Giorgio Agamben

  • Dans la culture occidentale, principe, création et commandement sont des notions étroitement liées. L'archè (l'origine) est toujours déjà le commandement, et le commencement toujours le principe qui gouverne et commande. C'est vrai aussi bien dans la théologie que dans la tradition philosophique et politique, où principe et création, commandement et volonté forment ensemble un dispositif stratégique au fondement de notre société. Les cinq textes rassemblés ici cherchent à désamorcer ce dispositif au moyen d'une enquête archéologique des concepts d'oeuvre, de création, de commandement et de volonté.

  • Depuis la fête qui entretient une relation contemporaine avec la boulimie, jusqu'à la nudité ; depuis le problème du corps glorieux des béats, qui ont un estomac et des organes sexuels mais qui ne mangent pas et ne font pas l'amour, jusqu'à la figure nouvelle d'une identité impersonnelle imposée à l'humanité par les dispositifs de la biométrie ; le point de fuite vers lequel convergent tous ces thèmes est le désoeuvrement. Il ne faut pas entendre ce terme comme oisiveté ou inertie, mais comme le paradigme de l'action humaine et celui d'une nouvelle politique. C'est la pratique même de ce désoeuvrement qui définit le no man's land où se meut une écriture qui est tout à la fois, pensée et littérature, divagation et fiche philologique, traité de métaphysique et note sur les moeurs.

  • Qu'est-ce que raconter ? Quel est le feu qui anime la création ? En dix essais, Agamben offre une réflexion sur la littérature et la création qui déplace le coeur de l'esthétique vers une réflexion plus vaste sur notre présence au monde.

  • "Profaner c'est restituer à l'usage commun ce qui a été séparé dans la sphère du sacré." Cette définition offre au lecteur le fil d'Ariane qui lui permettra de s'orienter à travers les neuf petites proses théoriques dans lesquelles Giorgio Agamben a recueilli les motifs les plus urgents et les plus actuels de sa pensée en une sorte de dernier compendium. Avec un bonheur retrouvé son écriture se meut entre littérature et philosophie.

  • Qu'est-ce qu'une nymphe ? Figure imaginaire venue de la mythologie grecque, jeune fille incarnant les pouvoirs mystérieux d'une nature toujours plus vivante que ceux qui la peuplent, elles ne cessent de signer de leur présence troublante l'histoire de l'Occident et de ses images. Dans Nymphes, Giorgio Agamben, suivant une piste ouverte par Aby Warburg, part à leur recherche afin de tenter de comprendre le curieux nouage entre imagination, désir, féminité et inquiétude qu'elles en sont venues à représenter. Virevoltant d'une installation vidéo de Bill Viola aux plus savants traités de la Renaissance, de la théorie de l' « image dialectique » de Walter Benjamin au Décameron de Boccace, il ouvre ainsi une perspective radicalement nouvelle sur le monde des images - à jamais humaines et à jamais impossibles. Paru originellement dans Image et mémoire, aujourd'hui épuisé, ce texte avait fait l'objet d'une publication séparée en langue italienne. C'est sous ce format que, conformément à la volonté d'Agamben, il est aujourd'hui réédité.

  • La guerre civile est aujourd'hui un concept si dérangeant que les politologues et les philosophes l'ont écarté de leur champ de recherche. Dans ce livre, Giorgio Agamben s'attache à deux moments : la Grèce classique, où la guerre civile est essentielle à la cité au point que celui qui n'y prend pas part est déchu de ses droits politiques, et le Léviathan de Hobbes, qui en décrète l'interdiction. Stasis étant le terme qui, dans la Grèce antique, désignait la guerre intestine, l'auteur jette les bases d'une stasiologie, c'est-à-dire d'une doctrine de la guerre civile distincte de la théorie de la guerre entre États. Dans cette perspective, la guerre civile apparaît comme un paradigme constitutif de la politique occidentale.
    Giorgio Agamben
    /> Philosophe, il a enseigné à l'université de Venise. Il est l'auteur d'une œuvre considérable.

