histoire dramatique d´une famille corse. Cette nouvelle, publiée en 1830, présente la singularité d´être un des premiers écrits signé Balzac. Elle inaugure les « Scènes de la vie privée » de La Comédie humaine. Elle marque également l´intérêt que l´écrivain accorde aux liens familiaux et aux unions ratées. Le rôle de l´amour paternel en particulier, toujours présent dans son oeuvre, et qu´il exploite ici avec beaucoup de brio, sert de révélateur pour dévoiler les non-dits de la nature humaine.
    Présentation et notes de Judith Rosenzweig. 

  • Collection « Classiques » dirigée par Michel Zink et Michel Jarrety Balzac Lorsque, en 1846, Balzac publie La Cousine Bette, le roman doit constituer avec Le Cousin Pons le diptyque des Parents pauvres, l'un et l'autre accablés d'injures. Mais à la différence de Pons, qui sera le vieux musicien plein de coeur, dès l'origine La Cousine Bette devait voir la vieille fille disgraciée se venger de ses douleurs, ce qu'elle fera jusqu'à la ruine des siens. Le premier projet s'est cependant élargi. Non seulement parce que les amours du baron Hulot vieillissant font de La Cousine Bette un roman érotique, et la dénonciation des affairistes dans le Paris de la monarchie de Juillet un roman de l'argent, mais parce que Balzac, renouvelant ses habitudes narratives pour mieux rivaliser avec les feuilletonistes, écrit là un livre d'action - un livre sombre, aussi, et qui n'écarte ni les ressorts ni les rebondissements du roman noir. Edition de Roger Pierrot.

  • Balzac nous donne, dans Splendeurs et Misères des courtisanes, la véritable image du corps social. En quatre épisodes qui pourraient être un roman-feuilleton, il crée le roman de moeurs le plus impitoyable.
    Presque tous les personnages balzaciens sont ici rassemblés : Vautrin, le bagnard, père spirituel de Lucien de Rubempré, que rien n'arrête dans son ascension sociale. Ni le désespoir d'Esther, qui se suicide pour lui, ni les souffrances de Mlle de Grandlieu, sa fiancée.
    La justice et la police apparaissent personnifiées par le juge Camusot et le policier Corentin.
    Le roman le plus complet, le plus vivant, le plus implacable, le plus puissant de La Comédie humaine.
    Préface, commentaires et notes de Roger Pierrot.

  • Lorsque Gide découvrit Le Cousin Pons, ce fut, dit-il, "dans le ravissement, dans l'extase, ivre, perdu..."; "... c'est peut-être, de tant de chefs-d'oeuvre de Balzac, celui que je préfère : c'est en tout cas celui que j'ai le plus souvent relu".

    Et le livre, en effet, suscite la compassion aussi bien que l'effroi. Quand en 1847 Balzac le fait paraître, il constitue, après La Cousine Bette, le second volet des Parents pauvres où résonne le destin de grands coeurs injuriés. Vieux musicien gourmand, collectionneur d'oeuvres d'art bientôt cerné par la haine des plus vils intrigants d'en haut comme d'en bas, guetté par la mort mais lié à Schumcke d'une indéfectible amitié - un moment le livre eut pour titre Les Deux Musiciens -, le cousin Pons est la figure finalement sublime d'un roman sombre, travaillé par la dérision et l'angoisse, mais que l'humour et la drôlerie éclairent pour en faire également - le mot est de Balzac - une "comédie terrible".

  • Édition enrichie (Introduction, notes, documents et bibliographie)Drame historique, récit d'aventures, tragédie d'amour, Les Chouans, ou la Bretagne en 1799 forment le prologue de La Comédie humaine. Nous sommes à la veille du 18 Brumaire. Bientôt va sortir des limbes cette société nouvelle que Balzac a pour ambition de peindre. Mais, aux confins de la Bretagne et de la Normandie, c'est encore l'affrontement sans merci des " manants du roi " et des soldats de la République. Sous la conduite d'un chef intrépide et juvénile, le marquis de Montauran, les Chouans pillent, rançonnent et terrorisent les patriotes.
    Cinq ans après l'insurrection de la Vendée, cette nouvelle guerre des partisans est une affaire d'Etat. Comment abattre Montauran et disperser ses hordes de pillards insaisissables, vite engloutis par la brume ou les chemins creux du bocage normand, après chaque coup de main ? Le génie ténébreux du meilleur espion de Fouché y suffirait-il s'il n'avait su placer dans son jeu la sublime figure de Marie de Verneuil ? Des douves sanglantes de la Vivetière à la redoute du Nid-aux-Crocs, nous suivons Montauran et ses terribles lieutenants - Marche-à-terre, Pille-miche, Galope-chopine - jusqu'à l'ultime assaut où se jouera leur destin.

