Drina Candilis-Huisman

  • Au début des années 1970, Terry Berry Brazelton, pédiatre américain, mit au point un outil d'observation clinique du nouveau-né que l'on connaît désormais sous le nom d'échelle de Brazelton. Aidé par sa formation psychanalytique et la connaissance qu'il avait des données des recherches sur les interactions précoces (très récentes à cette époque), il voulait inciter le monde médical, en particulier les pédiatres de maternité, à changer leur regard sur le nouveau-né tout d'abord, et par voie de conséquence sur la famille en train de se constituer ou de se reconstituer autour de son arrivée. Dans cet ouvrage, Drina Candilis-Huisman présente le travail de Brazelton qui considère le bébé non seulement comme un être socialisé mais aussi socialiseur, c'est-à-dire actif dans l'exigence qu'il a de trouver une réponse adaptée à ses besoins dans son environnement. Son idée princeps est de s'appuyer sur une connaissance partagée avec les jeunes parents des capacités du bébé pour favoriser une prévention précoce des troubles des relations parents-enfants. Drina Candilis-Huisman est psychologue clinicienne, maître de conférences, directrice de recherche à l'université Paris-Diderot.  

  • Parler d'un bébé sapiens marque une double (r)évolution. D'une part, le bébé ne peut plus être considéré comme un infans, être passif, sans langage et sans pensée, tel qu'il apparaît dans les représentations du passé des historiens. Et d'autre part, envisager le bébé acteur de son propre développement nous place à l'aube d'une ère nouvelle où sont sollicitées tout autrement les responsabilités personnelles et collectives vis-à-vis de cet individu désormais reconnu dans sa valeur et ses incroyables compétences qui vont jusqu'aux racines du sens moral.

    De l'embryogénèse cérébrale du foetus et du nourrisson à la position sociale de l'enfant dans les familles contemporaines d'ici ou d'ailleurs, la théorie de l'évolution revisitée par les neurosciences soulève aujourd'hui des interactions d'une infinie complexité entre patrimoine génétique et milieu extérieur, entre phénotype et génotype.

    Comment intégrer ces nouvelles données dans nos pratiques cliniques médicales et psychologiques mais aussi pédagogiques, juridiques ou plus largement dans nos politiques de santé et de santé mentale ? Comment protéger ce développement, en particulier des perturbateurs endocriniens et des effets de la précarité ? Enfin comment mieux aborder le renouvellement de nos modèles familiaux et sociaux et leur impact sur le futur des bébés ?  Nous sommes en situation de défi : redéfinir notre rapport aux origines et mettre en oeuvre notre sagesse et notre raison afin que les bébés sapiens d'aujourd'hui deviennent des Homo sapiens sapiens de demain dignes et libres.

    Cet ouvrage est issu du séminaire éponyme organisé par l'ARIP, tenu au Centre cuturel international de Cerisy-la-Salle, du 11 au 18 septembre 2015.

empty