Edwin M. Duval

  • En analysant le "dessin" du Tiers Livre - sa composition formelle aussi bien que son intention sous-jacente - E. Duval dégage la cohérence profonde d'une oeuvre qui passe le plus souvent pour ambiguë et "ménippéenne". Cette cohérence, qui se manifeste simultanément à deux niveaux (celui du dessin de Pantagruel dans la quête, celui du dessin de Rabelais dans son livre), permet à l'auteur non seulement de résoudre plusieurs apories de la critique rabelaisienne, mais de découvrir dans le Tiers Livre des dimensions et des ironies inaperçues jusqu'à présent.

  • Le mot recueil (du latin recolligere : rassembler) représente l'une des nombreuses expressions désignant, au XVIe siècle, un ouvrage formé d'une pluralité de composantes dont le degré de parenté est variable. Il apparaît aujourd'hui comme le terme le plus général pour rendre compte des Meslanges, OEuvres, Tombeaux et autres compilations dont le lectorat de la Renaissance était manifestement friand. Par leur intitulé pluriel (Nouvelles Recreations et Joyeux Devis) ou singulier collectif (Heptaméron), ces ouvrages donnent à entendre qu'ils reposent sur une dialectique du simple et du multiple, du long et du bref, puisque la juxtaposition de textes plutôt courts (maximes, poèmes, épîtres, nouvelles) résulte en un ensemble parfois monumental. Aux yeux des lecteurs des XIXe et XXe siècles, de tels agencements sont souvent apparus aléatoires. Pourtant, l'on peut sentir, dans certains textes de la
    Renaissance, une volonté de soumettre le recueil à une force unificatrice qui ordonne les manifestations du multiple. L'ouvrage se révèle alors tributaire d'effets d'ensemble, ne serait-ce que ceux résultant de
    la simple contiguïté des textes.

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