  • Edition enrichie (présentation, notes et chronologie)1819. Par une brûlante journée de l'été finissant, deux  chasseurs - deux amis, le marquis d'Albon et le baron Philippe de Sucy - égarés dans une forêt de l'île-de-France entrevoient, sous les frondaisons d'un parc à l'abandon, une silhouette féminine d'une grâce aérienne. En cette jeune femme, folle, qui ne sait plus que répéter machinalement un seul mot, « Adieu », Philippe, bouleversé, reconnaît la comtesse Stéphanie de Vandières, la maîtresse passionnément aimée dont il fut tragiquement séparé en 1812, lors du passage de la Bérésina. Soulevé par un espoir insensé, il va tenter de rendre la vie à cette âme morte.
    Ce récit insolite et saisissant, tout à la fois « étude philosophique » et « scène de la vie militaire » est l'un des plus achevés de La Comédie humaine.

    Présentation et notes de Lucette Vidal.

  • La Maison du Chat-qui-pelote, c´est d´abord une enseigne de boutique doublée d´un tableau : « Une formidable pièce de bois, horizontalement appuyée sur quatre piliers qui paraissaient courbés par le poids de cette maison décrépite, avait été rechampie d´autant de couches de diverses peintures que la joue d´une vieille duchesse en a reçu de rouge. Au milieu de cette large poutre mignardement sculptée se trouvait un antique tableau représentant un chat qui pelotait. » Mais cette nouvelle, écrite en 1829 et plus tard placée par Balzac en ouverture de La Comédie humaine, est elle aussi un tableau vrai, tableau du Paris commerçant - le Marais et la rue Saint-Denis - que l´écrivain prend plaisir à peindre. Un tableau de moeurs, également, et son premier titre, Gloire et malheur, laissait plus directement deviner que s´y jouait le destin d´une femme : « Les humbles et modestes fleurs, écloses dans les vallées, meurent peut-être quand elles sont transplantées trop près des cieux, aux régions où se forment les orages, où le soleil est brûlant. » Présentation et notes par Patrick Berthier. 

  • Lors d´une brillante soirée parisienne, tandis que les invités dansent et conversent dans des salons splendides, une jeune femme s´épouvante à la vue d´un étrange petit vieillard décharné et pareil à un spectre. La jeune femme supplie alors le narrateur de lever pour elle le mystère de cet inconnu. Le lendemain du bal, il lui raconte longuement l´histoire du sculpteur Sarrasine et de la dangereuse passion que, dans sa jeunesse, il éprouva pour la mystérieuse Zambinella aussitôt qu´il l´eut entendue chanter à Rome.
    Dès la première page, c´est sous le double signe de la danse des morts et de la danse des vivants, de la sensualité et de la déchéance, que le jeune Balzac place ce récit publié par la Revue de Paris en 1830. Et Sarrasine est doublement énigmatique aussi : parce que la narration tient le lecteur captif jusqu´au mot de la fin - et parce qu´elle met en scène les ambiguïtés d´un désir dont  l´écrivain ne cherche pas à dissiper les ombres.

    Présentation et notes d´Eric Bordas. 

  • « Madame, je vous jure une fidélité qui ne se déliera que par ma mort. Oh ! prenez ma vie... », écrit Gaston de Nueil à Mme de Beauséant, recluse en Normandie, dans son château de Courcelles, depuis la trahison de son premier amant. Mariée, la vicomtesse sait qu´elle ne peut offrir qu´un amour en dehors de la société, un bonheur en marge. Comment un jeune homme, héritier d´une fortune et d´un nom, pourrait-il s´en contenter ? La promesse sera pourtant tenue, mais à quel prix ! La leçon de Balzac ne varie pas : l´amour est incapable, à lui seul, de triompher des cruelles lois du monde. Avec La Femme abandonnée, Balzac compose une « étude de femme » frémissante et pathétique, dont l´héroïne s´inscrit dans la mémoire des lecteurs comme un rêve, un poème, une légende.Édition préfacée, annotée et commentée par Jacqueline Milhit.

