Gilles Lipovetsky

  • Le désir de plaire et les comportements de séduction semblent atemporels, depuis que des espèces se reproduisent par voie sexuelle. Néanmoins, l'hypermodernité libérale marque une rupture majeure dans cette histoire millénaire, tant elle impose à nos sociétés la généralisation de l'ethos de séduction et la suprématie de ses mécanismes.
    Le mot d'ordre ne paraît plus être de contraindre, ordonner, discipliner, réprimer, mais de "plaire et toucher". La visée du théâtre classique selon Racine est désormais l'une des grandes lois, partout à l'oeuvre, dans l'économie, les médias, la politique, l'éducation.
    L'économie consumériste sature d'offres commerciales attractives notre quotidien, dominé par l'impératif de captation des désirs, de l'attention et des affects ; le modèle éducatif s'élabore sur la compréhension, le plaisir, l'écoute relationnelle ; dans la sphère politique, l'heure n'est plus à la conviction par la propagande, mais à la séduction par la vidéocommunication, parachevant la dynamique de sécularisation de l'instance du pouvoir.
    La séduction-monde a provoqué l'émergence d'une individualisation hypertrophiée du rapport à autrui - ultime manière d'agir sur le comportement des hommes et de les gouverner, ultime figure du pouvoir dans les sociétés démocratiques libérales.

  • De la légèreté

    Gilles Lipovetsky

    • Grasset
    • 7 Janvier 2015

    Nous vivons une immense révolution qui agence pour la première fois une civilisation du léger. Le culte de la minceur triomphe ; les sports de glisse sont en plein essor ; le virtuel, les objets nomades, les nanomatériaux changent nos vies. La culture médiatique, l´art, le design, l´architecture expriment également le culte contemporain de la légèreté. Partout il s´agit de connecter, miniaturiser, dématérialiser. Le léger a envahi nos pratiques ordinaires et remodelé notre imaginaire : il est devenu une valeur, un idéal, un impératif majeur.
    Jamais nous n´avons eu autant de possibilités de vivre léger, pourtant la vie quotidienne semble de plus en plus lourde à porter. Et, ironie des choses, c´est maintenant la légèreté qui nourrit l´esprit de pesanteur. Car l´idéal nouveau s´accompagne de normes exigeantes aux effets épuisants, parfois déprimants. C´est pourquoi, de tous côtés, montent des demandes d´allègement de l´existence : détox, régime, ralentissement, relaxation, zen... Aux utopies du désir ont succédé les attentes de légèreté, celle du corps et de l´esprit, celle d´un présent moins lourd à porter. Voici venu le temps des utopies light.

  • L'oeuvre de Gilles Lipovetsky a profondément marqué l'interprétation de la modernité. Dans L'Ere du vide (1983), il posait les jalons de ce qui devait s'imposer comme le « paradigme individualiste ». Depuis il n'a cessé d'explorer avec minutie les multiples facettes de cet individu contemporain : le règne inédit de la mode, les métamorphoses de l'éthique, mais aussi la nouvelle économie des sexes, l'explosion du luxe et les mutations de la société de consommation. Dans ce livre, écrit en collaboration avec Sébastien Charles, Gilles Lipovetsky revient sur son itinéraire intellectuel et les différentes étapes de son travail, mais il apporte aussi un élément supplémentaire à son interprétation de la « seconde révolution moderne » : le « postmoderne » a fait son temps ; nous sommes passés, pour le meilleur et pour le pire, à l'âge « hypermoderne » ! Sébastien Charles, philosophe et professeur à l'Université de Sherbrooke (Canada) est, dans cet ouvrage, l'« interviewer » de Gilles Lipovetsky.

  • On le répète à satiété : la mondialisation, c'est la surpuissance de la finance, la "prolétarisation" et l'unification des modes de vie par l'industrialisation de la camelote kitsch et des produits jetables, interchangeables, insignifiants - le capitalisme est une machine de déchéance esthétique et d'enlaidissement du monde.
    Est-ce si sûr ?
    Le style, la beauté, la mobilisation des goûts et des sensibilités s'imposent chaque jour davantage comme des impératifs stratégiques des marques : dans les industries de consommation, le design, la mode, la publicité, la décoration, le cinéma et le show-business des produits chargés de séduction sont créés en masse, ils véhiculent des affects et de la sensibilité, ils agencent un univers esthétique proliférant et hétérogène par l'éclectisme des styles qui s'y déploie. Le capitalisme d'hyperconsommation, par l'intégration généralisée de l'art, du "look" et de l'affect dans l'univers consumériste, est un mode de production esthétique. Créant un paysage économique mondial chaotique tout en stylisant l'univers du quotidien, il est un Janus à deux visages.

  • À la bourse, il caracole dans la course aux profits. Qui ? Le luxe.
    Avec l'élargissement de la consommation et son uniformisation globalisée, il a pris de nouvelles proportions : loin d'être un phénomène marginal limité à une mince élite, il est désormais un secteur phare de l'économie. Au travers des marques, il est omniprésent dans l'univers de la communication.

    Il est révolu le temps où le luxe était compris en termes de luttes symboliques entre les classes sociales, avec leurs stratégies de distinction et d'ostentation de la part des dominants.

    L'expansion contemporaine du phénomène oblige à en considérer la nature : Gilles Lipovetsky et Elyette Roux en proposent une double approche, grâce à une analyse historico-sociale dans la très longue durée et, dans le présent, une approche par le marketing et la sémiotique.

    Ce croisement des perspectives met en relief les nouveaux dispositifs du luxe, cette sphère où cohabitent maintenant passions aristocratiques et passions démocratiques, traditions et innovations, mythes et modes.

  • « La civilisation occidentale est unique et universelle, même si tout en elle, à l´évidence, n´est pas universel. » Le mode de vie occidental s´exporte, jusque dans son besoin de consommation frénétique auquel la culture n´échappe pas. Cette culture devient culture-monde, abondante, éphémère, monnayable. La gloire éternelle n´est plus de mise mais la reconnaissance immédiate qui passe par la valeur marchande. Pour la première fois donc, culture et globalisation coexistent, de façon déstabilisante, inquiétante peut-être.
    Dans un univers hypermoderne dominé par la logique de l´excès, qu´en est-il du capitalisme culturel ? Doit-on parler d´uniformisation à l´occidentale ou de réinvention de la différence ? La culture-monde signe-t-elle la fin de l´originalité ?
    Dans un langage clair et accessible, les deux auteurs abordent des questions aussi variées que l´art business, les marques, le cinéma, ou la Haute Culture. Un essai polémique et vivifiant.

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