  • Que signifie être responsable de ses actes ? Dans ce texte court et élégant, Giorgio Agamben propose une généalogie de nos croyances morales. Ce n'est pas la liberté qui fonde la responsabilité, mais une articulation entre le droit et la punition caractéristique de l'Occident. Pour comprendre ce qu'est une " cause " et pourquoi l'homme est considéré comme la cause de ses actions, il faut en revenir à la scène inaugurale du procès. Derrière la morale, on découvre la cruauté pénale. L'auteur d'Homo Sacer poursuit sa remise en cause du dispositif juridique qui enserre les vies humaines. Pour la première fois, il confronte ce dispositif à la tradition bouddhiste. De proche en proche, c'est une tout autre conception de l'action qui s'énonce dans ce livre.
    Giorgio Agamben, philosophe, a enseigné à l'université de Venise et est chercheur associé au Centre d'études des normes juridiques Yan Thomas (EHESS). Il est l'auteur d'une œuvre considérable, dont, publiée au Seuil en 2016, l'intégralité des neuf livres constituant le projet Homo Sacer.
    Traduit de l'italien par Joël Gayraud

  • Avec ce livre se conclut le projet Homo Sacer commencé en 1995, qui a marqué une nouvelle direction dans la pensée contemporaine. Après les enquêtes archéologiques des huit volumes précédents, sont repris et définis ici les idées et concepts qui, durant presque vingt ans, ont conduit Giorgio Agamben à mener sa recherche dans un territoire inexploré dont les frontières dessinent un nouvel usage des corps, de la technique, du paysage. Au concept d'action, que nous sommes habitués depuis des siècles à placer au centre de la politique, se substitue ainsi celui d'usage, qui renvoie non à un sujet, mais à une forme-de-vie ; au concept de travail et de production, se substitue celui de désœuvrement – qui n'a pas le sens d'inertie, mais d'une activité qui désactive et ouvre à un nouvel usage les œuvres de l'économie, du droit, de l'art et de la religion ; au concept d'un pouvoir constituant, par lequel, depuis la Révolution française, nous sommes habitués à penser les grands changements politiques, se substitue celui d'une puissance destituante, qui ne se laisse jamais réabsorber dans un pouvoir constitué. À chaque fois, dans la tentative pour définir, au-delà de toute biographie, ce qu'est une forme-de-vie, l'analyse des concepts recoupe l'évocation de la vie de quelques personnages décisifs de la pensée contemporaine.
    Giorgio Agamben
    Philosophe, il a enseigné à l'université de Venise. Il est l'auteur d'une œuvre considérable.
    Traduit de l'italien par Joël Gayraud
    Proposition d'illustration de couverture : Titien, La Bacchanale des Andriens, Musée du Prado, Madrid.

  • Dans le dialogue entre Pilate et Jésus, ce sont deux mondes et deux règnes qui se font face : l'histoire et l'éternité, le sacré et le profane, le jugement et le salut.

  • En accomplissant son « grand refus », Benoît XVI n'a pas fait preuve de lâcheté, mais d'un courage qui prend un sens et une valeur exemplaires. Sa décision attire l'attention sur la distinction entre deux principes essentiels de notre tradition éthico-politique, dont nos sociétés semblent avoir perdu toute conscience : la légitimité et la légalité. Si la crise que traverse actuellement notre société est si grave et si profonde, c'est parce qu'elle ne met pas seulement en question la légalité des institutions, mais aussi leur légitimité, ni seulement, comme on le répète trop souvent, les règles et les modalités de l'exercice du pouvoir, mais le principe même qui le fonde et le légitime.
    Le « mystère du mal » dont parle l'apôtre Paul n'est pas un sombre drame théologique qui retarde la fin des temps, paralysant et rendant toute action énigmatique et ambiguë, mais un drame historique où le Dernier Jour coïncide avec le moment présent et où chacun est appelé à jouer son rôle sans réserves et sans ambiguïté.

  • Les philosophes et les historiens ont réfléchi sur la question de l'obéissance, sur les raisons pour lesquelles les hommes obéissent, mais se sont rarement demandé ce qu'était le commandement et pourquoi les hommes commandent.

