Erika Nimis

  • Le numéro hivernal de la revue Ciel variable s'articule autour d'expérimentations chromatiques dans la pratique de Yann Pocreau, Jessica Eaton et Bert Danckaert. De la manipulation de la lumière (par filtration, combinaison, diffraction) jusqu'au travail sur ses surfaces d'inscription (pellicules, papiers photo, surfaces murales) en passant par le repérage de compositions picturales dans les rues de la ville, un espace d'exploration s'ouvre pour la photographie autour des diverses manifestations de la couleur. Il en résulte des images qui mettent en question nos perceptions. Le référent de ces travaux est souvent la peinture abstraite et sa longue tradition d'expérimentation, mais le réel aussi comporte sa part d'ambiguïté perceptuelle quant à l'impact des couleurs. On retrouvera également dans ce numéro des articles de fond sur l'exposition récente de Marisa Portolese au Musée McCord et la dernière édition des Rencontres Internationales de la Photographie en Gaspésie de même qu'une réévaluation de l'exposition Camerart, présentée à la galerie Optica en 1974.

  • Pour son édition hivernale, le magazine Ciel variable rassemble de grands portfolios d'oeuvres récentes de Dominique Blain, Alain Paiement, Gisele Amantea et Mélissa Pilon autour du thème « Masses et monuments ». Ce dossier thématique « pose un regard sur l'action collective dans nos sociétés. Sur fond de conflits sociaux et de guerres, les oeuvres évoquent l'impact de nos agissements collectifs sur le bien commun en auscultant la masse d'images médiatiques qui tissent notre rapport au monde. » Également au sommaire : des articles de fond sur le photographe et expérimentateur Stephen Gill, sur l'exposition Ghost Ranch de Geneviève Cadieux (Galerie René Blouin), ainsi que sur la scène photographique dakaroise. Retrouvez aussi des comptes-rendus d'expositions récentes dont Rebecca Belmore (MACM), Janick Burn (Plein Sud), Yan Giguère (Galerie La Castiglione), Michel Depatie (Centre d'exposition de Val-David), la Biennale de Venise 2019, Territoire II (Galerie La Castiglione), Le projet Polaroid (Musée McCord) et The Way She Looks (Ryerson Image Centre).

  • Pour son édition automnale, Ciel variable s'intéresse à la thématique de la ruine et s'attache à capter les traces d'un monde en train de disparaître, un monde où la mutation de l'image photographique s'inscrit dans une transformation plus fondamentale qui affecte l'ensemble de la culture et des valeurs de nos sociétés. La section Portfolio présente en ce sens The Donkey that became a zebra de Michel Campeau, Fin de siglo d'André Barrette et Trauma de Joan Fontcuberta.On retrouve également dans ce numéro des essais sur les expositions d'Emanuel Licha, au Musée d'art contemporain de Montréal, de Katia Kameli, Délio Jasse et Vasco Araùjo, à Londres, et les Archives du Service de la photographie de l'ONF, de même qu'une entrevue de Claude Goulet des Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie, et, dans la section Actualités, plus d'une dizaine de recensions d'expositions et de publications récentes.

  • En plein dans le mille du 375e anniversaire de la cité, Ciel variable plonge dans les « Montréalités ». Si l'éditorial de Jacques Doyon nous parle de la vie des quartiers, c'est à l'un d'entre eux en particulier, Hochelaga-Maisonneuve, que s'intéresse le photographe Robert Walker. Un quartier chargé d'histoire et à la destinée compliquée, autrefois industriel et aujourd'hui aux prises avec les aléas de l'embourgeoisement. Ses images, ainsi que celles d'autres créateurs, sont témoin du tissu complexe de la ville : ses commerces, ses artères, ses publicités, sa mixité sociale, sa diversité, sa culture, son architecture, son militantisme aussi. La revue revient aussi sur quelques projets photographiques marquants sur le Montréal du passé avec les talents de Gabor Szilasi, Clara Gutsche ou encore David Miller. Également au sommaire, l'exposition présentée à la galerie Artexte examinant les relations entre la photographie et les magazines imprimés au Canada entre 1970 et 1990, et de nombreux autres événements dans la section actualités.

  • Le numéro 104 de la revue des arts, des médias et de la culture, Ciel variable, nous invite à poser un autre regard sur les choses. Cet automne, c'est par le biais de la photographie que le dossier principal nous propose de regarder la vie selon un « angle décalé ». Cet angle, c'est peut-être l'unique point commun entre le travail des trois artistes invités ici. Yoanis Menge cherche par son oeuvre, caractérisé par un intense noir et blanc contrasté, à modifier la perception négative du public par rapport à la chasse au phoque. Marisa Portolese décortique dans sa dernière série les conventions rigides du portrait de femme victorien : une avenue inusitée pour remettre en question les stéréotypes de l'idéal féminin. Quant aux Outsiders que sont Nan Goldin, Diane Arbus et autres, récemment mis à l'honneur du Musée des Beaux-Arts de l'Ontario, ils s'attachent aux pas des marginaux dont ils révèlent la douloureuse beauté. Tous ont remis en question des préjugés et des systèmes de pensée dominants : voici d'autres sujets, d'autres valeurs à célébrer.

  • Qu'est-ce qui peut faire se croiser des univers aussi différents que ceux réunis ici, si ce n'est qu'ils abordent certains aspects de cette condition commune que façonne de plus en plus la mondialisation en cours? « Si loin, si proche » présente le travail de trois artistes qui témoignent de réalités de partout autour du monde mais desquelles se dégage une humanité commune qui transcende les distances et l'étrangeté. Parmi les oeuvres de ce numéro, Near You No Cold, la récente série photographique réalisée par Raymonde April lors de multiples séjours à Mumbai, en Inde; The Future is Ours, Classroom Portraits, de Julian Germain, qui s'est attachée à photographier des salles de classes sur tous les continents; et les Carpoolers d'Alejandro Cartagena qui présente la réalité du covoiturage journalier et illégal de travailleurs dans les banlieues mexicaines.

  • En géologie, le concept de stratification renvoie à l'idée d'un processus au cours duquel des sédiments s'accumulent en couches, pour éventuellement former des ensembles sédimentaires plus ou moins hétérogènes, mais qui n'en demeurent pas moins des unités de sens à part entière. Ainsi en va-t-il de certaines images, dont la compréhension suppose un effeuillage des différentes strates de signes qui les constituent. À ce titre, les séries Scarti d'Adam Broomberg et Oliver Chanarin, Copperheads de Moyra Davey ainsi que les Études préparatoires de Marc-Antoine K. Phaneuf, auxquelles Ciel variable consacre la section thématique de ce numéro, ont ceci en commun qu'elles sont le fruit de processus de stratification. Ces oeuvres permettent d'apprécier comment l'ajout de signes peut modifier, enrichir ou court-circuiter la nature et le sens d'une image.

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