Dany-Robert Dufour

  • Le dr. Mabuse et ses doubles ou l'art d'abuser autrui Nouv.

    De l'Antiquité à notre démocratie moderne, les techniques de manipulation des masses n'ont cessé d'être et de se perfectionner. Dési reux d'explorer davantage la part maudite des rapports humains, Dany-Robert Dufour démonte, démontre et, plus encore, montre à l'oeuvre les ressorts de cette intelligence très retorse en utilisant le personnage emblématique de Mabuse, héros de quatre films magnifiques et terrifiants signés Fritz Lang, expert en déguisements divers, faux monnayeur, chef d'un gang de bandits, de voleurs et de trafiquants, etc. Fritz Lang révélait les trucs et les tours de Mabuse. Dufour fait parler les Mabuse qui ont fait l'Histoire... Et l'on comprend qu'un personnage aussi diabolique n'est jamais aussi à l'aise que lorsqu'il affecte de prendre ses assises du côté du Bien.

  • Les thèses ne manquent pas pour expliquer le surgissement du capitalisme et ses conséquences. Or il se trouve que Dany-Robert Dufour a eu accès à un texte étonnant, complètement oublié ou presque, datant de 1714, de l'époque même où ce système s'est mis en place et qui pourrait considérablement renouveler les analyses permettant de savoir dans quelle galère au juste nous sommes embarqués.

  • Il faut prendre en compte ce que le miroir lacanien doit au miroir sophianique de Jacob Boehme. Je gage que si le miroir lacanien fut si neuf et s'il continue de l'être, c'est parce qu'il a réintroduit en plein vingtième siècle un schème de pensée « irrationnel », « magique », baroque, un « hiatus irrationalis » issu du mysticisme spéculatif et théosophique. Ce schème fut transporté à grands frais dans un nouvel environnement de pensée (par Koyré) et déplacé (par Lacan) de la déité au sujet lui-même. C'est cela la vraie audace du miroir : avoir pris une forme ancienne (et « unaire », au sens non-binaire) comme étant plus moderne que les formes modernes de la rationalité.

  • Ce livre entraîne le lecteur - habitué des ouvrages de sciences humaines - dans une aventure plutôt jubilante. Tout d'abord, il va - sans retenue - fouiller là où cela fait mal, en vue d'exhumer le point critique, où les maîtres de l'époque structuraliste (Lacan, Benveniste Jakobson, Lévi-Strauss...) se sont mis à bégayer. Ils n'auraient pas bégayé n'importe où, mais au moment exact de produire un savoir décisif sur la langue ! De là, aurait pu se monter une de ces rituelles entreprises d'extermination de « fausses » sciences. Mais, loin de récuser ce point instable et de l'imputer à nos aînés comme une regrettable erreur théorique, ce livre en fait le point d'appui d'une facétieuse traversée diagonale des sciences humaines où l'on rencontre... le stade du miroir, les paradoxes de l'auto-référence, l'objet a - de la théologie négative - l'Unheimliche (« l'inquiétante étrangeté » de Freud), la logique illogique du mythe, la forme auto-subversive de la promesse, la figure de l'hystérologie, et bien d'autres étrangetés. Deux compères, Logos et Sogol, mènent la danse ; l'un retient et logicise, pendant que l'autre renverse les propositions et pousse au paradoxe. Et il apparaît, chemin faisant, que les sciences humaines, là où elles se nouent entre inconscient, récit et énonciation, pourraient bien n'être concevables qu'autour de cette part mal dite, inéliminable grain de folie - ou de sable - qu'on ne cesse de vouloir rejeter. Il s'agirait - au bout du compte - de figurer ce à quoi pourraient ressembler des sciences humaines prenant au sérieux la division du sujet...

  • Ce livre, d'une écriture jubilatoire, caustique, vive, est rédigé sous forme de lettres d'amour à une belle amie, un peu à la manière de certains petits traités du XVIIIeau ton voltairien. II traite de l'être humain, en tant qu'espèce animale tout à fait particulière : elle naît inachevée. Et cet inachèvement est ce qui va lui permettre, paradoxalement, de dominer les autres espèces. Car, ayant à assurer les moyens de sa survie autrement que par la force, l'espèce humaine a inventé le savoir et l'amour en usant de ce langage dont elle fut seule à se rendre maître. Ces lettres, en reparcourant l'histoire humaine, nous interrogent sur les liens, complexes et silencieux, qui unissent l'homme et l'animal, et proposent une nouvelle vision de notre rapport à la connaissance et à la jouissance. Qu'en est-il aujourd'hui où, grâce aux technosciences, l'espèce humaine se dote, de plus en plus, de moyens pour sortir de son inachèvement ? Sommes-nous les derniers hommes ?

  • Le droit est partout. Les moindres parcelles de nos existences sont susceptibles d'être happées par les filets de la judiciarisation et les revendications de droits se multiplient. Les pires cauchemars de Kafka habitent de plus en plus notre quotidien et le développement du droit sado-libéral, pour reprendre l'expression de Dany-Robert Dufour, est en train de pervertir les visées d'émancipation et de nous faire oublier jusqu'à l'idée même de justice... Quelle place le droit fait-il aujourd'hui à l'idéal de justice dans notre monde ? Peut-on encore poser la question de rapports justes entre les gens dans une perspective qui échappe au strict respect des formes prescrites par le droit ? Liberté se penche sur ces enjeux dans le dossier de son numéro de septembre, qui porte sur « Le droit sans la justice ».

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