Daniele Sallenave

  • Comment vivre? Connaître de vrais accomplissements, être libre, et heureux? Et si l'on n'y parvient pas, qui en est responsable? Le travail, la famille, la province avec ses lenteurs, sa régularité et cette façon d'être comme loin de tout? Pris dans les contrats et les contraintes d'une vie familiale réglée, Pierre croit avoir trouvé en Laure la figure d'un amour idéal propre à résoudre toutes ses insatisfactions. Et Laure, dans son extrême jeunesse, répond avec élan à la passion de Pierre : ils connaissent ensemble des après-midi secrètes, des moments charnels très forts et les joies équivoques de la clandestinité. Ont-ils, enfin, rencontré la «vraie vie»? Ou sont-ils condamnés à ne connaître toujours, en fin de compte, qu'un simulacre de vie, une vie fantôme?

  • Ce couple n'est pas, en apparence, de ceux qui n'ont plus rien à se dire. Entre l'homme et la femme, la parole circule, vive, jamais plus animée que lorsqu'elle touche à des futilités : la qualité du beurre et d'une soirée, la manière d'accommoder les oeufs. Menée sur un rythme vif, plus agressive souvent que tendre, la conversation aborde parfois des zones plus dangereuses : le mariage, la nature de leur union, l'amour, le désir. Mais un sûr instinct les pousse, l'un et l'autre, à s'en détourner rapidement. C'est elle qui veut parler ; c'est elle qui pique l'autre et relance l'échange. Une inquiétude visiblement la mène. Mais dans l'usage qu'elle fait de la parole, il semble que quelque chose cherche non à se montrer, mais à se cacher ; non à se dire, mais à se taire. Seul le bruit des mots parvient à masquer ce qui, dans le silence, risquerait de se faire entendre : la vérité insupportable qu'entre eux l'amour a peut-être disparu.

  • Adieu

    Danièle Sallenave

    La vie des grands hommes appelle le témoignage, excite la mémoire, attise la piété - mais celle des hommes ordinaires? Elle ne laisse pas de traces : obscure, anonyme, semblable à des milliers d'autres, à peine s'est-elle éteinte qu'elle est effacée, et nul n'en réveillera le souvenir. Par le hasard d'un congé forcé, un homme jeune rend pendant un mois visite à son grand-oncle. Tout les sépare, mais la parenté a tissé entre eux des liens diffus. Le vieil homme parle ; le jeune homme le photographie, le regarde et, le questionnant, s'étonne. Qu'a donc fait de sa vie ce vieil homme muré dans la sphère étroite d'une existence dont rien n'est venu l'arracher, qui n'a connu ni les livres ni les voyages et qui à l'extrême bord de sa vie, ne semble éprouver ni inquiétude ni regrets, mais seulement un muet assentiment au grand ordre des choses? Il n'est rien, ni personne, et il le sait. Mais il est là, pour quelque temps encore. Il se tient très droit dans son fauteuil, il fixe sur l'objectif son oeil rond et malicieux.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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