  • Opus Dei, l'" œuvre de Dieu " est l'expression qui désigne tout au long de l'histoire de l'Église catholique la liturgie, c'est-à-dire l'office du prêtre à qui incombe le " ministère du mystère ". Cette œuvre n'est-elle pas, en apparence, ce qu'il y a de plus séparé des pratiques qui régissent la vie des individus et des sociétés modernes ?
    C'est cette séparation que l'enquête archéologique de Giorgio Agamben se propose de démasquer, en dévoilant les filiations inattendues et les liens cachés qui l'unissent à la modernité.
    Comprendre le mystère de l'office signifie alors saisir l'influence considérable que cette pratique a exercée sur la manière dont notre culture a conçu son éthique comme sa politique, son économie comme son ontologie. Car le mystère de l'office n'est autre que le mystère de l'efficacité, à l'intérieur duquel ce que l'homme est se résume dans ce qu'il a à faire et où tout acte est un acte d'office. Du fonctionnaire au militant politique, de l'officier au professionnel, le paradigme de l'office n'a cessé de modeler la praxis des hommes : plus efficace que la loi, parce qu'il ne peut être transgressé ; plus réel que l'être, parce qu'il ne consiste que dans l'opération par laquelle il se fait réalité ; plus absolu que toute action humaine, parce qu'il agit indépendamment des qualités du sujet qui l'exerce.
    Giorgio Agamben est philosophe. Son œuvre est mondialement connue. Parmi ses livres les plus récents, indiquons : Nudités (Rivages, 2009) et De la très haute pauvreté (Rivages, 2011). Opus Dei s'inscrit dans le projet Homo Sacer dont plusieurs volumes ont été publiés aux Éditions du Seuil : Homo Sacer, I, Le pouvoir souverain et la vie nue (1997), État d'exception, Homo Sacer II, 1, (2003), Le Règne et la Gloire, Homo Sacer, II, 2 (2008).

  • S'il est vrai que chaque oeuvre du passé ne parvient à une lisibilité complète qu'à certains moments de sa propre histoire qu'il est important de savoir saisir, à l'origine de ce livre, il y a la conviction qu'entre les Épîtres de Paul et notre époque, il y a une sorte de rendez-vous secret que nous ne devons à aucun prix manquer.

  • Anglais The Sacrament of Language

    Giorgio Agamben

    • Polity
    • 28 Février 2018

    Oaths play an essential part in the political and religious history of the West as a 'sacrament of power'. Yet despite numerous studies by linguists, anthropologists and historians of law and of religion, there exists no complete analysis of the oath which seeks to explain the strategic function that this phenomenon has performed at the intersection of law, religion and politics. The oath seems to define man himself as a political animal, but what is an oath and from where does it originate? Taking this question as its point of departure, Giorgio Agamben's book develops a pathbreaking 'archaeology' of the oath. Via a firsthand survey of Greek and Roman sources which shed light on the nexus of the oath with archaic legislation, acts of condemnation and the names of gods and blasphemy, Agamben recasts the birth of the oath as a decisive event of anthropogenesis, the process by which mankind became humanity. If the oath has historically constituted itself as a 'sacrament of power', it has functioned at one and the same time as a 'sacrament of language' - a sacrament in which man, discovering that he can speak, chooses to bind himself to his language and to use it to put life and destiny at stake.


  • "Qu'est-ce qu'un démocrate, je vous prie ? C'est là un mot vague, banal, sans acception précise, un mot en caoutchouc." Cette question, ce jugement sans appel d'Auguste Blanqui datent d'un siècle et demi mais gardent une actualité dont ce livre est un signe. Il ne faut pas s'attendre à y trouver une définition de la démocratie, ni un mode d'emploi et encore moins un verdict pour ou contre. Les huit philosophes qui ont accepté d'y participer n'ont sur le sujet qu'un seul point commun : ils et elles rejettent l'idée que la démocratie consisterait à glisser de temps à autre une enveloppe dans une boîte de plastique transparent. Leurs opinions sont précises dans leurs divergences, voire contradictoires - ce qui était prévu et même souhaité. Il en ressort, pour finir, que tout usé que soit le mot "démocratie", il n'est pas à abandonner à l'ennemi car il continue à servir de pivot autour duquel tournent, depuis Platon, les plus essentielles des controverses sur la politique.

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