Frédérique Trigodet


  • Pour cette irascible, « l'enfer c'est les autres », alors elle procède au « nettoyage » des voisins...
    Mes voisins sont odieux.
    Par exemple, je déteste la greluche anorexique du rez-de-jardin avec son air suffisant et ses mines de petite fille à maman. Elle ne sourit jamais, à croire que la sympathie est en option sur les spécimens de pimbêches. Idem pour la modestie. Elle adore faire du bruit avec ses chaussures parce que ça fait dame. Ses talons martèlent sèchement la cour, les couloirs, les escaliers, chaque soir, chaque matin, chaque jour... Sauf le dimanche. Les fins de semaine, Mademoiselle retourne se réfugier dans les jupes maternelles en emportant linge sale et tupperwares. Et comme la vie est dure avec les jeunes femmes actives, citadines et célibataires, elle en profite pour renflouer son porte-monnaie.

    Dans un style alerte où l'humour noir affleure, Frédérique Trigodet nous conte les déboires de nos contemporains empêtrés dans leur vie ordinaire. Une auteure de talent à suivre...




  • Quand un pauvre type concourt pour être un moins que rien, les clopes lui servent de béquille.

    POUR ETRE HONNETE, j'ai toujours tout fait pour rester insignifiant et m'assurer une vie pépère. Aujourd'hui encore... Regardez-moi : silhouette floue, coupe de cheveux basique. Ma tenue se doit d'être beigeasse et passe-partout, ça aide à rester invisible. Même avec l'uniforme de Marché Place - gilet bleu marine matelassé et écusson sur la poitrine, pantalon noir, chaussures de sécurité - je ne ressemble à rien. Pourquoi une nana comme elle s'intéresserait à moi ?
    - Auriez-vous du feu, s'il vous plaît ?
    Frédérique Trigodet a un tempérament littéraire déjà bien affirmé, de l'allant pour vous brosser une situation, et un style piquant qui fait merveille. Une auteure qui promet.



  • Le jeu ou l'errance comme ultime échappatoire d'une vie insupportable

    Le cinq, suivi du vingt-et-un... Sa date de naissance et celle de son fils ! Le neuf et le dix-neuf, qu'elle coche au hasard, sortent à leur tour. Irène ne veut pas montrer la tension qui monte en elle. Un raidissement la saisit au niveau de la nuque. Un nouveau numéro s'affiche : le deux ! Elle l'a. Le suivant également. Et le suivant aussi... Ses doigts se crispent autour de la tasse froide. Irène ne bouge pas. Elle ne veut rien montrer. Il ne manque plus qu'un numéro et elle saura... Le quatre, il lui faut le quatre !


    Dans ses deux nouvelles, Frédérique Trigodet brosse avec brio le portrait de deux femmes fuyant leur quotidien étriqué, l'une dans le jeu et l'autre dans l'errance ; leur destin sera fatal. Du sombre noir, par une nouvelliste de très grand talent.



  • Il ne suffit pas de se couler dans la peau de son idole pour faire le show, il faut recruter des danseuses... parfaites !

    BIEN SUR, IL Y A CE PROBLEME de danseuses. Elles manquent et sont indispensables. Demain, il doit en rencontrer une nouvelle qui lui donne le sentiment de coller à ce qu'il demande : vivre avec l'esprit du Maître. Elle lui a avoué au téléphone qu'elle s'entraînait en cachette de sa famille depuis des années. Il lui offre donc là l'occasion de réaliser le rêve qui la taraude depuis l'enfance. Ils ont beaucoup de points en commun. Et il a besoin d'elle. Dans moins d'une semaine, il sera l'invité principal de la Fête de la bière à Poissy-les-Pintes. Le spectacle devra être sublime. Il le faut. Pour Lui.

    Frédérique Trigodet battit son récit sur deux niveaux comme on coupe les cartes pour mieux les brouiller. Elle revisite à sa manière la légende d'une « idole des jeunes » incarné par un pitoyable sosie.



  • Bad dog

    Frederique Trigodet

    • Ska
    • 1 Octobre 2017


    Une femme amoureuse à l'extrême voit son couple se déliter à cause de l''irruption d'un chien...

