Danielle Buschinger

  • Si l'on se refuse à admettre que les auteurs du Moyen Âge qui dissertent du diable sont des faibles d'esprit, si l'on ne croit pas qu'ils cherchent à tromper délibéremment ou à édifier leurs lecteurs à bon compte et si l'on ne présume pas qu'ils répètent inlassablement des histoires venues d'ailleurs, il faut alors convenir, qu'un certain nombre de fois au moins, ils font état de phénomènes, c'est-à-dire, sinon de faits au sens d'aujourd'hui, du moins d'apparences qui y ressemblent fort. Qu'il soit bien entendu que les diableries qui posent vraiment le problème ne sont pas celles qui sont de simples thèmes littéraires. C'est au moment où le démoniaque se présente comme une expérience vécue, une forme de la perception et un fait mental qu'il a sa pleine et entière réalité. C'est à ce niveau que la critique doit par priorité se situer. L'historien n'a certes pas la possibilité de juger de la matérialité d'une manifestation diabolique sur laquelle il n'a aucun moyen de contrôle et qui pour le fond ne relève pas de sa discipline. Par contre il sait qu'un bon observateur doit être pris au sérieux lorsqu'il décrit des phénomènes dont il explique le caractère exceptionnel par l'intervention du démon. Il peut au moins prétendre se faire une idée sur la manière dont s'élabore mentalement une vision diabolique et sur la façon dont elle s'exprime. Faute de mieux c'est sur ce court domaine imaginatif et fabulatoire qu'il a prise et qu'il doit faire porter son effort.

  • L'Orient médiéval est certes une délimitation géographique, mais il est beaucoup plus que cela : il constitue une véritable catégorie encyclopédique sous laquelle se détache un secteur de la réalité et en laquelle vient se ranger un ensemble relativement stable de rubriques. Les merveilles qui s'y détaillent nous inclineraient trop vite à traiter cette région du monde comme le séjour de l'imaginaire et à doter la mentalité médiévale d'une singulière perméabilité à la fiction, ou d'une prédilection remarquable pour le monstrueux. En quoi nous risquons fort de projeter seulement un certain romantisme du dépaysement et de l'exotisme et de manquer le réalisme fondamentalement objectif d'une représentation du xiiie s. L'Orient n'est pas un rêve, c'est un fait. C'est à ce titre qu'il entre dans toute somme du savoir concernant le monde. Et pour se convaincre de l'importance de la place qu'il doit occuper dans le genre encyclopédique dont les dénominations d'Imago ou de Speculum s'assignent l'exacte conformité du reflet, il suffit de rappeler que dans la langue savante et selon la géographie reçue, l'appellation d'Orient ne couvre rien moins que la moitié de la terre habitée.

  • L'enfant n'est pas un personnage fréquent dans les oeuvres médiévales : on l'a souvent souligné à juste titre. Il est pourtant présent dans quelques textes, et il apparaît à des âges divers, avec son charme et son ingénuité spécifiques, au détour d'un épisode ou même à un moment où sa venue contribue à relancer le récit. L'enfance n'est pas non plus absente des oeuvres autobiographiques, même si le clerc qui se raconte projette sur ses premières années sa vision adulte de la vie et du monde. Reste qu'au delà des inventaires obligatoirement limités, le personnage de l'enfant n'est pas un personnage épique ni romanesque au Moyen Âge. Il est plus ou moins exclu des textes parce que les schémas qui sous-tendent la narration ne laissent guère de place à son intervention. L'art médiéval (et la littérature participe toujours d'une esthétique générale qui trouve aussi ses applications dans la sculpture ou la peinture) ne peut pas faire à l'enfance l'honneur de la représenter, parce que c'est un art du symbole et de la transcendance. L'univers de l'artiste et celui du poète, au Moyen Âge, est un univers d'adultes. La conséquence de cet état de choses, c'est que la présence de l'enfant est une sorte d'exception conjoncturelle. C'est elle qui fait problème, et non l'inverse. Sa rareté confirme la norme, et l'on ne doit s'interroger que lorsque l'enfant paraît, sans être surpris ni du fait que l'on reste insensible à la poèsie de l'enfance, ni de l'obstination des poètes et des imagiers à ne décrire ou à ne dépeindre que des enfants grandis avant l'âge et qui ont accès trop tôt à la gravité des grandes personnes.

  • Le repentir est précisément le principal des sentiments dont la présence authentifie la prière du coeur. Nous n'entendons pas par là uniquement le violent repentir qu'éprouve le pécheur héros du Miracle à la suite du péché précis dont les circonstances, les conséquences et le pardon constituent la structure du récit.

  • L'ouvrage offre pour la première fois un panorama complet de la littérature médiévale allemande, répondant ainsi à l'intérêt croissant que suscitent aujourd'hui le Moyen Age et sa culture. Résultat d'un travail de plusieurs décennies, il reflète, avec un souci de clarté et de concision, l'état actuel des recherches les plus érudites dans ce domaine. De la poésie germanique des origines jusqu'à la Réforme, la période étudiée couvre près d'un millénaire : les auteurs en restituent la richesse foisonnante et la complexité, tout en mettant en relief les oeuvres les plus marquantes. Ils s'attachent notamment à souligner les multiples relations culturelles et littéraires qui unissaient la France et l'Allemagne à cette époque.

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