  • Edition enrichie (Introduction, notes, dossier, chronologie, bibliographie)
    Au détour d'une allée des Tuileries, le dandy Henri de Marsay tombe en arrêt devant une femme. Subjugué, il rêve de posséder celle que l'on surnomme « la fille aux yeux d'or ». Mais la belle vit cachée dans un hôtel particulier, sous la surveillance constante d'une vieille duègne. Bientôt, l'amour d'Henri de Marsay se mue en obsession. N'ayant de cesse de vouloir percer le mystère qui l'entoure, il décide d'enlever la jeune femme.
    Dans La Fille aux yeux d'or, Balzac explore la veine orientaliste et nous offre une histoire d'amour troublante, où la sensualité se mêle à la violence et où les apparences sont souvent trompeuses.Édition présentée, établie et annotée par Chantal Massol.

  • Monsieur, quand je vins m'établir ici, je trouvai dans cette partie du canton une douzaine de crétins, dit le médecin en se retournant pour montrer à l'officier les maisons ruinées. La situation de ce hameau dans un fond sans courant d'air, près du torrent dont l'eau provient des neiges fondues, privé des bienfaits du soleil, qui n'éclaire que le sommet de la montagne, tout y favorise la propagation de cette affreuse maladie. Les lois ne défendent pas l'accouplement de ces malheureux, protégés ici par une superstition dont la puissance m'était inconnue, que j'ai d'abord condamnée, puis admirée. Le crétinisme se serait donc étendu depuis cet endroit jusqu'à la vallée. N'était-ce pas rendre un grand service au pays que d'arrêter cette contagion physique et intellectuelle ? Malgré son urgence, ce bienfait pouvait coûter la vie à celui qui entreprendrait de l'opérer. Ici, comme dans les autres sphères sociales, pour accomplir le bien, il fallait froisser, non pas des intérêts, mais, chose plus dangereuse à manier, des idées religieuses converties en superstition, la forme la plus indestructible des idées humaines. Je ne m'effrayai de rien. » Mais ce roman de 1833 n'est pas simplement le récit d'un homme qui consacre sa vie au bonheur d'un village, un rénovateur qui donne à Balzac l'occasion d'analyser le développement rural et d'inscrire en son livre une certaine utopie.
    Le Médecin de campagne est aussi une histoire privée, celle précisément du docteur Benassis, prise entre un début malheureux et une fin prématurée.

  • Edition enrichie (Introduction, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)A l'égal de la princesse de Clèves et de la Sanseverina, la duchesse de Langeais est l'une des grandes divinités féminines de notre littérature. Elle réunit en sa personne le triple prestige de la beauté, de la naissance et du malheur. Issue d'un sang illustre, Antoinette de Navarreins voit le jour en 1794, sous la Terreur, une bien sombre étoile qui sera pour elle la marque du destin. Quelque vingt ans plus tard, séparée de son mari abhorré que lui avait imposé un père indifférent, c'est l'une des gloires mondaines du Faubourg Saint-Germain. Mais que dissimule la coquetterie glacée de cette aristocratique Célimène ? Et par quel étrange sortilège l'incandescente passion d'Armand de Montriveau va-t-elle à son tour la consumer ? Comme tout vrai chef-d'oeuvre, ce «roman noir» - primitivement intitulé «Ne touchez pas à la hache» - est pour partie une autobiographie sublimée, c'est-à-dire le contraire d'un roman à clefs. «Moi seul sais ce qu'il y a d'horrible dans La Duchesse de Langeais», confiait Balzac à l'un de ses proches. C'est pourquoi l'oeuvre conserve, depuis plus d'un siècle et demi, son mystère et sa force de séduction.

    Edition de Constance Cagnat-Deboeuf.

  • À Guérande, petite ville immobilisée dans sa tradition, Calyste du Guénic, jeune aristocrate breton pour qui l'amour est comme une religion humaine, après s'être épris de Camille Maupin, éprouve une passion immédiate pour Béatrix de Rochefide, marquise à la chevelure d´ange. Mais si Béatrix est avide d'être aimée, elle est incapable d'un amour véritable, et l'image enchanteresse que Calyste se fait d'elle finira par se briser. Sous un titre enchanteur qui évoque la Béatrice de Dante, ce roman est celui de la fascination amoureuse ; mais c'est aussi celui de la fatalité où le désir d'aimer n'est peut-être rien d'autre que le goût du malheur.Collection Classiques dirigée par Michel Zink et Michel Jarrety.Édition de Michel Lichtlé