    « Il ne faisait que jouer avec son Gus. Parfois, ils partaient se promener pendant des heures. Au retour, le chien m'ignorait. Je n'appartenais pas à leur monde. Ils s'adoraient. Moi, je devenais de plus en plus transparente. On voyait les veines courir sous ma peau, comme les nervures sur les feuilles des arbres bleus quand ils dépérissent. Un soir, ils ne sont pas rentrés. »
    Voici le 2e volet des American stories signées Frédérique Trigodet. On y retrouve la même qualité d'écriture au service du récit. Les personnages dérisoires sont toujours aux prises avec de noires destinées faites de frustrations, jusqu'au stade criminel ultime.

  • An American hero

    Frederique Trigodet

    • Ska
    • 1 Juin 2017

    Un écrivain velléitaire se rêvant en Stephen King se réveille dans une peau inconnue.... rencontre du 3eme type en prime.
    « - Dis-moi qui tu souhaiterais être. Je n'ai pas voulu le vexer, alors j'ai hasardé : « Stephen King ? »
    - Ah non désolé, il est vivant ! Tu dois choisir une personne morte.
    J'ai réfléchi, repensé à tous mes échecs. Aux livres qui m'avaient permis de continuer à avancer. Je me suis vu sur la route ou sur les rails, jouant le Jack aventurier, à l'image de Kerouac et de London. J'ai choisi le second. Étrangement, le hippie croulant n'avait pas l'air de connaître. Ou alors, il était un peu dur de la feuille.
    /> - Parfait ! »

    Le plus fort dans l'humour littéraire, c'est lorsqu'il flotte, qu'il caresse l'esprit à fleur de phrase, sans effets lourdauds, seulement à l'aide, d'un effluve, d'un écart de perspective. Frédérique Trigodet possède cet art difficile et nous assène un plaisir de lecture qui trouve son acmé dans une chute hilarante et noire du plus bel effet.

  • Romanceros

    Frederique Trigodet

    • Ska
    • 22 Janvier 2020




    3 nouvelles, 3 tranches d'amour pour les affamés de belles histoires sentimentales...


    Elle reste figée, regarde Erik, hésite... Puis se dit soudain que plus rien n'a d'importance : le divorce, le burn-out, sa cinquantaine passée, son âge à lui, l'idée d'un retour à sa vie d'avant, elle s'en fiche ! Tout se mélange tandis qu'ils se dévorent des yeux. Erik ne bouge pas. Il la mange du regard dans un silence bouillonnant de non-dits. Il est plus grand qu'elle. Elle aimerait se coller à lui, qu'il l'entoure de ses bras solides puis la soulève pour l'entraîner dans la chambre. Sa gorge se serre à en pleurer tellement elle a envie de lui. Une onde brûlante monte de son ventre jusque dans ses épaules, sa nuque, sa tête... Elle se décide, se jette dans l'eau de ce qui l'attend. Elle aide Erik à retirer son manteau et son pull trempés par la pluie, puis le prend par la main pour l'entraîner dans la chambre. Elle respire son odeur de vent et de pluie sur la mer.

    Procurer de l'émotion, titiller la libido en panne de partenaire, rêver de se fondre dans les bras de l'autre, telle est l'ambition de ces romances aptes à donner un bonheur de lire sans complexe. Frédérique Trigodet y excelle au point que le magazine Nous deux ! les publie régulièrement.
    Câline-moi, chérie !

  • Soudain, partir

    Frederique Trigodet

    • Ska
    • 25 Avril 2020



    Une femme harassée par un quotidien usant marche au travers de la nuit vers le café du port...

    Quand je me suis penchée à la fenêtre, un bateau a traversé la nuit. Je distinguais à peine sa silhouette. Pareil à une guirlande lumineuse, il a glissé en éclairant la surface noire de la mer autour de lui.
    J'entends à présent le bruit clair des vagues contre le quai, provoqué par son passage. Le navire était trop loin pour que je perçoive le bruit du moteur. J'ai supposé que c'était un cargo, pas des plus gros. Les lumières ont disparu derrière un immeuble.[...]

    Partir, ce n'est pas forcément une décision lentement construite. L'héroïne de Frédérique Trigodet, décrite dans un registre grave, se laissera-t-elle soudain emporter sur les ailes d'un oiseau de mer ?

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