  • Assez, Balthazar ; tu m´épouvantes, tu commets des sacrilèges. Quoi ! mon amour serait...
    - De la matière éthérée qui se dégage, dit Claës, et qui sans doute est le mot de l´Absolu. Songe donc que si moi, moi le premier ! si je trouve, si je trouve, si je trouve ! » En disant ces mots sur trois tons différents, son visage monta par degrés à l´expression de l´inspiré. « Je fais les métaux, je fais les diamants, je répète la nature, s´écria-t-il.
    - En seras-tu plus heureux ? cria-t-elle avec désespoir. Maudite Science, maudit démon ! tu oublies, Claës, que tu commets le péché d´orgueil dont fut coupable Satan. Tu entreprends sur Dieu. » Scène de la vie privée lorsqu´il paraît en 1834, Etude philosophique quand Balzac le republie en 1846, le livre superpose les deux dimensions car cette histoire d´une famille où le génie dévore tout jusqu´à la folie, où la passion provoque les plus grands malheurs domestiques, est aussi le roman de l´aventure scientifique et de la rêverie métaphysique d´un Grand Tout. Parce que l´Absolu, pour Claës, est la « substance commune à toutes les créations », il n´est pas l´alchimiste qu´a voulu voir Sainte-Beuve, mais ce savant solitaire qui, de l´alchimie, précisément, à la chimie, entend bien opérer le passage des temps anciens aux temps nouveaux - et la science moderne devient balzacienne.

  • Sur le point de mourir, Bartholoméo Belvidéro demande à son fils don Juan de le ressusciter en lui appliquant sur le corps, dès qu'il aura rendu le dernier soupir, l'eau contenue dans un petit flacon de cristal. Mais plutôt que de sauver son père, don Juan ne pourrait-il pas se réserver à lui-même le précieux élixir ? C'est un dilemme comparable que met en scène El Verdugo - Le Bourreau - pendant la guerre que le Premier Empire livre à l'Espagne : le jeune Juanito acceptera-t-il d'obéir aux soldats français et de sauver sa tête et son nom en exécutant sa propre famille ? Ces deux nouvelles que Balzac fait paraître en 1830 avant de les remanier et de les intégrer aux Etudes philosophiques de La Comédie humaine, on les lira ici dans la noirceur de leur première version. Elle nous reconduit aux débuts du jeune écrivain romantique assez attentif à la sensibilité de ses lecteurs pour leur proposer un récit historique à la mode et un conte fantastique dans le goût satanique du jour : deux oeuvres où c'est la mort qui rôde - et la figure du parricide qui se dessine.
    Edition de Patrick Berthier. 

  • « Quand tu te marieras, reprit le comte [...], n´ accomplis pas légèrement cet acte, le plus important de tous ceux auxquels nous oblige la société. Souviens-toi d´étudier longtemps le caractère de la femme avec laquelle tu dois t´associer [...]. Le défaut d´union entre deux époux, par quelque cause qu´il soit produit, amène d´effroyables malheurs [...]. » Dans cette mise en garde adressée à son fils, c´est toute son histoire que résume le comte de Granville. L´adultère ne saurait être la solution à un mariage raté, nous dit Une double famille, une des premières Scènes de la vie privée, mais pour notre plus grand plaisir de lecture, on ne court pas tout droit à cette conclusion. La construction savante du roman, en brouillant les images de l´épouse et de la maîtresse, oblige à réfléchir sur le message délivré : Balzac pose d´emblée la question du mariage dans toute sa complexité.

  • « Un lac est plein d´amour ! » s´écrie Rosalie en ouvrant sa fenêtre sur « la belle nappe d´eau » des Rouxey. « Ils se sont aimés devant des lacs ! » Ils, c´est le couple d´amants que forment Albert, jeune avocat parisien exilé à Besançon, et Francesca, une belle duchesse italienne. Rosalie s´est juré de les désunir. Albert Savarus est une histoire d´amour et de fureur, mais comme toujours chez Balzac, la passion s´inscrit dans le réel : le mariage bute sur la différence de classe et de fortune, les belles promesses ne résistent pas à l´épreuve du temps, le romantisme se fracasse sur la politique. Cruelle désillusion pour qui voulait posséder l´absolu ! N´est-ce pas ce que Balzac pressent pour lui-même en 1842, un des moments les plus amers de sa vie ? En créant l´émouvant personnage d´Albert, son double, miné par l´attente et l´usure du désir, il espère exorciser un destin redouté.Préface, notes et dossier de Jacqueline Milhit.

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